On se souvient de Paul McCartney en conquérant, alignant les hymnes comme on allume des stades. Mais en 2009, entre tournées marathon et liberté retrouvée, il signe une pièce minuscule qui tient dans la paume : « (I Want To) Come Home ». Commandée pour Everybody’s Fine de Kirk Jones — avec Robert De Niro en père veuf qui traverse l’Amérique — la chanson aurait pu n’être qu’un joli générique. McCartney en fait autre chose : une demande d’abri, une phrase qu’on n’ose pas toujours dire à ses proches avant que le temps ne s’en mêle. Enregistrée dans l’intimité de Hog Hill puis éclairée par les cordes de Dario Marianelli à AIR Studios, avec le regard complice de Geoff Emerick, elle avance sans grandiloquence : piano, souffle, et cette voix rugueuse qui implore sans pathos. Nomination aux Golden Globes, premier baptême scénique à Hambourg, réapparition en 2022 dans The 7″ Singles Box… Autant de signes qu’un “petit” morceau peut devenir un refuge. Retour sur une chanson fantôme qui parle, simplement, du besoin de rentrer.
Ce 4 mars, Paul McCartney et son épouse Nancy ont été aperçus à Paris, lors de d’un défilé de mode de Stella McCartney. James était aussi présent !
Manchester, enfin. Le 28 février 2026, les Brit Awards ont déserté Londres pour le Co-op Live, et la pop anglaise a soudain repris son accent du Nord : celui des villes qui n’attendent pas qu’on leur ouvre la porte. Dans cette arène neuve, l’histoire s’est invitée sans frapper, avec les Gallagher en filigrane et, au centre, Noel, couronné Songwriter of the Year. Fidèle à sa ligne de défense — sourire en coin, pique prête à partir — il a remercié tout en sabotant la solennité, rappelant qu’une chanson n’existe vraiment que lorsqu’un groupe la fait transpirer. Puis le feuilleton a basculé sur X : Liam, absent, a dégainé l’hyperbole qui met l’Angleterre en ébullition, plaçant son frère juste derrière Lennon et McCartney. Provocation ? Déclaration d’amour ? Un peu des deux. Car derrière le cirque, reste l’essentiel : ces refrains d’Oasis devenus rites populaires, ravivés par le retour sur scène en 2025, et capables, trente ans après, de transformer une salle en chœur. Ce Brit mancunien raconte surtout cela : la puissance d’un songwriting qui survit à son époque. Entrez, on rembobine.
On voudrait toujours un plan fixe pour expliquer la séparation des Beatles : une porte qui claque, une engueulade, un nom qu’on accuse. Mais la fin des Beatles s’est jouée comme une combustion lente, avec ses faux retours de flamme et ses silences qui rongent. Et pourtant, quand John Lennon raconte l’histoire, il pointe un instant net, presque brutal : la mort de Brian Epstein. « Après la mort de Brian, nous nous sommes effondrés. » Pas une formule pour faire joli, plutôt le diagnostic d’un groupe qui perd d’un coup son centre de gravité, l’adulte dans la pièce, l’arbitre capable de dire non sans déclencher la guerre civile. À Bangor, au pays de Galles, la nouvelle tombe, et derrière le sourire forcé, un vide s’ouvre. Magical Mystery Tour sans filet, Apple Corps comme utopie qui attire les vautours, White Album qui ressemble déjà à quatre disques solo, Get Back filmé comme une thérapie ratée, Abbey Road comme dernier costume bien taillé… Cette enquête remonte la fissure et suit, étape par étape, ce qui s’est réellement “effondré” — jusqu’à la bataille Klein/Eastman où l’argent devient un test de loyauté. Si vous cherchez le moment où tout a basculé, il se pourrait qu’il ait le visage d’une absence.
Au milieu de Driving Rain, disque de reprise de souffle après le deuil et les tempêtes médiatiques, Riding Into Jaipur surgit comme un mirage : une chanson qui ne cherche ni le tube ni l’exotisme de carte postale, mais un état. Tout y avance au ralenti, comme un train de nuit : guitare sèche de voyage, bourdon de tampura, pulsation électronique et voix murmurée, répétée jusqu’à la transe. McCartney s’y met volontairement en retrait, laisse la texture faire le récit, et transforme Jaipur en horizon plutôt qu’en décor. On comprend alors pourquoi ce morceau, pourtant coincé dans une tracklist rock, agit comme un sas : il suspend la vitesse sans l’arrêter, remplace l’autoroute par une ligne ferroviaire intérieure. Genèse nomade (une idée née en vacances, des mots écrits plus tard en Inde), fabrication hybride (chaleur de la bande, montage contemporain), place discrète de face B… tout concourt à en faire un trésor pour ceux qui fouillent les marges. Et si McCartney ne l’a jamais emmenée sur scène, c’est peut-être parce que Riding Into Jaipur appartient au disque comme certains souvenirs : intimes, fragiles, impossibles à rejouer sans briser le charme. Entrez dans ce climat, et laissez-vous déplacer.
Le 11 septembre 2001, Paul McCartney n’est pas devant sa télévision : il est à New York, coincé dans un avion sur le tarmac de JFK. Par le hublot, les Twin Towers fument, et l’époque bascule en direct. Dans cette zone irréelle où l’on voit sans comprendre puis où l’on comprend trop vite, McCartney ne cherche pas la formule juste : il fait ce qu’il a toujours fait. Il écrit. De ce choc naît Freedom, chanson-panique, pansement posé à chaud, présentée quelques semaines plus tard au Concert for New York City, au Madison Square Garden. Un geste de solidarité immédiat, mais aussi l’un des objets les plus discutés de sa carrière tardive : hymne nécessaire pour les uns, slogan trop simple pour les autres. Et puis il y a l’après, quand le mot « liberté » se charge, se durcit, se fait récupérer, au point que McCartney lui-même finira par ranger la chanson, comme on range une lettre écrite dans l’urgence. Raconter Freedom, c’est suivre ce fil tendu entre la pop et l’Histoire : la sidération, la scène comme refuge, la tournée comme thérapie collective, et la question qui reste, vingt-cinq ans après : que peut une chanson quand le monde se brise ?
Il y a des récompenses qui finissent au fond d’un tiroir et des phrases qui vous tiennent lieu de médaille. Paul McCartney l’a compris le soir où Keith Moon, le volcan des Who, l’a stoppé net dans un couloir : qui tient la batterie sur Band on the Run ? « Moi », répond Paul. Verdict immédiat : “fucking great”. Deux mots qui valent un diplôme de batteur, et qui éclairent une facette trop souvent sous-estimée du plus mélodiste des ex-Beatles. Des jours sans Ringo aux sessions marathon de The Ballad of John and Yoko, jusqu’au chaos de Lagos en 1973 où Wings embarque à trois et se retrouve sans batteur, McCartney n’a cessé de prendre les baguettes quand la musique l’exigeait. Résultat : une batterie de compositeur, pas de démonstrateur, qui raconte le morceau autant qu’elle le propulse — du drive de Jet au battement poisseux de Let Me Roll It. Ici, on rembobine l’histoire, on écoute le groove, on détaille les coups de caisse claire et ce que cette validation de Moon raconte vraiment : un rocker déguisé en gentleman, capable d’être à la fois architecte et moteur, et de faire avancer un classique à la force des poignets.
Il y a des disques qu’on croit connaître parce qu’ils sont devenus des emblèmes. Et puis il y a ceux qu’on redécouvre dès qu’on gratte la légende. En 1967, quand les Beatles se retirent des tournées pour s’enfermer à Abbey Road, Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band n’est pas tant un « album concept » qu’un permis d’explorer : le studio comme instrument, le faux groupe comme masque, la pop comme cinéma intérieur. Au centre, une règle du jeu d’une simplicité insolente — « If we liked it and thought it was cool, we would go for it » — qui explique autant les fanfares d’ouverture que le vertige de A Day in the Life. De McCartney l’architecte à Lennon le surréaliste, de la colonne secrète de Harrison à l’humanité de Ringo, on traverse ici l’atelier des miracles concrets : contraintes techniques, décisions irréversibles, audace polie jusqu’à l’évidence. Et si ce mantra résonne encore en 2026, c’est qu’il dit tout d’une révolution durable : suivre le désir, puis travailler jusqu’à ce que le monde inventé tienne debout.
La mort de Len Garry a la douceur brutale des fins qu’on croit lointaines : on les sait possibles, on ne les accepte jamais. À 84 ans, emporté par une pneumonie après une infection de la poitrine, l’ancien Quarryman disparaît et, avec lui, un morceau de Liverpool qui parlait encore à la première personne. Garry n’a jamais été une star au sens moderne du terme ; il était mieux que ça : un témoin, un maillon, un adolescent de Wavertree qui a tenu la tea chest bass comme on tient le rythme d’une bande d’amis, au point zéro où Lennon et McCartney se reconnaissent. Du camion de Rosebery Street aux soirées où la Cavern n’était pas encore un sanctuaire, son histoire raconte le skiffle, le bricolage et cette énergie collective sans laquelle les Beatles ne seraient restés qu’une rumeur de quartier. Et puis la vie, la vraie : la méningite tuberculeuse, l’ellipse, le départ forcé, avant le retour, en 1997, quand les Quarrymen se reforment et transforment la nostalgie en transmission. Dans cet article, on remonte le fil : les lieux, les photos, les rencontres, la gentillesse d’un homme qui avait du temps pour les fans — et ce que sa disparition change, aujourd’hui, dans notre manière d’écouter les origines.
Le 6 juillet 1957, sur un terrain de fête à Liverpool, deux gamins se jaugent au-dessus de quelques accords de skiffle. John Lennon, 16 ans, joue les chefs de bande avec les Quarrymen ; Paul McCartney, 15 ans, avance poliment mais avec la faim au ventre, et prouve qu’il peut jouer dans la cour des grands. De ce test d’ado naît un pacte, puis une signature : Lennon/McCartney, friction permanente entre l’étincelle brute et l’orfèvrerie mélodique. La Beatlemania démultiplie la magie autant qu’elle injecte l’acide, jusqu’aux chansons-flèches du début des années 70 — “Too Many People” d’un côté, “How Do You Sleep?” de l’autre — et à ce samedi soir banal du 24 avril 1976, au Dakota, quand l’histoire tient dans un canapé et un épisode de Saturday Night Live. Après le 8 décembre 1980, le dialogue devient fantôme : “Here Today” sonne comme une conversation impossible. Puis, en 2005, une lettre manuscrite envoyée à Q magazine déchire la pudeur : “Love, Paul”. Retour sur une relation surexposée, jamais simple, et pourtant indestructible.












