Ringo Starr, l’artiste au-delà des Beatles : photographie, peinture et art numérique

YELLOW-SUB.NET / ENCYCLOPÉDIE DES ARTS VISUELS

Y Not (2010) : Ringo Starr créateur visuel et photographe de son livret

Photographies intérieures de Ringo Starr, portraits de Rob Shanahan, direction Vartan et graphisme de Meire Murakami : les crédits de l’album de 2010.

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Pochette de Y Not de Ringo Starr (2010), composition noir et blanc avec portrait en pied
Y Not (2010) : Ringo est crédité pour le concept, le design et les photographies de l’intérieur du livret ; Rob Shanahan pour les photographies extérieures et l’inlay.

En 2010, Ringo Starr ne se contente plus de figurer sur une pochette : les crédits de Y Not l’identifient parmi les créateurs de son objet visuel. L’enquête distingue sa contribution de celles du photographe Rob Shanahan, du directeur artistique Vartan et de la graphiste Meire Murakami.

Sommaire de l’étude · 15 sections documentées
  1. Un tournant visuel aussi bien que musical
  2. Une pochette en deux moitiés : portrait et signe graphique
  3. Le crédit de Ringo Starr : concept et design
  4. Les photographies intérieures : un corpus attribué à Ringo
  5. Rob Shanahan : l’extérieur du livret et l’inlay
  6. Vartan et Meire Murakami : deux fonctions complémentaires
  7. Le titre Y Not comme choix d’identité
  8. Janvier 2010 : dater le disque et distinguer les éditions numériques
  9. L’objet britannique : numéro de catalogue et configuration
  10. Photographie d’artiste et photographie promotionnelle
  11. La production musicale, contexte et non prétexte
  12. 2010 et les années suivantes : l’image publique devient un atelier partagé
  13. Les crédits à transcrire exactement : petite méthode de catalogage
  14. Ce que nous ne pouvons pas encore établir
  15. Conclusion : un jalon à placer dans l’œuvre visuelle de Ringo

Un tournant visuel aussi bien que musical

Publié en janvier 2010, Y Not présente une singularité qu’une lecture purement discographique risque de négliger : Ringo Starr n’est pas uniquement le chanteur, le batteur et le producteur du disque. Les crédits de son livret lui attribuent également le concept, le design et les photographies de l’intérieur. Le document commercial d’origine le place donc parmi les auteurs de l’objet graphique. Il s’agit d’une attribution plus précise qu’une vague passion ancienne pour la photographie : l’ancien Beatle participe au travail publié et vendu sous son nom. Cette notice étudie cette fonction de créateur visuel et non la sessionographie des dix chansons, traitée dans les autres dossiers musicaux. Elle sépare les actions de Ringo de celles de Rob Shanahan, de l’équipe de direction artistique Vartan et de Meire Murakami. L’enjeu historiographique est de passer du portrait d’une célébrité à l’histoire matérielle d’une pochette, en identifiant exactement les responsabilités que documentent les crédits imprimés.

Une pochette en deux moitiés : portrait et signe graphique

La couverture juxtapose un portrait photographique en pied de Ringo Starr sur fond clair et un aplat noir où figure l’inscription manuscrite « Y Not ». Le nom de l’artiste, en capitales largement espacées, traverse la partie supérieure. Ce parti pris épuré diffère des compositions narratives ou très illustrées de plusieurs disques précédents. Le contraste noir et blanc domine ; la ponctuation visuelle du titre prend une place comparable à celle du portrait. Ringo se présente debout, mains dans les poches, vêtu d’un costume sombre et de lunettes. Ces caractères sont observables sur les reproductions commerciales. En revanche, le simple examen de l’image ne permet pas d’identifier l’auteur du choix de cadrage, l’origine exacte du lettrage ni les retouches éventuelles. Ces opérations doivent être distinguées des fonctions générales portées au livret. L’analyse gagne ainsi à décrire d’abord l’objet visible, puis seulement à rapprocher ce constat des noms crédités.

Le crédit de Ringo Starr : concept et design

La notice bibliographique de JPGR’s Beatles Pages reproduit la formule anglaise « Concept, design and booklet inside photography: Ringo Starr ». Un inventaire discographique indépendant donne également Ringo pour le concept, le design et la photographie. Ce crédit est le point central de l’étude. Il atteste une participation déclarée au projet graphique, mais n’établit pas que Ringo a personnellement fabriqué toutes les composantes typographiques ou effectué la totalité de la préparation à l’impression. Une conception éditoriale peut être collective même lorsque l’artiste dirige la première idée. Il faut donc éviter deux excès inverses : retirer à Ringo son statut d’auteur visuel au profit du seul graphiste professionnel, ou lui attribuer les photographies extérieures explicitement créditées à une autre personne. Pour les historiens, l’expression imprimée constitue une preuve d’attribution, non un journal exhaustif des opérations de création.

Les photographies intérieures : un corpus attribué à Ringo

Le livret intérieur offre un type de preuve distinct des grands livres de photographie que Ringo publiera plus tard. Sur Y Not, les images intégrées à un support musical commercial sont données à l’interprète lui-même. Cette circulation mérite d’être reliée aux premières photographies privées prises durant les années Beatles et aux éditions Photograph et Lifted, sans supposer que les négatifs appartiennent au même fonds. Le fait qu’une photo figure « à l’intérieur » d’un livret ne précise pas automatiquement sa date, son lieu, son appareil ou son sujet ; la légende doit être vérifiée page par page. La formule de crédit ne prouve pas non plus que toutes les photographies promotionnelles de la campagne sont de Ringo. L’étude des versions physiques reste nécessaire pour individualiser les images et retrouver, lorsque cela sera possible, leurs états de reproduction et leurs éventuelles reprises dans des portfolios ultérieurs.

Rob Shanahan : l’extérieur du livret et l’inlay

Le crédit reproduit par JPGR est explicite : « Booklet outside and inlay photography: Rob Shanahan ». Le photographe professionnel, associé depuis longtemps à l’image contemporaine de Ringo, intervient donc sur des surfaces matérielles différentes de celles attribuées à l’interprète. L’inlay désigne ici l’élément imprimé accompagnant le boîtier et non une photographie libre pouvant être affectée à n’importe quelle édition. La séparation des zones de crédit oblige à examiner précisément le recto, le dos, le livret et les supports contenus dans le boîtier. Un fichier de jaquette circulant seul sur une plateforme musicale ne montre pas nécessairement l’ensemble de cette distribution. Il convient également de ne pas assimiler Rob Shanahan au photographe de tous les portraits de la période 2008–2012 sans vérification. La bonne méthode part d’une édition particulière et du texte de ses crédits, puis confronte les reproductions disponibles. Cette rigueur rend visible le travail des photographes sans minimiser l’intervention de Ringo.

Vartan et Meire Murakami : deux fonctions complémentaires

Les crédits placent Vartan à la direction artistique et Meire Murakami au design additionnel. Ces mentions dessinent une organisation professionnelle : la vision d’ensemble de l’artiste coexiste avec la mise au point d’un support destiné à l’impression et à la distribution internationale. La direction artistique supervise généralement la cohérence du produit, tandis que le design additionnel peut apporter une contribution graphique identifiée sans qu’on sache précisément quelles pages ou opérations il recouvre. Ni le nom de Vartan ni celui de Murakami ne doivent être convertis en auteur unique de la photographie de couverture. Il serait également imprudent de leur attribuer une police, une retouche ou un procédé d’impression précis sans documents de fabrication. Leur présence permet de rappeler que la création d’un disque est une chaîne de compétences et que le statut de musicien-créateur de Ringo ne fait pas disparaître les auteurs professionnels qui l’entourent.

Le titre Y Not comme choix d’identité

« Y Not » joue à la fois sur une formule familière anglaise proche de « Why not? » et sur une présentation volontairement condensée. Cette particularité permet un titre bref, reproduit en grand sur une moitié entière de la jaquette. Dans une déclaration relayée en février 2010 par Genesis Publications à partir du site officiel de l’artiste, Ringo présente Y Not comme une manière d’affirmer qu’il peut désormais prendre les commandes de la production. Son propos porte d’abord sur la musique, non sur l’invention graphique de la couverture. Il est cependant pertinent de rapprocher ce moment de confiance du crédit de concept et design, sans transformer cette proximité en intention certaine du chanteur. Une œuvre commerciale possède souvent une unité éditoriale qui ne se réduit pas au commentaire de son auteur. La simplicité du signe « Y NOT » rend ce rapprochement lisible, mais ne prouve aucun programme symbolique codifié.

Janvier 2010 : dater le disque et distinguer les éditions numériques

JPGR indique le 12 janvier 2010 comme date de publication du CD britannique, numéro Universal Music Enterprises 272 7390, code-barres 0602527273808. Le répertoire The Paul McCartney Project reprend le 12 janvier pour les éditions britannique et américaine. Les plateformes de streaming peuvent en revanche afficher « 1 January 2010 » comme date de l’album numérique, parfois accompagnée de mentions de droits actualisées plusieurs années plus tard. On ne saurait utiliser cette seule indication numérique pour réfuter la date de sortie commerciale du CD : les référentiels de distribution entretiennent plusieurs calendriers. La notice doit distinguer date de mise en vente physique, date de première annonce, date d’entrée dans une plateforme et date de renouvellement d’une licence. Cette attention chronologique est indispensable à une encyclopédie discographique, surtout lorsqu’une œuvre a connu plusieurs formats et plusieurs vagues de numérisation.

L’objet britannique : numéro de catalogue et configuration

La description d’époque du CD britannique signale un boîtier plastique standard, accompagné d’un livret relativement succinct. La référence 272 7390 identifie cette manifestation commerciale particulière, et non l’ensemble des albums Y Not vendus dans le monde. Pour attribuer un visuel de façon sûre, le chercheur devrait conserver les vues du boîtier fermé, de l’inlay, des pages intérieures, du disque et des mentions légales. Il faut relever la référence de catalogue ainsi que le pays et le distributeur lorsque ces indications figurent effectivement sur l’exemplaire. Dans les collections, une simple photographie de la face avant est insuffisante pour savoir si les photographies intérieures créditées à Ringo sont présentes. Les fiches marchandes peuvent reprendre le même visuel pour une édition en vinyle, un CD et une version dématérialisée ; elles ne constituent donc pas, à elles seules, des preuves de contenu matériel identique.

Photographie d’artiste et photographie promotionnelle

La documentation de Y Not invite à établir quatre catégories : l’image de couverture, les photographies extérieures du livret et de l’inlay, les images intérieures et les portraits diffusés dans la presse au moment du lancement. Deux catégories sont explicitement partagées entre Rob Shanahan et Ringo Starr ; les autres appellent un récolement selon leur lieu de publication. Une photographie extraite d’un communiqué de 2010 peut être plus largement réutilisée que celle d’un livret, sans que cela prouve qu’elle appartient à la même séance. La méthode consiste à identifier pour chaque image le document d’origine, le crédit exact, le territoire, la date de diffusion et les légendes contemporaines. Une photographie visible sur une page de catalogue de 2026 n’acquiert pas rétroactivement une date de prise de vue correspondant à l’année de la page. Pour les collectionneurs, cette démarche protège la distinction entre tirage original, scan d’édition et image promotionnelle.

La production musicale, contexte et non prétexte

Ringo Starr et Bruce Sugar assurent la production et le mixage du disque. Parmi les invités figurent Paul McCartney, Joe Walsh, Joss Stone et d’autres collaborateurs. L’événement musical est bien documenté par la presse de janvier 2010, notamment un entretien diffusé par NPR, et par Genesis Publications. Ce contexte explique pourquoi l’album marque un nouveau moment d’autonomie créative pour le chanteur. Pourtant, cette étude visuelle n’a pas vocation à répéter l’analyse piste par piste de Peace Dream, Walk With You ou Who’s Your Daddy. La distinction des intentions éditoriales évite la cannibalisation interne : aux pages musicales la composition et les séances, à ce chapitre la photographie, le design, les crédits et la matérialité des éditions. Les deux ensembles doivent se relier pour que le lecteur puisse circuler de l’histoire du son à celle des objets sans retrouver les mêmes paragraphes à l’identique.

2010 et les années suivantes : l’image publique devient un atelier partagé

La place de Rob Shanahan sur Y Not annonce la continuité de plusieurs collaborations photographiques des années 2010, tandis que Vartan et Meire Murakami réapparaissent dans d’autres crédits de pochettes. Cette continuité professionnelle ne signifie pas que chaque album repose sur le même mode de décision ou sur les mêmes photographies. Avec Ringo 2012, Shanahan est associé aux portraits photographiques ; avec Postcards from Paradise (2015), l’équipe distingue la couverture de Shanahan et le verso attribué à Scott Ritchie. Le corpus dessine moins une esthétique uniforme qu’une succession de projets où les tâches sont recomposées. Le cas Y Not est particulièrement précieux : Ringo y figure noir sur blanc comme contributeur au concept visuel et aux photographies intérieures. Cette qualification devrait être rappelée dans toute chronologie de sa création graphique, à côté de ses peintures, de ses livres et de ses tirages d’art.

Les crédits à transcrire exactement : petite méthode de catalogage

Pour préserver les nuances, la fiche de référence doit transcrire quatre mentions distinctes : « Concept, design and booklet inside photography: Ringo Starr » ; « Booklet outside and inlay photography: Rob Shanahan » ; « Art Direction: Vartan » ; « Additional Design: Meire Murakami ». La traduction française doit conserver les spécifications de surface et de rôle. On ne transformera pas « concept » en « peintre », ni « photographie intérieure » en « toutes les photographies du disque ». Il faut aussi séparer les crédits de musique et de graphisme, même si Ringo apparaît dans les deux. Lorsqu’un exemplaire matériel présente une formulation différente, on la notera comme variante documentée et non comme faute à éliminer. Le catalogue peut ensuite renseigner la référence commerciale, les formats connus, les sources consultées et les pièces manquantes. Cette méthode facilite les révisions futures : une nouvelle photographie d’un livret peut compléter une notice précise, sans imposer de réécrire tout le chapitre.

Ce que nous ne pouvons pas encore établir

Aucun des crédits consultés ne permet de déterminer le lieu ou le jour de la séance de couverture, la marque de l’appareil, le type de film ou de capteur, l’identité du retoucheur, les essais typographiques ou l’existence de maquettes refusées. On ignore également, sans comparaison physique complète de toutes les éditions, si chaque territoire a reproduit les mêmes images intérieures. Un entretien contemporain portant spécifiquement sur les intentions de la couverture, les fichiers de fabrication ou une planche-contact permettrait de progresser. Il serait trompeur de combler ces absences avec des descriptions poétiques de la photographie. L’intérêt encyclopédique réside précisément dans l’état différencié des preuves : crédits sur support commercial, déclarations de l’artiste sur sa prise de responsabilité musicale, reproductions des objets et lacunes identifiées. Une telle démarche offre aux lecteurs spécialisés des questions contrôlables plutôt que des certitudes apparentes.

L’auteur visuel et le collectif de fabrication de Y Not

La double position de Starr sur le disque de 2010

Les crédits de Y Not associent Ringo Starr au concept et au design, ainsi qu’à des photographies de l’intérieur du livret. Cette situation diffère de celle d’un album où il aurait simplement posé pour un photographe extérieur. Le musicien participe directement à la création visuelle et au choix d’un langage éditorial, mais son nom ne doit pas conduire à lui attribuer indistinctement chaque élément du CD.

La contribution d’auteur doit être reliée à son emplacement matériel : une photographie intérieure ne possède pas nécessairement la même fonction que le portrait de couverture, et une idée de présentation peut être mise en forme par un graphiste spécialisé.

Rob Shanahan et la séparation des corpus photographiques

Rob Shanahan est crédité pour les prises de vue extérieures et l’inlay. Cette contribution doit être séparée des photographies attribuées à Starr dans les pages intérieures. L’objet forme ainsi un petit ensemble de regards complémentaires : l’un présente Ringo au public, l’autre ouvre une fenêtre sur les images qu’il a personnellement choisies ou réalisées.

Un futur inventaire gagnerait à reproduire la suite des photographies avec leur position dans le livret et les crédits transcrits. Sans ce travail, les bases de données courtes risquent d’aplatir les deux contributions sous un crédit générique à la pochette.

Vartan et Meire Murakami : ne pas confondre conception et direction

Le travail de Vartan et de Meire Murakami indique que Y Not résulte d’une coordination de fonctions visuelles. La direction artistique, l’élaboration graphique, la photographie et le choix de l’idée initiale peuvent être compatibles sans relever du même auteur. Lorsque les documents ne détaillent pas un geste précis, le catalogue doit conserver la formulation originale du crédit au lieu d’inventer des opérations.

Le CD, le livret, l’inlay et la vignette numérique n’offrent pas la même surface de présentation. La description d’une édition précise est donc indispensable pour comprendre ce que chacun des professionnels a contribué à produire.

Conclusion : un jalon à placer dans l’œuvre visuelle de Ringo

L’histoire de la pochette de Y Not permet de corriger une représentation réductrice de Ringo Starr. Il n’a pas seulement été photographié par ses contemporains ni attendu les éditions bibliophiliques de la décennie 2010 pour faire reconnaître son regard : un album commercial lui attribue dès 2010 le concept visuel, le design et les photographies de l’intérieur de son livret. Cette preuve appelle néanmoins un partage précis des responsabilités avec Rob Shanahan, Vartan et Meire Murakami. L’album ne constitue pas, à lui seul, un catalogue de négatifs ou une déclaration esthétique exhaustive. Il documente un moment de création à plusieurs voix, dont la richesse dépasse les titres et les ventes. En l’inscrivant entre les albums précédents et les pochettes des années 2010, Yellow-Sub restitue à l’objet sa place dans une histoire générale des images produites par Ringo et autour de lui.

Sources et pièces de contrôle

  1. JPGR’s Beatles Pages, « Y Not » (2010), référence CD britannique, date de commercialisation et transcription détaillée des crédits photographiques et graphiques, fiche discographique.
  2. Genesis Publications, « Ringo Starr – Y Not », 1er février 2010, déclaration de Ringo Starr sur sa prise en main de la production, article d’archive.
  3. The Paul McCartney Project, « Y Not », notice de publication britannique et américaine du 12 janvier 2010, chronologie de publication.
  4. NPR, « Ringo Starr: The Drums Are Where The Soul Is », 15 janvier 2010, entretien contemporain consacré à la production et au disque, transcription et enregistrement.
  5. Édition physique Universal Music Enterprises 272 7390 : livret et inlay à vérifier matériellement pour la répartition des crédits, leur présence sur d’autres pressages restant à examiner.

La suite du parcours photographique : 2015

La collaboration avec Rob Shanahan se poursuit à une autre échelle dans Postcards from Paradise (2015) : Shanahan est crédité pour la couverture, Scott Ritchie pour le verso et Vartan, Masaki Koike et Meire Murakami pour la direction graphique. Il s’agit d’un autre projet, dont les clichés ne doivent pas être assimilés aux photos intérieures de Y Not.

Autres chapitres à consulter

Pochettes de 1983 à 2026 ; attributions et archives photographiques ; chronologie des arts visuels.

Avant Y Not : le design multimédia de Liverpool 8

Deux ans auparavant, Liverpool 8 (2008) avait déjà associé couverture graphique, photographie professionnelle et fichiers distribués sur bracelet USB. La différence avec Y Not est essentielle : le disque de 2010 crédite Ringo lui-même pour le concept et les photos intérieures.

Concordances de photographes et de graphistes

Le statut de Ringo en tant que photographe ou concepteur d’image doit être distingué des crédits des collaborateurs sur ses albums précédents.

Choose Love (2005) · Vertical Man (1998)

Y Not : quand le chanteur est aussi un contributeur à l’objet visuel

Avec Y Not en 2010, l’histoire de la pochette de Ringo Starr prend une inflexion intéressante. Le musicien n’est plus seulement le modèle dont il faut choisir le portrait, ni l’interprète représenté par l’identité graphique de son label. Les crédits de l’album font apparaître son intervention dans la conception visuelle et dans certaines photographies intérieures. La difficulté consiste précisément à délimiter cette participation. L’attribution de clichés à Starr ne signifie pas qu’il ait photographié tous les objets reproduits sur les différentes faces de l’édition, tandis que le crédit de création visuelle n’efface pas le travail de direction artistique assuré par d’autres. Cette situation oblige à raconter l’objet comme le résultat d’un travail partagé, en distinguant l’initiative du musicien, les images dont il est l’auteur, le choix des documents et l’organisation graphique finale. L’auteur de l’album joue ici un rôle visuel tangible, mais il serait historiquement trompeur de transformer cette présence en crédit exclusif sur la totalité de l’emballage.

Le regard intérieur et le portrait extérieur

Le dossier de l’album distingue des contributions photographiques associées à Starr et des photographies attribuées à Rob Shanahan. L’intérêt documentaire de cette juxtaposition dépasse la question du prestige de deux noms. Une photographie réalisée par le musicien dans son entourage ne produit pas la même relation au sujet qu’un portrait conçu par un photographe professionnel pour l’accompagner dans sa communication. Le premier ensemble peut conserver la trace d’un geste personnel et d’une proximité avec l’objet représenté ; le second dépend d’un dispositif de portrait, d’un choix de lumière, d’une situation de commande. Il ne faudrait cependant pas conclure que les images personnelles seraient spontanées et les portraits nécessairement artificiels : leurs conditions particulières doivent être démontrées. La coexistence de ces sources d’image donne au livret sa véritable richesse historique, à condition de ne pas mélanger leurs responsabilités. Une bonne description du CD note ainsi les auteurs des images et leur place matérielle exacte, plutôt que d’attribuer une conception uniforme à tout le volume.

Le design graphique, dernier étage de la fabrication

Le rôle de Vartan et de Meire Murakami rappelle que la direction artistique peut réunir des photographies d’origines diverses dans une identité cohérente. Ce travail s’accomplit après, ou parallèlement à, la création des images : il implique une hiérarchie des informations, des recadrages éventuels, une relation entre typographie et portraits et la prise en compte du support final. Le nom du musicien et le titre très bref de Y Not se prêtent particulièrement à cette mise en relation du mot et de l’image. Pour une édition discographique, la question utile n’est donc pas simplement « qui a dessiné la pochette ? », mais « quels documents et quelles contributions sont devenus l’objet imprimé que l’on peut décrire aujourd’hui ? ». On peut prolonger ce constat avec Ringo 2012 et What’s My Name, sans confondre les créateurs crédités d’un disque à l’autre ni inventer une continuité de séances photographiques.