Un an après une éviction aussi brutale que confuse, Zak Starkey a retrouvé Roger Daltrey et Pete Townshend dans une salle de répétition. Le batteur assure que le groupe était « en feu », tandis que Daltrey évoque désormais de possibles adieux européens. Aucune date n’est encore annoncée, mais une chose paraît acquise : chez The Who, « The Song Is Over » n’a jamais aussi mal porté son nom.
Sommaire
Une confidence lâchée sur une scène de Las Vegas
Il aura suffi de quelques mots prononcés presque incidemment pour relancer la machine. Le 26 août 2026, lors d’un concert solo donné à l’Encore Theater de Las Vegas, Roger Daltrey a révélé que The Who venait de répéter avec Zak Starkey, son batteur historique évincé l’année précédente.
Le chanteur ne s’est pas contenté d’évoquer une rencontre amicale ou une simple séance destinée à vérifier que chacun avait conservé le numéro de téléphone des autres. Cette répétition avait un objectif précis : déterminer si The Who était encore capable d’envisager plusieurs concerts en Europe.
Daltrey a ensuite livré un verdict sans ambiguïté : « Cela sonnait fantastiquement bien. […] Ce n’est absolument pas terminé. » Selon ses propos rapportés par Rolling Stone Australia, le groupe doit encore faire ses adieux au public européen, ainsi qu’à plusieurs pays dans lesquels il a connu le succès.
La déclaration est importante. La tournée The Song Is Over de 2025 avait été présentée comme la dernière tournée nord-américaine de The Who, non comme la dissolution définitive du groupe. Daltrey vient ainsi de préciser une nuance qui, jusqu’ici, avait été ensevelie sous les formules d’adieu : les États-Unis et le Canada ont peut-être assisté au dernier grand périple américain de The Who, mais l’histoire pourrait se poursuivre ailleurs.
Zak Starkey n’a pas tardé à confirmer la nouvelle. Sur les réseaux sociaux, le batteur a salué les paroles de Daltrey avant d’écrire : « Bien joué, Rog. J’ai hâte de remettre le feu avec The Who. »
Avec son humour coutumier, il a ajouté que le groupe n’avait sans doute jamais répété aussi sérieusement, alors que les séances ordinaires consistaient souvent à boire du thé tout en discutant de l’heure à laquelle chacun pourrait rentrer chez lui. Dans une déclaration adressée à Rolling Stone, Starkey s’est montré plus direct encore : « Nous avons répété tout un après-midi et nous étions en feu. […] C’est bon d’être à la maison. »
La réconciliation n’est donc plus une simple rumeur. Daltrey et Starkey ont publiquement confirmé la séance. La perspective de concerts européens est réelle. En revanche, elle demeure à ce stade un projet à l’étude : aucun itinéraire, aucune salle et aucune date n’ont été officiellement annoncés.
Mars 2025 : le concert où tout a dérapé
Pour mesurer la portée de ces retrouvailles, il faut revenir au 30 mars 2025. Ce soir-là, The Who se produit au Royal Albert Hall de Londres au bénéfice du Teenage Cancer Trust, l’organisation caritative à laquelle Roger Daltrey est associé depuis de nombreuses années.
Le groupe tente alors une rareté de Who’s Next, The Song Is Over, qui n’avait encore jamais été jouée intégralement en concert. La symbolique deviendra bientôt presque trop parfaite : c’est précisément pendant cette chanson que la mécanique se dérègle.
Daltrey interrompt l’interprétation et se plaint publiquement de ne plus parvenir à entendre la tonalité dans ses retours de scène. « Tout ce que j’entends, c’est la batterie qui fait boum, boum, boum. Je ne peux pas chanter là-dessus », lance-t-il devant le public.
Les images de l’incident circulent rapidement. Elles donnent l’impression d’un chanteur mettant directement en cause son batteur. Quelques semaines plus tard, le départ de Zak Starkey est annoncé.
La réalité technique paraît toutefois beaucoup moins simple. Pete Townshend reconnaîtra lui-même que le groupe n’avait peut-être pas consacré suffisamment de temps aux balances et que le son au centre de la scène du Royal Albert Hall était particulièrement difficile à maîtriser. Le guitariste venait en outre de subir une opération complète du genou, ce qui n’avait guère facilité la préparation des concerts.
Starkey défendra une autre version. Selon lui, Daltrey serait entré plusieurs mesures trop tôt dans la chanson avant d’attribuer le problème au volume de la batterie. Townshend déclarera plus tard n’avoir rien remarqué d’anormal dans le jeu du batteur et estimera que les difficultés provenaient probablement du son de scène. Il ira même jusqu’à suggérer que Daltrey avait pu se perdre dans la structure du morceau.
Faute d’enregistrement multipiste et de relevé précis des communications dans les oreillettes, il serait hasardeux de désigner un coupable. Une certitude demeure : un problème musical et technique, survenu en public, s’est transformé en conflit personnel puis en crise médiatique.
Congédié, rappelé, puis écarté une seconde fois
La suite ressemble davantage à un vaudeville rock qu’à une gestion de personnel ordinaire.
À la mi-avril 2025, la presse britannique annonce que Zak Starkey et The Who se séparent après vingt-neuf années de collaboration. Le batteur se dit surpris et attristé, tout en soulignant sa fierté d’avoir accompagné le groupe pendant près de trois décennies.
Trois jours plus tard, le 19 avril, Pete Townshend publie sur le site officiel un communiqué intitulé « Who Back Zak! ». Il affirme que Starkey n’a pas été invité à quitter le groupe et évoque des problèmes de communication désormais réglés. Roger Daltrey et lui souhaitent seulement que le batteur adapte son jeu à une formation redevenue non orchestrale. Starkey accepte et remercie ses partenaires de le maintenir au sein de ce qu’il appelle la « famille Who ».
La paix ne dure pourtant qu’un mois.
Le 18 mai, Townshend et Daltrey annoncent une nouvelle séparation. Leur communiqué officiel explique que The Who se dirige vers la retraite, tandis que Starkey, plus jeune d’une vingtaine d’années, doit pouvoir consacrer son énergie à ses nouveaux projets. Scott Devours, batteur du groupe solo de Daltrey, est désigné pour le remplacer pendant la tournée nord-américaine.
Starkey conteste immédiatement le caractère volontaire de ce départ. Il affirme avoir été congédié une seconde fois et avoir refusé de publier un texte laissant entendre qu’il avait choisi de partir. Ses activités avec Mantra Of The Cosmos, assure-t-il, n’avaient jamais interféré avec son travail pour The Who.
Les versions officielles et privées se contredisent alors ouvertement. Townshend qualifiera lui-même l’affaire de « gâchis » et reconnaîtra ne pas avoir totalement compris comment elle avait pu prendre de telles proportions. Dans un entretien ultérieur, il décrira Starkey comme « un autre Keith Moon », avec les immenses qualités et les difficultés que cela peut comporter, tout en affirmant qu’il lui manquerait terriblement.
Une rupture qui n’avait jamais ressemblé à une séparation définitive
Malgré la violence des échanges, Zak Starkey n’a jamais réellement fermé la porte.
Il a certes décrit The Who comme un groupe imprévisible, agressif et « accro aux frictions », mais sans exprimer de véritable rancœur. Pour lui, Daltrey et Townshend restaient une famille, avec tout ce que le mot peut contenir d’affection, de conflits anciens et de réconciliations inattendues.
À l’été 2025, le batteur confiait d’ailleurs que Daltrey lui avait conseillé de ne pas retirer immédiatement son matériel de l’entrepôt utilisé par The Who, au cas où le groupe aurait de nouveau besoin de lui. Derrière les communiqués contradictoires, les discussions n’avaient donc jamais totalement cessé.
C’est l’une des clés permettant de comprendre la répétition de 2026. Starkey n’a pas été rappelé après une coupure complète et un silence de plusieurs années. Les liens personnels avaient survécu à la rupture professionnelle. La porte était restée entrouverte, même lorsque chacun assurait publiquement que le temps du changement était venu.
La séance récente constitue cependant davantage qu’une réconciliation privée. Daltrey, Townshend et Starkey ont voulu savoir s’ils étaient encore capables de jouer ensemble au niveau exigé par un concert de The Who. D’après leurs déclarations concordantes, la réponse est positive.
Zak Starkey, bien davantage que « le fils de Ringo »
Pour les amateurs des Beatles, le nom de Zak Starkey possède évidemment une résonance particulière. Né en septembre 1965, il est le fils de Ringo Starr et de sa première épouse, Maureen Cox. Mais réduire son parcours à cette filiation reviendrait à ignorer la manière dont il a construit l’une des carrières de batteur les plus singulières du rock britannique.
Ringo Starr ne souhaitait pas nécessairement voir son fils embrasser le même métier. Zak apprit donc largement par lui-même. Keith Moon, ami proche de la famille Starkey et personnage fascinant aux yeux du jeune garçon, joua cependant un rôle déterminant. Il lui offrit notamment une batterie Premier blanche et dorée alors qu’il avait environ douze ans, souvenir évoqué par Starkey dans un entretien accordé à Modern Drummer.
L’histoire semble avoir été écrite par un scénariste un peu trop épris de symboles : le fils du batteur des Beatles allait devenir, près de vingt ans après la mort de Moon, l’homme capable de rendre à The Who une partie de son vertige rythmique.
Starkey avait déjà travaillé avec Roger Daltrey et John Entwistle lors de la tournée Daltrey Sings Townshend en 1994 lorsqu’il fut recruté pour la renaissance de Quadrophenia en 1996. Son intégration fut suffisamment convaincante pour qu’il demeure derrière les fûts pendant près de trente ans.
Il participa aux grandes tournées de la seconde vie du groupe, aux concerts suivant la disparition de John Entwistle en 2002, aux prestations du Super Bowl et des Jeux olympiques de Londres, ainsi qu’aux albums Endless Wire et WHO. Parallèlement, il joua avec Johnny Marr, The Lightning Seeds et Oasis, dont il fut le batteur entre 2004 et 2008.
Cette carrière démontre que Starkey n’est ni un remplaçant de circonstance ni le bénéficiaire d’un simple héritage familial. Il est devenu une composante essentielle du son scénique moderne de The Who.
Pourquoi sa batterie compte autant dans le son de The Who
Dans The Who, la batterie n’a jamais été un simple instrument chargé de maintenir le tempo. Avec Keith Moon, elle constituait presque une seconde voix principale : imprévisible, bavarde, explosive, mais constamment attentive aux mouvements de Pete Townshend et de Roger Daltrey.
Remplacer Moon à l’identique était impossible. Kenney Jones, puis Simon Phillips, apportèrent chacun leurs qualités, sans pour autant reproduire cette conversation permanente entre la batterie, la guitare et le chant.
Zak Starkey a trouvé une autre voie. Son jeu ne constitue pas une imitation servile de Moon, mais il en comprend la logique profonde. Il sait remplir les espaces laissés par les accords de Townshend, relancer une phrase de Daltrey, transformer un roulement en réponse mélodique et maintenir une impression de danger sans faire s’effondrer la structure.
C’est ce mélange de contrôle et d’instabilité qui explique son importance. Starkey donne aux morceaux une respiration proche de celle du groupe historique tout en possédant une précision plus adaptée aux grandes productions contemporaines, aux séquences programmées et, lorsqu’il le faut, aux formations orchestrales.
Scott Devours a rempli sa mission avec professionnalisme pendant la tournée de 2025 et demeure le batteur du groupe solo de Daltrey. Son éviction éventuelle ne doit donc pas être présentée comme la correction d’une erreur musicale. Il s’agit plutôt d’un choix d’identité : lorsque Daltrey et Townshend imaginent The Who sur une scène européenne, le jeu de Starkey paraît encore associé à la manière dont ils souhaitent entendre leurs chansons.
Une répétition qui ressemblait à un examen de passage
Le détail le plus révélateur de cette affaire est peut-être l’intensité de la séance.
Starkey affirme que le groupe n’avait jamais répété aussi durement. Derrière la plaisanterie sur le thé et l’heure du départ se cache probablement une réalité moins légère. Roger Daltrey a désormais 82 ans, Pete Townshend 81 et Zak Starkey 60. Reprendre la route ne consiste plus simplement à vérifier que chacun se souvient des accords de My Generation.
Il faut tester l’endurance, la tonalité des morceaux, les arrangements, le volume de scène et la capacité du chanteur à entendre précisément les repères nécessaires. Le conflit de 2025 ayant justement commencé par un problème de retours et de communication musicale, cette répétition devait également vérifier que les mêmes difficultés ne risquaient pas de réapparaître.
On peut donc raisonnablement y voir une véritable séance d’évaluation plutôt qu’une réunion nostalgique. Le fait qu’elle se soit prolongée tout un après-midi et que Daltrey comme Starkey en soient sortis enthousiastes indique que l’hypothèse européenne est prise au sérieux.
Cela ne garantit pas qu’une tournée aura lieu. Cela signifie seulement que le premier obstacle — la capacité du groupe à fonctionner de nouveau avec Starkey — semble avoir été franchi.
« The Song Is Over », mais seulement en Amérique
Le choix du titre The Song Is Over pour la tournée d’adieu de 2025 avait déjà quelque chose d’étrangement prémonitoire. La chanson avait provoqué l’incident du Royal Albert Hall, puis donné son nom à la tournée effectuée sans Starkey.
Cette série de concerts s’est achevée publiquement le 1er octobre 2025 à l’Acrisure Arena de Greater Palm Springs. Le site officiel de The Who avait soigneusement présenté l’événement comme le dernier concert public de la tournée d’adieu nord-américaine.
La formulation laissait une marge. Elle ne disait pas que The Who ne jouerait plus jamais. Elle ne fermait pas davantage la porte à l’Europe, au Royaume-Uni ou à quelques apparitions ponctuelles.
Le groupe possède, il est vrai, une longue expérience des adieux réversibles. Une première tournée d’adieu avait déjà été organisée en 1982, avant le retour de The Who pour Live Aid en 1985, puis une véritable reformation scénique en 1989. Au fil des décennies, Daltrey et Townshend ont souvent distingué la fin des longues tournées de la fin définitive du groupe.
Cette fois, l’âge et les problèmes de santé rendent la perspective plus fragile. Il est peu probable que The Who se lance encore dans un marathon mondial comparable à ceux de sa grande époque. Une série limitée de concerts européens, espacés afin de protéger la voix de Daltrey, paraît beaucoup plus vraisemblable.
Ce qui est confirmé — et ce qui reste encore incertain
Au 31 août 2026, quatre éléments peuvent être considérés comme établis. Zak Starkey a bien répété avec The Who. La séance avait pour but d’évaluer la possibilité de nouveaux concerts. Roger Daltrey vise explicitement l’Europe et d’autres territoires auxquels le groupe n’a pas encore fait ses adieux. Enfin, Starkey se considère de nouveau comme membre de cette aventure.
Tout le reste doit encore être confirmé.
Le calendrier officiel de The Who ne présente pour l’instant aucune date du groupe. Il répertorie uniquement les concerts solo de Roger Daltrey, aux États-Unis puis au Brésil. La page consacrée aux musiciens de tournée continue par ailleurs de présenter Scott Devours comme batteur. Aucun communiqué signé conjointement par Daltrey et Townshend n’a encore officialisé la réintégration de Starkey.
Il serait donc prématuré d’annoncer une tournée européenne comme une certitude ou de spéculer sur des villes, des salles et un calendrier. Une répétition concluante peut déboucher sur une tournée, quelques concerts isolés ou, si les contraintes physiques et financières s’avèrent trop importantes, ne jamais dépasser le stade du projet.
Mais le changement de climat est incontestable. Un an auparavant, les trois musiciens échangeaient des versions contradictoires sur une séparation acrimonieuse. Aujourd’hui, Daltrey affirme que le groupe sonne remarquablement bien et Starkey dit avoir retrouvé sa maison.
Une famille du rock impossible à quitter
Le retour de Zak Starkey possède une portée qui dépasse le simple remplacement d’un musicien. Il rétablit une continuité commencée en 1996 et relie plusieurs générations de l’histoire britannique : les Beatles à travers Ringo Starr, le chaos de Keith Moon, la renaissance scénique de The Who et même le mouvement britpop grâce aux années passées par Starkey avec Oasis.
Il rappelle surtout que The Who a toujours vécu dans la confrontation. Le groupe original reposait déjà sur quatre personnalités incompatibles dont les tensions devenaient, une fois sur scène, une source d’électricité. La paix durable n’a jamais été sa spécialité. Sa véritable unité s’est toujours révélée dans le bruit.
Rien ne permet encore d’affirmer que Roger Daltrey, Pete Townshend et Zak Starkey parcourront bientôt l’Europe. Mais ils se sont retrouvés dans une salle, ont travaillé plus sérieusement qu’à l’accoutumée et ont découvert que la musique était toujours là.
Pour The Who, c’est peut-être la seule forme de réconciliation qui compte vraiment. La chanson n’est pas terminée. Elle réclame simplement, semble-t-il, un dernier couplet européen.













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