Ringo Starr, l’artiste au-delà des Beatles : photographie, peinture et art numérique

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Now and Then (2023) : Ed Ruscha, Chris Giffin et les deux faces d’une pochette des Beatles

Peinture, horloge d’artiste, photographie et éditions de la dernière chanson des Beatles.

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En 2023, le single Now and Then associe la peinture originale d’Ed Ruscha à une œuvre-objet autrefois achetée par George Harrison et photographiée pour la publication. Ce chapitre distingue chacun de leurs auteurs, les formats du disque et l’histoire particulière du conditionnement.

Sommaire de l’étude · dix-sept sections
  1. Un seul single, plusieurs œuvres visuelles
  2. Ed Ruscha : un peintre des mots et de l’espace
  3. Le recto : trois mots blancs sur des diagonales
  4. Une photographie du disque ne documente pas la peinture originale
  5. La présence d’Ed Ruscha dans l’histoire visuelle de Paul McCartney
  6. NOW THEN : le hasard d’une rétrospective new-yorkaise
  7. Le verso : l’horloge de Chris Giffin
  8. George Harrison et l’objet acheté à Providence en 1997
  9. Le récit d’Olivia Harrison : un objet retrouvé au bon moment
  10. Rick Guest : photographier une œuvre qui existe déjà
  11. Darren Evans et le design de l’objet commercial
  12. Le double face A : Love Me Do rencontre Now and Then
  13. Sept pouces : une même peinture, plusieurs couleurs de vinyle
  14. Douze pouces, cassette, CD : changer l’échelle de l’image
  15. La date de diffusion numérique n’est pas toujours celle du support physique
  16. Peinture, sculpture, photographie, design et film : cinq métiers à séparer
  17. Conclusion : une œuvre plurielle sous un même titre

Un seul single, plusieurs œuvres visuelles

Le single Now and Then / Love Me Do, publié en novembre 2023, se présente comme une double face A réunissant les deux extrémités de la discographie des Beatles. L’histoire de son objet graphique ne se résume pas à la signature prestigieuse d’Ed Ruscha, auteur de la peinture reproduite au recto. Le verso et les éléments intérieurs font intervenir d’autres images, d’autres créateurs et une curieuse histoire d’archive familiale. Il est donc nécessaire de parler d’un ensemble éditorial, en distinguant l’œuvre originale de Ruscha, la photographie d’une horloge d’artiste réalisée par Rick Guest, l’objet de Chris Giffin et le travail de conception de la pochette attribué dans les crédits à Darren Evans. Ces responsabilités ne doivent pas être fusionnées. La présente étude constitue une analyse matérielle de la couverture et des éditions, distincte du chapitre consacré au vidéoclip de Peter Jackson et de l’histoire musicale du dernier titre des Beatles.

Ed Ruscha : un peintre des mots et de l’espace

Né en 1937, Ed Ruscha appartient à une génération d’artistes américains ayant fait de la langue ordinaire, de la publicité et des signes imprimés un matériau d’expression plastique. Ses œuvres font souvent surgir un mot ou une courte phrase au sein d’un espace construit, jouant sur la distance entre la simplicité apparente du texte et les associations qu’il produit. Cette caractéristique éclaire la commande de Now and Then, dont le titre signifie à la fois l’alternance, l’intervalle et un rapport rétrospectif au temps. Il serait cependant abusif de réduire la pochette à une illustration littérale de la nostalgie : l’économie du dispositif, le choix des caractères et les directions géométriques doivent être étudiés comme des décisions plastiques autonomes. La présence d’un peintre dans les crédits d’un single rappelle également qu’une couverture de disque peut être une reproduction d’œuvre originale et non un simple montage publicitaire.

Le recto : trois mots blancs sur des diagonales

Le visuel de façade dispose les mots NOW, AND et THEN en capitales blanches à empattements, selon une progression oblique. Le fond associe des nuances bleu-gris et des bandes diagonales créant des décalages d’ombre et de profondeur. L’image ne montre aucun portrait des Beatles et ne s’appuie pas directement sur les codes graphiques d’une photographie de presse. Cette absence des visages est significative pour une publication associant Lennon, McCartney, Harrison et Starr : le nom des musiciens s’efface au profit d’une expérience typographique du temps. La peinture s’affirme comme image autonome, visible sur les éditions commerciales même lorsqu’elle apparaît réduite à une vignette de plateforme. La description doit rester attachée au recto effectivement publié : un cliché de disque, un visuel promotionnel recadré ou une reproduction aux couleurs modifiées ne permet pas d’établir la gamme chromatique exacte de l’original.

Une photographie du disque ne documente pas la peinture originale

Les images de boutiques reproduisent généralement l’emballage, parfois avec un disque partiellement sorti de sa pochette. Ces compositions commerciales peuvent faire croire que le support photographié est lui-même l’œuvre de Ruscha. Or il faut distinguer la peinture initiale, son fichier de reproduction, la jaquette imprimée et le cliché publicitaire associant cette jaquette à un pressage donné. Une variation chromatique apparente entre deux boutiques peut provenir d’une compression d’image, d’une prise de vue sous une lumière différente ou d’un traitement informatique. Pour un catalogue raisonné, l’existence d’une nouvelle variante graphique doit être démontrée par comparaison de pièces matérielles ou par document de production, non par l’apparence de deux miniatures numériques. Cette prudence protège le dossier des séries artificielles de pochettes présentées comme différentes sans preuve.

La présence d’Ed Ruscha dans l’histoire visuelle de Paul McCartney

La commande de 2023 ne constitue pas le premier croisement de l’art d’Ed Ruscha et de l’univers post-Beatles. L’artiste a également réalisé l’identité de couverture de McCartney III, publié en 2020. Cette antériorité établit un lien documentable avec Paul McCartney, mais elle ne permet pas de déduire l’origine exacte de la décision collective de confier le projet des Beatles à Ruscha. La continuité d’un collaborateur peut être signalée sans la transformer en témoignage sur les réunions qui auraient conduit à son recrutement. Dans l’encyclopédie visuelle de Ringo Starr, cette distinction a une importance particulière : un disque sur lequel joue Ringo peut comporter une œuvre commandée à un peintre tiers, qui ne devient pas de ce fait une peinture de Ringo Starr. L’histoire des collaborations doit attribuer à chacun son geste réel.

NOW THEN : le hasard d’une rétrospective new-yorkaise

À l’automne 2023, le Museum of Modern Art de New York présente la grande rétrospective ED RUSCHA / NOW THEN, ouverte le 10 septembre 2023 et organisée jusqu’au 13 janvier 2024. La proximité entre ce titre d’exposition et celui du single suscite un rapprochement frappant. Elle doit néanmoins être interprétée avec mesure : le titre de la rétrospective correspond à un parcours au sein de l’œuvre du peintre, qui avait déjà travaillé sur les mots Now et Then, et il ne prouve pas à lui seul que la pochette des Beatles ait été conçue pour l’exposition. L’événement muséal situe la commande dans la reconnaissance internationale d’un artiste dont le travail sur le langage s’étend sur plusieurs décennies. Il permet de comprendre pourquoi la typographie du disque doit être analysée comme une proposition artistique plutôt que comme une simple décoration.

Le verso : l’horloge de Chris Giffin

Visuel d’archive de l’horloge Now and Then associée à George Harrison, une création de Chris Giffin.
L’horloge associée à Now and Then, un objet distinct de la peinture d’Ed Ruscha utilisée au recto du single.

La documentation du disque attribue à Chris Giffin un objet d’art original : une horloge assemblée à partir de matériaux variés et organisée autour des mots NOW et THEN. Cette pièce ne doit pas être confondue avec la peinture de Ruscha reproduite au recto. L’horloge relève d’une autre pratique, associée à l’assemblage, à la récupération de fragments de mobilier ou d’objets quotidiens et à un langage plastique proche de l’art populaire. La composition transforme l’expression temporelle en objet qui donne littéralement l’heure. Sa présence dans le conditionnement renforce la dimension patrimoniale du single, mais avec une matérialité très différente de celle de l’image de couverture. Les deux œuvres évoquent les mêmes mots sans appartenir nécessairement au même processus de création ni au même auteur.

George Harrison et l’objet acheté à Providence en 1997

Selon le récit d’Olivia Harrison, George Harrison achète l’horloge de Chris Giffin dans une boutique de Providence, dans le Rhode Island, en 1997, à l’époque où leur fils Dhani étudie à l’université Brown. L’objet reste ensuite dans l’environnement familial pendant de longues années. Il ne faut pas réécrire cette histoire comme une commande passée spécialement pour le disque de 2023 : l’horloge préexiste de plus de vingt-cinq ans à sa reproduction dans le single. Son intérêt réside précisément dans cette biographie matérielle indépendante. Elle rejoint les archives personnelles, instruments, objets conservés et documents domestiques dont la signification publique se transforme lorsqu’ils sont réemployés. Ici, un souvenir de George devient un élément du conditionnement d’une dernière chanson associant les quatre Beatles.

Le récit d’Olivia Harrison : un objet retrouvé au bon moment

Olivia Harrison raconte avoir déplacé l’horloge vers le manteau d’une cheminée peu avant un appel de Paul McCartney à propos de la reprise du travail sur Now and Then. L’expression inscrite sur l’objet entre alors en résonance avec le titre évoqué au téléphone. Cette coïncidence personnelle participe au récit public du disque, mais doit rester identifiée comme un témoignage rapporté par Olivia, non comme une preuve d’une intervention surnaturelle ou d’un choix formulé par George Harrison disparu. Le catalogue peut analyser la manière dont un objet familial acquiert un sens commémoratif à travers les circonstances de sa redécouverte. Le témoignage fait partie de l’histoire de la réception et de l’édition, sans modifier la date ni l’auteur de l’œuvre originale.

Rick Guest : photographier une œuvre qui existe déjà

La photographie de l’horloge utilisée dans l’édition est attribuée à Rick Guest. Son crédit précise une fonction différente de celle de Chris Giffin : il a réalisé l’image photographique d’une pièce créée par un autre artiste. La distinction est élémentaire, mais fréquemment effacée par des légendes trop rapides qui donnent au photographe le statut d’auteur de la sculpture. Une notice complète devrait ainsi relever l’auteur de l’œuvre-objet, l’auteur de sa reproduction photographique, le responsable du design éditorial et le lieu de conservation de la pièce originale lorsque celui-ci est documenté. Cette chaîne d’attributions permet de restituer la circulation du visuel sans confondre ses étapes. Elle trouve des équivalents dans les dossiers sur les pochettes de Ringo Starr où le créateur de l’accessoire photographié n’est pas forcément le photographe du disque.

Darren Evans et le design de l’objet commercial

Certains crédits détaillés des éditions physiques mentionnent Darren Evans pour le design du disque. Cette contribution concerne l’agencement éditorial de plusieurs éléments : la peinture de Ruscha, la reproduction de l’horloge, les informations de programme et les mentions de fabrication. Il serait imprudent d’attribuer à Evans chaque choix de Ruscha ou la création de l’horloge ; inversement, la célébrité de Ruscha ne doit pas faire disparaître le nom du graphiste chargé de l’objet commercial. La pochette de Now and Then illustre ainsi plusieurs niveaux de création dont les temporalités diffèrent : objet acquis en 1997, peinture commandée pour 2023, photographie de reproduction, conception de l’édition et fabrication des différents supports. C’est cette chaîne collective qui doit apparaître dans la fiche encyclopédique.

Le double face A : Love Me Do rencontre Now and Then

La logique graphique du single repose aussi sur son programme. La première chanson britannique publiée en 45 tours par les Beatles, Love Me Do, forme un ensemble symbolique avec Now and Then, présenté comme la dernière chanson du groupe. Les deux enregistrements sont réunis sur un même objet mais leurs périodes et leurs conditions de production sont séparées par six décennies. La présence de Ringo Starr dans cette histoire est particulière : il participe à l’enregistrement du single initial dans sa version britannique d’origine et contribue à l’achèvement du nouveau titre. La pochette ne raconte pas ces étapes sous forme de photographies chronologiques ; elle les condense dans une expression de trois mots. Le rôle de l’étude graphique est d’expliquer cette construction symbolique sans reprendre toute l’histoire des séances musicales.

Sept pouces : une même peinture, plusieurs couleurs de vinyle

Les premières annonces commerciales distinguent plusieurs versions du vinyle de sept pouces : noir, bleu clair, transparent et édition marbrée bleu et blanc. La différence la plus immédiatement visible peut résider dans la matière et la couleur du disque plutôt que dans le recto imprimé. Il faut donc distinguer les variantes de pressage des variantes de pochette, ainsi que les éditions générales des exclusivités de boutique. Une référence de catalogue, un code-barres placé sur un autocollant extérieur et une étiquette de disque donnent des informations de nature différente. L’histoire du design se nourrit de ces détails sans transformer artificiellement chaque couleur de plastique en nouvel artwork. Une étude exhaustive exigerait le rapprochement des exemplaires, de leur pays de commercialisation et des mentions lisibles sur leurs enveloppes.

Douze pouces, cassette, CD : changer l’échelle de l’image

La campagne comprend également un vinyle de douze pouces, des variantes colorées, une cassette et un CD single, en complément de la diffusion numérique. La peinture de Ruscha occupe des surfaces d’échelle différente selon les éditions. Le CD appelle un traitement compact des informations, la cassette transforme l’équilibre entre recto et tranche, tandis qu’un grand vinyle impose une reproduction beaucoup plus vaste du visuel. Aucun de ces changements de format ne suffit à prouver la réalisation d’une autre peinture. Dans un catalogue visuel, les fiches de variantes doivent identifier l’objet, son format, la référence, le territoire et la présentation spécifique attestée. C’est le seul moyen de produire un inventaire utile aux historiens et aux collectionneurs sans extrapolation.

La date de diffusion numérique n’est pas toujours celle du support physique

La chanson est mise à disposition le 2 novembre 2023, tandis que plusieurs notices de produits physiques situent leur première sortie commerciale au 3 novembre. Cette dissociation est particulièrement importante pour une chronologie discographique ou iconographique. Une couverture peut être rendue publique dans une annonce en octobre, servir à la promotion numérique le 2 novembre, puis accompagner un exemplaire disponible le lendemain. La date de conception de l’image, la date de son dévoilement et la date d’existence d’un pressage ne sont pas équivalentes. Le catalogue doit conserver chacune lorsqu’elle est connue. Il serait trompeur de résumer toute l’histoire du graphisme par une unique date de sortie choisie sans distinction du support.

Peinture, sculpture, photographie, design et film : cinq métiers à séparer

La campagne de Now and Then permet de distinguer avec une netteté inhabituelle cinq catégories d’œuvres : la peinture de couverture d’Ed Ruscha, l’horloge assemblée de Chris Giffin, la photographie de Rick Guest, le design éditorial attribué à Darren Evans et le clip réalisé par Peter Jackson. Une sixième catégorie apparaît avec le court documentaire d’Oliver Murray. Ce sont autant de signatures et de statuts distincts, même si tous participent au même événement discographique. Leur rapprochement constitue une richesse pour l’encyclopédie des arts visuels autour de Ringo Starr, dont le rôle est celui d’interprète et de figure filmée plutôt que de créateur exclusif de toutes les images produites autour de la chanson. Cette taxonomie évite la confusion des crédits comme la cannibalisation entre pages.

Conclusion : une œuvre plurielle sous un même titre

Now and Then témoigne de la capacité d’une pochette de disque à faire dialoguer plusieurs histoires : une peinture contemporaine consacrée à trois mots, une horloge d’art populaire conservée dans la famille Harrison, une photographie commandée pour sa reproduction, un travail de design éditorial et une série d’éditions sur des supports différents. Ed Ruscha, Chris Giffin, Rick Guest et Darren Evans ne doivent pas être réunis sous l’appellation indifférenciée d’auteurs de la pochette. Leurs contributions sont complémentaires mais non identiques. Le film de Peter Jackson relève, lui, d’une autre œuvre qu’il convient d’étudier séparément. Une telle approche restitue avec exactitude la richesse d’une publication à laquelle Ringo Starr participe comme musicien et dépositaire vivant de la mémoire du groupe.

La pochette et le film : deux trajectoires documentaires

La diffusion de Now and Then en 2023 invite à distinguer la création graphique du support enregistré et le film qui accompagne la chanson. Le chapitre sur le montage de Peter Jackson analyse les images animées, les prises de vue et l’assemblage d’archives ; la présente étude décrit le graphisme attribué à Ed Ruscha et à ses collaborateurs. Les deux créations partagent une même campagne de lancement sans se confondre dans leurs techniques ni dans leurs auteurs. Cette différence est fondamentale pour le classement des œuvres : le crédit d’une jaquette ne doit pas être transféré au film, et celui du montage ne doit pas servir à attribuer les photographies d’origine. Le chapitre consacré à Anthology complète cette comparaison en revenant sur le projet éditorial de 1995–1996, dont la période a fourni une partie du contexte historique de Now and Then.

Parcours de lecture dans le dossier

La création graphique du single se distingue du clip de Peter Jackson, qui utilise les archives filmées de 1995 et de nouvelles prises de vue de Ringo Starr. Pour approfondir la méthode d’attribution des images, consulter les archives photographiques, puis la chronologie des arts visuels.

Now and Then : une image de disque qui accepte de ne pas montrer les Beatles

Le visuel du single Now and Then rompt avec la solution la plus immédiate pour annoncer une chanson présentée comme l’ultime publication des Beatles : réunir les quatre visages dans un montage photographique. Le recto utilise une composition d’Ed Ruscha dominée par les mots du titre. La force de cette option tient à sa retenue. Le public reconnaît déjà le nom du groupe et comprend l’importance historique de l’événement ; l’œuvre graphique peut donc proposer une réflexion sur le temps plutôt qu’une nouvelle photographie commémorative. Le texte devient une matière plastique autonome, qui demande au spectateur de regarder des mots ordinaires comme une image.

Cette solution appartient pleinement au langage artistique de Ruscha, dont une partie de l’œuvre repose sur le statut visuel des mots. Elle ne signifie pas que Ringo ou Paul McCartney ont personnellement peint le recto du disque. Les musiciens sont les interprètes de l’enregistrement, tandis que la couverture mobilise un créateur d’art contemporain doté de sa propre histoire. L’encyclopédie doit respecter cette séparation tout en montrant comment les deux univers se rencontrent dans un même objet commercial.

Les mots comme surface : représenter le temps sans dessiner une horloge

Le titre Now and Then réunit deux adverbes qui établissent un rapport entre le présent et un passé évoqué. Le travail de Ruscha transforme cette opposition en une composition dont les lignes et les contrastes organisent la lecture. Les mots ne sont plus simplement une étiquette au-dessus de la photographie ; ils constituent le sujet principal. La couverture peut ainsi évoquer la distance historique sans représenter une séance d’enregistrement, un portrait de John Lennon ou une chronologie illustrée.

Cette économie de signes ouvre plusieurs lectures sans qu’il soit nécessaire de leur attribuer une intention explicitement formulée par le peintre. Les diagonales et le contraste de l’inscription orientent le regard ; le titre fonctionne simultanément comme identification du morceau et comme proposition visuelle. L’intérêt du design réside dans cette superposition. Une œuvre de typographie expressive ne doit pas être jugée selon les critères d’une photographie documentaire, puisque son objet n’est pas de prouver un événement mais d’en accompagner la signification culturelle.

Le verso de Chris Giffin : une horloge chargée d’une autre histoire

La face arrière du single fait intervenir une horloge artisanale associée à l’artiste Chris Giffin. L’objet avait été acquis par George Harrison à Providence lors d’un voyage de 1997. Sa présence en 2023 ajoute une profondeur matérielle que la couverture de Ruscha ne possède pas de la même manière. Les mots « Now » et « Then » appartiennent déjà à la surface de l’horloge avant que le titre du disque ne lui donne une résonance nouvelle. L’objet n’a donc pas été fabriqué à l’origine pour illustrer l’ultime chanson des Beatles.

Ce parcours doit être raconté avec précaution. L’achat de l’horloge par George, sa conservation dans un environnement familial et sa photographie pour la pochette correspondent à des opérations distinctes. L’objet possède un auteur, un propriétaire historique et une nouvelle fonction éditoriale ; aucun de ces rôles n’efface les autres. Il serait erroné de présenter l’horloge comme une sculpture créée par George Harrison ou de confondre Chris Giffin avec le photographe qui l’a reproduite pour le disque.

Olivia Harrison : le choix d’un objet personnel devenu signe collectif

Le récit transmis par Olivia Harrison au sujet de l’horloge explique pourquoi cette pièce possède une portée affective particulière. En 2022, au moment où le projet de finalisation de Now and Then se précise, le titre lui rappelle l’inscription d’un objet conservé depuis longtemps. La coïncidence donne à l’horloge une valeur de mémoire, liée à George et à sa présence symbolique dans un projet achevé après sa disparition. Ce rôle relève de la transmission familiale et éditoriale, et non d’une création d’objet accomplie à la demande des Beatles en 2023.

Une telle histoire permet d’expliquer comment les archives domestiques peuvent intervenir dans les choix visuels d’un disque. Elle n’autorise pas à déduire que tous les détails du verso proviennent des intentions de George au moment de l’achat de 1997. Le passé d’un objet et l’usage qu’on lui donne ensuite n’ont pas nécessairement le même sens. L’encyclopédie gagne à conserver cette différence, au lieu de transformer une rencontre remarquable entre un titre et une inscription en récit prédestiné.

Rick Guest : photographier un objet sans se substituer à son sculpteur

La reproduction de l’horloge dans l’édition du single engage le travail du photographe Rick Guest. Les choix de lumière, de cadrage et de restitution de la matière influencent la perception de l’objet. Une sculpture ou un assemblage tridimensionnel peut paraître très différent selon l’angle choisi et la place accordée à son environnement. La photographie destinée à la pochette impose un point de vue qui rend l’horloge immédiatement lisible comme image. Elle ne transforme pourtant pas Guest en auteur de l’objet lui-même.

La situation illustre un problème classique de catalogage : une œuvre préexistante est reproduite par un professionnel, puis intégrée par un designer à un produit commercial. Il faut donc distinguer la création de l’horloge, sa photographie et sa mise en page. La présence du nom de George Harrison dans le récit de provenance ajoute un quatrième rôle, celui d’ancien détenteur. Tous ces acteurs peuvent contribuer à la signification finale sans être fusionnés sous une unique mention d’artwork.

Un objet double face : deux histoires de l’art pour deux faces de disque

Le recto de Ruscha et le verso reposant sur l’horloge de Giffin constituent un contraste remarquable. L’un utilise le texte comme élément graphique construit pour une publication contemporaine ; l’autre réemploie un objet matériel chargé d’une histoire personnelle plus ancienne. La présence du même titre sur les deux surfaces ne les rend pas interchangeables. Leur rencontre est un choix éditorial qui transforme le disque en petit espace d’exposition, capable de faire dialoguer peinture de mots, objet d’art populaire et photographie.

Cette structure invite à étudier la pochette comme un ensemble complet. Le public qui ne voit que l’image principale dans une application musicale peut ignorer la seconde partie de cette proposition. Le collectionneur d’un 45 tours peut au contraire retourner la pochette et mesurer la différence de matière entre les deux créations représentées. Le design du support, associé notamment à Darren Evans, permet à ces œuvres de communiquer sans effacer leurs origines respectives.

Le vinyle coloré et le CD : des éditions, non des œuvres originales supplémentaires

Le single de 2023 paraît en différentes formes, notamment en sept pouces, douze pouces, cassette et CD, tandis que plusieurs couleurs de vinyle font partie de sa diffusion. Ces variantes peuvent avoir une valeur importante pour les collectionneurs, mais elles ne signifient pas que Ruscha a peint une couverture originale distincte pour chaque disque de couleur. Les spécifications commerciales portent sur des objets édités à partir d’une identité graphique commune. Pour chaque exemplaire, il faut relever le format, les inscriptions, le conditionnement et les différences visuelles réellement observées.

Le nombre de supports ne doit pas être transformé en nombre d’œuvres. De même, une photographie promotionnelle du vinyle sur une table n’est pas la photographie source de la pochette. Elle documente un produit commercial postérieur à la création des éléments graphiques. La distinction permet de conserver une discographie matérielle détaillée sans multiplier artificiellement les attributions artistiques.

Un même titre, trois univers visuels : couverture, documentaire et clip

La campagne de Now and Then comprend un documentaire réalisé par Oliver Murray, un clip réalisé par Peter Jackson et les créations de couverture associées à Ruscha, Giffin, Guest et à l’équipe graphique. Ces œuvres partagent l’événement musical de novembre 2023, mais elles n’ont ni les mêmes auteurs ni les mêmes fonctions. Le documentaire explique la fabrication d’un enregistrement ; le clip utilise des archives animées pour évoquer la rencontre de plusieurs époques ; la pochette condense la question du temps dans des objets et des signes fixes.

La présente étude doit donc renvoyer à la monographie du clip de Peter Jackson, à l’histoire des créations graphiques récentes et à la méthode d’attribution des images. Le rapprochement permet de comprendre la richesse d’une sortie historique sans confondre l’œuvre musicale, le témoignage audiovisuel et les créations plastiques qui l’accompagnent.

Le minimalisme du recto : trois mots et la décision de ne montrer aucun Beatle

Le single Now and Then paraît en 2023 avec une couverture fondée sur une création d’Ed Ruscha, artiste américain dont une grande partie du travail examine les mots comme formes visuelles. La sobriété du recto est une décision remarquable pour une publication présentée comme l’ultime chanson des Beatles : aucune photographie des quatre musiciens n’occupe la surface principale. Le spectateur rencontre un texte qui devient la matière plastique de la couverture. Cette absence de visage collectif ne constitue pas un manque d’archive, mais un mode de présentation radicalement différent des disques historiques illustrés de portraits du groupe.

Le choix de Ruscha permet également de séparer deux fonctions souvent confondues : représenter les interprètes et donner une identité à l’œuvre publiée. Un titre peut suffire à produire une image forte lorsque ses caractères, leur position et leurs contrastes sont traités comme composition. Le nom des Beatles demeure essentiel à l’objet commercial, mais la couverture ne dépend pas d’une reconstitution artificielle d’un portrait pris en 2023. Elle laisse au disque sonore et au film promotionnel le soin de raconter la réunion musicale à travers les archives.

NOW THEN au musée : une coïncidence graphique qui ne change pas le titre du single

L’année 2023 voit également une rétrospective consacrée à Ed Ruscha à New York, portant le titre ED RUSCHA / NOW THEN. Le rapprochement verbal avec la nouvelle chanson des Beatles peut attirer l’attention et entraîner des confusions bibliographiques. Pourtant, l’exposition et le single ne constituent pas un seul objet. Le musée présente une carrière artistique selon son propre programme, tandis que la pochette répond à une commande et à un calendrier de publication musicale. La coexistence des mots rapproche deux univers, mais leurs pièces, leurs dates et leurs crédits doivent rester autonomes.

Pour cataloguer le single, la mention du nom de Ruscha ne suffit pas à transformer l’édition musicale en catalogue de l’exposition. La peinture ou la composition qui sert de modèle possède sa propre histoire de création, tandis que la couverture imprimée est un nouvel objet de diffusion. Le chercheur peut comparer la place des mots dans les deux projets sans prétendre que toutes les œuvres montrées dans la rétrospective sont associées aux Beatles. Cette précision préserve la singularité de la contribution de Ruscha à un disque très attendu.

Le verso de Chris Giffin : un objet sculptural pour mesurer un temps collectif

La face arrière du single présente une horloge construite par Chris Giffin. Cette œuvre matérielle forme un contrepoint à la création textuelle de Ruscha. Là où le recto emploie les mots « maintenant » et « alors », le verso représente un instrument destiné à mesurer la durée. L’association paraît évidente sur le plan du sens, mais elle résulte d’un assemblage éditorial précis : l’horloge n’est pas un élément dessiné par Ruscha et la photographie du verso n’est pas la peinture originale du recto.

Cette différence introduit trois métiers au moins dans l’objet imprimé : un artiste des mots, un créateur d’objet sculptural et un photographe chargé de rendre visible cet objet. Les crédits doivent être suivis jusqu’à leur fonction. La célébrité du single peut conduire à attribuer indistinctement la couverture entière à Ed Ruscha ; cela effacerait la contribution de Giffin et celle de Rick Guest, dont la photographie participe à la présentation de l’horloge. Une monographie rigoureuse décrit donc les deux faces comme une rencontre d’œuvres, non comme le recto et le verso d’un tableau unique.

George Harrison et Providence : la mémoire d’un objet avant sa nouvelle fonction

Le récit transmis par Olivia Harrison associe l’horloge à un objet acquis par George Harrison à Providence lors de son voyage américain de 1997. Des années plus tard, ce souvenir personnel est choisi pour accompagner la dernière chanson du groupe. Le parcours est exceptionnel : une pièce entrée dans la vie privée d’un musicien devient un élément d’image destiné au public mondial. Sa valeur symbolique est renforcée par l’absence de George au moment de la réalisation finale du single, sans que l’objet cesse d’avoir été conçu auparavant par un autre artiste.

La chronologie doit distinguer la fabrication de l’horloge, son acquisition, sa conservation dans l’entourage de George et sa photographie pour la pochette. Un objet personnel ne devient pas une création de son propriétaire du seul fait qu’il a été choisi pour une édition postérieure. Olivia Harrison intervient dans la transmission de l’histoire et dans le choix du motif, tandis que Giffin reste l’auteur de la sculpture. Cette répartition explique la richesse affective du verso sans réduire sa provenance à une légende sentimentale.

Rick Guest et Darren Evans : photographier puis organiser une œuvre déjà existante

La reproduction de l’horloge en couverture mobilise le photographe Rick Guest. Son intervention ne consiste pas à inventer le mécanisme ou la forme sculpturale, mais à choisir un point de vue, un éclairage et un rendu adaptés à l’impression. Un objet tridimensionnel ne présente pas les mêmes propriétés selon qu’il est regardé directement ou photographié ; certaines ombres et certaines surfaces deviennent plus ou moins lisibles. La photographie crée donc une traduction visuelle de la sculpture qui mérite son propre crédit.

Darren Evans intervient dans la conception de l’objet graphique final, où les deux œuvres doivent être coordonnées avec les obligations d’un disque commercial. L’image de l’horloge, les mots de Ruscha, les indications du label et les informations du support ne proviennent pas d’une même source. Le design organise cette hétérogénéité. Un tirage de la photographie de Guest et un exemplaire du disque ne constituent pas nécessairement la même œuvre matérielle, même lorsque la représentation de l’horloge paraît identique.

Les éditions à vinyle coloré : plusieurs supports sans nouvelles horloges

La campagne de Now and Then comprend des éditions en vinyle de plusieurs couleurs, auxquelles s’ajoutent notamment CD et cassette. Ces variations donnent à la publication une forte présence chez les collectionneurs et prolongent les habitudes de l’industrie musicale contemporaine. La couleur du disque peut différencier des pressages officiels, mais elle ne prouve pas qu’une nouvelle sculpture de Giffin a été réalisée pour chaque exemplaire ni qu’une autre photographie de Guest a été prise. Le motif de couverture et les propriétés du support doivent être classés séparément.

La description bibliographique doit établir la référence commerciale, le programme sonore, la couleur, le diamètre et les éléments imprimés pour chaque édition. Une image publicitaire de disque coloré peut avoir été composée en studio et ne constitue pas toujours une photographie de l’exemplaire que recevra l’acheteur. Les variations matérielles méritent des notices précises, mais elles ne doivent pas gonfler artificiellement le nombre d’œuvres originales associées au projet.

Trois œuvres distinctes sous un même titre : pochette, documentaire et clip

Le documentaire d’Oliver Murray publié le 1er novembre 2023, la chanson du 2 novembre et le film promotionnel de Peter Jackson présenté le 3 novembre appartiennent à une campagne commune mais à des objets de nature différente. La pochette de Ruscha, Giffin, Guest et Evans est une composition imprimée ; le documentaire raconte l’achèvement de l’enregistrement ; le clip assemble des archives historiques et de nouvelles images de Paul McCartney et Ringo Starr. Il serait trompeur de porter au crédit de la pochette les techniques audiovisuelles utilisées dans le montage de Jackson.

Cette page complète l’étude du clip de Peter Jackson et l’histoire des compositions graphiques de cinéma. La comparaison montre comment une mémoire commune peut susciter plusieurs créations nouvelles sans que chacune se substitue aux autres. Le temps est le sujet partagé ; les procédés et les auteurs restent multiples.

Now and Then : le recto et le verso d’un disque racontent deux histoires de l’art

La pochette du single Now and Then, publié par les Beatles en 2023, constitue un exemple récent où la célébrité des interprètes n’est pas utilisée sous la forme d’un portrait de groupe. Le recto s’appuie sur une composition typographique d’Ed Ruscha, tandis que le verso présente une horloge sculptée par Chris Giffin, photographiée par Rick Guest. Darren Evans participe à la mise en forme graphique de l’ensemble. Une seule pochette rassemble ainsi une œuvre fondée sur le texte, un objet sculptural, la photographie de cet objet et la conception du conditionnement discographique. Aucun de ces métiers ne doit être effacé par une attribution simplifiée à un auteur unique.

L’absence de visage sur la face principale est un choix significatif. Pour un disque présenté comme la dernière chanson réunissant les quatre Beatles grâce à un travail technique récent sur des enregistrements plus anciens, il aurait été possible de reprendre une photographie de jeunesse. La couverture préfère un dispositif plus minimaliste, dans lequel les mots deviennent l’image. Cette décision donne au temps et à la mémoire une présence sans employer directement une iconographie nostalgique de groupe. Mais elle ne transforme pas la pochette en œuvre réalisée par Ringo : il figure parmi les musiciens du disque, et non parmi les auteurs graphiques crédités.

Au verso : une sculpture d’horloge devenue photographie

L’objet conçu par Chris Giffin ajoute une dimension matérielle que la réduction numérique de la pochette peut faire oublier. Il existe une différence entre la sculpture, son éventuelle installation, la prise de vue de Rick Guest et l’impression sur la jaquette. La photographie montre un objet en fixant un éclairage, un angle et une échelle ; elle ne reproduit pas nécessairement les caractéristiques physiques de l’œuvre de manière exhaustive. Une nouvelle photographie de la sculpture pourrait être une nouvelle œuvre photographique sans devenir une nouvelle sculpture.

Le rôle du directeur artistique consiste à organiser la relation entre ces deux faces de disque. Une pochette est aussi un objet manipulable : elle dévoile une deuxième composition lorsqu’on la retourne. La version numérique affichée sur une plateforme musicale peut privilégier seulement le recto, rendant cette double structure moins visible. Le catalogue doit donc décrire les deux faces de l’édition matérielle, puis signaler les conditions différentes de diffusion sur les supports dématérialisés.

Couleurs de vinyle et versions : ne pas multiplier artificiellement les œuvres

Les déclinaisons du single en vinyles colorés et autres formats donnent naissance à plusieurs références commerciales. Elles n’impliquent pas à chaque fois la création d’une nouvelle peinture de Ruscha ou d’une nouvelle horloge de Giffin. Les supports peuvent varier sans que le programme visuel principal change, tandis que certains conditionnements introduisent des différences de dimensions ou de mentions obligatoires. L’histoire des pressages et celle des œuvres graphiques doivent rester liées par des concordances plutôt que fusionnées.

Le titre Now and Then désigne également un documentaire et un clip réalisés dans le contexte de cette publication. Le film de Peter Jackson mobilise des archives et des effets contemporains ; il ne partage pas automatiquement les auteurs de la pochette. Une encyclopédie précise doit maintenir les trois objets — disque illustré, film documentaire, clip — dans des notices séparées et reliées par le titre commun. Cette démarche rejoint l’étude de la création audiovisuelle et celle des métiers de l’image de Ringo et des Beatles.