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21 août 1966 : le jour où les Beatles ont joué dans deux villes — et décidé d’arrêter les tournées

Cincinnati à midi, Saint-Louis sous la pluie le soir : le récit heure par heure du 21 août 1966, la journée qui a convaincu Paul McCartney d’arrêter les tournées.

Il y a des dates qui ne figurent dans aucune discographie, qui n’ont produit ni chanson ni photo de pochette, et qui pèsent pourtant plus lourd que bien des séances d’Abbey Road. Le dimanche 21 août 1966 est de celles-là. Ce jour-là, les Beatles montent deux fois sur scène, à 549 kilomètres de distance, dans deux stades de base-ball séparés par un vol d’une heure et quart. À midi, sous un soleil écrasant, ils jouent au Crosley Field de Cincinnati un concert qui aurait dû avoir lieu la veille et que l’orage a emporté. À 20 h 30, ils jouent au Busch Memorial Stadium de Saint-Louis, sous une bâche, avec de l’eau qui goutte sur les amplis et un homme posté à la prise de courant principale, prêt à tout débrancher si l’un d’eux se met à trembler.

Entre les deux, un avion. Après le second, un camion de déménagement vide, aux parois métalliques, dans lequel quatre hommes de vingt-quatre à vingt-six ans glissent d’un bord à l’autre sans rien à quoi se retenir. C’est là — ou peut-être quelques heures plus tôt, la question reste ouverte et nous y reviendrons — que Paul McCartney, dernier défenseur de la scène au sein du groupe, capitule. Huit jours et quatre concerts plus tard, le 29 août 1966, les Beatles donnent au Candlestick Park de San Francisco leur ultime concert public payant. Ils ne le diront à personne. Ils se contenteront de ne plus jamais recommencer.

En bref — Le 20 août 1966, le concert de Cincinnati est annulé : le promoteur n’avait pas installé la bâche prévue au contrat, la scène est détrempée, le risque d’électrocution jugé trop élevé. Reporté au lendemain midi, il devient le seul concert des Beatles joué en plein jour et sous le soleil aux États-Unis — et le seul jour de leur carrière où ils se produisent dans deux villes américaines différentes. Le soir même, au Busch Memorial Stadium de Saint-Louis, devant 23 143 spectateurs payants et sous une pluie battante, ils jouent onze titres en une trentaine de minutes, protégés par une bâche de fortune. McCartney racontera dans The Beatles Anthology que cette journée l’a définitivement convaincu qu’il fallait cesser de tourner. Cachet du jour à Cincinnati : 60 000 dollars, ramenés d’un contrat initial de 75 000 dollars après la controverse « plus populaires que Jésus ».

Sommaire

Le contexte : une tournée que l’on entame comme on part au front

Pour comprendre pourquoi une averse dans l’Ohio a suffi à faire basculer le groupe le plus puissant du monde, il faut se souvenir de l’état dans lequel les Beatles abordent cette troisième et dernière tournée nord-américaine. Ils ne sont pas fatigués : ils sont usés, et surtout ils ont peur. L’été 1966 a été, pour eux, une succession ininterrompue d’humiliations, de menaces et de malentendus, à un rythme qu’aucun groupe de leur stature n’accepterait aujourd’hui.

Munich, Tokyo, Manille : le printemps de tous les dangers

La séquence commence fin juin en Allemagne, avec un accueil policier écrasant et une atmosphère de service d’ordre plutôt que de fête. Elle se poursuit au Japon, où les Beatles jouent au Nippon Budokan de Tokyo — une salle considérée par les nationalistes comme un sanctuaire des arts martiaux que la musique occidentale profane. Le groupe est consigné dans sa suite de l’hôtel Hilton, escorté par des milliers de policiers, visé par des menaces de mort explicites.

Puis vient Manille, le 4 juillet 1966. Les Beatles manquent, sans le savoir, une invitation à déjeuner d’Imelda Marcos au palais présidentiel : l’information ne leur est jamais transmise correctement, Brian Epstein ayant décliné selon la règle habituelle du groupe — pas de réceptions officielles. La télévision philippine diffuse en boucle les images des enfants attendant en vain. Le lendemain, la protection policière disparaît, les escalators de l’aéroport sont coupés, et le groupe et son entourage traversent l’aéroport international sous les coups et les crachats. Mal Evans, le road manager, est frappé. Brian Epstein est contraint de rendre une partie des recettes. Le groupe quitte les Philippines dans un état de sidération dont il ne se remettra pas. Nous avons raconté cet épisode en détail dans notre enquête sur le scandale Marcos de Manille ; c’est le moment précis où, selon plusieurs témoins, George Harrison décrète qu’il ne remontera plus jamais dans un avion pour aller jouer.

« Plus populaires que Jésus » : la bombe à retardement américaine

Le 4 mars 1966, l’Evening Standard publie un long portrait de John Lennon signé Maureen Cleave. Dans le fil d’une conversation sur la décadence du christianisme en Angleterre, Lennon lâche que les Beatles sont désormais plus populaires que Jésus. En Grande-Bretagne, la phrase passe inaperçue : elle est lue pour ce qu’elle est, un constat sociologique désabusé. Fin juillet, le magazine américain pour adolescents Datebook reprend l’entretien et met la phrase en couverture, hors contexte. L’incendie se déclenche dans la Bible Belt : autodafés de disques, radios qui bannissent le groupe, menaces du Ku Klux Klan. Le 11 août, à Chicago, Lennon présente des excuses publiques lors d’une conférence de presse pénible. Notre article « Plus populaires que Jésus » : anatomie d’un séisme culturel retrace la mécanique complète de cet emballement.

La conséquence est immédiate et chiffrable : la billetterie souffre. C’est même la donnée la plus concrète de toute cette histoire. À Cincinnati, le cachet des Beatles a été renégocié à la baisse — de 75 000 à 60 000 dollars — précisément parce que les ventes de billets s’étaient effondrées dans plusieurs villes après la polémique. À Saint-Louis, le stade se remplit à moitié.

Un groupe de studio condamné à jouer un répertoire de 1964

Le paradoxe est vertigineux. Le 5 août 1966, seize jours avant Cincinnati, les Beatles publient au Royaume-Uni Revolver, disque de rupture, laboratoire de boucles de bande, de guitare inversée, de sitar et de cuivres, l’album qui fait basculer la musique enregistrée dans une autre époque. Nous lui avons consacré une anatomie complète pour ses soixante ans. Or ils ne peuvent en jouer strictement rien sur scène : ni « Tomorrow Never Knows », ni « Eleanor Rigby », ni « Got to Get You into My Life », ni « Yellow Submarine ». Aucun quatuor à cordes, aucune section de cuivres, aucune boucle de bande ne voyage avec eux. Trois amplis, trois guitares et une batterie : c’est tout le matériel de la tournée, comme George Harrison le rappellera plus tard avec un mélange d’amusement et d’effroi.

Le répertoire joué en août 1966 est donc, pour l’essentiel, celui d’un groupe qui n’existe plus. Sur les onze titres, le plus récent est le single « Paperback Writer », sorti fin mai. Les autres remontent à 1963, 1964 et 1965. Le décalage entre ce que les Beatles sont devenus en studio et ce qu’ils sont contraints de reproduire chaque soir devant 25 000 personnes qui ne les entendent pas est, à lui seul, une raison suffisante d’arrêter. Ce fossé, nous l’avions déjà exploré à propos du concert du Shea Stadium du 15 août 1965 : le triomphe absolu de la scène et, simultanément, la démonstration que la scène ne sert plus à rien.

Ajoutez à cela la déroute de la pochette dite « Butcher Cover », retirée en catastrophe par Capitol en juin 1966 — nous en avons raconté le scandale —, et vous obtenez le climat exact du 20 août 1966 : un groupe qui n’a plus envie, plus besoin, et bientôt plus de raisons.

Samedi 20 août 1966 : Crosley Field, la pluie et la bâche manquante

Les Beatles arrivent à Cincinnati dans la nuit du vendredi au samedi, en provenance de Memphis, où ils ont donné deux concerts la veille au Mid-South Coliseum. Memphis, c’était le point culminant de la peur : six membres du Ku Klux Klan en piquet devant la salle, un rassemblement religieux organisé en concurrence, et surtout un pétard lancé sur scène pendant le concert du soir. Le bruit, sec, ressemble à un coup de feu. Les quatre musiciens se regardent instantanément — chacun cherchant lequel des trois autres vient d’être touché. Ils ne ratent pas une note, mais quelque chose s’est cassé ce soir-là.

L’heure exacte de leur atterrissage à Cincinnati varie selon les sources — 1 h 35 selon la chronologie la plus répandue, 2 h 45 selon une dépêche UPI publiée le lendemain. Des centaines d’adolescents les attendent malgré l’heure. Le groupe s’installe au Vernon Manor Hotel, dans le quartier de Mount Auburn, sous la garde de quatre policiers postés devant les chambres. Au petit matin, la limousine stationnée derrière l’hôtel porte, tracés à même la poussière du coffre, les messages laissés par deux jeunes filles du quartier : un bonjour à Ringo, une déclaration à Paul. Le détail, relevé par le Cincinnati Post, dit assez bien ce qu’est encore la Beatlemania en 1966, même essoufflée.

Un contrat, une bâche, et une économie de bouts de chandelle

Le concert est prévu à 20 h 30 au Crosley Field, l’antique stade des Reds de Cincinnati, dans le West End. Les billets se vendent entre 3 et 5,50 dollars selon les emplacements et les sources. La scène est montée au niveau de la deuxième base, en plein champ, à une centaine de pieds du premier rang. Le dispositif est celui de toute la tournée : deux batteries de haut-parleurs, aucun retour de scène, une sonorisation conçue pour annoncer des changements de lanceur, pas pour diffuser un groupe de rock devant 15 000 adolescentes.

Le contrat signé par les promoteurs — Dino Santangelo et Steve Kirk — prévoit explicitement une bâche au-dessus de la scène. Elle n’a pas été installée. Selon l’auteur Scott Belmer, spécialiste des passages des Beatles à Cincinnati, il s’agissait d’une économie : on ne monte pas une structure coûteuse quand le ciel est encore clément. Le ciel cesse de l’être juste avant l’heure du spectacle. Une averse violente s’abat sur le West End. Pendant deux heures, les spectateurs attendent, trempés, dans des gradins découverts.

« Je croyais qu’ils jouaient de la guitare »

La scène la plus révélatrice de la soirée n’a pas eu lieu devant le public, mais autour de l’installation électrique. George Harrison en a livré le récit le plus cité : Mal Evans, arrivé pour installer le matériel, cherche l’arrivée de courant. L’employé qu’il interroge ne comprend pas la question et lui répond, en substance, qu’il croyait que ces gens-là jouaient de la guitare. Toute la journée du 20 août tient dans ce quiproquo : en 1966, l’infrastructure du concert de stade n’existe pas encore. Elle sera inventée, en grande partie, à cause de journées comme celle-là.

Le courant finit par être amené. Mais la scène est saturée d’eau, les prises noyées, et les guitares électriques deviennent des objets dangereux. Les Beatles, selon plusieurs témoignages de coulisses, se déclarent prêts à jouer sous la pluie puisque le public la subit lui aussi. C’est le risque d’électrocution, et lui seul, qui tranche.

Correctif factuel — « le seul concert que nous ayons jamais raté »
La formule est de George Harrison et elle est reprise partout. Elle mérite deux nuances. D’abord, le concert du 20 août n’a pas été annulé mais reporté de douze heures : il a bel et bien été joué, le lendemain midi, devant une partie du même public, avec les mêmes billets. Les Beatles n’ont donc rien « raté » au sens strict, et aucun remboursement général n’a été organisé. Ensuite, la phrase ne vaut que pour l’ère des grandes tournées : dans les années de clubs et de tournées britanniques, des dates avaient déjà sauté pour cause d’intempéries, de maladie ou de problèmes de transport. Harrison décrit une exception dans le monde des stades, pas une exception absolue.

22 h 25 : l’annonce

Les quatre groupes de première partie — The Remains, Bobby Hebb, The Cyrkle et The Ronettes — ont, selon la plupart des chroniques, déjà joué lorsque l’orage éclate ; certains témoins de première main affirment au contraire que The Remains et The Ronettes ne sont pas montés sur scène ce soir-là. Il faudra vivre avec cette contradiction : les comptes rendus de 1966 sont écrits dans l’urgence et se contredisent sur des détails que personne n’imaginait devoir vérifier soixante ans plus tard.

En coulisses, la décision se prend à plusieurs. John Lennon, selon le récit du Cincinnati Enquirer, est celui qui accepte le principe d’un retour le lendemain. Encore faut-il obtenir l’autorisation de réutiliser le stade : le responsable des Reds, John Murdough, ne parvient pas à joindre le propriétaire Bill DeWitt et finit par obtenir l’accord de son fils, Bill DeWitt Jr. À 22 h 25, après qu’on a laissé aux Beatles le temps de quitter discrètement l’enceinte, l’annonce tombe : rendez-vous dimanche à midi. Les souches de billets seront barrées au marqueur noir pour servir de contremarque.

La salle encaisse plutôt bien. Un groupe de jeunes filles pleure — elles partent en colonie le lendemain matin. Les spectateurs venus d’autres États savent qu’ils ne reviendront pas. Le titre du Cincinnati Enquirer du lendemain matin est resté célèbre localement : les Beatles sont trempés, mais ils reviendront à midi.

Une nuit difficile pour Paul McCartney

Plusieurs témoignages de spectateurs, recueillis des décennies plus tard, évoquent un McCartney souffrant ce samedi soir — certains parlent d’un malaise, d’autres d’un accès de nausée. Le fait n’est pas documenté par une source de première main contemporaine et il faut le manier avec prudence. Ce qui est en revanche attesté, c’est l’humeur du lendemain : Judith Sims, envoyée du magazine TeenSet qui suit la tournée, note que Paul ne parvient pas à sourire une seule fois pendant le concert de Cincinnati, qu’il ne se sent pas bien et qu’il vit mal l’idée de jouer dans de telles conditions.

Dimanche 21 août, midi : le seul concert des Beatles joué en plein soleil

Le dimanche matin, le ciel s’est dégagé. Barry Tashian, leader des Remains — le groupe de Boston qui ouvre toute la tournée et dont le nom reviendra plusieurs fois dans ce récit —, tient un journal quotidien qui constitue l’une des meilleures sources de première main sur ces trois semaines. Il note un lever à 7 h 30, une arrivée au Crosley Field vers 11 h 15, valises déjà sorties de l’hôtel, et une découverte désagréable : de l’eau au fond de son étui à guitare, souvenir de l’orage de la veille.

Le public revient après la messe. Sur les quelque 15 000 personnes présentes le samedi soir — chiffre du Cincinnati Post —, environ 12 000 retrouvent leur siège. Une bâche a cette fois été installée : non plus contre la pluie, mais contre le soleil. Elle bloque la vue depuis les gradins supérieurs, au point, note Judith Sims, que Ringo Starr devient invisible pour toute une partie du stade.

Correctif factuel — les chiffres de fréquentation ne concordent pas
Trois comptages coexistent pour le samedi soir : une dépêche UPI parle de 8 000 personnes, le Cincinnati Post de 15 000, et le Cincinnati Enquirer évoque également une estimation de 15 000 revenus le dimanche. Le Post avance 12 000 pour la séance de dimanche. Aucun de ces chiffres n’est un décompte de billetterie certifié : le Crosley Field pouvait accueillir environ 30 000 spectateurs, et toutes les sources s’accordent au moins sur un point, le stade n’était rempli qu’à moitié. La prudence commande de retenir une fourchette — de 12 000 à 15 000 — plutôt qu’un chiffre unique.

Sur la deuxième base, à midi

Bobby Hebb ouvre la journée. Son immense succès de l’année, « Sunny », prend ce jour-là une résonance ironique que le chanteur exploite avec humour, en présentant la chanson comme celle qui a rendu cette journée possible. The Cyrkle enchaîne, s’amusant à faire croire au public qu’ils attaquent « Red Rubber Ball » avant de bifurquer vers « Louie Louie ». Les Ronettes — sans Ronnie Bennett, restée en Californie auprès de Phil Spector, et remplacée par une cousine — assurent leur part. The Remains, groupe d’ouverture et, dans le même temps, formation d’accompagnement de Bobby Hebb, jouent leur set d’une vingtaine de minutes.

Puis les Beatles sortent du tunnel des joueurs, guitares déjà en bandoulière, et traversent le terrain à pied jusqu’à la scène circulaire posée sur la deuxième base — une image que les chroniqueurs de l’Enquirer comparent à un manège forain, avec sa bâche en pointe et son cordon de policiers en cercle. Ils portent des costumes gris à fines rayures bordeaux et des chemises à motifs. Harrison a chaussé ses petites lunettes rondes ; Lennon des lunettes de soleil teintées de jaune. Détail que seul un journaliste local pouvait relever, McCartney avait montré la veille sa ceinture rouge à un reporter en expliquant que c’étaient les couleurs de l’équipe locale.

Le concert dure entre vingt-cinq et trente minutes. Onze chansons. Les policiers postés autour de la scène ont du coton dans les oreilles. Et pour une fois — c’est le miracle involontaire de cette matinée —, une partie du public entend réellement la musique : en plein air, sous un ciel dégagé, avec un stade à moitié vide, les cris se dispersent au lieu de s’accumuler sous une voûte. Plusieurs spectateurs placés au premier rang témoignent avoir distingué les voix. C’est une rareté absolue dans l’histoire des concerts des Beatles.

La set-list du 21 août 1966

Le programme, identique le midi à Cincinnati et le soir à Saint-Louis, est celui figé pour l’ensemble de la tournée nord-américaine :

Ordre Titre Chant principal Origine
1 Rock and Roll Music John Lennon Reprise de Chuck Berry (Beatles for Sale, 1964)
2 She’s a Woman Paul McCartney Face B de « I Feel Fine », 1964
3 If I Needed Someone George Harrison Rubber Soul, 1965
4 Day Tripper Lennon / McCartney Single, 1965
5 Baby’s in Black Lennon / McCartney Beatles for Sale, 1964
6 I Feel Fine John Lennon Single, 1964
7 Yesterday Paul McCartney Help!, 1965
8 I Wanna Be Your Man Ringo Starr With the Beatles, 1963
9 Nowhere Man John Lennon Rubber Soul, 1965
10 Paperback Writer Paul McCartney Single, mai 1966
11 Long Tall Sally Paul McCartney Reprise de Little Richard, 1964

Deux titres viennent de Rubber Soul, dont l’unique composition de George Harrison inscrite au répertoire scénique du groupe — signe discret de l’évolution des rapports de force internes que nous avons détaillée dans notre étude sur les dix faits méconnus de Rubber Soul. Aucun titre de Revolver, pourtant en tête des ventes britanniques au moment même où ils jouent. « Paperback Writer » est le seul enregistrement récent, et encore : il s’agit d’un single, absent de l’album anglais.

Correctif factuel — « ils n’ont jamais joué Revolver sur scène »
L’affirmation est exacte mais souvent mal expliquée. Ce n’est pas seulement une question de complexité de studio : la tournée nord-américaine commence le 12 août 1966, quatre jours seulement après la sortie américaine de l’album. Le répertoire avait été arrêté et répété bien avant. À cela s’ajoute une contrainte matérielle absolue — pas de claviers, pas de cordes, pas de cuivres, pas de bande magnétique sur scène. Enfin, le format lui-même l’interdisait : une trentaine de minutes par soir, sur un plateau partagé avec quatre autres formations, ne laisse pas de place à l’expérimentation. Ce sont trois raisons distinctes, et non une seule.

Un ampli noyé, un McCartney qui ne sourit pas

Le récit de Judith Sims contient le détail technique le plus parlant de la journée. Dès les premiers accords, McCartney fait la grimace et interpelle Mal Evans : son amplificateur, endommagé par la pluie de la veille, produit un son saturé, comparable à celui d’une pédale de distorsion. Sur « Yesterday », un spectateur du premier rang note que la ligne de chant part de travers et se demande si la tonalité n’est pas trop haute ce jour-là. Le groupe, dit-il, sonne « plutôt approximatif », même s’il retient une belle version de « Paperback Writer » et de « If I Needed Someone ».

C’est précisément ce que révèle le concert de Cincinnati : dans les rares moments où le public parvient à entendre les Beatles en 1966, il découvre un groupe fatigué, mal équipé, jouant un répertoire qu’il n’aime plus, sur du matériel abîmé. Le mythe scénique tenait, en partie, à l’inaudibilité.

À l’issue du concert, les quatre musiciens disparaissent en quelques secondes, embarqués dans une voiture de police banalisée qui file vers une sortie de champ centre. Le photographe du Cincinnati Enquirer Fred Straub, accompagné pour l’occasion de son fils de douze ans, a shooté tout le set depuis le terrain ; ses tirages seront réclamés dans l’heure. Bob Bonis, le tour manager américain du groupe, prend ce jour-là — profitant de la lumière du plein jour — ce qui constitue les seules photographies couleur en gros plan connues des Beatles en concert.

341 miles : l’entre-deux

La suite tient de la logistique militaire. Il faut démonter le matériel, le charger, rejoindre l’aéroport et voler jusqu’à Saint-Louis, où tout doit être remonté pour un concert prévu à 20 h 30 le même soir. George Harrison, dans Anthology, résume la journée d’une manière qui en dit long sur l’écart avec les standards actuels : lever tôt, concert à midi, démontage, aéroport, vol, remontage, concert du soir. Il ajoute, avec une ironie rétrospective, qu’ils ne transportaient à l’époque que trois amplis, trois guitares et une batterie — et qu’il serait impensable de tenter la même chose aujourd’hui.

Correctif factuel — de quel aéroport sont-ils partis ?
Les sources divergent. Le Cincinnati Post du 22 août 1966 indique un départ du Greater Cincinnati Airport — l’aéroport international, situé côté Kentucky — à 16 heures. Plusieurs récits ultérieurs, dont des chroniques musicales locales, situent le départ à Lunken Airport, le petit aéroport municipal proche du centre-ville, plus commode pour un vol charter. Les deux hypothèses sont plausibles et aucune source contemporaine ne les départage de façon définitive. Notons également qu’un incident impliquant les Beatles est signalé à Lunken lors de leur arrivée, ce qui a pu contribuer à la confusion entre les deux sites.

La distance entre les deux stades est de 341 miles, soit environ 549 kilomètres. C’est ce chiffre, repris de source en source, qui a fait du 21 août 1966 une curiosité statistique : c’est le seul jour de toute la carrière des Beatles où le groupe s’est produit dans deux villes américaines différentes. Ils ont souvent donné deux concerts le même jour — une matinée et une soirée dans la même salle, comme à Memphis deux jours plus tôt —, mais jamais deux concerts séparés par un vol interurbain.

Dans l’avion, Bob Bonis photographie un McCartney détendu, penché vers un interlocuteur, dans un de ces rares moments d’accalmie que la tournée ménageait. Barry Tashian, lui, écrit dans son journal qu’il est en train d’atterrir à Saint-Louis, qu’il jouera ce soir, qu’il volera ensuite vers New York où il arrivera vers trois heures du matin, et que cette journée est longue mais qu’il sera bon de dormir dans son propre lit. Cette phrase banale contient toute la vérité économique de la tournée de 1966 : cinq formations, trois roadies, un avion, et un calendrier conçu comme une chaîne de montage.

C’est aussi ce jour-là que les Beatles accordent une interview à KIMN, station de radio de Denver. Le détail n’est pas anodin : quatre-vingt-cinq auditeurs de cette station ont gagné, dans le cadre d’un jeu-concours, un vol pour assister au concert de Saint-Louis. McCartney le mentionnera depuis la scène le soir même, et plusieurs de ces jeunes fans du Colorado en garderont le souvenir comme du grand événement de leur adolescence.

Busch Memorial Stadium, 20 h 30 : le concert sous la bâche

Le Busch Memorial Stadium est flambant neuf : inauguré en mai 1966, il a trois mois. C’est un stade circulaire moderne, capable d’accueillir plus de 45 000 spectateurs, avec un anneau de béton et une acoustique de cathédrale industrielle. Barry Tashian le trouve superbe. Les Beatles y sont attendus comme le premier grand concert de rock de l’histoire du lieu — et de fait, ils seront le premier des trois seuls concerts jamais donnés dans ce stade avant sa démolition, les deux autres étant des passages de Paul McCartney en solo, en 1993 et en 2016.

Une opération montée à crédit

La production locale est assurée par Regal Sports, société des frères Everett et Claude Agnew, promoteurs chevronnés qui font venir du jazz, de la soul et du rock à Saint-Louis depuis trois décennies. Ils s’appuient sur Nick Charles, animateur de la station KXOK, et sur des partenaires locaux — un grand magasin de la ville et une marque de soda régionale — pour réunir les 135 000 dollars nécessaires à la venue du groupe. Les billets, mis en vente dès le mois de mai, s’échelonnent à partir de 4,50 dollars.

Le résultat est éloquent : 23 143 spectateurs payants, soit à peu près la moitié de la capacité. Selon l’historienne locale Sara Schmidt, autrice d’un livre entier sur la Beatlemania à Saint-Louis, la vente était en bonne voie vers le complet avant que la déclaration de Lennon sur le christianisme ne vienne casser la dynamique. L’opération, au final, atteint tout juste l’équilibre financier.

Vingt mille tracts et quatre-vingt-cinq bénévoles

Avant le concert, quatre-vingt-cinq jeunes gens venus de deux paroisses baptistes de la région distribuent plus de vingt mille tracts consacrés à la phrase de Lennon. Le pasteur Bob Wright, de la First Baptist Church de Ferguson, insiste auprès de la presse sur le caractère non hostile de la démarche : les tracts reconnaissent qu’il y a une part de vérité dans le constat de Lennon, mais rappellent que la popularité est versatile, et que ceux qui acclamaient le Christ furent aussi ceux qui réclamèrent sa crucifixion.

L’accueil, lui, n’est pas toujours théologique. Le pasteur rapporte qu’un garçon de onze ans a été bousculé au visage et que d’autres distributeurs ont été insultés et pris pour cibles. Ce petit épisode, en marge, est l’un des rares où l’on voit le public des Beatles répondre physiquement à la polémique de l’été — et non l’inverse.

L’ordre du programme bouleversé par la météo

À 20 heures, les Del-Rays, groupe régional de Mascoutah dans l’Illinois — dont le deuxième single fut chanté par un tout jeune Michael McDonald, futur voix des Doobie Brothers —, ouvrent la soirée. La pluie reprend à la fin de leur passage. La production prend alors une décision inhabituelle : faire monter les Beatles plus tôt que prévu, avant que les conditions ne se dégradent davantage.

Correctif factuel — à quelle place les Beatles sont-ils passés ?
Le St. Louis Post-Dispatch du 22 août 1966 écrit que le groupe a été avancé « en troisième position sur cinq ». Les chronologies modernes, qui comptabilisent les Del-Rays parmi les artistes du plateau, les placent en quatrième position sur six. Les deux versions se réconcilient si l’on considère que le quotidien ne comptait pas le groupe d’ouverture local dans le programme officiel de la tournée. Ce qui est certain et unanimement rapporté, c’est que les Beatles n’ont pas clôturé la soirée : The Cyrkle et The Ronettes sont passés après eux — une inversion sans équivalent dans la tournée, et un symbole cruel pour le groupe le plus célèbre du monde.

L’homme qui tenait la rallonge

La scène est protégée par une bâche. Cela ne suffit pas. Barry Tashian décrit un plateau détrempé où tout est spongieux, et surtout ce dispositif de sécurité artisanal qui résume à lui seul l’amateurisme technique de l’époque : Ed Freeman, le roadie des Remains, est posté au niveau du raccordement électrique principal de la scène, trempé jusqu’aux os, des serviettes enroulées autour de la connexion des rallonges, la main fermement serrée dessus, les yeux rivés sur les musiciens — prêt à arracher les câbles à la première secousse suspecte. Il n’a pas eu à le faire.

Cette image mérite d’être conservée telle quelle : le plus grand groupe de l’histoire de la musique populaire jouant devant vingt-trois mille personnes, sa sécurité électrique reposant sur la vigilance d’un homme accroupi près d’une prise, avec des serviettes de bain pour seule isolation.

Les Beatles, de leur côté, ne cachent rien de leur appréhension. Ils confient à leur attaché de presse Tony Barrow, qui le répercute aux journalistes, que jouer sous la pluie ne les dérange pas mais que la perspective d’une décharge sur du matériel amplifié mouillé les inquiète sérieusement. Une fois sur scène, note le Post-Dispatch, ils empoignent pourtant guitares et micros sans hésitation.

Trente minutes, une sonorisation de base-ball

La description technique donnée par le quotidien de Saint-Louis est précieuse. Le son passe par plus de deux cents haut-parleurs répartis dans la structure — la sonorisation du stade, celle qui sert aux annonces de match. L’opérateur, Jack Goggin, explique sobrement que son système fonctionne très bien lorsque celui qui parle articule, et que l’articulation n’est pas la caractéristique première du rock’n’roll. La pluie n’atténue en rien l’écho du béton.

Barry Tashian raconte de son côté que les Remains ont chanté dans ce même système et que le décalage était monstrueux : le son leur revenait des tribunes, à cinquante mètres, avec deux ou trois secondes de retard, sans aucun retour de scène, rendant impossible de chanter en mesure. Il dit avoir « fermé ses oreilles » et traversé les chansons en force. Ce que les Beatles ont vécu ce soir-là n’était pas différent.

Le concert dure une trentaine de minutes. Les infirmières du poste de secours traitent une trentaine de jeunes filles pour des malaises. L’une d’elles décrit avec un flegme admirable les symptômes de ce qu’elle appelle une crise aiguë de Beatlemania : pleurs, gémissements, tremblements incontrôlables, et pour traitement, s’asseoir et se calmer. Après le passage du groupe, elles en accueillent une demi-douzaine à la fois, par rotations, pendant une heure.

L’évasion

La sortie tient du numéro de prestidigitation, et les récits divergent joyeusement. Le Post-Dispatch rapporte un départ dans deux voitures de police, avec une cinquantaine de jeunes gens tentant de forcer le barrage. Un spectateur raconte avoir vu Lennon, Harrison et Starr sortir par une porte du niveau inférieur et s’engouffrer dans une vieille Chevrolet — un leurre destiné à détourner la foule des limousines. Un autre jure avoir vu McCartney à la place du passager d’une Lincoln Continental qui a failli le renverser. Les acteurs eux-mêmes n’ont jamais tranché. Ce qui est certain, c’est que l’entourage et les groupes de première partie, eux, ont dû traverser la foule à pied pour rejoindre un bus stationné devant le stade.

Détail final, presque comique, relevé par le quotidien : un chauffeur de limousine ayant oublié de verrouiller les portières arrière après la descente des Beatles, on lui a volé les tapis de sol.

Le camion vide, et la phrase qui met fin aux tournées

Nous arrivons au cœur du sujet, et à la raison pour laquelle cette journée figure dans toutes les histoires du groupe. Dans The Beatles Anthology, Paul McCartney décrit le concert de Saint-Louis en des termes d’une dureté inhabituelle chez lui. Il raconte la pluie, les plaques de tôle ondulée posées au-dessus de la scène, et ce sentiment de jouer dans le pire petit club qu’ils aient jamais fréquenté — pire encore, dit-il, qu’avant même l’existence du groupe. L’inquiétude permanente de voir l’eau entrer dans les amplis les ramenait, ajoute-t-il, à l’époque de la Cavern, en pire. Il termine par une remarque désabusée sur la salle qui, selon lui, n’était même pas pleine.

Puis vient le passage décisif. Après le concert, les quatre Beatles sont chargés dans un grand camion vide aux parois métalliques, du type camion de déménagement, sans aucun aménagement intérieur. Ils glissent d’un bord à l’autre en cherchant quelque chose à quoi se retenir. Et c’est là, dans le noir, que la phrase tombe : ce cirque des tournées, tout le monde en a par-dessus la tête.

Ce que McCartney a réellement dit

Le détail capital du témoignage n’est pas la scène du camion : c’est l’aveu qui suit. McCartney explique qu’il a été, pendant des mois, le dernier avocat de la scène. Sa ligne de défense était celle d’un musicien professionnel : la tournée maintient un groupe affûté, les musiciens ont besoin de jouer, la musique doit rester vivante. Il s’y est tenu malgré les doutes des autres. Ce soir-là, il cède. Il précise que George et John étaient les plus hostiles aux tournées et les plus excédés, et que sa capitulation faisait trois voix sur quatre.

La décision prise dans ce camion est aussi remarquable par sa forme que par son fond : ils conviennent de ne rien annoncer. Pas de communiqué, pas de conférence de presse, pas d’adieux. Ils se remettront à enregistrer, et lorsqu’un journaliste demandera quand ils repartent en tournée, la réponse sera invariablement « pas encore ». McCartney décrit avec humour le processus mental attendu du public : au bout d’un moment, les gens finiraient par remarquer qu’il ne se passait plus rien, et par en tirer eux-mêmes la conclusion.

Dans un entretien accordé au magazine Jamming! en mars 1983, McCartney donne une version quasi identique et confirme l’essentiel : un concert américain sous la pluie, l’eau dans les amplis, un dégoût partagé, le camion doublé de métal, et cette bascule où il finit par dire aux autres qu’il est d’accord avec eux. La constance du récit sur plus de trente-cinq ans est un argument fort en faveur de son exactitude.

Cincinnati ou Saint-Louis ? La question qui divise les sources

Correctif factuel — où se trouvait exactement ce camion ?
C’est l’un des points les plus mal établis de toute la journée. Dans The Beatles Anthology, l’épisode du camion suit immédiatement la description du concert de Saint-Louis, et McCartney écrit « après le concert » : la lecture naturelle situe donc la scène à Saint-Louis, après le show du soir. Mais le Riverfront Times, dans un long article de 2016, place la scène entre Cincinnati et l’avion — le camion aurait alors servi à évacuer le groupe du Crosley Field vers l’aéroport, et la capitulation de McCartney aurait eu lieu avant le concert de Saint-Louis. Les deux lectures sont défendables. Ce qui est certain, c’est que la bascule s’est produite au cours de cette même journée du 21 août 1966, et que le concert de Saint-Louis en est le déclencheur principal ou immédiat. On se méfiera donc des récits qui affirment l’un ou l’autre avec certitude.

Il faut aussi rappeler ce que cette décision n’est pas. Elle n’est pas une décision de séparation : les Beatles restent un groupe, et le deviendront même davantage en studio. Elle n’est pas non plus un coup de tête isolé — le sujet couvait depuis Manille au moins, et la lassitude de Harrison remontait à 1965. Ce que le 21 août produit, c’est l’unanimité. Tant que McCartney défendait la scène, il existait une force de rappel. Ce jour-là, elle disparaît.

L’économie d’une journée double

On oublie souvent que la fin des tournées des Beatles est aussi une histoire d’argent, de contrats et de logistique. La journée du 21 août 1966 en offre une radiographie particulièrement nette, parce que la presse locale des deux villes a publié des chiffres — chose rare.

Le cachet et le report

À Cincinnati, les Beatles repartent avec 60 000 dollars. Le Cincinnati Post précise que ce montant correspond à leur garantie contractuelle, ramenée d’un contrat initial de 75 000 dollars après que la polémique religieuse eut plombé les ventes de billets dans plusieurs villes. Le journaliste local relève, non sans acidité, que pour une telle somme une tête d’affiche standard joue quarante-cinq minutes, alors que les Beatles n’ont été visibles qu’une petite demi-heure.

Le report du samedi au dimanche coûte cher, mais pas au groupe : il coûte aux promoteurs. Il faut payer une seconde fois le stade, les ouvreurs, le personnel, et surtout la sécurité — environ 4 000 dollars pour la seule protection policière du dimanche. Joe Santangelo, frère cadet du promoteur Dino Santangelo, affirmera des décennies plus tard que sa famille est probablement la seule à avoir perdu de l’argent sur un concert des Beatles. La recette du samedi n’avait déjà pas atteint le seuil de rentabilité ; le doublon du dimanche a fait le reste.

Le prix d’un billet en 1966

Les tarifs racontent une autre histoire. À Cincinnati, les places s’échelonnent selon les sources entre 3 et 5,50 dollars ; à Saint-Louis, à partir de 4,50 dollars. Rapporté au pouvoir d’achat, cela reste une dépense modeste, accessible à un adolescent avec quelques semaines d’argent de poche. C’est exactement le modèle qui rendait possibles ces stades à moitié remplis : beaucoup de monde, peu cher, une demi-heure de musique, et une marge dépendant entièrement du remplissage. Dès que la fréquentation baisse de vingt pour cent, l’équilibre s’effondre. La controverse de l’été 1966 n’a pas seulement blessé l’image du groupe : elle a cassé son modèle économique de tournée au moment précis où le groupe cherchait un prétexte pour en sortir.

Trois roadies pour cinq formations

L’organisation technique achève le tableau. Ed Freeman, engagé comme homme à tout faire des Remains, a raconté qu’il n’y avait sur toute la tournée que trois roadies pour cinq groupes : lui-même, Mal Evans pour les Beatles, et Mike Owen pour The Cyrkle. Les deux autres formations n’en avaient aucun. Freeman étant le seul musicien des trois, c’est lui qui accordait les guitares — y compris celles des Beatles, sous les applaudissements d’un public qui n’avait rien d’autre à écouter avant l’entrée du groupe.

Cette pauvreté technique n’est pas anecdotique : elle explique l’essentiel des frustrations de 1966. Pas de retours de scène, donc impossible de s’entendre. Pas de sonorisation dédiée, donc une diffusion par les haut-parleurs du stade avec plusieurs secondes de décalage. Pas de protection standardisée du plateau, donc une bâche laissée à l’appréciation d’un promoteur local. L’industrie du concert de stade telle que nous la connaissons — murs de sono, régie façade, retours, structures scéniques indépendantes — naîtra dans les cinq années suivantes, en grande partie parce que des groupes ont vécu ce qu’ont vécu les Beatles ce 21 août. Le paradoxe est amer : ils ont inventé le concert de stade, puis ont arrêté juste avant qu’il devienne jouable.

Huit jours, quatre concerts : le compte à rebours de Candlestick Park

Après Saint-Louis, l’avion décolle vers New York, où le groupe se pose à 3 h 50 du matin le 22 août. Ce même jour se tient une conférence de presse new-yorkaise où les Beatles, épuisés, répondent une fois de plus aux questions sur la religion et sur leur prétendu déclin. Il ne reste alors que quatre dates.

  • 23 août 1966 — Shea Stadium, New York. Un an après le concert mythique de 1965, le stade n’est pas plein : plusieurs milliers de places restent invendues. Le contraste avec la ferveur de l’année précédente est spectaculaire, et il n’échappe à personne dans l’entourage. Nous avons raconté ce qu’avait été l’autre Shea, celui de 1965, dans « le concert que personne n’a entendu ».
  • 25 août 1966 — Seattle. Passage sans histoire, dans une salle couverte.
  • 28 août 1966 — Dodger Stadium, Los Angeles. Soirée tendue : l’évacuation tourne au chaos, la foule bloque les sorties, le groupe reste enfermé de longues minutes dans un véhicule blindé.
  • 29 août 1966 — Candlestick Park, San Francisco. Environ 25 000 spectateurs dans un stade qui pouvait en accueillir bien davantage, un vent glacial, une scène installée au niveau de la deuxième base et entourée de grillages. Trente-trois minutes, onze chansons, la même set-list qu’à Cincinnati et Saint-Louis. En dernier morceau, « Long Tall Sally » : la reprise de Little Richard que le groupe jouait déjà à Hambourg en 1962 referme cinq années de scène.

À Candlestick, les Beatles savent. McCartney demande à Tony Barrow d’enregistrer le concert sur un simple magnétophone à cassette — le seul document sonore de cette soirée existe grâce à cette demande de dernière minute, et la bande s’arrête avant la fin parce que la cassette était trop courte. Le groupe pose pour des photos depuis la scène, appareil à la main : ils se photographient eux-mêmes en train de faire leurs adieux, sans le dire. Dans l’avion du retour, Harrison aurait lâché la phrase qui résume tout : c’est terminé, il n’est plus un Beatle. Notre article « Quand les Beatles arrêtent les tournées : de Candlestick Park au studio » détaille les conséquences de cette soirée sur la suite de leur carrière.

Correctif factuel — Candlestick n’est pas leur « dernier concert »
La formule exacte compte. Le 29 août 1966 est leur dernier concert public payant. Les Beatles se produiront encore devant public à plusieurs reprises : lors du tournage du clip de « Hey Jude » en septembre 1968 devant un public invité, et surtout le 30 janvier 1969 sur le toit du 3 Savile Row, pour ce qui reste leur dernière prestation publique — gratuite, non annoncée, et interrompue par la police. Confondre les deux est l’erreur la plus répandue dans les résumés de leur carrière scénique.

Après : le silence, puis Sgt. Pepper

Ce qui suit immédiatement le 29 août 1966 est l’un des épisodes les plus fertiles de l’histoire du groupe, et il découle directement de la décision prise dans un camion du Missouri. Pour la première fois depuis 1962, les quatre Beatles se séparent pendant plusieurs mois.

John Lennon part en Espagne, à Almería, tourner How I Won the War sous la direction de Richard Lester. Il y coupe ses cheveux, adopte les lunettes rondes à monture métallique qui deviendront son signe distinctif, et commence à écrire, dans l’ennui des journées d’attente sur le plateau, la chanson qui deviendra « Strawberry Fields Forever ». George Harrison s’envole pour l’Inde et étudie le sitar auprès de Ravi Shankar pendant six semaines — séjour qui réoriente durablement sa vie personnelle et musicale. Ringo Starr rejoint Lennon en Espagne. Paul McCartney, lui, compose sa première musique de film sans les autres, pour The Family Way, arrangée par George Martin, puis voyage en France et en Afrique de l’Est ; c’est au retour d’un de ces voyages qu’il formule l’idée d’un groupe fictif servant de masque aux Beatles — l’embryon de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band.

Le 24 novembre 1966, ils se retrouvent au Studio Two d’Abbey Road pour attaquer « Strawberry Fields Forever ». Ils n’ont plus de dates à honorer, plus de tournée à préparer, plus de contrainte de reproductibilité scénique. Ce que cette liberté produit, nous l’avons analysé dans notre étude sur l’anatomie de leur révolution de studio : les couches de bande, les vitesses variables, les orchestrations impossibles à reproduire, tout cela devient envisageable au moment exact où plus personne n’a à se demander comment on jouera cela devant vingt-cinq mille personnes.

Il y a une justice paradoxale dans cette chronologie. La pluie de l’Ohio et la bâche du Missouri n’ont pas seulement mis fin à une carrière scénique : elles ont libéré les deux années les plus créatives du groupe. Le glissement du leadership créatif qui s’opère à ce moment-là, de Lennon vers McCartney, fait l’objet de notre article sur ce que Revolver a vraiment changé entre les deux.

Reste une victime collatérale : Brian Epstein. Son métier, sa raison d’être, son autorité reposaient sur l’organisation des tournées. Un groupe qui n’apparaît plus en public n’a plus besoin d’un manager de tournées, et il le sait. Sa lente désagrégation jusqu’à sa mort le 27 août 1967 — presque un an jour pour jour après Candlestick — est indissociable de la décision d’août 1966, comme nous le racontons dans « Brian Epstein, la déchéance du cinquième Beatle ».

Que reste-t-il du 21 août 1966 ?

Deux stades disparus

Les deux enceintes de cette journée ont été rayées de la carte. Le Crosley Field, ouvert en 1912, a été abandonné par les Reds en 1970 au profit du Riverfront Stadium et démoli en 1972 ; le site du West End est aujourd’hui occupé par des activités industrielles, et seul un marquage commémoratif rappelle ce qui s’y est passé. Le Busch Memorial Stadium, inauguré quelques semaines seulement avant la venue des Beatles, a été fermé en 2005 et démoli, remplacé par le Busch Stadium actuel, ouvert en 2006.

Paul McCartney est revenu deux fois à Saint-Louis : le 29 avril 1993, avec le New World Tour, dans le stade même où les Beatles avaient joué sous la bâche ; puis le 13 août 2016 dans le nouveau Busch Stadium, à quelques jours du cinquantenaire — un retour explicitement présenté comme un hommage à la soirée de 1966. Cincinnati, elle, n’a jamais revu les Beatles : McCartney y est repassé avec Wings en 1976 puis en solo en 1993, mais le concert du 21 août 1966 demeure le seul et unique passage des Beatles au Crosley Field, et leur dernière apparition dans la ville.

Les images

Le paradoxe visuel de cette journée est qu’elle a produit, du fait même de son horaire aberrant, certaines des plus belles images de la carrière scénique des Beatles. Parce que le concert de Cincinnati s’est tenu en plein midi, sous un ciel dégagé, Bob Bonis — leur tour manager américain, photographe de l’ombre de toutes les tournées — a pu réaliser les seules photographies couleur rapprochées connues du groupe en concert. Fred Straub, chef photographe du Cincinnati Enquirer, a documenté le set depuis le terrain ; ses tirages circulent aujourd’hui sur le marché des enchères. À Saint-Louis, Jim Rackwitz, du St. Louis Post-Dispatch, a fixé les images de la pluie, des adolescentes penchées sur les rambardes et de la scène minuscule au centre de l’anneau de béton.

Sur le plan sonore, en revanche, la journée est un trou noir : aucun enregistrement officiel n’existe des deux concerts. Des captations amateur, de qualité très inégale, circulent depuis des décennies parmi les collectionneurs, sans qu’aucune n’ait jamais fait l’objet d’une publication autorisée. Un spectateur de Cincinnati a raconté avoir enregistré le concert sur un magnétophone à cassette — technologie encore neuve en 1966 — avant de perdre la bande, probablement réenregistrée par mégarde. C’est peut-être le résumé le plus juste de cette journée : abondamment photographiée, jamais entendue.

L’homme à la rallonge et « American Pie »

Le prolongement le plus étonnant de cette soirée n’apparaît que cinq ans plus tard, et il est passé inaperçu de la quasi-totalité des récits. Ed Freeman, ce roadie trempé qui tenait la connexion électrique dans ses serviettes au Busch Stadium, quitte peu après la route pour s’installer à New York et devenir producteur de disques. En mai et juin 1971, aux Record Plant Studios, il produit le deuxième album d’un chanteur folk encore inconnu, Don McLean. Le morceau-titre, huit minutes quarante-deux, atteint la première place du Billboard Hot 100 en janvier 1972 : « American Pie ».

La chanson est un chant funèbre pour une époque du rock’n’roll perdue — et elle contient, dans son fil d’allusions codées, plusieurs références aux Beatles. L’homme qui, un soir de pluie à Saint-Louis, veillait à ce que les Beatles ne s’électrocutent pas en jouant un répertoire qu’ils n’aimaient plus, a produit cinq ans plus tard l’élégie la plus célèbre de cette même époque. On ne fabrique pas de plus belles coïncidences.

Chronologie du 20 et 21 août 1966

Moment Événement
19 août, veille Deux concerts à Memphis. Piquet du Ku Klux Klan, pétard lancé sur scène pendant le concert du soir.
20 août, nuit Arrivée à Cincinnati (1 h 35 ou 2 h 45 selon les sources). Installation au Vernon Manor Hotel, quatre policiers devant les chambres.
20 août, fin d’après-midi Mal Evans découvre qu’aucune alimentation électrique n’a été prévue et qu’aucune bâche n’a été montée au-dessus de la scène.
20 août, ~20 h 30 Orage violent sur le Crosley Field. Le public attend deux heures sous la pluie dans des gradins découverts.
20 août, 22 h 25 Annonce officielle : concert reporté au lendemain midi. Souches de billets barrées au marqueur pour contremarque.
21 août, 7 h 30 Lever des équipes. Départ de l’hôtel avec les bagages.
21 août, ~11 h 15 Arrivée au Crosley Field. Temps chaud et humide, ciel dégagé, bâche installée contre le soleil.
21 août, midi Ouverture du spectacle : Bobby Hebb, The Cyrkle, The Ronettes, The Remains.
21 août, ~13 h 30 Les Beatles traversent le terrain et jouent onze titres en 25 à 30 minutes sur la scène de la deuxième base.
21 août, après-midi Départ en voiture de police banalisée, démontage du matériel, vol de 341 miles vers Saint-Louis. Interview pour KIMN Denver.
21 août, 20 h Ouverture au Busch Memorial Stadium par les Del-Rays. La pluie reprend ; l’ordre de passage est modifié.
21 août, ~20 h 30 Les Beatles jouent sous la bâche devant 23 143 spectateurs payants. Ed Freeman surveille la prise principale.
21 août, ~21 h 15 The Cyrkle et The Ronettes referment la soirée. Évacuation du groupe en voitures de police.
21-22 août, nuit Scène du camion aux parois métalliques. McCartney se rallie à l’arrêt des tournées. Vol vers New York, arrivée à 3 h 50.
29 août Candlestick Park, San Francisco : dernier concert public payant des Beatles.

Ce que ce jour corrige dans le récit courant

Six affirmations circulent à propos du 21 août 1966 et méritent d’être remises à leur place. Nous les avons traitées au fil de l’article ; les voici rassemblées.

  • « Le concert de Cincinnati a été annulé. » Il a été reporté de douze heures et joué le lendemain midi, avec les mêmes billets. Aucun remboursement général n’a été organisé.
  • « Ils ont joué sous une bâche à Cincinnati. » Inversion complète : c’est l’absence de bâche qui a fait tomber le concert du samedi. La bâche du dimanche protégeait du soleil, pas de la pluie. La bâche mouillée célèbre, c’est celle de Saint-Louis.
  • « C’est leur dernier concert. » Non : c’est l’avant-dernière étape. Le dernier concert public payant est celui du 29 août à Candlestick Park, et la dernière prestation publique tout court reste le concert du toit de Savile Row, le 30 janvier 1969.
  • « McCartney a décidé d’arrêter à Saint-Louis. » Probable, mais pas certain : selon les sources, le fameux camion se trouvait soit à la sortie du Busch Stadium, soit sur le trajet du Crosley Field vers l’aéroport. La journée est la bonne ; l’heure exacte ne l’est pas.
  • « Il y avait 12 000 personnes à Cincinnati. » C’est un des trois chiffres disponibles. Les estimations pour le samedi vont de 8 000 à 15 000, et celles du dimanche de 12 000 à 15 000. Aucun décompte certifié n’existe.
  • « Les Beatles ont clôturé le spectacle à Saint-Louis. » Non : la menace de pluie a conduit la production à les faire passer en milieu de programme, avant The Cyrkle et The Ronettes.

Foire aux questions

Pourquoi le concert de Cincinnati du 20 août 1966 a-t-il été annulé ?
Parce que le promoteur n’avait pas fait installer la bâche prévue au contrat au-dessus de la scène. Un orage violent a détrempé le plateau et les branchements électriques juste avant l’heure du spectacle, rendant l’usage de guitares électriques dangereux. Les Beatles se seraient déclarés prêts à jouer sous la pluie ; c’est le risque d’électrocution qui a fait annuler la soirée, avec report au lendemain midi.

Les Beatles ont-ils vraiment joué dans deux villes le même jour ?
Oui, une seule fois : le dimanche 21 août 1966, à midi au Crosley Field de Cincinnati puis à 20 h 30 au Busch Memorial Stadium de Saint-Louis, soit 341 miles (environ 549 km) plus loin. Ils ont souvent donné deux concerts dans la même journée, mais toujours dans la même salle. Cette double date reste unique dans leur carrière.

Combien de chansons ont-ils jouées ce jour-là ?
Onze titres à chaque concert, dans un ordre identique : « Rock and Roll Music », « She’s a Woman », « If I Needed Someone », « Day Tripper », « Baby’s in Black », « I Feel Fine », « Yesterday », « I Wanna Be Your Man », « Nowhere Man », « Paperback Writer » et « Long Tall Sally ». Durée : entre vingt-cinq et trente minutes.

Pourquoi n’ont-ils joué aucun titre de Revolver ?
Trois raisons cumulées : l’album venait de sortir et le répertoire de tournée avait été arrêté avant ; le matériel emporté se limitait à trois amplis, trois guitares et une batterie, sans claviers, cordes ni cuivres ; et le format d’une trentaine de minutes sur un plateau partagé ne permettait aucune expérimentation. Aucune chanson de Revolver n’a jamais été jouée sur scène par les Beatles.

Qu’est-ce que Paul McCartney a exactement raconté à propos de ce concert ?
Dans The Beatles Anthology, il décrit des plaques de tôle ondulée au-dessus de la scène, la crainte de voir l’eau entrer dans les amplis, et le sentiment de jouer dans un lieu pire que les clubs de leurs débuts. Il raconte ensuite l’épisode d’un grand camion vide aux parois métalliques dans lequel le groupe glisse d’un bord à l’autre, et où il finit par admettre devant John et George — les plus hostiles aux tournées — qu’il est d’accord avec eux pour arrêter. Il précise qu’ils ont décidé de ne rien annoncer publiquement.

Combien de personnes ont assisté au concert de Saint-Louis ?
23 143 spectateurs payants, chiffre publié par le St. Louis Post-Dispatch, soit environ la moitié de la capacité du stade. Selon l’historienne locale Sara Schmidt, la vente était bien orientée avant que la controverse « plus populaires que Jésus » ne l’interrompe. L’opération a tout juste atteint son équilibre financier.

Existe-t-il un enregistrement de ces deux concerts ?
Aucun enregistrement officiel. Seules circulent des captations amateur de qualité très variable, jamais publiées avec autorisation. Le seul concert de la fin de tournée dont il subsiste une bande identifiée est celui de Candlestick Park, enregistré sur cassette par Tony Barrow à la demande de McCartney — et encore, de façon incomplète.

Combien les Beatles ont-ils touché pour le concert de Cincinnati ?
60 000 dollars, montant présenté par la presse locale comme leur garantie contractuelle, ramenée d’un contrat initial de 75 000 dollars après l’effondrement des ventes de billets consécutif à la polémique religieuse. Les promoteurs, eux, ont perdu de l’argent : le report a doublé les frais de stade, de personnel et de sécurité.

Le 21 août 1966 est-il leur dernier concert ?
Non. Il reste quatre dates après cette journée : Shea Stadium le 23 août, Seattle le 25, Dodger Stadium le 28 et Candlestick Park le 29 août 1966, qui est leur dernier concert public payant. Leur toute dernière prestation devant public sera celle du toit d’Apple, à Londres, le 30 janvier 1969.

Qui jouait en première partie ?
Le plateau de la tournée nord-américaine 1966 comprenait The Remains (groupe de Boston mené par Barry Tashian, qui assurait aussi l’accompagnement), Bobby Hebb, The Cyrkle et The Ronettes — ces dernières sans Ronnie Bennett, restée en Californie. À Saint-Louis s’ajoutait un groupe local, les Del-Rays, dont l’un des chanteurs fut un très jeune Michael McDonald.

Glossaire

  • Crosley Field — Stade de base-ball de Cincinnati, ouvert en 1912, domicile des Reds jusqu’en 1970, démoli en 1972. Capacité d’environ 30 000 places. Les Beatles y ont joué une seule fois, le 21 août 1966.
  • Busch Memorial Stadium — Stade circulaire de Saint-Louis inauguré en mai 1966, souvent appelé « Busch II ». Fermé en 2005 et démoli. Le concert des Beatles du 21 août 1966 fut le premier concert de son histoire.
  • Bâche (canopy) — Toile ou structure de protection au-dessus de la scène, exigée par contrat pour les concerts en plein air de la tournée. Son absence à Cincinnati le 20 août 1966 a provoqué l’annulation de la soirée.
  • Mal Evans — Road manager et homme à tout faire des Beatles depuis la Cavern, chargé du matériel sur toutes les tournées. C’est lui qui découvre l’absence d’alimentation électrique au Crosley Field.
  • Bob Bonis — Tour manager américain des Beatles (et des Rolling Stones), photographe amateur dont les clichés du 21 août 1966 constituent les seules photographies couleur rapprochées connues du groupe en concert.
  • Tony Barrow — Attaché de presse des Beatles de 1962 à 1968. Présent le 21 août 1966, il défend publiquement le groupe contre l’idée d’un déclin de popularité. C’est lui qui enregistrera Candlestick Park sur cassette.
  • The Remains — Groupe de Boston mené par Barry Tashian, formation d’ouverture et d’accompagnement de la tournée 1966. Le journal de tournée de Tashian, publié sous le titre Ticket to Ride, est une source de première main majeure sur ces trois semaines.
  • Ed Freeman — Roadie des Remains sur la tournée 1966, chargé notamment d’accorder les guitares des Beatles. Devenu producteur, il produira l’album American Pie de Don McLean en 1971.
  • « Plus populaires que Jésus » — Phrase de John Lennon publiée en mars 1966 dans l’Evening Standard, reprise hors contexte par le magazine américain Datebook en juillet, à l’origine d’un boycott dans le sud des États-Unis et d’une chute des ventes de billets à l’été 1966.
  • Retour de scène (monitor) — Enceinte dirigée vers les musiciens leur permettant de s’entendre jouer. Inexistante sur la tournée de 1966, ce qui obligeait les Beatles à jouer sans percevoir leur propre son.

Bibliographie et sources

  • The Beatles Anthology, Cassell & Co, 2000 — témoignages de Paul McCartney et George Harrison sur les concerts de Cincinnati et de Saint-Louis.
  • Barry Tashian, Ticket to Ride: The Extraordinary Diary of The Beatles’ Last Tour — journal quotidien du leader des Remains, avec les récits de Judith Sims pour TeenSet.
  • Mark Lewisohn, The Complete Beatles Chronicle — chronologie de référence des concerts et séances.
  • The Cincinnati Post et The Cincinnati Enquirer, éditions du 22 août 1966 — comptes rendus du report et du concert de dimanche, chiffres de cachet et de fréquentation.
  • St. Louis Post-Dispatch, éditions des 22 et 28 août 1966 — compte rendu du concert de Busch Stadium, fréquentation certifiée, déclarations de Tony Barrow et du révérend Bob Wright.
  • Sara Schmidt, Happiness is Seeing The Beatles: Beatlemania in St. Louis — enquête locale sur la préparation et le déroulement du concert.
  • Scott Belmer, The Beatles Invade Cincinnati: 1965 & 1966 — histoire des deux passages du groupe dans l’Ohio.
  • Barry Miles, Paul McCartney: Many Years From Now — contexte de la fin des tournées et de l’entrée en studio.
  • Interview de Paul McCartney par le magazine Jamming!, mars 1983 — version antérieure et concordante du récit du camion.
  • Archives de The Beatles Bible et du Paul McCartney Project — compilations de sources contemporaines et de témoignages de spectateurs.

Pour prolonger la lecture

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