Let It Be des Beatles : histoire, enregistrement, paroles et traduction
Let It Be des Beatles : l’histoire complète de la chanson, du rêve de Mary McCartney au dernier single du groupe
Née d’un rêve dans lequel Paul McCartney a revu sa mère, morte quand il avait quatorze ans, enregistrée le 31 janvier 1969 dans le sous-sol d’Apple au milieu des disputes, retouchée jusqu’en janvier 1970 lors de la dernière séance des Beatles, publiée le 6 mars 1970 un mois avant l’annonce de la séparation, Let It Be est devenue la chanson d’adieu des Beatles et l’un des hymnes de consolation les plus chantés au monde. Genèse, contexte, enregistrement, versions, réception, records et postérité : voici tout ce qu’il faut savoir sur la chanson, vérifié à partir des sources de référence.
Il y a des chansons qui semblent avoir toujours existé. Let It Be est de celles-là : quelques accords de piano, une voix qui raconte une apparition dans un moment de détresse, un refrain qui tient en trois mots. On la chante aux enterrements et aux mariages, dans les églises et dans les stades, pendant les catastrophes et les concerts de charité. Pourtant, derrière cette simplicité se cache l’une des histoires les plus tourmentées du répertoire des Beatles : une chanson écrite pour se consoler d’un groupe qui se défait, enregistrée sous l’œil des caméras dans une ambiance délétère, retravaillée par trois producteurs différents, publiée en deux versions concurrentes, et sortie au moment exact où les Beatles cessaient d’exister. Nous avons repris toute l’histoire dans l’ordre, du rêve de 1968 jusqu’à la restauration du film en 2024.
Let It Be en bref : l’essentiel en dix réponses
Qui l’a écrite ? Paul McCartney seul, même si elle est créditée Lennon-McCartney. D’où vient-elle ? D’un rêve dans lequel sa mère, Mary McCartney, morte en 1956, venait le rassurer. Qui est Mother Mary ? Sa mère, et non la Vierge Marie, selon McCartney lui-même. Quand a-t-elle été écrite ? En 1968, pendant la période de l’Album blanc. Où a-t-elle été enregistrée ? Aux studios Apple, au 3 Savile Row, à Londres, le 31 janvier 1969, avec des ajouts à Abbey Road le 30 avril 1969 et le 4 janvier 1970. Qui joue de l’orgue ? Billy Preston. Sortie ? Le 6 mars 1970 au Royaume-Uni, le 11 mars aux États-Unis. Face B ? You Know My Name (Look Up the Number). Classements ? Numéro un aux États-Unis, numéro deux au Royaume-Uni. Pourquoi deux versions ? Le single a été mixé sous la direction de George Martin, la version de l’album a été remixée par Phil Spector avec un autre solo de guitare.
Sommaire
La fiche d’identité de Let It Be
| Titre | Let It Be |
| Auteur réel | Paul McCartney, crédité Lennon-McCartney |
| Écriture | 1968, première ébauche entendue en studio le 19 septembre 1968 |
| Répétitions | Janvier 1969, studios de cinéma de Twickenham puis studios Apple |
| Prise de base | 31 janvier 1969, studios Apple, 3 Savile Row, Londres |
| Ajouts | 30 avril 1969 et 4 janvier 1970, studios EMI d’Abbey Road |
| Producteurs | George Martin (single), Phil Spector (album), avec l’ingénieur Glyn Johns aux séances de 1969 |
| Durée | 3 min 50 s (single), 4 min 03 s (album) |
| Tonalité | Do majeur |
| Sortie du single | 6 mars 1970 (Royaume-Uni, Apple R 5833), 11 mars 1970 (États-Unis, Apple 2764) |
| Face B | You Know My Name (Look Up the Number) |
| Album | Let It Be, 8 mai 1970 (Royaume-Uni), 18 mai 1970 (États-Unis) |
| Meilleur classement | Numéro un aux États-Unis (2 semaines), numéro deux au Royaume-Uni |
Repères chronologiques : de 1956 à la restauration du film
| 31 octobre 1956 | Mort de Mary McCartney, la mère de Paul, d’un cancer du sein. Paul a quatorze ans. |
| Février-avril 1968 | Séjour des Beatles à Rishikesh, en Inde, auprès du Maharishi. |
| Été 1968 | Séances tendues de l’Album blanc ; départ temporaire de Ringo Starr en août. |
| 19 septembre 1968 | Entre deux prises de Piggies, McCartney joue une première ébauche de la chanson au piano. |
| 2 janvier 1969 | Début des répétitions filmées aux studios de Twickenham pour le projet Get Back. |
| 3 janvier 1969 | Première répétition de la chanson filmée à Twickenham. |
| 10 janvier 1969 | George Harrison quitte le groupe pendant quelques jours. |
| 22 janvier 1969 | Installation aux studios Apple de Savile Row ; arrivée de Billy Preston. |
| 25 et 26 janvier 1969 | Premières prises enregistrées sur bande multipiste. |
| 30 janvier 1969 | Concert sur le toit d’Apple, sans Let It Be. |
| 31 janvier 1969 | Enregistrement de la prise 27-A, base de toutes les versions officielles. |
| 30 avril 1969 | Premier solo de guitare ajouté par George Harrison à Abbey Road. |
| 28 mai 1969 | Glyn Johns termine une première version de l’album Get Back, rejetée par le groupe. |
| 20 septembre 1969 | John Lennon annonce en privé aux autres qu’il quitte les Beatles. |
| 4 janvier 1970 | Dernière séance des Beatles, sans Lennon : nouveau solo, chœurs, cuivres et violoncelles. |
| Janvier 1970 | Aretha Franklin publie sa version, avant celle des Beatles. |
| 6 mars 1970 | Sortie du single au Royaume-Uni. |
| 26 mars 1970 | Phil Spector remixe la chanson pour l’album. |
| 10 avril 1970 | Paul McCartney annonce publiquement qu’il quitte les Beatles. |
| 11 avril 1970 | Numéro un du Billboard Hot 100, pour deux semaines. |
| 8 mai 1970 | Sortie de l’album Let It Be au Royaume-Uni. |
| Mai 1970 | Sortie du film Let It Be de Michael Lindsay-Hogg, sans aucun Beatle à la première. |
| 15 avril 1971 | Oscar de la meilleure musique de film pour Let It Be. |
| 13 juillet 1985 | McCartney chante la chanson au Live Aid de Wembley, malgré un micro en panne. |
| Mars 1987 | Ferry Aid, version caritative pour les victimes de Zeebrugge, numéro un au Royaume-Uni. |
| 1996 | Une prise du 25 janvier 1969 paraît sur Anthology 3. |
| 17 novembre 2003 | Sortie de Let It Be… Naked. |
| 2004 | Entrée au Grammy Hall of Fame. |
| 15 octobre 2021 | Édition spéciale de l’album Let It Be, remixée par Giles Martin. |
| Novembre 2021 | Diffusion de The Beatles: Get Back de Peter Jackson. |
| 2023 | Reprise de Dolly Parton avec Paul McCartney et Ringo Starr. |
| 8 mai 2024 | Le film Let It Be restauré est remis en circulation sur Disney+. |
Mary McCartney : la mère disparue au cœur de la chanson
Pour comprendre Let It Be, il faut remonter à l’automne 1956, à Liverpool. Mary Patricia McCartney, née Mohin, est infirmière et sage-femme. Elle a deux fils, James Paul, né en 1942, et Michael, né en 1944. Fille d’un père d’origine irlandaise, catholique, elle travaille dur pour assurer à sa famille une vie un peu plus confortable que celle de la classe ouvrière de l’après-guerre. Elle fait partie de ces mères qui veulent que leurs enfants parlent bien, réussissent à l’école, montent dans l’échelle sociale.
La mort de 1956
En 1956, Mary souffre de douleurs à la poitrine qu’elle attribue à la ménopause et qu’elle ne fait pas soigner tout de suite. Quand elle consulte enfin, un cancer du sein est diagnostiqué. Elle est opérée, mais meurt le 31 octobre 1956, à l’âge de quarante-sept ans. Paul a quatorze ans, son frère Michael douze. La légende veut que la première réaction de Paul ait été de demander comment la famille allait se débrouiller sans le salaire de sa mère, une phrase qu’il a regrettée toute sa vie et qu’il a souvent évoquée pour montrer combien un adolescent peut être désemparé face au deuil.
Le père, Jim McCartney, élève seul ses deux garçons dans la petite maison du 20 Forthlin Road, à Allerton, que nous avons évoquée dans La clé de la maison d’enfance de Paul McCartney aux enchères : histoire du 20 Forthlin Road. C’est dans ce salon que Paul et John Lennon écriront leurs premières chansons. Le deuil de la mère est d’ailleurs l’un des points qui les rapprochent : la mère de John, Julia, meurt renversée par une voiture en juillet 1958. Les deux garçons partagent une même blessure, dont ils parleront peu, mais qui nourrira des chansons, Julia pour Lennon et Let It Be pour McCartney.
Une présence qui ne disparaît pas
Le frère de Paul, Michael, devenu photographe et chanteur sous le nom de Mike McGear, a souvent raconté combien la disparition de leur mère avait marqué la famille. Nous avons retracé son parcours dans Mike McCartney, le frère de Paul : biographie complète de Mike McGear. Paul, lui, gardera de sa mère un souvenir lumineux, et donnera son prénom à sa première fille avec Linda, Mary, née le 28 août 1969, quelques mois après l’enregistrement de la chanson.
Le contexte : 1968, l’année où les Beatles commencent à se défaire
Let It Be naît dans une période où les Beatles sont au sommet de leur gloire et au début de leur décomposition. Il faut prendre la mesure de cette contradiction pour comprendre ce que la chanson exprime.
Après la mort de Brian Epstein
Le 27 août 1967, Brian Epstein, le manager qui avait fait des Beatles ce qu’ils étaient, meurt à trente-deux ans. Le groupe perd la seule personne capable d’arbitrer les conflits et de gérer leurs affaires. McCartney tente de prendre le relais, en lançant des projets, en convoquant des réunions, en fixant des objectifs. Ce rôle de moteur, nécessaire, finit par irriter les autres, qui y voient une prise de pouvoir. Nous l’avons raconté dans Brian Epstein, le vrai cinquième Beatle et dans Paul McCartney, le ciment musical des Beatles.
Apple, l’Inde et l’Album blanc
L’année 1968 commence par le séjour en Inde auprès du Maharishi Mahesh Yogi, qui produit des dizaines de chansons mais se termine dans la désillusion. Elle se poursuit avec le lancement d’Apple, une société qui devient rapidement un gouffre financier. Elle culmine avec les séances de l’Album blanc, de mai à octobre, où les tensions éclatent au grand jour : Yoko Ono assiste en permanence aux séances, l’ingénieur Geoff Emerick quitte le navire en juillet, Ringo Starr claque la porte en août. Nous avons raconté ce dernier épisode dans 3 septembre 1968 : les fleurs sur la batterie de Ringo Starr.
Paul, entre fatigue et inquiétude
Pour McCartney, cette période est aussi celle d’une grande fatigue personnelle. Il dort mal, travaille beaucoup, sort tard, et sent que le groupe qu’il a contribué à porter lui échappe. Il a raconté qu’il traversait une phase d’angoisse, avec le sentiment que tout se défaisait autour de lui. Sa relation avec Jane Asher se termine pendant l’été 1968. Linda Eastman entre dans sa vie à l’automne. C’est dans ce contexte d’inquiétude, d’épuisement et de transition que survient le rêve qui va donner naissance à la chanson.
La genèse : le rêve qui a donné naissance à Let It Be
C’est l’histoire la plus célèbre de la chanson, et McCartney l’a racontée des dizaines de fois, avec une remarquable constance, depuis la fin des années 1960 jusqu’à aujourd’hui.
Une nuit de 1968
Une nuit de 1968, dans une période où il se sent épuisé et inquiet, McCartney rêve de sa mère. Mary lui apparaît, avec son visage tel qu’il s’en souvenait, et lui parle d’une voix douce. Elle lui dit en substance que tout ira bien, qu’il ne doit pas s’inquiéter, qu’il doit laisser les choses se faire. Paul se réveille avec une sensation de paix qu’il n’avait pas ressentie depuis longtemps. Il a raconté qu’il avait été frappé par la netteté du visage de sa mère, qu’il avait parfois du mal à se rappeler depuis sa mort, douze ans plus tôt.
McCartney dit avoir senti, au réveil, qu’il avait reçu un cadeau. L’idée de laisser les choses se faire, de ne pas tout contrôler, de traverser les difficultés avec confiance, devient le cœur d’une chanson qu’il commence à écrire au piano presque immédiatement. Il l’a résumée plus tard en expliquant qu’il s’agissait d’un message très positif, venu de sa mère, à un moment où il en avait besoin.
Le récit raconté par McCartney lui-même
McCartney a raconté cette histoire dans de nombreux contextes : dans le livre de Barry Miles Many Years from Now en 1997, dans The Lyrics en 2021, en concert avant d’entonner la chanson, et même en 2018, dans un épisode de l’émission Carpool Karaoke tourné à Liverpool avec James Corden, où il évoque le rêve devant le public conquis. Il a toujours insisté sur le caractère très simple et presque banal de ce qu’il a vécu : un rêve de réconfort, comme beaucoup de gens en font après la perte d’un proche.
Mother Mary : la mère, pas la Vierge
Le refrain de la chanson évoque une figure appelée Mother Mary, qui vient consoler le narrateur dans les moments difficiles. Pour de nombreux auditeurs, et notamment dans les pays de tradition catholique, cette formule évoque immédiatement la Vierge Marie. La chanson a été chantée dans des églises, reprise par des chorales religieuses, interprétée comme une prière. McCartney a toujours expliqué que Mother Mary était sa mère, Mary McCartney. Mais il a aussi dit qu’il ne voyait aucun inconvénient à ce que chacun y projette sa propre foi, et qu’il était touché que la chanson puisse servir à ceux qui croient.
Correctif factuel : Let It Be n’est pas une chanson religieuse
Malgré sa tonalité de gospel et son orgue d’église, Let It Be n’a pas été écrite comme une chanson religieuse. McCartney, qui n’était pas pratiquant, a toujours précisé que Mother Mary désignait sa mère, morte en 1956. La coïncidence avec la Vierge Marie, qu’il a reconnue et acceptée, explique la double lecture de la chanson. Elle ne doit pas faire oublier son origine intime : une consolation filiale, pas une prière mariale.
Brother Malcolm : la version de Mal Evans
Il existe une version concurrente de l’histoire, moins connue. Mal Evans, le road manager et homme de confiance des Beatles, a affirmé que McCartney avait eu une vision de lui, Mal, pendant une séance de méditation en Inde, au printemps 1968, et que cette vision lui répétait de laisser faire. Evans a raconté que McCartney lui-même lui avait dit avoir d’abord pensé à lui. Cette version expliquerait pourquoi, dans certaines répétitions captées pendant les séances, McCartney chante Brother Malcolm à la place de Mother Mary. Mais il s’agit le plus souvent d’une plaisanterie de studio, dans un groupe qui adorait détourner ses propres paroles. McCartney n’a jamais repris cette version à son compte. Nous avons raconté la vie de Mal Evans et le sauvetage de ses archives dans Les archives de Mal Evans : l’histoire complète des quatre cartons promis à la benne.
Un écho de Hamlet ?
Dans The Lyrics, McCartney s’est aussi interrogé sur une influence plus littéraire. L’expression let it be apparaît chez Shakespeare, notamment dans Hamlet, au cinquième acte, quand le prince exprime son acceptation de ce qui doit arriver. McCartney, qui avait étudié la littérature anglaise au lycée avec passion, a suggéré que cette réminiscence scolaire avait pu jouer inconsciemment. C’est une piste séduisante, qui montre la profondeur des racines culturelles de l’expression, mais qui reste une hypothèse formulée a posteriori.
De l’ébauche à la chanson : septembre 1968
McCartney travaille la chanson pendant plusieurs mois au piano. La première trace documentée remonte aux séances de l’Album blanc.
19 septembre 1968, entre deux prises de Piggies
Le 19 septembre 1968, aux studios d’Abbey Road, les Beatles travaillent sur Piggies, la chanson satirique de George Harrison. Entre deux prises, McCartney s’assied au piano et joue une première version de Let It Be, encore incomplète. Le fait qu’il la réserve ainsi, sans la proposer pour l’Album blanc alors en cours, montre qu’il la considérait déjà comme différente, peut-être trop personnelle, ou pas encore aboutie.
Une chanson que McCartney garde pour plus tard
À la fin de 1968, McCartney a donc dans ses carnets plusieurs chansons nouvelles qui ne trouvent pas leur place sur l’Album blanc : Let It Be, The Long and Winding Road, Two of Us, ou encore Get Back, qui naîtra pendant les répétitions de janvier. Ces chansons partagent une même tonalité : une nostalgie, un désir de revenir à quelque chose de plus simple, de plus vrai. Elles vont devenir le cœur du projet suivant.
Le projet Get Back : un retour aux sources qui tourne mal
À la fin de 1968, McCartney propose aux autres un nouveau projet : revenir à leurs racines, jouer ensemble en direct, sans les artifices de studio qui avaient marqué Sgt. Pepper et l’Album blanc, et se produire de nouveau en public, pour la première fois depuis 1966. L’ensemble serait filmé pour une émission de télévision. Le projet s’appelle Get Back.
Janvier 1969 à Twickenham : le froid et l’ennui
Le 2 janvier 1969, les Beatles se retrouvent sur un plateau des studios de cinéma de Twickenham, dans l’ouest de Londres, sous l’œil des caméras du réalisateur Michael Lindsay-Hogg. Le lieu est immense, froid, mal adapté. Les journées commencent tôt, ce qui ne convient pas à des musiciens habitués à travailler la nuit. Dès le 3 janvier, McCartney joue Let It Be au piano devant les caméras. Les autres l’écoutent, sans grand enthousiasme. Lennon, notamment, se montre sarcastique, comme il le sera à plusieurs reprises face aux ballades de McCartney.
Le départ de George Harrison
Les tensions éclatent rapidement. George Harrison, qui a passé la fin de 1968 aux États-Unis avec Bob Dylan et le groupe The Band, et qui y a goûté une liberté musicale nouvelle, supporte mal d’être de nouveau traité en guitariste d’accompagnement. Le 10 janvier 1969, après une énième remarque, il quitte le plateau en annonçant qu’il quitte le groupe. Il ne reviendra que quelques jours plus tard, à ses conditions : abandon du projet de concert dans un lieu exotique, et installation dans le studio que les Beatles font construire dans le sous-sol d’Apple. Nous avons raconté cette crise dans Ils sont partis avant la fin : Ringo, George, John et les trois démissions qui ont précédé la séparation des Beatles.
Le sous-sol de Savile Row
Le studio d’Apple, au 3 Savile Row, devait être un chef-d’œuvre technologique conçu par Alexis Mardas, dit Magic Alex, l’inventeur grec protégé de Lennon. Il se révèle inutilisable : la console promise ne fonctionne pas. George Martin doit faire venir en urgence du matériel d’EMI pour équiper le studio. C’est dans ce sous-sol, à partir du 22 janvier 1969, que les Beatles vont enregistrer Let It Be. L’ingénieur Glyn Johns, qui a travaillé avec les Rolling Stones et les Who, tient la console, sous la supervision de George Martin.
L’arrivée providentielle de Billy Preston
Le 22 janvier 1969, un vieil ami des Beatles passe à Apple. Billy Preston, organiste américain virtuose, les avait connus à Hambourg en 1962, quand il jouait dans le groupe de Little Richard. Il est de passage à Londres avec Ray Charles. George Harrison l’invite à se joindre aux séances. Son arrivée change immédiatement l’atmosphère : les Beatles, qui se tiennent mieux devant un invité, retrouvent le plaisir de jouer ensemble, et Preston apporte avec son orgue Hammond et son piano électrique une couleur soul qui manquait. Sur Let It Be, son orgue donne à la chanson sa dimension de gospel. Il sera crédité sur le single Get Back, en avril 1969, sous la mention The Beatles with Billy Preston, un honneur unique dans l’histoire du groupe.
L’enregistrement : la prise 27-A du 31 janvier 1969
Le cœur de l’enregistrement de Let It Be se joue à la fin du mois de janvier 1969, dans le sous-sol d’Apple.
Les 25 et 26 janvier : premières prises
Les 25 et 26 janvier, les Beatles enregistrent plusieurs prises de la chanson. La structure n’est pas encore figée, les paroles du dernier couplet ne sont pas définitives. L’une de ces prises, celle du 25 janvier, sera publiée en 1996 sur Anthology 3. Elle permet d’entendre une version plus dépouillée, sans le dernier couplet, avec un McCartney qui cherche encore son interprétation.
Le 30 janvier : le toit, sans Let It Be
Le 30 janvier 1969, les Beatles donnent leur dernier concert public sur le toit d’Apple, devant les passants de Savile Row et jusqu’à l’intervention de la police. Ils jouent Get Back, Don’t Let Me Down, I’ve Got a Feeling, One After 909 et Dig a Pony. Let It Be n’y figure pas : une ballade au piano était difficile à jouer sur un toit glacé, et le groupe a préféré la garder pour la séance du lendemain.
Le 31 janvier : la séance au studio
Le lendemain, 31 janvier 1969, les Beatles enregistrent en studio, devant les caméras, les chansons qui ne se prêtaient pas au toit : Two of Us, The Long and Winding Road et Let It Be. McCartney joue un piano Blüthner et chante, Lennon tient une basse Fender Bass VI à six cordes, Harrison joue de la guitare, Ringo de la batterie, Billy Preston de l’orgue Hammond. Les Beatles enregistrent plusieurs prises. C’est la prise 27, dans sa première version dite 27-A, qui servira de base à toutes les versions officielles de la chanson. Une autre version, la prise 27-B, sera utilisée dans le film.
Correctif factuel : Let It Be n’a pas été enregistrée à Abbey Road en 1970
On lit parfois que la version définitive de Let It Be aurait été enregistrée à Abbey Road en janvier 1970. C’est inexact. La base de la chanson, avec la voix principale de McCartney, son piano, la batterie et l’orgue, date du 31 janvier 1969, aux studios Apple de Savile Row. Les séances d’Abbey Road du 30 avril 1969 et du 4 janvier 1970 n’ont servi qu’à ajouter des éléments : solos de guitare, chœurs, cuivres et violoncelles.
Qui joue quoi sur Let It Be
| Paul McCartney | Chant principal, piano Blüthner, chœurs, maracas |
| John Lennon | Basse six cordes Fender Bass VI, chœurs |
| George Harrison | Guitare solo, chœurs |
| Ringo Starr | Batterie |
| Billy Preston | Orgue Hammond, piano électrique |
| Linda McCartney | Chœurs (4 janvier 1970) |
| Musiciens de séance | Cuivres et violoncelles arrangés par George Martin (4 janvier 1970) |
| Glyn Johns | Ingénieur du son aux studios Apple |
Lennon à la basse à six cordes est l’une des particularités de la chanson : comme McCartney est au piano, c’est John qui assure la ligne de basse, avec une Fender Bass VI, l’instrument que George Harrison avait souvent utilisé sur l’Album blanc. Nous avons raconté l’histoire de cet instrument dans La Fender Bass VI de George Harrison : histoire vraie de la basse à six cordes qui a changé le son des Beatles.
Après la séance : une chanson qui attend plus d’un an
Une fois la prise 27-A enregistrée, Let It Be aurait pu sortir rapidement. Il faudra pourtant plus d’un an pour qu’elle paraisse. Entre-temps, le groupe change de manager, enregistre un autre album, et se sépare en coulisses.
Allen Klein et la guerre des managers
Au début de 1969, Apple est au bord de la faillite. Lennon, bientôt suivi par Harrison et Ringo, choisit l’homme d’affaires new-yorkais Allen Klein pour remettre de l’ordre dans les finances. McCartney, lui, préfère les avocats Lee et John Eastman, le père et le frère de Linda, qu’il épouse le 12 mars 1969. Le désaccord sur le choix du manager devient la fracture principale du groupe. Nous l’avons raconté dans Allen Klein : le comptable qui a fait exploser les Beatles.
30 avril 1969 : le premier solo de George
Le 30 avril 1969, à Abbey Road, George Harrison ajoute un premier solo de guitare sur la prise 27-A. C’est un solo mélodique, assez doux, joué avec un son clair. C’est celui qu’on entend sur le single de mars 1970.
Glyn Johns et l’album Get Back qui n’est jamais sorti
Pendant ce temps, les Beatles chargent Glyn Johns de faire un album à partir des bandes de janvier. Johns livre le 28 mai 1969 une première version de l’album Get Back, fidèle au projet d’origine : un disque brut, sans retouches, avec les erreurs, les bavardages et les faux départs. Les Beatles n’en veulent pas. Il produit une deuxième version en janvier 1970, également rejetée. Ces deux versions ont circulé pendant des décennies sous forme de disques pirates, avant d’être publiées officiellement dans l’édition spéciale de 2021. Entre-temps, à l’été 1969, les Beatles enregistrent Abbey Road, qui sort en septembre 1969, avant Let It Be.
Septembre 1969 : Lennon s’en va
Le 20 septembre 1969, lors d’une réunion à Apple, John Lennon annonce aux autres qu’il quitte les Beatles. Klein, qui vient de renégocier le contrat avec EMI et Capitol, obtient que la décision reste secrète. Le public ne sait rien. Les Beatles existent encore officiellement, mais ils ne sont plus un groupe. C’est dans cet état étrange, entre vie et mort, que Let It Be va recevoir ses dernières touches.
4 janvier 1970 : la dernière séance des Beatles
Le 3 janvier 1970, McCartney, Harrison et Ringo se retrouvent à Abbey Road pour enregistrer I Me Mine, la chanson de George qui doit figurer sur l’album et dans le film. Lennon est en vacances au Danemark. George plaisante devant les micros sur l’absence de Dave Dee, en référence au départ de John. Le lendemain, 4 janvier, les trois Beatles reviennent sur Let It Be.
Un nouveau solo, des chœurs et un orchestre
Ce jour-là, George Harrison enregistre un second solo de guitare, beaucoup plus tranchant, avec un son saturé. McCartney, Harrison et Linda McCartney ajoutent des chœurs : c’est la seule contribution vocale connue de Linda à un disque des Beatles. George Martin écrit une partition de cuivres, deux trompettes, deux trombones et un saxophone ténor, et de violoncelles, qui sont enregistrés le même jour. Paul ajoute des maracas.
La fin d’une époque
Le 4 janvier 1970 est entré dans l’histoire comme la dernière séance d’enregistrement des Beatles en tant que groupe, même sans Lennon. Il faudra attendre 1994 et Free as a Bird pour que McCartney, Harrison et Ringo se retrouvent ensemble dans un studio pour un enregistrement des Beatles. C’est un symbole puissant : la chanson de la consolation, du lâcher-prise, est l’une des toutes dernières sur lesquelles les Beatles ont travaillé ensemble.
Deux producteurs, deux versions : le mystère des solos de guitare
Le grand malentendu de Let It Be tient à l’existence de deux versions officielles distinctes, publiées à deux mois d’intervalle, avec deux solos de guitare différents. Beaucoup d’auditeurs croient entendre la même chanson, sans savoir qu’ils écoutent deux mixages radicalement différents.
La version single de George Martin
Pour le single, publié le 6 mars 1970, c’est un mixage réalisé sous la direction de George Martin qui est retenu. Il utilise le solo de guitare du 30 avril 1969, plus doux et mélodique. Les cuivres et les violoncelles du 4 janvier 1970 sont présents, mais mixés très bas, presque en retrait. La chanson dure 3 minutes 50. C’est une version équilibrée, centrée sur la voix et le piano, proche de l’esprit dépouillé que voulait McCartney.
Phil Spector entre en scène
En mars 1970, Lennon et Allen Klein confient les bandes de janvier 1969 au producteur américain Phil Spector, célèbre pour son mur du son, le Wall of Sound, sur les disques des Ronettes et des Righteous Brothers. Spector avait produit avec succès Instant Karma! de Lennon en janvier 1970. Il est chargé de transformer les bandes en un album publiable. McCartney n’est pas consulté.
La version album de Phil Spector
Le 26 mars 1970, Spector remixe Let It Be pour l’album. Ses choix sont très différents de ceux de George Martin. Il utilise le solo du 4 janvier 1970, plus agressif et saturé. Il remonte nettement les cuivres et les violoncelles. Il ajoute un effet d’écho sur la charleston de Ringo, qui donne un son de cymbale très reconnaissable. Il rajoute un refrain supplémentaire à la fin. La chanson dure 4 minutes 03. C’est une version plus spectaculaire, plus dramatique, plus proche du gospel orchestral.
Le tableau des différences
| Élément | Single (mars 1970) | Album (mai 1970) |
| Producteur du mixage | George Martin | Phil Spector |
| Solo de guitare | 30 avril 1969, doux et mélodique | 4 janvier 1970, saturé et incisif |
| Cuivres et violoncelles | Discrets | Très présents |
| Batterie | Son naturel | Écho marqué sur la charleston |
| Fin | Refrain final classique | Refrain final rallongé |
| Durée | 3 min 50 s | 4 min 03 s |
| Où l’écouter | Past Masters Volume Two, 1967-1970, 1 | Album Let It Be |
Correctif factuel : le solo doux est sur le single, le solo rock sur l’album
Beaucoup de textes inversent les deux versions. Le solo de guitare le plus doux, enregistré le 30 avril 1969, est celui du single et des compilations comme 1967-1970 et 1. Le solo le plus agressif, enregistré le 4 janvier 1970, est celui de l’album Let It Be mixé par Phil Spector. Si vous connaissez la chanson par une compilation de succès, vous connaissez probablement la version du single.
La colère de McCartney
Si McCartney n’a jamais exprimé de colère spécifique contre le remix de Let It Be, il a été profondément irrité par le travail de Spector sur l’album en général, et surtout sur The Long and Winding Road, à laquelle Spector a ajouté un orchestre et un chœur féminin sans le consulter. McCartney citera cette intervention parmi les griefs de sa plainte devant la Haute Cour de Londres, déposée le 31 décembre 1970 pour dissoudre le partenariat des Beatles. Nous l’avons raconté dans Le procès de 1971 : ce que Paul McCartney a vraiment demandé aux juges. C’est aussi pour revenir à l’esprit de janvier 1969 qu’il soutiendra en 2003 la parution de Let It Be… Naked.
La sortie du single : 6 mars 1970, un adieu qui ne dit pas son nom
Le 6 mars 1970, Let It Be paraît en single au Royaume-Uni, sous la référence Apple R 5833. Aux États-Unis, il sort le 11 mars, sous la référence Apple 2764. Personne, dans le public, ne sait encore que les Beatles n’existent plus.
Une face B déroutante : You Know My Name
Pour la face B, les Beatles choisissent un morceau radicalement différent : You Know My Name (Look Up the Number), une pièce comique et loufoque, enregistrée par étapes entre 1967 et 1969, avec la participation de Brian Jones des Rolling Stones au saxophone. Le contraste entre la ballade quasi religieuse et ce numéro de music-hall absurde est total. Il dit aussi beaucoup de l’humour des Beatles, qui ne se prenaient jamais tout à fait au sérieux, même au moment de faire leurs adieux.
Aretha Franklin, la première à la publier
Fait méconnu : la première version de Let It Be à paraître sur disque n’est pas celle des Beatles. Aretha Franklin, à qui McCartney aurait fait parvenir une maquette à la fin de 1969 selon plusieurs sources, l’enregistre et la publie dès janvier 1970 sur son album This Girl’s in Love with You, deux mois avant le single des Beatles. Sa version, portée par le gospel de son enfance, révèle tout ce que la chanson doit à la musique d’église afro-américaine.
Les records : numéro un en Amérique, deuxième au Royaume-Uni
Le succès du single est immédiat, mais il ne se traduit pas de la même façon des deux côtés de l’Atlantique.
Le record d’entrée au Billboard
Aux États-Unis, Let It Be entre au Billboard Hot 100 directement à la 6e place, ce qui constitue à l’époque la plus haute entrée de l’histoire du classement. Le 11 avril 1970, la chanson atteint la première place, qu’elle occupe pendant deux semaines. Elle termine l’année 1970 au 9e rang du classement annuel de Billboard. Elle est certifiée double disque de platine aux États-Unis.
Battue par un cow-boy au Royaume-Uni
Au Royaume-Uni, la chanson se heurte à un adversaire inattendu. Elle culmine à la deuxième place, bloquée par Wand’rin’ Star, une chanson de la comédie musicale filmée Paint Your Wagon, interprétée de sa voix caverneuse par l’acteur Lee Marvin. Les Beatles, qui avaient placé dix-sept singles au sommet du classement britannique, ne parviennent pas à faire de leur dernier 45 tours un numéro un. Ironie supplémentaire : Lee Marvin n’a jamais publié d’autre single et reste dans l’histoire comme un chanteur d’un seul tube.
Un succès mondial
Ailleurs, la chanson se classe numéro un dans de nombreux pays, dont la France, l’Italie, les Pays-Bas, l’Autriche, la Suisse, la Norvège, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Elle devient l’une des chansons les plus diffusées de l’année 1970.
| Pays | Meilleure place |
| États-Unis (Billboard Hot 100) | 1 (2 semaines), entrée record à la 6e place |
| Royaume-Uni | 2, derrière Wand’rin’ Star de Lee Marvin |
| France, Italie, Pays-Bas, Autriche, Suisse, Norvège | 1 |
| Canada, Australie, Nouvelle-Zélande | 1 |
Correctif factuel : Let It Be n’a pas été numéro un au Royaume-Uni
On lit souvent que Let It Be a été numéro un partout. Au Royaume-Uni, pays des Beatles, ce n’est pas le cas : la chanson s’est arrêtée à la deuxième place, derrière Lee Marvin. En 1987, la version caritative de Ferry Aid, à laquelle McCartney a participé, atteindra en revanche la première place britannique pendant trois semaines, offrant à la chanson le numéro un qui lui avait échappé dix-sept ans plus tôt.
Avril-mai 1970 : la chanson de la séparation
Ce qui fait de Let It Be la chanson d’adieu des Beatles, ce n’est pas seulement son message, c’est son calendrier.
10 avril 1970 : McCartney annonce son départ
Le 10 avril 1970, la veille du jour où Let It Be atteint la première place aux États-Unis, la presse britannique publie des extraits d’un questionnaire promotionnel accompagnant le premier album solo de McCartney, McCartney, qui sort le 17 avril. Il y explique qu’il ne prévoit pas de retravailler avec les Beatles. Les journaux titrent sur le départ de Paul. Pour le public, c’est l’annonce de la séparation. Les fans découvrent ainsi que la chanson qui les console à la radio est le chant du cygne de leur groupe préféré. Nous avons raconté les mois difficiles qui ont suivi pour McCartney dans Une sorte de dépression nerveuse : Paul McCartney raconte l’effondrement qui a suivi la fin des Beatles.
8 mai 1970 : l’album
L’album Let It Be sort le 8 mai 1970 au Royaume-Uni et le 18 mai aux États-Unis. La chanson-titre y figure en sixième position, dans la version de Phil Spector. Juste avant elle, à la fin de Dig It, on entend Lennon annoncer d’une voix de fausset qu’ils vont maintenant interpréter une chanson intitulée Hark the Angels Come, une moquerie à peine voilée du ton religieux de la chanson de McCartney. Ce petit clin d’œil sarcastique, placé là par Spector, résume les rapports entre les deux auteurs en 1970. Nous avons raconté l’histoire de l’album dans Nous ne réalisions pas que nous étions en train de nous séparer : Let It Be, autopsie de l’album né sous le nom de Get Back.
Le film et l’Oscar
En mai 1970 sort aussi le film Let It Be, réalisé par Michael Lindsay-Hogg à partir des images de janvier 1969. Aucun des quatre Beatles n’assiste à la première londonienne. Le film, qui montre des tensions et des moments de lassitude, est perçu comme le documentaire de la fin d’un groupe. On y voit McCartney interpréter la chanson au piano, dans la prise 27-B. Le 15 avril 1971, le film remporte l’Oscar de la meilleure musique originale de film. Aucun Beatle n’est présent pour recevoir la statuette, que Quincy Jones récupère en leur nom.
Anatomie musicale : la simplicité d’un hymne
Let It Be est l’une des chansons les plus simples des Beatles sur le plan harmonique, et c’est précisément ce qui fait sa force.
Quatre accords et un piano
La chanson est en do majeur, la tonalité la plus naturelle au piano, celle des touches blanches. Elle repose principalement sur quatre accords : do, sol, la mineur et fa. Cet enchaînement, l’un des plus utilisés de toute la musique populaire, donne à la chanson une impression de familiarité immédiate. On a l’impression de la connaître dès la première écoute. McCartney ouvre la chanson seul au piano, avec un motif descendant qui fonctionne comme une introduction d’hymne.
Une structure de cantique
La structure alterne couplets et refrains, avec un pont instrumental qui accueille le solo de guitare. Le refrain, qui répète le titre, a la forme d’une réponse liturgique : une phrase lancée, une phrase répondue. C’est ce qui donne à la chanson sa couleur de gospel, renforcée par l’orgue de Billy Preston et, sur la version de l’album, par les cuivres et le chœur. McCartney a reconnu l’influence de la musique d’église sur ses chansons de cette période, sans doute héritée en partie de l’éducation de sa mère.
La voix de McCartney
McCartney chante la chanson d’une voix retenue, presque parlée dans les premiers couplets, avant de monter progressivement en intensité. Il évite les effets, les cris, les ornements. Cette sobriété fait partie du message : la chanson ne cherche pas à impressionner, elle cherche à consoler. C’est une interprétation à l’opposé du final démonstratif de Hey Jude, enregistré un an plus tôt, que nous avons raconté dans Hey Jude des Beatles : histoire, enregistrement, paroles et traduction.
Ce que racontent vraiment les paroles de Let It Be
Les paroles complètes et leur traduction figurent plus bas sur cette page. Avant d’y arriver, voici comment le texte est construit.
Le premier couplet : l’apparition
Le premier couplet décrit un moment de détresse et une apparition consolatrice. Le narrateur se trouve dans des temps difficiles, et une figure maternelle vient à lui pour lui prodiguer des paroles de sagesse. C’est la transcription presque directe du rêve de 1968.
Le deuxième couplet : les cœurs brisés du monde
Le deuxième couplet élargit la perspective. Il ne s’agit plus seulement du narrateur, mais de tous les êtres au cœur brisé, de ceux qui sont séparés, et de la promesse qu’une réponse viendra. C’est ici que la chanson devient universelle, et qu’elle commence à résonner avec les événements de son époque : la guerre du Vietnam, les assassinats de Martin Luther King et de Robert Kennedy en 1968, la fin d’une décennie d’espoirs.
Le troisième couplet : la lumière dans la nuit
Le dernier couplet évoque une nuit nuageuse, et une lumière qui continue de briller jusqu’au lendemain. Le narrateur se réveille au son de la musique, et la figure maternelle revient. La chanson se clôt sur une boucle, comme un rêve qui recommence. Ce couplet n’existait pas encore dans les premières prises de janvier 1969, comme le montre la version d’Anthology 3.
Un texte sans aucune référence précise
Ce qui frappe, c’est l’absence de tout détail concret : pas de lieu, pas de date, pas de nom autre que Mary. Comme dans Hey Jude, cette économie de moyens permet à chacun de se reconnaître dans la chanson. C’est ce qui explique qu’elle ait pu devenir l’hymne de tant de causes, de tant de deuils, de tant de moments collectifs.
Ce que les autres Beatles pensaient de Let It Be
La réaction des trois autres Beatles à Let It Be est révélatrice de l’état du groupe à la fin des années 1960.
John Lennon : une chanson de Wings
John Lennon n’a jamais caché son peu d’enthousiasme. Dans ses entretiens avec Playboy en 1980, il déclare en substance que c’est une chanson de Paul, qu’elle n’a rien à voir avec les Beatles et qu’elle aurait pu être une chanson de Wings. Il ajoute qu’il pense qu’elle a été inspirée par Bridge Over Troubled Water de Simon et Garfunkel, tout en reconnaissant qu’il n’a aucun élément pour l’affirmer. Pendant les séances de janvier 1969, il se moque à plusieurs reprises du ton solennel de la chanson, et sa présentation sarcastique, sur l’album, en dit long.
Correctif factuel : Let It Be n’a pas pu s’inspirer de Bridge Over Troubled Water
L’hypothèse de Lennon, souvent reprise, ne tient pas chronologiquement. McCartney jouait déjà Let It Be en studio en septembre 1968, et la prise de base a été enregistrée le 31 janvier 1969. Bridge Over Troubled Water a été écrite par Paul Simon en 1969 et publiée en janvier 1970. Si influence il y a eu, elle a plutôt circulé dans l’autre sens, les deux chansons partageant une même inspiration gospel. Lennon lui-même reconnaissait d’ailleurs n’avoir aucune preuve.
George Harrison : le professionnel
George Harrison, dont les propres chansons étaient souvent écartées au profit de celles de Lennon et McCartney, a joué sur Let It Be avec professionnalisme. Ses deux solos, l’un mélodique, l’autre plus rugueux, comptent parmi ses interventions les plus célèbres. Il a cependant exprimé, à plusieurs reprises, sa lassitude d’être cantonné au rôle de guitariste d’accompagnement des chansons de Paul, comme on le voit dans le documentaire de Peter Jackson.
Ringo Starr : le soutien discret
Ringo Starr, comme souvent, se tient en retrait des conflits. Sa batterie, sobre et précise, porte la chanson sans jamais la surcharger. Lors de la préparation de Let It Be… Naked en 2003, il fera savoir qu’il préférait une batterie plus naturelle, sans l’écho ajouté par Phil Spector, ce qui sera respecté.
La réception critique : un succès populaire, une critique partagée
Si le public a immédiatement adopté la chanson, la critique s’est montrée plus nuancée, en 1970 comme dans les décennies suivantes.
En 1970 : entre ferveur et réserve
Dans le New Musical Express, Derek Johnson salue l’interprétation de McCartney et la qualité presque religieuse de la chanson. Dans Melody Maker, Richard Williams se montre plus sévère, estimant qu’elle manque de substance au regard des standards de McCartney. Aux États-Unis, dans High Fidelity, John Gabree juge le message politiquement inquiétant, une invitation à la résignation en pleine période de contestation, tout en admettant qu’il s’agit peut-être de ce que McCartney a fait de mieux musicalement.
Le jugement de la postérité
Avec le temps, la chanson est entrée au panthéon. Le critique Richie Unterberger la décrit comme l’une des ballades les plus populaires et les plus réussies des Beatles. Le musicologue britannique Ian MacDonald, dans Revolution in the Head, est plus réservé : il estime que sa popularité est sans commune mesure avec son poids artistique. Ce débat entre ferveur populaire et réserve critique accompagne la chanson depuis plus d’un demi-siècle, et ne l’a jamais empêchée de s’imposer.
Les classements
| Classement | Rang |
| Rolling Stone, 500 plus grandes chansons de tous les temps (2004 et 2011) | 20e |
| Rolling Stone, 100 plus grandes chansons des Beatles (2010) | 8e |
| Mojo, 101 plus grandes chansons des Beatles (2006) | 50e |
| Billboard, classement annuel 1970 | 9e |
| Grammy Hall of Fame | Intronisée en 2004 |
Les autres versions officielles : d’Anthology à Naked
Au-delà du single et de l’album, plusieurs versions officielles de Let It Be ont été publiées depuis 1996. Elles permettent de suivre la chanson à différents stades de sa fabrication.
Anthology 3 (1996)
Le troisième volume de l’Anthology propose une prise du 25 janvier 1969, plus simple, sans le dernier couplet. On y entend une chanson encore en chantier, avec un groupe qui se cherche. C’est un document précieux pour comprendre l’évolution de la chanson entre les premières répétitions et la prise définitive.
Let It Be… Naked (2003)
Le 17 novembre 2003, à l’initiative de McCartney, paraît Let It Be… Naked, une version de l’album débarrassée des ajouts de Phil Spector. La chanson-titre y est présentée dans un nouveau montage, de 3 minutes 52, combinant la prise 27-A et des passages de la prise 27-B, avec une batterie plus naturelle et sans les cuivres. C’est la version la plus proche de ce que McCartney avait en tête en janvier 1969.
L’édition spéciale de 2021
Le 15 octobre 2021, l’album Let It Be est réédité dans une édition spéciale, avec un nouveau mixage stéréo réalisé par Giles Martin et Sam Okell. Le coffret super deluxe contient les répétitions, les jams, les deux versions de l’album Get Back de Glyn Johns, enfin publiées, et une nouvelle version de la chanson, la prise 28, issue du film. On peut se procurer cette édition spéciale de Let It Be en plusieurs formats, du CD simple au coffret de cinq disques.
The Beatles: Get Back (2021) et le film restauré (2024)
Fin novembre 2021, la série documentaire de Peter Jackson, The Beatles: Get Back, diffusée sur Disney+, change radicalement le regard sur cette période. À partir de plus de cinquante heures d’images inédites tournées par Lindsay-Hogg, elle montre des Beatles qui se disputent, mais aussi qui rient, créent et jouent ensemble avec un plaisir évident. On y voit Let It Be naître et grandir au fil des jours. Le 8 mai 2024, le film original Let It Be de Lindsay-Hogg, restauré, est à son tour remis en circulation sur Disney+, après des décennies d’indisponibilité. La même semaine, un nouveau clip officiel de la chanson, monté à partir des images du film, est publié. Pour les amateurs de cette période, ce poster encadré officiel Get Back en reprend l’esthétique.
Correctif factuel : il existe plus de deux versions officielles
On évoque souvent deux versions de Let It Be, celle du single et celle de l’album. En réalité, on compte au moins cinq versions officielles : le single de George Martin, l’album de Phil Spector, la prise du 25 janvier 1969 sur Anthology 3, le montage de Let It Be… Naked, et les nouvelles versions de l’édition spéciale de 2021, dont la prise 28 du film et les mixages de Glyn Johns.
Les reprises de Let It Be : d’Aretha Franklin à Dolly Parton
Comme Yesterday ou Hey Jude, Let It Be fait partie des chansons des Beatles les plus reprises. Sa structure simple et son message universel l’ont rendue accessible à tous les styles, du gospel à la country.
Aretha Franklin et la tradition gospel
La version d’Aretha Franklin, publiée avant celle des Beatles, a ouvert la voie à toutes les lectures gospel de la chanson. Gladys Knight and the Pips, Bill Medley, Joan Baez, John Denver, Joe Cocker ou Ike et Tina Turner l’ont aussi enregistrée dans les années 1970, chacun l’amenant vers son univers. Dans les églises noires américaines, elle est devenue un chant que beaucoup de fidèles croient ancien, tant elle s’inscrit naturellement dans la tradition des spirituals.
Ferry Aid (1987) : le numéro un britannique enfin
Le 6 mars 1987, le ferry Herald of Free Enterprise chavire au large du port belge de Zeebrugge. La catastrophe fait 193 morts. Pour venir en aide aux familles des victimes, un collectif d’artistes baptisé Ferry Aid enregistre Let It Be. Paul McCartney y participe, aux côtés notamment de Boy George, Mark Knopfler et Kate Bush. Le single atteint la première place du classement britannique, où il reste trois semaines, et est certifié disque d’or. Dix-sept ans après l’échec face à Lee Marvin, Let It Be devient enfin un numéro un au Royaume-Uni.
Dolly Parton, Paul et Ringo (2023)
En 2023, Dolly Parton enregistre la chanson pour son album rock Rockstar, avec la participation de Paul McCartney au piano et au chant, de Ringo Starr à la batterie, de Peter Frampton à la guitare et de Mick Fleetwood. Publiée en single le 18 août 2023, c’est la première fois que deux anciens Beatles apparaissent ensemble, en tant qu’artistes distincts, sur une même chanson classée. Plus d’un demi-siècle après la séparation, la chanson d’adieu réunit encore les deux Beatles survivants.
Let It Be sur scène : la chanson de Paul McCartney
Les Beatles n’ont jamais interprété Let It Be en concert public. C’est McCartney qui en a fait l’un des sommets de ses spectacles.
Les premières exécutions publiques
Pendant les années Wings, McCartney évite le répertoire des Beatles. Selon les chronologies de sa carrière, la chanson fait une apparition lors des concerts pour le peuple du Kampuchéa, organisés à Londres fin décembre 1979. Mais c’est lors de sa grande tournée mondiale de 1989-1990, sa première tournée mondiale depuis 1976, qu’elle entre durablement dans son répertoire. Elle figure sur l’album live Tripping the Live Fantastic et dans le film de la tournée réalisé par Richard Lester, disponible en DVD Paul McCartney’s Get Back. Elle n’a plus quitté ses concerts depuis, et figure sur Back in the U.S. en 2002 et Back in the World en 2003.
Live Aid, 13 juillet 1985 : le micro en panne
L’une des interprétations les plus célèbres de la chanson est aussi l’une des plus chaotiques. Le 13 juillet 1985, au stade de Wembley, McCartney se produit à la fin de la partie britannique du concert Live Aid, organisé par Bob Geldof pour lutter contre la famine en Éthiopie. Seul au piano, il commence Let It Be. Mais son micro ne fonctionne pas : pendant les deux premières minutes, ni le public du stade ni les téléspectateurs ne l’entendent. Le stade finit par chanter à sa place. Puis David Bowie, Pete Townshend, Alison Moyet et Bob Geldof le rejoignent pour les derniers refrains. Ce moment, à la fois raté et bouleversant, a fait de la chanson un symbole des grands concerts caritatifs.
Un moment de communion et de mémoire
Dans les concerts de McCartney, Let It Be est souvent jouée en fin de spectacle, au piano, dans la lumière des téléphones portables brandis par le public. McCartney la présente parfois en évoquant sa mère, ou en dédiant la chanson aux victimes d’un événement récent. Elle joue un rôle de prière laïque, un moment où des dizaines de milliers de personnes chantent ensemble un message de consolation. Pour l’ensemble de ses captations, voir La vidéographie de Paul McCartney après les Beatles.
Let It Be et Hey Jude : deux chansons sœurs
On compare souvent Let It Be à Hey Jude, et les points communs sont nombreux.
Deux chansons de consolation
Les deux chansons ont été écrites par McCartney en 1968, dans la même période de crise. Toutes deux sont des chansons de consolation : Hey Jude s’adresse à un autre, Julian Lennon, pour l’encourager ; Let It Be raconte le réconfort que le narrateur reçoit lui-même de sa mère disparue. L’une donne, l’autre reçoit.
Deux ballades au piano
Toutes deux commencent au piano, avec la voix de McCartney, et s’élargissent progressivement, avec un orgue, des chœurs et des cuivres. Toutes deux ont une dimension de gospel. Toutes deux sont devenues des moments de communion dans ses concerts, où elles sont souvent jouées l’une après l’autre.
L’espoir et l’acceptation
La différence tient au message. Hey Jude, avec son final triomphal, est une chanson d’espoir et d’élan : elle pousse à agir. Let It Be, plus recueillie, est une chanson d’acceptation : elle invite à laisser faire. Entre l’été 1968 et l’hiver 1969, le ton de McCartney est passé de l’encouragement à la résignation sereine. C’est tout le chemin parcouru par les Beatles pendant ces quelques mois.
Pourquoi Let It Be est devenue la chanson de la fin des Beatles
Si Let It Be est associée pour toujours à la séparation, c’est la conjonction de plusieurs facteurs.
Un calendrier symbolique
Dernier single des Beatles publié avant l’annonce du départ de McCartney, chanson-titre du dernier album paru, chanson du film qui montre un groupe à bout de souffle : Let It Be se trouve au point exact où l’histoire des Beatles se referme. Même si Abbey Road a été enregistré après, c’est Let It Be que le public a reçu comme leur dernier mot.
Un message qui sonne comme un adieu
Laisser faire, accepter, trouver la paix : le message de la chanson, écrit pour se consoler d’une époque difficile, a été entendu en 1970 comme une manière d’accepter la fin du groupe. Peu importe que McCartney ne l’ait pas pensée ainsi en 1968 : l’histoire lui a donné ce sens.
Une chanson pour les moments difficiles
Depuis, la chanson a été chantée lors d’innombrables cérémonies, hommages et rassemblements après des catastrophes. Elle a accompagné des deuils collectifs, des veillées, des concerts de solidarité. C’est la preuve que le rêve d’un jeune homme de vingt-six ans, qui voyait revenir sa mère disparue, a trouvé un écho chez des millions de personnes confrontées à leurs propres pertes.
Comment écouter Let It Be aujourd’hui
Voici les meilleures façons de retrouver la chanson, selon la version qui vous intéresse.
La version du single
Le mixage de George Martin, avec le solo doux, figure sur Past Masters Volume Two, qui rassemble les singles et faces B des années 1965 à 1970, dont You Know My Name (Look Up the Number). On la retrouve aussi sur la compilation bleue The Beatles 1967-1970, édition augmentée, et sur 1, dans sa version remixée et remastérisée, qui réunit les 27 numéros un du groupe. Nous avons raconté l’histoire de cette compilation dans 1 des Beatles : genèse, contenu, rééditions et records.
La version de l’album
Le mixage de Phil Spector, avec le solo rock et les cuivres, figure sur l’album Let It Be, aujourd’hui disponible dans l’édition spéciale de 2021, avec le nouveau mixage de Giles Martin, les répétitions et les mixages de Glyn Johns.
Les répétitions et les prises de travail
Pour la prise du 25 janvier 1969 et les autres archives de cette période, le coffret Anthology Collection, édition 2025 en 8 CD réunit les quatre volumes de l’Anthology remastérisés par Giles Martin, dont Anthology 3.
Pour la jouer vous-même
Pour apprendre la chanson au piano, le recueil The Beatles Lyrics pour piano, voix et guitare propose les partitions des chansons du groupe. Les bassistes trouveront la ligne de basse de la chanson dans The Beatles 1967-1970 pour guitare basse, avec tablatures.
Pour les fans
Pour afficher son attachement à cette période, il existe des produits sous licence officielle, comme ce portefeuille officiel Let It Be, ou le poster encadré Get Back.
Questions fréquentes sur Let It Be
Qui a écrit Let It Be ?
Paul McCartney, seul, en 1968. La chanson est créditée Lennon-McCartney, selon l’accord passé entre les deux auteurs à leurs débuts, mais John Lennon n’a pas participé à son écriture.
Qui est Mother Mary dans Let It Be ?
Mary McCartney, la mère de Paul, morte d’un cancer du sein le 31 octobre 1956, quand il avait quatorze ans. Elle lui est apparue en rêve en 1968 pour le rassurer. McCartney accepte que les auditeurs y voient aussi la Vierge Marie.
Let It Be est-elle une chanson religieuse ?
Non, à l’origine. C’est une chanson inspirée d’un rêve de McCartney sur sa mère. Sa tonalité de gospel et la coïncidence du prénom Mary lui ont donné une dimension spirituelle que McCartney n’a jamais rejetée.
Quand et où Let It Be a-t-elle été enregistrée ?
La prise de base a été enregistrée le 31 janvier 1969 aux studios Apple, au 3 Savile Row, à Londres. Des solos de guitare, des chœurs, des cuivres et des violoncelles ont été ajoutés à Abbey Road le 30 avril 1969 et le 4 janvier 1970.
Qui joue de l’orgue sur Let It Be ?
Billy Preston, organiste américain que les Beatles avaient connu à Hambourg en 1962, et qui les a rejoints aux studios Apple le 22 janvier 1969.
Pourquoi y a-t-il deux versions de Let It Be ?
Le single, publié en mars 1970, a été mixé sous la direction de George Martin, avec un solo de guitare doux enregistré en avril 1969. La version de l’album, publiée en mai 1970, a été remixée par Phil Spector, avec un solo plus agressif enregistré en janvier 1970, des cuivres plus présents et un refrain supplémentaire.
Let It Be a-t-elle été numéro un ?
Oui aux États-Unis, pendant deux semaines en avril 1970, et dans de nombreux pays dont la France. Au Royaume-Uni, elle s’est arrêtée à la deuxième place, derrière Wand’rin’ Star de Lee Marvin. La version caritative de Ferry Aid a été numéro un au Royaume-Uni en 1987.
Let It Be est-elle la dernière chanson des Beatles ?
C’est le dernier single des Beatles publié avant la séparation, en mars 1970. Mais ce n’est pas la dernière chanson enregistrée : Abbey Road, enregistré à l’été 1969, est le dernier album conçu par le groupe, et la dernière séance a eu lieu le 4 janvier 1970. Le dernier titre des Beatles reste Now and Then, publié en 2023.
Quelle est la face B de Let It Be ?
You Know My Name (Look Up the Number), une chanson comique enregistrée entre 1967 et 1969, avec Brian Jones des Rolling Stones au saxophone.
Que pensait John Lennon de Let It Be ?
Pas grand bien. Il a déclaré en 1980 qu’elle n’avait rien à voir avec les Beatles et qu’elle aurait pu être une chanson de Wings. Sur l’album, il la présente ironiquement sous le titre de Hark the Angels Come.
Pour aller plus loin
Sur l’album et la période : Let It Be, autopsie de l’album né sous le nom de Get Back, les trois démissions avant la séparation, Allen Klein et la séparation, le procès de 1971.
Sur Paul McCartney : la dépression qui a suivi la fin des Beatles, le 20 Forthlin Road, son frère Mike McGear, 20 faits méconnus.
Sur les chansons sœurs : Hey Jude, Yesterday, Here Today.
Sur les hommes de l’ombre : George Martin sans les Beatles, les archives de Mal Evans, Brian Epstein.
Sources et références
Mark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions, Hamlyn, 1988 ; Mark Lewisohn, The Complete Beatles Chronicle, Pyramid, 1992 ; Barry Miles, Paul McCartney: Many Years from Now, Secker & Warburg, 1997 ; Paul McCartney, The Lyrics: 1956 to the Present, Allen Lane, 2021 ; The Beatles, The Beatles Anthology, livre et documentaire, 1995-2000 ; David Sheff, All We Are Saying, entretiens de John Lennon pour Playboy, 1980 ; Doug Sulpy et Ray Schweighardt, Get Back: The Unauthorized Chronicle of the Beatles’ Let It Be Disaster, 1997 ; Ian MacDonald, Revolution in the Head, 1994 ; Walter Everett, The Beatles as Musicians: Revolver through the Anthology, Oxford University Press, 1999 ; The Beatles: Get Back, livre officiel et série documentaire de Peter Jackson, 2021 ; livret de l’édition spéciale de Let It Be, 2021 ; registres de l’Official Charts Company et de Billboard ; RIAA, base de certifications ; Wikipedia en anglais, article Let It Be (song), consulté en octobre 2026.
Information sur la chanson :
- Crédits : Lennon / McCartney
- Durée : 3:50 (single), 4:03 (album)
- Producteur : George Martin, Phil Spector
- Ingénieur : Glyn Johns, Alan Parsons, Jeff Jarratt
Les paroles de la chanson
When I find myself in times of trouble, Mother Mary comes to me
Speaking words of wisdom, let it be
And in my hour of darkness she is standing right in front of me
Speaking words of wisdom, let it be
Let it be, let it be, let it be, let it be
Whisper words of wisdom, let it be
And when the broken hearted people living in the world agree
There will be an answer, let it be
For though they may be parted, there is still a chance that they will see
There will be an answer, let it be
Let it be, let it be, let it be, let it be
There will be an answer, let it be
Let it be, let it be, let it be, let it be
Whisper words of wisdom, let it be
Let it be, let it be, let it be, let it be
Whisper words of wisdom, let it be, be
And when the night is cloudy there is still a light that shines on me
Shinin’ until tomorrow, let it be
I wake up to the sound of music, Mother Mary comes to me
Speaking words of wisdom, let it be
And let it be, let it be, let it be, let it be
Whisper words of wisdom, let it be
And let it be, let it be, let it be, let it be
Whisper words of wisdom, let it be
La traduction française de la chanson
Lorsque je me trouve dans une situation difficile, c’est Mère Marie qui vient à moi
En prononçant des paroles de sagesse, qu’il en soit ainsi
Et à l’heure où je suis dans l’obscurité, elle se tient juste devant moi
En prononçant des paroles de sagesse, qu’il en soit ainsi
Que ce soit, que ce soit, que ce soit, que ce soit
Chuchote des paroles de sagesse, laisse-toi faire
Et lorsque les personnes au cœur brisé vivant dans le monde seront d’accord
Il y aura une réponse, qu’il en soit ainsi
Car même s’ils sont séparés, il y a encore une chance qu’ils se voient
Il y aura une réponse, qu’elle soit
Qu’il en soit ainsi, qu’il en soit ainsi, qu’il en soit ainsi, qu’il en soit ainsi
Il y aura une réponse, qu’il en soit ainsi
Laisse-le être, laisse-le être, laisse-le être, laisse-le être
Chuchotez des mots de sagesse, laissez-le être
Il y aura une réponse, laisse-toi faire, laisse-toi faire, laisse-toi faire
Chuchotez des mots de sagesse, laissez-le être, soyez
Et quand la nuit est nuageuse, il y a toujours une lumière qui brille sur moi
Je me réveille au son de la musique, je me réveille au son de la musique
Je me réveille au son de la musique, Mère Marie vient à moi
Parlant de mots de sagesse, qu’il en soit ainsi
Et laissez-le être, laissez-le être, laissez-le être, laissez-le être
Chuchote des paroles de sagesse, laisse-toi faire
Et laissez-le être, laissez-le être, laissez-le être, laissez-le être
Chuchoter des paroles de sagesse, que ce soit
L’histoire de la chanson
L’enregistrement de la chanson a lieu les 25 et 31 janvier 1969 au studio Apple. L’organiste Billy Preston accompagne les Beatles à l’initiative de George Harrison. C’est McCartney qui chante et joue du piano. C’est une prise du 31 janvier 1969 qui est retenue. George Harrison ajoute des overdubs le 30 avril 1969, puis le 4 janvier 1970 aux studios d’Abbey Road. Deux versions avec des solos de guitare légèrement différents sont issues de ces séances.
La chanson entre dans les charts britanniques le 14 mars où elle culmine à la 2e place. Elle est numéro 1 dans les classements américains le 11 avril pour deux semaines.
Elle figure aussi sur les compilations The Beatles 1967-1970, Past Masters, Volume 2 et sur 1 où figurent les 27 chansons qui ont atteint la première place des charts britanniques ou américains. On la trouve encore à la fin de l’album Let It Be… Naked sorti en 2003 par McCartney. L’autre version est disponible sur Anthology
3.
Il existe, de fait, quatre versions différentes de la chanson actuellement disponibles en disques officiels. La version du 45-tours (la plus connue, disponible sur la compilation « Past Masters, Volume 2 »), la version du 33-tours original de 1970 (avec un solo de guitare très rock d’Harrison), la version sur « Let it be…naked » parue en 2003 (plus « gospel », avec moins de guitare) et, enfin, la version sur l’Anthology, volume
3 (il s’agit d’une répétition).Let It Be est le dernier single anglais du groupe. Il est édité en 45 tours par Apple le 6 mars 1970 au Royaume-Uni. Il paraît aux États-Unis le 11 mars. Le titre You Know My Name (Look Up the Number) est choisi pour la face B. Retravaillé par Phil
Spector, Let It Be est aussi le sixième titre de l’album du même nom qui sort le 8 mai en Angleterre et le 18 en Amérique.
La chanson qui a donné son titre à l’album a été écrite et composée par Paul McCartney. En cette fin de période des Beatles, alors qu’il traversait une mauvaise phase sur le plan psychologique, sa mère, Mary McCartney, décédée 12 ans auparavant, lui est apparue en rêve une nuit. À son réveil, il se sentit plus fort et plus paisible. Basée sur ce rêve, cette chanson est en fait un message d’apaisement adressé aux autres membres des Beatles à un moment où les tensions envahissaient de plus en plus le groupe.
Ce message a été capté de manière universelle et est devenu l’un des plus grands succès de la carrière des Beatles. Paul l’a interprété sur scène pour la première fois avec les Wings le 29 décembre 1979 lors d’un concert en soutien à la tragédie cambodgienne (Kampuchea). Il l’a ensuite incorporée à sa setlist en concert en 1989, et depuis, il la chante à chacun de ses concerts. Des versions live de « Let It Be » ont été publiées sur les albums « Tripping The Live Fantastic » en 1990, « Back In The US » en 2002 et « Back In The World » en 2003.
Musiciens ayant participé à l’enregistrement
Paul McCartney : voix principale, choeurs, piano, maracas
John Lennon : choeurs, basse
George Harrison : choeurs, guitare principale
Billy Preston : orgue
Linda McCartney : choeurs
Ringo Starr : batterie
L’enregistrement de la chanson
25 et 26 janvier 1969 : premières prises aux studios Apple (une prise du 25 janvier paraîtra sur Anthology 3)
31 janvier 1969 : enregistrement des prises 20 à 27, la prise 27-A est retenue comme base
30 avril 1969 : ajout d’overdubs sur la prise 27 (premier solo de guitare)
4 janvier 1970 : ajout d’overdubs à la prise 27 (second solo de guitare, chœurs, cuivres et violoncelles). Création des prises 28, 29, 30.
La contribution de chacun des Beatles
Paul McCartney : 100 %
Les reprises de cette chanson par d’autres artistes
Aretha Franklin, Bobby Hatfield, Bill Medley, Klaus Wunderlich, Dion, Joan Baez, Ferrante & Teicher , John Denver, Gladys Kight & the Pips, Persuasions, Wigwam, Joe Cocker, Ike & Tina Turner, Ferry Aid, Absence of Ceramic, Kelly Family, Danny Kirwan, Mary McCaslin, Verna & The Kimberleys, Frances Yip , Bud Shank, Meatloaf , Chevy Chase, Ray Conniff Singers , Floyd Cramer, John Davidson, Tennesse Ernie Ford, Rouvaun, Shang Shang Typhoon, Les Beadochons, Gerard Saint Paul
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