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Quatre films sur les Beatles : le pari fou de Sam Mendes pour 2028

Sam Mendes réalisera quatre films sur les Beatles en 2028, validés par Ringo Starr et McCartney, promettant une immersion inédite dans l'histoire du groupe.

Sam Mendes prépare quatre films distincts sur les Beatles pour 2028, chacun raconté à travers le regard d’un membre du groupe. Ringo Starr, à 85 ans, veille à la justesse des détails, notamment sur son mariage avec Maureen, et corrige les clichés. Un casting jeune incarnera les Fab Four, tandis qu’Apple Corps supervise l’authenticité musicale et visuelle.


Quand Apple Corps et Sony Pictures ont confirmé, au CinemaCon de Las Vegas en avril 2025, le feu vert à un « événement cinématographique en quatre volets » signé Sam Mendes, le monde du cinéma et celui de la pop culture ont aussitôt convergé vers la même question : comment filmer l’épopée des Beatles sans la raboter ? Le pari paraît fou : quatre longs-métrages distincts, connectés par les mêmes repères temporels, mais racontés à travers les yeux – et la sensibilité – de chacun des Fab Four. Le calendrier est déjà gravé : sortie mondiale synchronisée, avril 2028. C’est la première fois que Paul McCartney et Ringo Starr, derniers détenteurs de la légende vivante, autorisent un tel dispositif narratif.

Un casting prêt à entrer dans l’histoire

Pour camper la bande la plus scrutée de tous les temps, Mendes a misé sur la nouvelle génération d’acteurs britanniques et irlandais : Paul Mescal (Paul), Harris Dickinson (John), Joseph Quinn (George) et Barry Keoghan (Ringo). Aucun n’est scouse ; tous sont nés bien après la dissolution du groupe. Cette distance temporelle, assume le réalisateur de 1917, garantit « un œil neuf sur des mythes que nous croyons connaître ». Keoghan, conscient de la gageure, s’est déjà inscrit à des cours de batterie et fait résonner un accent de la Mersey plus convaincant qu’à l’époque de Saltburn. Ringo s’en amuse : « Qu’il prenne des leçons, mais pas trop ! »

Ringo Starr : 85 ans et la main sur le script

Si l’annonce a suscité l’enthousiasme, elle a aussi réveillé le besoin d’exactitude du principal intéressé. Au printemps, Sir Richard Starkey a passé deux jours, notes à la main, face à Mendes et au trio de scénaristes Jez Butterworth, Peter Straughan et Jack Thorne. L’objectif : écarter les clichés et redonner leur place à des détails essentiels, dont son mariage avec Maureen Starkey Tigrett. « Le premier jet était bien écrit, mais il ne nous ressemblait pas », confie Starr. « Nous n’aurions jamais parlé comme ça, jamais agi comme ça. Je leur ai dit : We would never do that. » Les révisions portent sur la tonalité de leurs disputes, la manière dont le couple gérait la frénésie médiatique et la façon dont Maureen protégeait les enfants pendant les tournées.

Maureen, pilier oublié

Discrète, Maureen apparaît rarement dans les récits grand public. Or, rappelle Ringo, « elle a tenu la baraque quand je déraillais ». Leur romance, commencée sous les arches du Cavern Club, a traversé tempêtes et infidélités avant le divorce de 1975. Les nouvelles scènes insisteront sur ces années de villa Sunny Heights, de jam-sessions nocturnes et de crises d’anxiété face à la Beatlemania. Mendes aurait même réécrit un dialogue clé dans lequel Maureen, excédée par l’intrusion des journalistes, claque la porte d’une interview télévisée. « C’est exactement ce qui s’est passé », confirme Ringo.

Un tournage “en rafale”

Réaliser quatre films pour 2028 impose un calendrier militaire : pré-production dès l’automne, tournages parallèles entre Liverpool, Londres, Hambourg, New York et les studios de Pinewood. Certaines scènes communes – Shea Stadium, arrivée à JFK, concert du Budokan – seront captées une seule fois, puis ré-injectées, via la mise en scène, dans les quatre perspectives. Mendes évoque un “Rashōmon pop” : même événement, regards divergents, souvenirs contradictoires.

Le sceau Apple Corps

Depuis la série Get Back de Peter Jackson, Apple s’est montrée plus ouverte, mais la maison veille. Chaque script passe par le bureau de Jeff Jones – PDG – et par un comité où siègent les familles Lennon et Harrison. Ringo, lui, dispose d’un droit de veto sur son propre film. Il l’a déjà exercé pour une réplique jugée trop misogyne qu’il assure ne jamais avoir prononcée.

Des compositeurs “interne” et “externe”

Le casse-tête musical est double : toutes les chansons originales seront présentes, mais chaque long-métrage inclura aussi une bande originale additionnelle. Mendes aurait sollicité Jonny Greenwood pour le volet Lennon et T Bone Burnett pour colorer la trajectoire Harrison. McCartney, de son côté, supervisera les sélections orchestrales et les remasterings surround.

Ringo, gardien d’un groove

« Je ne suis pas un simple batteur qui fait boom-tchak », rappelle souvent Starr. Le film mettra en valeur son jeu “laid-back”, son sens du remplissage parcimonieux et sa capacité à porter une chanson sans la surcharger. Keoghan a déjà reçu une Ludwig Oyster Black Pearl identique à celle du plateau d’Ed Sullivan ; il répète avec le coach Mike Dolbear pour reproduire la frappe sur Come Together ou Rain.

L’ombre des disparus

Pour Ringo, la validation morale vient aussi de penser aux absents : « John et George auraient sûrement donné leur avis. Je dois être leur voix, à ma mesure. » La famille Harrison a réclamé une séquence montrant George et Ringo improvisant à la maison Friar Park en 1971 ; la veuve d’Harrison a fourni des archives inédites de ces jam-sessions. Sean Ono Lennon’s team a rappelé les limites : ne pas reproduire mot pour mot les échanges captés à la périphérie des sessions Get Back sans accord.

85 ans, mais l’énergie d’un kid

Le 7 juillet, à midi, les réseaux sociaux se sont inondés de peace and love. À Beverly Hills, Joe Walsh et Jackson Browne ont uni guitares et chœurs pour un medley With a Little Help from My Friends / Give Peace a Chance. Au même moment, une main géante formant le V de la paix trônait devant le Royal Albert Dock de Liverpool, couverte de centaines de papiers colorés. Paul a relayé l’instant : « Peace and Love from L.A. to L8 ».

Sobriété revendiquée

En marge des festivités, Ringo a célébré 37 ans d’abstinence. Il se souvient de 1989 : « Je ne respectais plus personne, surtout pas moi-même ». La cure, suivie avec son épouse Barbara Bach, l’a « sauvé ». Les années 1970-1980 ? « Un brouillard », dit-il. Mais cette lucidité lui rappelle qu’il peut encore enchaîner trois-heures de show sans faiblir : « Je vis dans l’instant ».

Les défis de l’accent

L’annonce du casting a suscité des moues : aucun Liverpudlien à l’affiche. Mendes rétorque qu’il « ne cherche pas le mimétisme forensique ». Il a confié à la coach Nadia Molloy le soin de travailler les inflexions Scouse : intonations montantes, consonnes avalées, R roulé. Les acteurs passeront par un boot-camp à Speke Hall : immersion dans la ville, visites du Jacaranda, répétitions dans la reconstitution du Cavern.

De la cave au cinéma : le défi scénographique

Le film Ringo s’ouvre à Merseyside, montrant le jeune Richard cloué au lit par la pleurésie : la maladie qui retarde sa scolarité mais aiguise son sens du rythme – il frappe sur le tableau d’hôpital avec les stylos offerts par l’infirmière. Autre scène cruciale : l’audition de 1962 où il remplace Pete Best – Mendes veut tourner in situ, à Abbey Road, avec du 16 mm granuleux pour fusionner passé et reconstitution.

« On ne faisait pas ça ! »

Parmi les corrections exigées, Ringo refuse une scène où Maureen pousse la voiture d’un fan hors de leur allée : « Elle n’aurait jamais risqué la bagarre ; elle appelait la police, voilà tout. » Il demande à ajouter un moment de calme : Maureen endormant leur fils Zak tandis qu’on entend au loin les chansons en répétition. « C’était notre vraie vie », insiste-t-il.

Mendes et la quadrilogie : la méthode

Le réalisateur décrit son projet comme un croisement entre Boyhood et The Crown : « On suit la même décennie, mais quatre caméras mentales différentes. » Les films se parleront : un échange de regards filmé côté Lennon trouvera sa contre-champ dans le volet McCartney. Le mix final permettra même un « binge-watching » en salle, un week-end marathon.

Quatre budgets, une seule post-production

Sony a prévu un budget global de 300 millions de dollars. Les scènes groupées mutualisent les coûts ; le département VFX recréera la foule du Shea grâce à l’IA à partir de pellicules 8 mm amateurs. Un laborieux travail de restauration colorimétrique sera supervisé par Park Road Post (la maison de Peter Jackson), afin que les passages authentiques et les plans rejoués fusionnent sans couture.

Et la musique dans tout ça ?

Apple a octroyé un accès sans restriction au catalogue : une première. Mais Mendes promet de ne pas transformer le film en juke-box. Chaque titre se doit d’avoir une raison dramatique. Exemple : Octopus’s Garden accompagnera le répit familial en Sardaigne ; Photograph scellera l’éloignement du couple Maureen-Ringo. Pour les inédits, Paul envisagerait un instrumental symphonique servant de générique commun.

Quid des fans ?

Les puristes redoutent les compressions temporelles. Ringo les rassure : « Tout n’y sera pas, mais l’essentiel y sera ». Il prêche patience : « Attendez de voir. Puis envoyez-moi peace and love. » Les forums Beatles spéculent déjà : verra-t-on la fameuse bataille de gâteaux au studio 2 ? La rumeur court qu’une brève apparition de McCartney – caméo muet dans une foule – ajoutera un frisson méta.

Conclusion : la mémoire vécue, la mémoire filmée

À 85 ans, Ringo Starr refuse la muséification : « Je tourne, j’enregistre, je vis. » Mais il sait aussi que son témoignage est indispensable pour préserver la nuance des archives. En s’invitant dans la salle d’écriture, il garantit que l’exercice ne vire pas au folklore. Et tandis que les caméras se préparent à revisiter Penny Lane, Abbey Road et le plateau d’Ed Sullivan, les deux derniers Beatles maintiennent la flamme : Paul depuis East Sussex, Ringo depuis Beverly Hills, unis par la conscience que « rien ne dure éternellement ». Alors, avant que la lumière rouge ne s’allume pour le premier plan, Sir Richard glisse une dernière note à Mendes : « N’oublie pas le swing. C’est lui qui tient tout ensemble. »

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