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The Beatles – The Beatles : les secrets de l’album (paroles, tablature)

The Beatles - The Beatles : les secrets de l'album (paroles, tablature)

Informations sur l’album

  • Pays : International
  • Support : CD
  • Label : Apple
  • Numéro de série : CDP 7 46443 8
  • Mixage : Mono
EUR 21,99 EUR 46,54
2CD set. Epic 1968 double LP incl. "While My Guitar Gently Weeps", "Blackbird", "Dear Prudence" & "Helter Skelter" with Apple logo.
Expédition sous 4 à 5 jours ouvrés

Track-listing de l’album

Description de l’album

The Beatles, souvent surnommé « l’album blanc » ou « le double blanc », est un double album des Beatles sorti le 22 novembre 1968 sous leur propre label, Apple Records, et contenant 30 chansons originales réparties sur quatre faces.
L’album est un nouveau tournant musical dans la carrière des Beatles. Exploré en long et en large depuis Revolver jusqu’à Magical Mystery Tour, le psychédélisme laisse place à un retour vers le rock ’n’ roll, des arrangements plus simples et des textes moins philosophiques. Les guitares acoustiques sont ainsi souvent préférées aux sonorités complexes de Sgt. Pepper, puisque c’est sur cet instrument qu’ont été écrites la plupart des chansons, durant le séjour du groupe au nord de l’Inde, à Rishikesh dans l’ashram du Maharishi Mahesh Yogi. Paul McCartney s’affiche en brillant touche à tout, abordant une large palette de genres musicaux, George Harrison affirme ses talents d’auteur-compositeur, Ringo Starr compose sa première chanson, tandis que John Lennon va de plus en plus loin dans l’introspection, fait parfois dans la dérision, se montre aussi iconoclaste ou mordant, et surtout, chante son amour pour sa nouvelle âme soeur, Yoko Ono. La présence de cette dernière dans les studios d’enregistrement est d’ailleurs un facteur de tensions. Malgré de nombreuses difficultés, dues à une mésentente croissante au sein du groupe durant sa réalisation, la formule de cet album double fonctionne, puisque le succès du disque est colossal. C’est la 3e meilleure vente d’album du groupe, après Sgt. Pepper et Abbey Road, et le plus vendu sur le territoire américain, avec plus de 19 millions d’exemplaires écoulés. Il reste ainsi en tête des hit-parades 8 semaines au Royaume-Uni, et 9 aux USA.

L’interprétation de Charlie

Assassinat de Gary Hinman le 27 Juillet 1969. Le corps est emmené à Spahn Ranch (Californie). Il y sera découvert le 31 Juillet. La Police retrouvera sur les murs de la pièce le slogan « POLITICAL PIGGY » (cochon de politicien).

Assassinat de Sharon Tate, femme du réalisateur Roman Polansky, et de ses trois invités le 8 Août 1969. Le mot « PIG » (porc) est inscrit en lettres de sang sur la porte.

Assassinat de Leno La Bianca et de sa femme Rosemary, à leur domicile, le 9 Août 1969. Le cadavre de Leno La Bianca est marqué à coups de couteau du mot « WAR », tandis que les murs de leur logement se voient maculés des inscriptions « DEATH TO PIGS » (mort aux porcs), « RISE » (debout), et « HELTER SKELTER » (le grand chaos) sur les murs.

Quarante autres meurtres seront dès lors commis par un groupuscule nommé « Famille », fondé par un homme du nom de Manson…

Charles Manson, est né le 11 novembre 1934 aux Etats Unis d’une mère prostituée et de père inconnu. Cette structure familiale étant défavorable à son épanouissement normal, Charlie passe une grande partie de son enfance et de son adolescence en Centre de correction, et développe dès lors une agressivité et une haine forte de la société, qu’il renforce avec l’écoute du rock. Très vite influencé par cette musique, Manson essaye de pénétrer dans les hautes sphères de ce milieu et sympathise avec Dennis Wilson, batteur du groupe « The Beach Boys », avec lequel il partagera quelques temps un appartement au 14 400 sur le Sunset Boulevard de Beverly Hills. Mais l’amitié entre les deux hommes s’estompent aussi rapidement que le compte bancaire de Wilson se vide.

Exilé de chez Wilson, Charlie décide de crée autour de lui un groupuscule à caractère sectaire : « la Famille ». Au travers de ce groupe, il fédère autour de lui des jeunes, perdus, en quête d’un environnement social et familial réconfortant. Il exerce dès lors auprès d’eux un contrôle total, en usant de diverses techniques acquises en prison et de par ses lectures à caractère psychologique (l’hypnose), ou sectaire (l’enseignement dianétique dispensé par Ron Hubbard, fondateur de la Scientologie), n’hésitant parfois pas à solidifier ses pauvres propos par des argumentations Biblique, et l’incitation à la prise de LSD.

Si il y a un ouvrage auquel Manson aime à se rapporter, il s’agit bien de la Bible et plus particulièrement de la partie concernant l’Apocalypse décrite par Saint Jean.

Manson, dans sa folie, reste en effet convaincu que le peuple afro-américain est en train de préparer une Révolution en vu de prendre le pouvoir et de massacrer le peuple blanc qui l’a si souvent asservi. Charlie de ce fait là, se prétend être la ré-incarnation du Christ, et se prétend capable de sauver toutes les personnes qui sauront l’écouter et suivre ses préceptes. Pour ce grand orateur aux faibles arguments, il n’existe qu’une seule solution pour survivre : partir se réfugier dans un souterrain de la Vallée de la Mort, y concevoir une descendance de 140 000 personnes qui reviendront à la surface de la Terre pour reprendre le pouvoir aux Noirs.

Et le 22 Novembre 1968 est pour le fou Manson, le jour de la grande révélation : la sortie de l’album « The Beatles », plus connu sous le nom du « Double Blanc ».

C’est en mêlant les versets de l’Apocalypse Johannique au message soi-disant contenu dans le White Album des Beatles que Manson se crut choisi par les Beatles eux même pour commanditer des meurtres rituels. Ce disque lui était selon lui dédié. Et c’est ainsi qu’il explique à ses fidèles que comme les Beatles ne peuvent pas venir le rencontrer en personne aux Etats Unis, ils lui envoient cet album, comme un signal d’alarme à un futur conflit inter-racial, où lui et ses adeptes seraient les représentants du Bien et le peuple noir la ré-incarnation du Mal. Mais avant de partir se réfugier dans la Valée de la Mort, certains crimes devaient être perpétrés.

Ainsi « La Famille » massacra peu avant minuit Sharon Tate, enceinte de huit mois, l’épouse du metteur en scène Roman Polanski, et les amis qui participaient à une fête que l’actrice avait organisée à son domicile au 10 050 de la rue Cielo Drive. Sharon Tate avait joué le rôle d’une sorcière dans un film « Eye of the Devil » (l’œil du Diable) mettant en scène les rites sacrificiels d’une secte avec des sacrifices humains. De son côté, en 1968, Roman Polanski avait réalisé Rosemary’s Baby où après avoir été fécondée par Lucifer une femme mettait au monde l’Antéchrist. Le film avait été tourné à New York, au Dakota Building .

« L’Album Blanc » des Beatles servait de Bible sonore à Manson. « Helter Skelter » en était le morceau phare, annonçant, le Grand Chambardement, le Grand Chaos prochain où la société s’effondrerait dans une orgie de violence. D’autres titres possédaient également un symbolisme particulier comme « Sexy Sadie », un hymne à Susan Atkins (une des Nones Rouges), « Piggies » qui se moquait de la police, ou « Revolution 9 » qui se réfère au Chapitre 9 de l’Apocalypse de St Jean.

On notera également que l’utilisation de certains slogans figurant sur les lieux des crimes faisaient soit référence à l’Album Blanc, soit aux slogans utilisés par Eldridge Cleaver, leader du mouvement révolutionnaire noir, les Black Panthers. Cette dernière technique visait tout simplement à déclencher une guerre civile entre noirs et blancs. En effet, en reportant l’accusations des meurtres sur les noirs, Manson pensait qu’une vague de violence sans précédents éclaterait. Il n’en fut rien.

Ces projets étaient prévus pour faire germer Armageddon.

« La Famille » ce mouvement sectaire qu’il avait fondé en 1967, et reposant sur des règles plutôt basiques fut dissoute lors de l’arrestation et de la condamnation des auteurs des meurtres et de Manson lui-même.

Le procès fut retentissant, et Manson put y exercer son art de l’hypnose et de la déstabilisation. Ce qui ne l’empêcha pas d’être condamné à la prison à vie. Mais toujours depuis sa prison Manson noua de nombreux liens avec plusieurs groupuscules sectaires sataniques ou d’extrême droite qui continuent à propager dans le monde sa « philosophie » meurtrière.

Enchère en cours à 12.0 €, reste environ 3 heures

The Beatles : Le double blanc vu par Mark Hertzgaard

C’est en mai 1995, que Mark Hertsgaard, jeune journaliste américain offrait au public fan des Beatles, un superbe ouvrage, richement documenté, intitulé « L’art des Beatles ». Fruit de plusieurs années de travail, ce livre permet de revivre, sans romance superflue, au travers d’explications qui ravissent novices et érudits, toute la carrière des Beatles, et l’enregistrement des divers albums du groupe. Ce livre fait parti des « incontournables ».

Nous vous proposons donc de découvrir, ci-après, le chapitre du livre que Hertsgaard consacre à l’album blanc : un chapitre intitulé « Troubles intérieurs, richesse créatrice »… « L’album Blanc » n’aura alors plus de secret pour vous !

Bonne lecture !

Si l’ignorance est le secret du bonheur, les admirateurs des Beatles devaient être en plein nirvana pendant l’été de 1968. Le monde savait bien sûr que les Beatles étaient allés en Inde pendant l’hiver et que désormais John Lennon fréquentait une certaine japonaise du nom de Yoko Ono. Les plus attentifs avaient également entendu parler d’Apple, la compagnie fondée par les Beatles à l’automne 1967 pour gérer leurs créations futures. Mais personne en dehors du cercle restreint entourant les Beatles n’était au courant des troubles dus à Yoko Ono et Apple lors des séances d’enregistrement de ce qui allait devenir l’Album Blanc. Lennon et McCartney considérèrent ces sessions comme le vrai début de la séparation des Beatles. Starr et Harrison avaient ressenti cette désaffection, et Ringo alla jusqu’à quitter le groupe pendant quinze jours environ au mois d’août 1968. Toutes ces circonstances malheureuses furent à l’époque gardées secrètes. Le dessin animé Yellow Submarine, sorti le 17 juillet, renforça au contraire l’image que tout le monde s’était forgée des Beatles : celle d’une bande très unie de quatre garçons qui aimaient s’amuser.

Puis le 30 août, sortirent « Hey Jude » et « Revolution ». Depuis six mois les Beatles n’avaient plus rien produit musicalement, mais le 45 tours  » Hey Jude / Revolution  » montra que cette attente en valait la peine. Dans l’ignorance des rivalités entre Lennon et McCartney, tous deux décidés à avoir la face A du 45 tours, Paul l’emportant avec « Hey Jude » -, le public pouvait réagir librement à la musique elle-même. Et sur ce plan-là, il avait de quoi être heureux, car Paul et John avaient tous deux raison : « Hey Jude » et « Revolution » auraient mérité ensemble une face A, comme Strawberry Fields « et » Penny Lane  » par le passé.

Les Beatles jouèrent en direct – en semi-direct en fait – à la télévision britannique et américaine, et l’émotion soulevée par leurs prestations est encore perceptible même vingt-cinq années plus tard. Seules les voix passaient réellement en direct, mais personne en voyant ces clips ne pouvait plus douter que les Beatles donnaient le meilleur d’eux-mêmes quand ils jouaient du rock’n’roll. Le clip de « Revolution » montrait John, George et John jouant de la guitare devant leurs micros, tandis qu’à l’arrière-plan Ringo occupait une estrade avec sa batterie. John était devenu un vrai hippie à cette époque, la raie au milieu, les boucles de ses cheveux longs lui tombant sur les épaules. Le sujet de sa chanson et son interprétation révélaient tout le chemin parcouru depuis l’époque où il n’était encore qu’un « chevelu sympathique ». Son hurlement juste après l’introduction – un solo de guitare électrique, massif, au son saturé – était plus un appel aux armes qu’un cri de joie. Ses paroles affirmaient qu’il était prêt à entreprendre un changement radical de l’ordre social. Le seul problème était de savoir comment l’obtenir.

Certains militants de gauche, curieusement, reprochèrent à « Revolution » de n’être pas assez révolutionnaire, mais les paroles de Lennon ont mieux résisté au jugement de l’histoire que ces critiques. Bien que moins idéaliste et moins confiante en l’avenir que « All You Need Is Love » sortie l’été précédent, la chanson s’inscrivait dans la continuité des idées de Lennon selon lesquelles l’action politique devait être jugée d’un point de vue moral et non pas idéologique, d’où son refus de soutenir « des gens à l’esprit haineux » (people with minds that hate). En même temps, il ne fallait pas négliger la dimension pratique du problème ; quoi qu’on pensât de la Chine de Mao, prêcher ce type de révolution aux masses occidentales qui redoutaient cet homme était une démarche d’avance vouée à l’échec. Mais Lennon était bien disposé à vous écouter si vous aviez une meilleure idée à lui proposer ; en fait il n’attendait que cela, qu’on lui montre un projet. Dans les premiers vers de la chanson, il ne bat pas en retraite quand son interlocuteur imaginaire lui présente la révolution comme la solution aux problèmes de la société. Au contraire, John désire sincèrement entendre ses propositions. Après tout, il veut changer le monde lui aussi, chante Lennon à deux reprises en réponse à cet interlocuteur.

Mais que faire si la révolution sous-entend l’usage de la violence ? La question de savoir si la fin justifie les moyens est l’un des plus vieux problèmes d’éthique politique, aussi comprend-on l’hésitation de Lennon à apporter une réponse. Sur la démo enregistrée en mai, il chantait :  » You can count me out « ( » Ne comptez pas sur moi « ) pour une révolution qui entraînerait la destruction. Il changea cependant rapidement d’avis, et plus d’une fois. Pour le mixage de sa voix avec la version lente de « Revolution », le 4 juin, il avait chanté « You can count me out (and) in » (Comptez et ne comptez pas sur moi). Le 10 juillet, à l’occasion de l’enregistrement de la version rapide qui parut en 45 tours, il revint à « out » mais, lorsque les Beatles jouèrent cette version à la télévision au mois de septembre, il chanta à nouveau « in » et « out ». Peut-être était-ce, en fait, la meilleure réponse possible car c’était une façon d’affirmer que la non-violence est préférable et de ne pas oublier certaines réalités liées à tous les événements révolutionnaires, comme les « guerres justes », notamment contre des gens comme Hitler, les forces du mal n’abandonnant jamais la partie sans avoir d’abord combattu.

Comme Lennon s’engageait de plus en plus politiquement et tenait aussi à imposer son pouvoir sur les Beatles, il ne lui fut sûrement pas facile d’abandonner la face A du 45 tours à « Hey Jude », composition de McCartney. Mais John se rendit compte que la chanson était « un chef-d’oeuvre » (comme il l’avoua lui-même ultérieurement) et, en présence de toute l’équipe du studio visiblement unanime, il céda. « Hey Jude » devint l’un des 45 tours les plus vendus de l’histoire de la musique pop. Et toute compétition mise à part, Lennon aimait tellement cette chanson qu’il défendit avec passion l’un des vers clefs que McCartney voulait supprimer : lorsqu’il joua « Hey Jude » pour la première fois devant John (et Yoko), Paul avait timidement expliqué que les paroles  » The movement you need is on your shoulder « ( » Le mouvement dont tu as besoin est sur ton épaule « ) n’étaient que du remplissage, qu’il faudrait les remplacer plus tard. Mais John opposa son veto, reflet inversé de sa réaction antérieure pour « I Saw Her Standing There » (lorsqu’il insista pour remplacer le cliché trouvé par Paul par « You know what I mean ») : il s’exclama que ce vers de « Hey Jude » était parfaitement clair et logique. En fait, comme de nombreuses paroles des Beatles, celles-ci disaient qu’il faut croire en soi-même, tout ce dont on a besoin pour transformer la tristesse en joie se trouvant là, juste derrière notre épaule.

« Hey Jude », que l’on peut qualifier comme il se doit de grand hymne du rock’n’roll, était encore une illustration du don des Beatles pour la simplicité. Le couplet se déployait sur trois accords de base, sol majeur, do majeur et si bémol. Cette progression faisait ensuite une sorte de tête à queue pendant le refrain, l’accord de do étant remplacé par un mi bémol, et le si bémol devenant la base de cette nouvelle relation triangulaire. De leur côté, les paroles du refrain étaient d’une simplicité littéralement indicible, puisque vers après vers se succédaient une série de  » nah, nah nah nah-nah-nah nah, nah-nah-nah nah, Hey Jude « . Mais la chanson avait à ce stade acquis un degré d’émotion suffisant pour que l’auditeur puisse plaquer sur ces sons le sens de son choix, et chantonner à son tour.

« Hey Jude » durait plus de sept minutes, c’était la plus longue chanson enregistrée par les Beatles. Elle commençait en douceur, par la voix de Paul s’accompagnant au piano, pour s’élever progressivement jusqu’à atteindre une puissance musicale massive. Instruments et chœurs s’ajoutent à la mélodie un à un, toujours plus nombreux, comme autant d’affluents venant gonfler les eaux d’un fleuve immense. Outre les Beatles, on fit jouer un orchestre de trente-six musiciens, afin de donner plus de profondeur et d’ampleur à la longue conclusion. Ils devaient certes jouer de leurs flûtes traversières, violons et trombones, mais on leur demanda aussi de frapper dans leurs mains et à chanter pendant le refrain. Sur cette énorme vague sonore, vint s’ajouter la voix de McCartney tout à la fin : une série de cris et de hurlements hystériques, de bégaiements et d’explosions vocales en tous genres, qui compte parmi les interprétations les plus inspirées de toute sa carrière.

Trois cents fans, recrutés à la dernière minute, eurent la chance de se joindre aux Beatles et de chanter « Hey Jude » avec eux pour leur passage à la télévision aux Twickenham Film Studios. Jeunes, vieux, hommes, femmes, Noirs et Blancs, tous ces figurants s’assirent en un large cercle autour d’eux. Au fur et à mesure que la chanson avançait, le cercle se resserrait de plus en plus, si bien que Ringo et Paul se retrouvèrent cernés par des fans frappant en rythme dans leurs mains et dansant, à un point tel qu’ils pouvaient à peine bouger, et encore moins jouer de leurs instruments. Mais ça ne semblait pas les déranger. Cet instant résumait la quintessence des années soixante, image touchante du bonheur d’être ensemble, de former une communauté.

Mais le public ignorait que cette séquence enregistrée à Twickenham correspondait au premier jour de travail de Ringo depuis qu’il avait quitté les Beatles le 22 août. Il avait eu l’impression de compter pour rien, que sa présence était inutile au travail du groupe, et il était las des disputes constantes qui éclataient entre eux. Bien des soirs, alors que Ringo se présentait à l’heure aux studios d’Abbey Road, les autres le faisaient attendre, et’ n’arrivaient que lorsque bon leur semblait. Le plus difficile à supporter était l’idée qu’il n’était pas un très bon batteur, sentiment que Paul avait contribué à créer. McCartney avait pris l’habitude de faire la façon à Ringo à propos de son jeu, et parfois même il le poussait de son tabouret pour prendre sa place. C’est après une dispute au sujet de la batterie sur « Back In The Ussr » que Ringo quitta Abbey Road, au beau milieu d’une séance d’enregistrement. Les jours passèrent et les autres Beatles comprirent qu’il ne s’agissait pas là d’un simple caprice. Ils proposèrent à Ringo de les retrouver chez George et l’implorèrent de rester dans le groupe. Ils lui assurèrent qu’il était autant un Beatle que les autres, et le plus grand batteur que le groupe pourrait jamais avoir. Il fallut un certain temps pour fléchir Ringo, mais le 3 septembre, il revint à Abbey Road où il trouva sa batterie couverte de fleurs.

Le départ momentané de Ringo était symptomatique de problèmes plus graves au sein du groupe. En plus du caractère autoritaire de Paul, il se heurtait à l’obsession de John pour Yoko. Les autres Beatles avaient l’impression que John les négligeait et Yoko les agaçait. John leur reprochait à son tour leur attitude.  » Les relations ont été très tendues, dès l’Album Blanc, une distance croissante s’installa entre lui et nous, et ce fossé se creusait également entre chacun de nous « , se rappelle George Martin. Les séances d’enregistrement, qui par le passé avaient été des orgies de rire et de créativité, étaient devenues des événements mornes et sans humour, entrecoupés de réunions d’affaires chez Apple, et assombris par des crises de colère, des insultes et des cris. Toutes les sessions n’étaient pas devenues désagréables pour autant, loin s’en faut, mais au sein d’un groupe où l’alchimie des personnalités avait constitué une force extraordinaire, c’était plutôt mauvais signe. La dégradation des relations courtoises qui existaient préalablement coûta aux Beatles un membre clef de leur équipe. L’ingénieur du son Geoff Emerick, dont la fraîcheur et l’enthousiasme avaient été essentiels dans la réussite de Revolver et de Sgt Pepper, présenta sa démission après un éclat de trop.

Les Beatles se trouvaient de plus confrontés au paradoxe suivant : trop de talent finissait par leur nuire. La compétition interne qui avait jusque-là poussé le groupe vers des sommets artistiques tournait désormais à la guerre civile. Paul demeurait le compositeur extrêmement prolifique qu’il avait toujours été, mais le voyage en Inde et l’arrivée de Yoko avaient réveillé la créativité de John, qui composait des chansons à un rythme qu’on ne lui avait plus connu depuis A Hard Day’s Night. John était de plus en plus critique vis à vis de Paul et se moquait de son penchant pour ce qu’il appelait  » de la musique de grand-mère « , c’est-à-dire des chansons comme » Martha My Dear « et » Honey Pie « . George, comme Ringo, ne se sentait guère pris au sérieux. Lui aussi composait davantage de chansons, bien meilleures qu’avant, mais les deux autres, trop occupés à se draper dans leur propre ego, n’avaient pas l’air d’y prêter la moindre Attention. D’après Harrison, ils firent la sourde oreille quand il leur joua « While My Guitar Gently Weeps », première grande composition de sa carrière, et peut-être la plus émouvante de l’Album Blanc.

Elle appartenait à l’ensemble des vingt-trois chansons dont les Beatles réalisèrent les démos chez George avant l’Album Blanc, qui comportent d’autres morceaux exceptionnels comme « Revolution », « Julia », « Back In The USSR », « Dear Prudence » et « Black Bird ». Mais si la plupart de ces chansons se retrouvèrent sur l’album dans des versions à peu près similaires, « While My Guitar Gently Weeps » passa elle par des transformations spectaculaires et aussi radicales que celles subies par  » Strawberry Fields Forever  » dix-huit mois auparavant.

Les Beatles n’enregistrèrent pas  » While My Guitar Gently Weeps  » avant le 25 juillet, pratiquement deux mois après le début des sessions de l’Album Blanc, et leur attitude. à l’égard de cette chanson déplut à George.  » J’avais travaillé un jour sur cette chanson avec John, Paul et Ringo, et visiblement elle ne les intéressait pas du tout, rapporta Harrison. Or, en mon for intérieur, je savais, moi, que c’était une bonne chanson.  »

George en enregistra alors une version solo au cours de la session du 25 juillet, et dire qu’elle était « bonne » ne suffit pas à décrire la force et la beauté qui se dégagent de la chanson. Cette première prise de « While My Guitar Gently Weeps » est à la fois plaintive et dépouillée.

Les seuls sons que l’on entend sur cette cassette sont ceux de la guitare sèche de Harrison dont il pince ou gratte les cordes, et celui de sa voix douloureuse et méditative. La tristesse est à son apogée quand il chante « l’amour qui dort » (the love there that’s sleeping) en chacun d’entre nous. Le gouffre qui sépare le monde réel de celui que nous voudrions créer a quelque chose de déchirant. Il se console à la pensée  » qu’à chaque erreur que nous commettons, nous apprenons sûrement quelque chose  » (with every mistake we must surely be learning), mais il s’agit là seulement d’une prière nous invitant à aller de l’ avant, pas d’une affirmation , et sa guitare ne peut s’empêcher de pleurer. Puis vient le dernier couplet que l’on abandonna plus tard, dans lequel le chanteur, résigné à l’idée que le monde continuera à tourner ainsi quoi qu’il arrive, va au-delà du deuil et accepte l’ordre des choses. Ce dernier couplet contient les deux vers les plus poétiques que Harrison écrivit jamais ; il est vraiment dommage qu’ils aient été retirés de la version finale. Cette interprétation solo de « While My Guitar Gently Weeps » est à vous donner des frissons dans le dos, et d’autant plus poignante par le contraste qu’elle offre avec la version électrique enrichie de la guitare solo éblouissante d’Eric Clapton, sur l’Album Blanc.

Harrison invita apparemment Clapton à participer à la chanson, en partie pour se venger de l’apathie et des querelles des autres Beatles. Les deux guitaristes avaient quitté leurs demeures respectives dans le Surrey pour se rendre ensemble à Londres en voiture, le 6 septembre. Harrison lui fit la proposition sur la route. Clapton fut pris de court :  » Je ne peux pas faire ça. Personne en dehors du groupe ne joue sur les disques des Beatles.  » Mais si John pouvait amener Yoko Ono parmi les Beatles de façon quasi permanente, George pouvait bien, lui, inviter le meilleur guitariste de Grande-Bretagne pour une unique session. La présence de Clapton dans le studio ce soir-là obligea les Beatles à adopter une conduite irréprochable.

Entre-temps, le groupe avait déjà enregistré quarante quatre prises de deux arrangements différents de « While My Guitar Gently Weeps ». La prise vingt-cinq avait déjà été retenue pour la partie rythmique de base, et en dépit des critiques de Harrison, elle ne ressemble en rien à l’oeuvre de musiciens apathiques. Écoutez les toutes premières secondes de l’ouverture sur la version commercialisée : l’attaque stridente de McCartney au piano variant à peine autour d’une unique note et la cymbale de Starr qui implose violemment proviennent de la prise vingt-cinq. On mixa d’autres éléments à cette prise. Durant sept heures de travail dans les studios d’Abbey Road, George enregistra son chant, soutenu par Paul, qui jouait d’une basse à laquelle on avait donné un effet de fuzz, et Ringo agrémenta son jeu de batterie par des percussions supplémentaires. Toutefois ce fut le magnifique solo de guitare de Clapton qui domina cette session : consistant, fluide, mesuré, haletant, c’était l’œuvre d’un maître.

Quant à savoir si la version électrique de  » While My Guitar Gently Weeps  » est supérieure à la version mélancolique et acoustique, c’est là une question de goût. Rétrospectivement, on peut regretter que les Beatles n’aient pas fait en l’occurrence comme pour « Revolution », c’est-à-dire sortir les deux versions. Le problème est qu’ils disposaient déjà de plus de chansons qu’un double album ne pouvait en contenir. Aussi de superbes compositions comme « Not Guilty » signée George, ou « Child of Nature » de John, toutes deux enregistrées en démo chez George en mai, n’apparurent pas sur un album avant les carrières solo de John et George. De plus, George Martin tenait à restreindre encore l’éventail des chansons. N’étant pas convaincu que les Beatles avaient assez de morceaux de qualité pour un double album de trente chansons, il leur avait conseillé de séparer le bon grain de l’ivraie pour produire  » un album vraiment super  » de quatorze ou seize titres.

Martin n’avait pas tout à fait tort. L’Album Blanc contient beaucoup de grandes chansons, peut-être autant que n’importe quel autre disque des Beatles, mais l’ensemble n’a pas un impact aussi puissant que Sgt Pepper, par exemple, ou Revolver. Les critiques ont attribué cette faiblesse au manque d’unité au sein des Beatles durant cette période, observant que le jeu et l’organisation des chansons, qui dans les albums précédents portaient la marque d’un groupe, avaient maintenant fait place à des enregistrements plus individualistes. John s’expliqua à ce sujet :  » C’était moi avec un groupe derrière, ou Paul avec un groupe derrière.  » Mais cet argument n’est pas très convaincant. John exagère car les quatre Beatles collaborèrent bel et bien sur de nombreux titres de l’Album Blanc, et comme le démontre brillamment  » While My Guitar Gently Weeps « , les troubles internes n’avaient pas nécessairement pour conséquence une musique médiocre.

Le faible impact de l’Album Blanc a une autre explication, plus terre à terre : certaines des chansons qui se retrouvèrent sur l’album n’avaient rien d’extraordinaire, et ce dès leur conception. Mais on ne peut pas dire qu’elles étaient franchement mauvaises, c’est pourquoi le conseil de Martin d’établir la liste des chansons qui n’auraient pas dû figurer sur la version finale était difficile à suivre. (Martin lui-même ne releva d’ailleurs jamais ce défi.) Car même si des morceaux comme « Wild Honey Pie » de Paul,  » Dont Pass Me By « de Ringo, » Savoy Truffle « de George ou » Glass Onion  » de John n’étaient pas à la hauteur de ce que faisaient les Beatles habituellement, elles étaient intéressantes à leur manière, et valaient sans aucune doute la plupart des chansons pop de l’époque. Les rejeter aurait exigé de la part des Beatles une discipline sévère et un sens critique aiguisé vis-à-vis d’eux-mêmes, qualités dont ils semblaient dépourvus à ce moment-là. Comme le fit observer plus tard Harrison, au sujet de la carrière solo de McCartney, tout le monde a besoin de quelqu’un d’autre pour apporter un jugement objectif. Mais lorsque Martin essaya de jouer ce rôle auprès des Beatles pour l’Album Blanc, ils ne voulurent même pas en entendre parler. L’égoïsme, contre lequel ils avaient mis en garde tant de gens, détruisait désormais leur propre force ; cette joyeuse unité qu’ils avaient autrefois créée commençait à se défaire.

Mais évidemment, tout cela est facile à dire rétrospectivement. A l’époque, on jugea l’Album Blanc d’après la musique qu’il contenait. On ne considéra pas ces chansons comme des bris de miroir qui auraient reflété les dissensions internes du groupe, mais comme une production musicale d’une quantité, d’une richesse et d’une diversité impressionnantes. Des auditeurs attentifs pouvaient certainement repérer les individualismes plus présents dans cette série – la rareté des chœurs .et des harmonies était particulièrement visible – mais ce n’était pas la caractéristique la plus frappante de l’album. L’Album Blanc marquait surtout un recul dans l’utilisation des effets et trucages techniques qui avaient distingué tous les albums des Beatles depuis Revolver. Nombre de ces chansons avaient été écrites en Inde, aussi n’avaient-elles que la guitare pour principal instrument, et sauf quelques exceptions comme « While My Guitar Gently Weeps », les versions définitives n’étaient pas si différentes des démos. Ce retour aux sources de la musique se reflétait sur la pochette de l’album, une grande surface d’un blanc immaculé dont l’élégance minimaliste tranchait avec les nombreuses pochettes voyantes et prétentieuses qui s’étaient répandues à la suite de Sgt Pepper. Celle de l’Album Blanc démontrait ainsi à quel point les Beatles, sur le plan créatif, étaient en avance sur leur époque.

Comme pour prouver que tous ces conflits et ces problèmes n’avaient en rien terni leur inspiration, les Beatles ouvrirent l’album avec « Back In The USSR », la chanson qui avait causé le départ momentané de Ringo. Paul s’était installé à la batterie en son absence, donnant raison à George Martin d’après qui, techniquement, il était meilleur batteur que Ringo. Paul ne parvenait peut-être pas à tirer autant d’émotion que lui de la batterie, mais pour le rock’n’roll pur et dur de « Back In The Ussr », son rythme, serré et puissant, convenait mieux. George et John l’aidèrent beaucoup aussi ; ce titre, entre autres, vient finalement contredire John quand il prétendait que l’Album Blanc ne contenait pas d’effort musical collectif.

Lorsque Ringo claqua la porte, au milieu de la session du 22 août, les autres Beatles continuèrent à travailler ; à la fin de la soirée, ils avaient achevé la partie rythmique de « Back In The Ussr ». Il est d’ailleurs inexact de parler de « fin de soirée » car les Beatles enregistraient désormais toute la nuit durant. La séance du 22 août, par exemple, ne s’acheva pas avant cinq heures du matin, et lorsque George, Paul et John retournèrent à Abbey Road le soir suivant pour insérer les « mixes », ils ne quittèrent pas le studio avant trois heures du matin. Mais au bout du compte, la chanson était terminée, exemple de travail remarquablement vite fait et bien fait. Sur le chant très inspiré de Paul, George et John jouèrent des parties de guitare solo et de basse, et chantèrent également des chœurs langoureux qui justifient que Paul ait défini cette chanson comme « une sorte de parodie des Beach Boys ». Aucun de ces éléments ne figurait sur la démo de « Back In The Ussr » où Paul chantait seul, accompagné d’une guitare sèche au rythme enlevé, avec parfois, en arrière-plan sonore, le chœur un peu plat des autres Beatles. Tout comme  » While My Guitar Gently Weeps « , » Back In The Ussr  » était une exception dans l’Album Blanc, où les modifications survenues entre les démos et les versions définitives n’étaient guère considérables. Mais dans ce cas précis, le « punch » donné à la chanson était une indéniable amélioration.

Le vrombissement de départ, ce bruit de moteur à réaction qui introduisait « Back In The Ussr », réapparaissait à la fin de la chanson, permettant de faire la transition avec la charmante ballade de John,  » Dear Prudence « , qui suivait. Comme les Beatles enregistrèrent cette dernière chanson immédiatement après « Back In The Ussr », ce fut à nouveau Paul qui se chargea de la batterie. Mais les éléments les plus remarquables de cette transition sont le merveilleux jeu de Paul à la basse, qui soutient discrètement l’ensemble, et la précision admirable de la guitare acoustique de John. Ses notes émergent progressivement du bruit assourdissant du moteur, comme les premiers rayons de soleil d’une aube brumeuse, apaisantes et émouvantes, lumineuses et mystérieuses tout à la fois. John dut avoir trouvé lui-même cet arrangement pour la guitare, car il est identique à celui qu’il joue sur la démo de « Dear Prudence » ; son chant lui aussi est presque similaire.

A la fin de la démo, John prononce quelques mots de commentaire, expliquant sur un ton sarcastique que la chanson a pour sujet  » une fille qui a suivi des cours de méditation à Rishikesh « . Il a à peine fini sa phrase qu’on entend Paul dans le fond chanter en harmonie un mot qui ressemble étrangement à « cou-koo » (cinglé). John ne peut s’empêcher de lâcher un gloussement, et demande pour la forme :  » Qui pouvait deviner qu’elle deviendrait complètement dingue, auprès du Maharishi Mahesh Yogi ? « . Le »elle  » désignait Prudence Farrow, la sueur de l’actrice Mia Farrow, qui s’était plongée dans la méditation avec une telle ferveur, à Rishikesh, qu’elle refusait de sortir de son bungalow pour les activités de groupe. « Du coup on chantait pour elle », conclut John, et le résultat fut ce morceau. Comme une grande partie de l’oeuvre de Lennon, « Dear Prudence » transcende l’anecdote qui l’inspira pour transmettre un message plus important, le même message que John avait répandu depuis « Nowhere Man » : ne vous cachez pas pour échapper à la vie, vous avez de bonnes raisons de sourire, secouez-vous et jouez le rôle qui vous est échu dans la grande ordonnance de l’univers.

« Glass Onion », en revanche, qui sur l’album venait juste après « Dear Prudence », traduisait la réaction de Lennon vis-à-vis des gens qui entendaient tous les messages possibles et imaginables dans ses chansons. Emplie d’un fatras de références à des chansons antérieures des Beatles et d’explications volontairement trompeuses comme  » le Morse (the Walrus), c’était Paul « , c’était une chanson acceptable mais sans rien d’exceptionnel. Si les Beatles avaient suivi les conseils de George Martin et n’avaient pas fait de l’Album Blanc un double, ils auraient sans aucun doute laissé cette chanson » de côté. Si on avait écouté John, « Ob-La-Di, ObLa-Da » qui la suit immédiatement aurait connu le même sort. Malgré son refrain irrésistible et l’histoire étrange que racontent les paroles, « Ob-La-Di, ObLa-Da » est l’exemple même du type de musique guimauve qu’adorait McCartney et que Lennon détestait de plus en plus. Au moins « Ob-La-Di, ObLa-Da » avait une réelle mélodie, tandis que  » Wild Honey Pie « , la chanson suivante, était un vrai supplice : c’était comme si quelqu’un avait pris un marteau pour taper sur une gigantesque montre jusqu’à ce que les ressorts à l’intérieur cèdent en un fracas discordant. C’était peut-être le cas le plus extrême de complaisance que l’on pouvait trouver sur l’album.

La satire extrêmement spirituelle de John, dirigée contre un chasseur de gros gibier dans « The Continuing Story Of Bungalow Bill », était à la fois drôle et cruelle, même si Yoko chante faux, sur le vers  » Not when he looked so fierce « . Ce sont les deux dernières chansons de la face A qui ramenaient l’album vers les sommets atteints par « Back In The Ussr » et  » Dear Prudence « . D’abord venait » While My Guitar Gently Weeps  » dont la grandeur a de quoi rendre modeste, puis l’étrange et inquiétant « Happiness Is A Warm Gun ». Cette chanson, l’une des préférées de John, Paul et George, était une composition typique de Lennon. Assemblage de trois chansons en une seule, elle changeait de tempo souvent et de façon inattendue (les Beatles durent faire soixante-dix prises pour obtenir une partie rythmique parfaite). Elle était en partie inspirée par une couverture de magazine qui déclarait, sans une once d’ironie : « Happiness Is A Warm Gun ». Les paroles reflétaient l’humour froid de Lennon et révélaient sans ambiguïté son amour pour Yoko, sa Mère supérieure.

John avait contribué à la composition de la chanson. Derek Taylor trouva les premiers vers et aida à l’écriture des paroles du premier passage, un jour où lui et Lennon étaient sous l’effet du LSD. Le second passage de la chanson faisait cependant allusion à une autre drogue : au grand désespoir des autres Beatles, Yoko avait fait connaître l’héroïne â John au cours de l’été 1968 ; d’où le vers « I need a fix » (Lennon allait être complètement toxicomane l’année suivante, comme il le décrit dans son 45 tours poignant « Cold Turkey »). Enfin, le troisième passage ouvertement sexuel de « Happiness Is A Warm Gun » qui commence par « When I Hold You In My Arms » (Quand je te tiens dans mes bras) semble avoir été une satire des paroles à la guimauve de certaines chansons pop des années cinquante, comme celle des Everly Brothers,  » All I Have To Do Is Dream « . Ce ne sont là que des spéculations, mais elles s’appuient sur les démos enregistrées en mai, où figure un moment plutôt drôle lors de l’enregistrement de « I’m So Tired » de Lennon : vers la fin de la prise, John se lance dans un discours, lequel ressemble beaucoup, par le ton et le rythme, à ce qui devait apparaître plus tard sur « Happiness Is A Warm Gun ». Mais sur la démo, le ton de John et de toute évidence ironique quand il chante comme un crooner :  » When I hold you in my arms / When you show each One of your charms / I wonder should I get up / And go to the funny farm  » (Quand je te tiens dans mes bras/ Quand tu me montres tous tes charmes / Je me demande si je ne devrais pas me mettre en route / Pour l’asile de dingues).

Lennon déclara un jour qu’il préférait l’Album Blanc à Sgt Pepper parce que les chansons qu’il avait lui-même écrites y étaient meilleures. Cela peut paraître injuste vis-àvis des perles de Pepper, comme  » A Day In The Life « et »With A Little Help From My Friends « , mais ces chansons étaient des collaborations Lennon-McCartney ; les morceaux signés John sur l’Album Blanc étaient pour l’essentiel des créations personnelles. Elles étaient d’une très grande qualité, et beaucoup plus consistantes que celles de Paul, ce qu’illustre particulièrement bien la face deux. Paul écrivit cinq des neuf chansons qui y figurent, mais seule « Black Bird » est à la hauteur de « I’m So Tired » ou de « Julia », composées par John. (Le morceau laborieux de Ringo, « Dont Pass me By », semble avoir été plus une concession pour maintenir l’équilibre du groupe qu’une oeuvre musicale véritable, tandis que « Piggies » de George Harrison permettait aux Beatles de demeurer des porte-étendard de la contre-culture grâce à un portrait dévastateur de bourgeois âpres au gain.)

Quatre des cinq, chansons de McCartney sur la face deux étaient pour ainsi dire des titres de son cru personnel – seul « Rocky Racoon » avait bénéficié de l’apport des autres membres du groupe , mais leur inégale qualité préfigurait les hauts et les bas de la carrière solo de Paul. « Blackbird » était une merveille de simplicité qui marchait très bien ; le vague sentimentalisme de « Martha My Dear » et de « I Will » disaient cruellement l’absence du point de vue correctif de John ; quant à  » Why Dont We Do It In the Road « , il se situait entre les deux. Morceau de blues saignant, dont les paroles exaltaient l’idéal de l’amour libre des années soixante jusqu’à l’exhibitionnisme, il exposait le côté « mauvais garçon » de Paul et la puissance prodigieuse de sa voix, mais le résultat aurait pu être bien meilleur. Paul déclara plus tard que cette composition  » était un ricochet de la production de John  » mais il n’invita jamais que Ringo à se joindre à lui sur la version enregistrée, ce qui est bien dommage : la voix brute de Lennon et les attaques de Harrison à la guitare auraient pu enrichir considérablement ce morceau.

La plus belle et la plus importante des chansons de la face deux de l’Album Blanc était « Julia », hymne de John à sa mère disparue. Il en enregistra de nombreuses démos, mais toutes ressemblaient beaucoup à la version de l’album. C’est la seule chanson figurant sur un album des Beatles que John ait enregistrée entièrement seul. Tout comme « I’m So Tired », « Julia » fut l’une des dernières chansons enregistrées pour l’Album Blanc, bien que toutes deux aient été écrites de nombreux mois auparavant, durant le voyage de John en Inde. Officiellement, Yoko et lui ne formaient pas encore un couple à cette époque, mais « I’m So Tired » et « Julia » contiennent de nombreux indices révélant qu’il pensait déjà beaucoup à elle. La référence à Yoko est explicite, tout en restant allusive, dans ce vers de « Julia » :  » Ocean child calls me « (L’enfant de l’océan m’appelle), Yoko signifiant » enfant de l’océan  » en japonais. Étant donné que les futurs amants entretenaient déjà une correspondance à cette époque, on peut raisonnablement en déduire que le vers « My mind is set on you » (Mon esprit se concentre sur toi) dans « I’m So Tired » s’adressait également à Yoko.

Mais ici encore, il n’est pas indispensable d’en connaître le contexte exact pour pouvoir apprécier les émotions que Lennon restitue dans ces chansons. Dans « I’m So Tired » le sentiment d’être perdu et la frustration l’entraînent dans de telles insomnies qu’il déclare :  » I would give you everything I got for a little Peace Of Mind  » (Je te donnerais tout ce que j’ai pour un peu de quiétude). Dans « Julia » il implore avec une tendresse obsédante la possibilité d’un contact entre les hommes d’ici-bas et l’au-delà, en commençant par l’aveu désarmant : « Half of what I say is rneaningless » (La moitié de mes paroles est dépourvue de sens) – citation puisée dans le livre du poète. et romancier libanais Khalil Gibran, Le Prophète). Il affiche ensuite encore davantage sa vulnérabilité en ajoutant : « But I say it just to reach you » (Mais je ne les dis que pour parvenir jusqu’à toi). La chanson contient de nombreux accords mineurs, renforçant l’impression de mélancolie et d’incertitude, tandis que les paroles évoquent des images de la beauté féminine, passagère et ensorcelante, comme un rêve brillant mais dont le Souvenir fuit. A la fin, hélas, le besoin et le désir sont les plus réels, et comme son coeur demeure insatisfait, il doit se contenter d’exprimer ses pensées : la chanson est comme une thérapie.

La face trois est la partie rock’n’roll de l’Album Blanc. Et même si aucune des chansons qu’elle contient n’a les qualités mélodiques ou le charme de « Day Tripper » ou Paperback Writer « , par exemple, elles ne laissent aucun doute sur le fait que les Beatles étaient avant tout un groupe de rock’n’roll, et non pas un groupe pop qui jouait du rock de temps à autre. « Helter Skelter » en particulier était, selon les termes de Paul, le rock  » le plus bruyant, le plus Grade, le plus dégoulinant de sueur  » qu’ils aient jamais pu concevoir. Pour un Anglais, l’expression « Helter Skelter » évoque un type de manège dans une foire, mais pour un Américain, ce terme ne désigne qu’un chaos total. La première fois que les Beatles enregistrèrent cette chanson à Abbey Road, ils furent tellement emportés par sa furie, massive et hurlante, qu’ils continuèrent à « jammer » plus de dix minutes sur l’une des versions, douze minutes sur une autre, et enfin durant vingt-sept épiques minutes sur une troisième. Le soir du 9 septembre, date à laquelle ils enregistrèrent la version de « Helter Skelter » que l’on entend sur le disque, ils réduisirent la longueur de la chanson à quatre minutes et demie, mais délirèrent tout autant sur la bande d’enregistrement et dans le studio quand celle-ci s’arrêta. Ainsi le cri de Ringo « J’ai les mains pleines d’ampoules » fut enregistré sur la bande. Si les Beatles avaient fait une vidéo ce soir-là, elle aurait également montré George mettant le feu au contenu d’un cendrier et courant en rond dans le studio en le portant sur la tête comme s’il était coiffé d’une couronne de flammes.

Quand il était jeune rocker, John disait à Dylan que dans une chanson il écoutait le son et non les paroles. Les morceaux de la face trois revenaient à cette idée primitive du rock’n’roll, tant dans leur conception que dans leur interprétation et, visiblement, les Beatles prennent un immense plaisir à ce jeu plein d’énergie primaire. Le morceau d’ouverture, « Birthday », fut écrit sur le moment en plein studio. « Yer Blues » consistait essentiellement en un riff de guitare répété inlassablement tandis que Lennon hurlait ses envies suicidaires. Le titre suivant, « Mother Natures Son », était une chansonnette de McCartney. Elle se trouvait là, comme égarée dans une rue sombre avant de finir entre les mains des mauvais garçons : elle n’était pas à sa place et on peut même se demander si elle en méritait une sur l’album. (On pourrait dire la même chose de « Long, Long, Long » signée Harrison, mais celle-ci offrait néanmoins une plage de calme plutôt bienvenue après  » Helter Skelter « ). » Everybody’s Got Something To Hide Except Me And My Monkey  » (Tout le monde a quelque chose à cacher sauf moi et mon singe) était, à nouveau, plutôt un bon vers d’ouverture qu’un titre de chanson, comme John lui-même le reconnut. Mais il travailla suffisamment sur ce vers pour lui donner une mélodie acceptable et ils purent tous s’amuser avec ce morceau, surtout celui qui était chargé de faire sonner la cloche.

Seule « Sexy Sadie », sur la face trois, était plus intéressante au niveau des paroles que de la musique. « Sexy Sadie » n’était évidemment pas une femme mais un homme, et, pour être précis, il s’agissait du vieil ami de Lennon, le Maharishi. La chanson avait été écrite en Inde, dans un moment d’idéalisme déçu, quelques minutes après que John, sur le point de partir après une dispute déplaisante avec le Maharishi, eut fait ses valises.

John était le musicien qui dominait également la quatrième et dernière face de l’Album Blanc, largement en raison des deux versions de « Revolution » qui y figurent. Parmi les trois chansons intercalées entre ces deux morceaux, « Honey Pie », de Paul, était une nouvelle tartine de ces innombrables guimauves nostalgiques et sirupeuses à souhait qu’il pouvait fournir sur commande ; « Savoy Truffle », de George, était remarquable surtout pour les cuivres retentissants et des paroles qui semblaient exprimer son agacement à l’égard de Paul – « We all know » ObLa-Di, Ob-Bla-Da  » / But can You Tell Me where you are ? « [Nous connaissons tous » ObLa-Di, Ob-Bla-Da  » / Mais peux-tu me dire où tu en es ?] ; et John avait si peu de considération pour « Cry Baby Cry » que quelques années plus tard il nia l’avoir écrite.) Mais revenons à « Revolution ». Quand l’Album Blanc sortit, le 22 novembre 1968, la version 45 tours de « Revolution » était déjà sur le marché depuis presque trois mois, et les gens s’étaient habitués à entendre la force et la violence de cette chanson. Ouvrir la quatrième face avec un arrangement radicalement différent donnait au public un aperçu du processus créatif parcouru par les Beatles, et cette impression était encore accentuée par un dialogue soudain entre John et Paul en plein milieu de la chanson. Les auditeurs intéressés par la politique auraient pu en conclure que Lennon devenait plus militant. C’était en partie vrai, mais cette correspondance lyrique était pure coïncidence. Comme nous l’avons fait observer précédemment, la version de l’album avait été enregistrée en premier, ainsi que le surprenant collage sonore de « Revolution 9 ». Cette dernière composition comportait autant de méthode que de folie, comme le signale le critique Tim Riley

 » Aucun novice n’aurait pu arriver à ces combinaisons musicales « et elle était habilement introduite par ces mots de McCartney : » Can you take me back where I came from ?  » (Peux-tu me Ramener d’où je viens ?) Cependant, la plupart des auditeurs furent probablement soulagés quand les derniers « Block that hick » s’évanouirent pour laisser place au monde enchanté, très Walt Disney, de « Goodnight ».

Contrairement à ce que le style de cette chanson laisse supposer, ce fut Lennon qui composa ce morceau, destiné à être une berceuse pour son fils Julian, alors âgé de cinq ans. John avait raison en déclarant ultérieurement que les violons sur « Goodnight » étaient « peut-être excessifs », mais ce fut lui qui demanda à George Martin de les arranger  » comme pour Hollywood « . La voix profonde et chaleureuse de Ringo sauvait la chanson, lui évitant de devenir trop précieuse, et les adieux qu’il murmure à la fin – « everybody, everywhere » (tout le monde, partout) – rétablissaient le lien personnel entre le groupe et le public qui avait toujours été vital pour le succès des Beatles.

Le problème était que les relations entre les Beatles eux mêmes se détérioraient comme jamais auparavant. Ils avaient songé à s’inspirer pour le titre de l’Album Blanc de la pièce de Henrik Ibsen, Maison de poupée, mais leur existence collective n’avait plus rien de naïf ni d’enfantin. Ils se heurtaient désormais à la réalité de la vie et cette réalité était sombre.

« The Beatles » vu de l’intérieur

« Richesse et troubles intérieurs »… voilà de quelle façon est décrit l’album Blanc des Beatles…. un album très contradictoire et diversifié. Nous vous proposons de découvrir ici les commentaires des Beatles par rapport à ce disque, mais aussi de certains membres de leur entourage… des commentaires très instructifs, donnant un autre regard sur le disque.

George Harrison

  • Je ne crois pas que lorsqu’on a commencé l’Album Blanc, on se posait la question de savoir s’il marcherait aussi bien que « Sgt Pepper ». On ne s’est jamais posé beaucoup de questions sur les chiffres de vente de (album précédent. Au début des années 60, quiconque avait composé un tube faisait tout pour que le disque suivant en soit la copie conforme. Nous avons toujours essayé de faire des choses différentes. De toute façon, les choses étaient toujours différentes. Nous-même avions tellement changé en (espace de quelques mois que notre nouveau disque ne pouvait pas ressembler au précédent. Après « Sgt Pepper », le nouvel album donnait plus l’impression d’être celui d’un groupe, enregistrant ensemble. Pour plusieurs morceaux, nous nous sommes contentés de jouer live, irais pour d’autres, il fallait effectuer ensemble les finitions. Il y avait aussi bien plus de choses personnelles et, pour la première fois, les gens les acceptaient comme telles. Trois studios fonctionnaient en même temps. Paul faisait des tests dans le premier, John était dans un autre et j’enregistrais des cuivres ou autre chose dans un troisième. Peut-être parce que E.M.I avait fixé une date de sortie et que le temps manquait.
  • L’expérience indienne et tout ce qui s’était passé depuis « Sgt Pepper » ont nourri le nouvel album. La plupart des chansons écrites à Rishikesh étaient la conséquence de ce qu’avait dit le Maharishi. Quand on est rentrés, il nous est clairement apparu qu’il y avait plus de chansons que ne pouvait en contenir un album simple. C’est ainsi que l’Album Blanc est devenu double. Que faire en effet quand on a autant de chansons et qu’on veut s’en débarrasser pour pouvoir en écrire d’autres ? II y avait beaucoup d’égocentrisme dans le groupe, et beaucoup de chansons auraient risqué d’être écartées, ou de finir sur des faces B. Cela dit, il y aurait tout bonnement plus de pirates aujourd’hui parce que toutes les chansons non éditées seraient sorties sous cette forme la.
  • J’ai écrit « While My Guitar Gently Weeps » dans la maison de ma mère, à Warrington (la patrie spirituelle de George Formby). Je pensais au I Ching chinois, « Le Livre Des Transformations ». En Occident, une coïncidence, c’est simplement quelque chose qui arrive : je suis assis ici et le vent me décoiffe… Le concept oriental implique que tout ce qui arrive doit arriver, que nos coïncidences n’existent pas. Chaque petite chose qui se produit a une raison d’être. « While My Guitar Gendy Weeps » était une simple étude fondée sur cette théorie. J’ai décidé d’écrire une chanson sur la première chose sur laquelle je tomberais en ouvrant n’importe quel livre. Je voulais que cela soit lié au moment, à l’instant J’ai pris un livre au hasard, je l’ai ouvert, j’ai lu « gently weeps » J’ai reposé le livre et j’ai commencé à écrire la chanson. On a essayé de l’enregistrer, mais John et Paul avaient tellement l’habitude de s’attarder sur leurs chansons qu’il était parfois difficile de devenir sérieux et d’enregistrer une des miennes. On n’arrivait à rien. Ils ne prenaient pas ça au sérieux, je crois même qu’ils ne jouaient pas tous. Je suis rentré chez moi en me disant : « C’est dommage ! » car je savais que la chanson était bonne. Le lendemain, alors que je roulais dans Londres avec Eric Clapton, je lui ai demandé : « Tu fais quoi aujourd’hui ? Pourquoi ne viendrais-tu pas au studio jouer cette chanson â ma place ?? Oh, non, m’a-t-il répondu, je ne peux pas faire ça. Personne n’a jamais joué sur les disques des Beatles. Et puis les autres n’aimeraient pas ça. – Ecoute, c’est ma chanson et je voudrais que tu joues dessus.  » Il est donc venu. J’ai dit ‘Eric va jouer sur celle-là.  » C’était une bonne chose car tout le monde s’est mieux conduit. Paul s’est mis au piano et a joué une jolie intro, ils ont tous pris la chose plus au sérieux – même chose quand Billy Preston est venu jouer sur « Let It Be » alors que tout le monde s’engueulait, â l’époque. Le simple fait de faire venir un étranger parmi nous calmait le jeu.
  • Yoko a tout bonnement emménagé. Enfin, John a emménagé avec Yoko, ou elle a emménagé avec lui. Dés lors, on ne les a plus jamais vus l’un sans l’autre (du moins pendant les deux années suivantes). Elle faisait tout à coup partie du groupe. Elle ne s’est pas mise à chanter ou jouer, mais elle était là. Tout comme Neil et Mal, ou George Martin. Yoko était là. Elle s’était fait installer un lit dans le studio, si bien que, alors qu’on essayait tous de faire un disque, elle était dans son lit, ou sur un matelas, posé sous le piano. Au début, ce n’était qu’une lubie. Mais au bout d’un moment, il est devenu évident qu’elle allait être présente en permanence et ça a créé un malaise parce qu’on était habitués à travailler d’une certaine façon. Ce n’était peut-être qu’une habitude mais il n’y avait toujours eu que nous quatre et George Martin. Des gens passaient à l’occasion, Brian Epstein ou la petite amie, ou la femme, ou tous ceux qui allaient et venaient. Jamais, pourtant, quelqu’un qui était un étranger pour nous tous, excepté pour John. C’était très étrange de la voir là, en permanence. Pas seulement parce que c’était Yoko, ou parce qu’on était opposés à l’idée qu’un étranger reste là. Mais il y avait une vibration particulière et c’est ce qui me tracassait. C’était une vibration bizarre.
  • Peut-être que si on le lui demandait aujourd’hui, Yoko dirait qu’elle aime ou qu’elle aimait les Beatles. Mais non, elle ne nous aimait pas vraiment, parce qu’elle considérait les Beatles comme un obstacle entre elle et John. Le sentiment que j’ai eu, c’est qu’elle était un coin qui essayait de s’enfoncer toujours plus profondément entre lui et nous. C’est ce qui a fini par se produire. ll serait sans doute injuste de tenir Yoko pour seule responsable de toutes les ruptures paire que, de toute manière, on en avait déjà connu pas mal à ce moment-là Chacun partait de son côté. Mais elle a sans doute été le catalyseur qui a accéléré le processus, quel qu’il ait été. Je ne regrette pas réellement tout ça mais, à l’époque, sa présence me mettait vraiment mal à l’aise.
  • Il nous est arrivé des choses incroyables. On avait des vêtements superbes, des voitures psychédéliques, des maisons… Toutes nos chansons tournaient autour de ‘« All You Need Is Love », « Revolution », et ce genre de choses. Le slogan branche-toi, laisse tout tomber. Aujourd’hui encore, un tas de gens se sentent menacés. Il n’y a plus de révolution Flower Power, mais les gens se sentent encore menacés. Cela se produit quand ils ne comprennent pas quelque chose, ou quand ils ont (impression que leur façon de vivre (la petite ornière où l’on se complait) est menacée par ce que vous dites. Ils vous rejettent alors, ou vous jugent excentrique, voire fou. On a à peu prés tout dit : combien on était merveilleux, combien on était épouvantables. Ils sont si souvent passés du pour au contre que cela ne fait plus aucune différence. D’une certaine manière, on est au-delà de tout ça. On a transcendé les journaux à scandales. Ils s’en donnent encore à cœur joie de temps à autre, bien sûr. Ils publient leurs petits trucs imbéciles, mais ça ne nous touche pas vraiment. Ils n’aiment toujours pas entendre des choses sortant de la petite routine, celle, bien peinarde, qui règle la vie des gens. Tout le monde prenait le train Beatles en marche. La police, les promoteurs de spectacles, les maires et aussi les meurtriers. Les Beatles faisaient l’actualité. II n’y avait rien au monde dont on parlait plus que deux. Le monde a fait une fixation sur nous, qu’on l’ait voulu ou non. Cela dit, ça a été vraiment épouvantable d’être associés â quelque chose d’aussi sordide que l’histoire Charles Manson. J’ai également trouvé insultant que Manson incarne subitement l’image cheveux longs avec barbe et moustache, en même temps que celle d’un assassin. Jusqu’alors, les cheveux longs et la barbe étaient associés avec le fait de se laisser pousser les cheveux et de ne pas se raser. Une simple affaire de laisser-aller…
  • Je ne sais plus très bien pourquoi Ringo est parti. Un jour, quelqu’un a dit : « Ah, Ringo est parti en vacances. »On a alors découvert qu’il croyait qu’on s’entendait à merveille, Paul, John et moi, sans lui. Ce sont des choses qui arrivent. Tout le monde ressentait la même chose, on en avait tous marre. Je me disais : Quel intérêt de rester ? Ils ont tous l’air cool si bien. Je ne colle pas dans le tableau. En fait, je suis parti au moment de l’album suivant.
  • John et Yoko s’étaient déguisés en Père Noël. Je n’y suis pas allé parce que je savais qu’il y aurait des problèmes. J’ai seulement entendu dire que ça avait été épouvantable, que tout le monde s’était fait taper dessus.

 

Ringo Starr

  • « Sgt Pepper » a fait son effet. Ça a été l’album de la décennie, du sicle peut-être. C’était très novateur et les chansons étaient géniales. Ça a été un vrai plaisir et je suis heureux d’y avoir participé. Mais, en fin de compte, je trouve l’Album Blanc meilleur.
  • II y avait un tas d’informations sur le double album. Mais je pense moi aussi qu’on aurait dû sortir deux albums séparés : le Blanc et le Plus Blanc.
  • J’ai écrit « Don’t Pass Me By » alors que j’étais tranquille chez moi. Je ne connais que trois accords de guitare et trois de piano. Je pianote et, si une mélodie et quelques paroles me viennent, il n’y a qu’à continuer. Ça s’est fait comme ça : j’étais tranquille chez moi, tout seul, et « Don’t Pass Me By » est arrivé. On fa joué façon country. C’était génial d’enregistrer ma première chanson, un titre que j’avais composé. ça a été un moment très excitant, tout le monde m’a aidé et j’ai pris mon pied quand on a enregistré cet allumé de violoniste. J’ai également chanté « Good Night » de John. Je viens de la réentendre pour la première fois depuis des années : c’est pas mal du tout. Même si je trouve que j’ai l’air d’avoir un trac fou. Ça a été quelque chose pour moi, de faire ça.
  • J’ai eu le numéro un, parce que je suis adorable ! John était en réalité le plus gentil et le plus adorable quand il voulait. Il n’était pas aussi cynique que tout le monde le croit. J’ai eu le numéro un anglais, et le numéro quatre américain.
  • C’était une nouveauté, que Yoko soit tout le temps dans le studio. On était très nordistes, nous : les femmes restaient à la maison pendant que nous allions bosser. On allait au charbon, elles faisaient la cuisine. C’était une de ces attitudes de prolos dont on commençait seulement à se défaire. Je crois que Maureen est venue au maximum cinq ou six fois au studio. Durant toutes ces années, Patrie n’est venue au mieux que quelques fois. Je ne me rappelle pas y avoir beaucoup vu Cynthia quand elle était mariée avec John. Elles ne venaient pas, c’est tout. Et voilà que d’un seul coup, on avait Yoko, au lit, dans le studio. Ça a créé des tensions parce que, la plupart du temps, on était tris proches tous les quatre et, d’une certaine manière, très possessifs les uns vis-à-vis des autres. On n’aimait pas trop que des étrangers arrivent comme ça. Et c’est ce que faisait Yoko. Pas pour John mais pour nous trois. Le studio était l’endroit où on était ensemble. C’est pourquoi on travaillait si bien. On essayait d’être cool et de ne pas en parler mais on n’en pensait pas moins et on en discutait entre nous. J’ai demandé à John : ‘On fait quoi, là ? Que se passe-t-il ? Quand tu rentres chez toi, m’a-t-il répondu, et que tu racontes ta journée à Maureen ça reprend deux minutes : ‘Oui, ça s’est bien passé au studio.. : Nous, on sait exactement ce qui se passe.  » Et c’est comme ça qu’ils se sont mis à vivre, ensemble à chaque instant. C’est d’ailleurs ce que nous avons fait, Barbara et moi, quand nous nous sommes mariés. pendant les huit premières années de notre mariage, on ne s’est pas quittés une seconde. Après ça, je me suis senti mieux et me suis un peu décrispé avec Yoko.
  • « Helter Skelter » est un morceau qu’on a fait dans la folie, une crise de nerfs totale. II suffit parfois de se lancer dans une impro. Pour cette chanson, c’était la ligne de basse de Paul et la batterie… Paul s’est mis à crier, â hurler et l’a faite comme ça, tout de suite.
  • C’était terrible. Je connaissais Roman Polanski et Sharon Tate et… Mon Dieu ! Ça a été un moment pénible. Ça nous a stoppés net. D’un seul coup, cette violence surgissait au beau milieu du monde d’amour, de paix et de psychédélisme. C’était affreux. Tout le monde s’est senti mal. Pas seulement nous, pas seulement les rockers. A Los Angeles, tout le monde s’est dit Mon Dieu, ça pourrait arriver à n’importe qui. Dieu merci, ils ont arrêté ce connard.
  • A mesure qu’on enregistrait l’Album Blanc, le groupe s’est un peu reconstitué, et c’est ce que j’ai toujours aimé. J’aime faire partie d’un groupe. Bien sûr, je dois avoir connu quelques moments de trouble puisque j’ai temporairement plaqué le groupe cet été-là. Je suis parti parce que j’éprouvais deux sentiments. Celui de ne pas très bien jouer, celui que les trois autres étaient vraiment heureux et que j’étais un étranger. Je suis allé trouver John, qui vivait avec Yoko dans mon appartement de Montagu Square depuis qu’il avait quitté Kenwood. Je lui ai dit : ‘le quitte le groupe parce que je ne joue pas bien. Parce que j’ai l’impression de ne pas être aimé, d’être exclu. Alors que vous êtes tellement proches tous les trois. « John m’a répondu ‘Je croyais que c’était vous trois qui étiez très liés.  » Je suis ensuite allé voir Paul. J’ai frappé à sa porte et lui ai dit la même chose : ‘je quitte le groupe. J’ai l impression que vous êtes très proches tous les trois ; je me sens exclu. « Paul m’a répondu : Je pensais que c était vous trois ! » Je n’ai pas pris la peine d’aller voir George. J’ai dit : « Je pars en vacances. »J’ai pris les gosses et je suis parti pour la Sardaigne.
  • Ils ont gâché la fête des gosses et on ne pouvait plus s’en débarrasser. Ils ne voulaient pas s’en aller. II a fallu des huissiers pour essayer de les faire partir. C’était pitoyable. Tout le monde était terrifié, y compris les adultes. C’était la fête de Noël du stress.

 

Paul McCartney

  • Les gens ont l’air de croire que tout ce que l’on dit, fait ou chante, est une déclaration politique. Ce n’est pas le cas. Au bout du compte, ce n’est jamais qu’une chanson. Un ou deux morceaux conduiront les gens à s’interroger sur ce que l’on fait. Mais ce que l’on fait, ce n’est que chanter des chansons.
  • On avait déjà invité des instrumentistes auparavant. Brian Jones, le saxophoniste, était venu jouer un truc dingue sur « You Know My Name (Look Up The Number) ». On avait aussi utilisé une flûte et d’autres instruments. En revanche, personne d’autre que George (ou à l’occasion John ou moi) n’avait joué de guitare. Eric est venu, et il a été très sympa, très obligeant, modeste, et un très bon musicien. Il s’est mis dans l’ambiance et on a joué. On s’est bien amusés. Son style convenait très bien â la chanson et je crois que George tenait â ce qu’il joue. C’était très sympa de la part de George : il aurait pu jouer lui-même et c’est lui qui aurait été sur ce grand tube.
  • « Revolution 9 » ressemblait beaucoup à certains trucs que je faisais moi-même pour m’amuser. Je ne trouvais pas que cela méritait d’être enregistré mais John m’y encourageait tout le temps. Un truc que j’aime bien dans l’album, c’est la pochette. J’avais plein d’amis dans le milieu artistique et j’avais été amené à réfléchir avec Robert Fraser sur « Sgt Pepper ». J’avais connu beaucoup d’artistes par son intermédiaire, dont Richard Hamilton. Comme j’avais vu une ou deux de ses expos et que j’appréciais le travail de Richard, je l’ai appelé. Notre nouvel album va sortir. Ça vous intéresserait d en faire la pochette ? »II a été d’accord. J’ai alors demandé aux autres. Ils ont accepté et m’ont laissé m’en occuper. Je suis allé dans sa maison de Highgate pour en discuter et, un jour, il m’a dit : ‘Procure-toi des tas de photos. Cherche dans tes photos d’enfance, trouve moi des photos de vous, n’importe lesquelles. je ferai un collage. « Ça m’intéressait beaucoup. J’aimais l’art et j’allais pouvoir lui servir d’assistant pendant une semaine, faire la liaison avec les autres, me procurer les photos et les faire reproduire. Je suis resté là toute la semaine, â le regarder effectuer son collage. C’est super de regarder quelqu’un peindre. Une fois le collage rempli de photos, la dernière chose qu’il a faite a été de prendre des morceaux de papier blanc et de les placer aux endroits stratégiques pour aérer l’ensemble. Ainsi, ce n’était pas uniquement une accumulation de photos. Il m’a expliqué qu’ainsi (ensemble pouvait respirer. On pouvait voir à travers la densité, c’était une grande idée. Cela m’a appris ce qu’est l’espace négatif (c’est apparemment le nom qu’on donne à cela). Pour ma part, j’aurais laissé le collage tel quel. Il était super ainsi. Mais quand on regarde ce poster aujourd’hui, les espaces blancs sont très malins. Après avoir terminé, il m’a demandé : ‘Nous avons poster, qu allons-nous faire pour la pochette maintenant ? Comment s’appelle l’album ?« Et il a ajouté : »Vous avez déjà sorti un album intitulé ‘The Beatles’ ?« J’ai répondu : ‘Non ». J’ai vérifié ensuite, parce que je n’en étais pas certain. « Beatles For Sale », « Meet The Beatles », « With The Beatles ». Il y avait toujours eu quelque chose de proche, mais jamais « The Beatles ». Richard m’a proposé ce titre et tout le monde a été d’accord. Richard était très minimaliste, il voulait une pochette entièrement blanche avec le mot Beatles imprimé dessus, en relief. À l’époque il avait un ami qui laissait toujours dégouliner des choses, du genre carré de chocolat… Richard a ainsi voulu mettre une dégoulinade de pomme sur un morceau de papier. Ça s’est révélé difficilement réalisable. On lui a dit « Écoute, on va sen tenir â la pochette blanche. » On a ensuite eu l’idée de numéroter chaque album, chose que j’ai trouvée super pour les collectionneurs. Il y avait le numéro 000001, 000002, 000003 et ainsi de suite. Si on avait par exemple le numéro 000200, ça voulait dire que c’était un des premiers exemplaires. Grande idée pour les ventes. Ça n’a pas été facile de convaincre les gens d’EMI. Ils prétendaient ne pas pouvoir le faite. Je leur ai dit ‘Écouter, si un compteur kilométrique est capable de tourner, vous devez pouvoir faire la même chose pour chaque disque qui sort.  » Ils ont trouvé une solution. Je crois qu’à un moment donné, ils ont arrêté. Tous les albums Blanc ne sont donc pas numérotés. Mais c’était une bonne idée. Nous avons reçu les quatre premiers. Je crois que John a eu le premier. C’est lui qui gueulait le plus fort.
  • Yoko était très souvent dans le studio. John et elle ont vécu une relation très intense quand ils se sont installés ensemble. C’était une femme très forte, très indépendante. Je crois que John a toujours aimé les fortes femmes. Quand on y réfléchit, tante Mimi était une forte femme, et sa mère également. Cynthia n’en était pas une, et c’est peut-être la raison pour laquelle ils ont divorcé. Cynthia est très gentille mais elle n’était pas capable de dominer. A l’inverse de Yoko, je pense. C’était une artiste conceptuelle et elle fascinait complètement John. Elle s’intéressait à des tas d’autres domaines. Elle disait des choses comme . ‘Je ne connais pas les Beatles » Ouah ! Voici la seule personne qui ne sait rien des Beatles. C’était très attirant pour John. Elle disait : ‘ j’aime les mecs en veste de cuir » et il ressortait sa veste de cuir et se comportait à nouveau comme un voyou adolescent. C’était un bon prétexte pour refaire tous les trucs qu’il ne faisait plus depuis longtemps. Je crois aussi qu’elle lui a ouvert pas mal de perspectives artistiques. Le problème étant, pour nous, que ça empiétait sur le cadre dans lequel on évoluait.
  • John avait besoin que Yoko soit là. Je ne peux pas le lui reprocher, ils étaient intensément amoureux, dans les affres de la première passion. Mais c’était plutôt démoralisant de la voir assise là, sur un des amplis. On avait envie de dire : ‘Excuse-moi, chérie, je peux monter le son ? »On se demandait en permanence comment lui dire : « Tu peux dégager de mon ampli ? », sans interférer dans leur relation. Ça a été un moment très difficile. J’ai le sentiment que quand John a fini par quitter le groupe, c’était pour laisser la place à cette relation. Tout ce qui avait précédé Yoko signifiait que la place n’était pas nette. John avait tout ce bagage de Beatle, tout ce qui avait rapport à nous. Tout ce dont il avait envie était d’aller se mettre dans un coin et regarder Yoko dans les yeux pendant des heures en répétant : « Tout va bien se passer. « Plutôt flippant quand on essaie d’enregistrer un morceau. Ça peut paraître amusant avec le recul, en fait c’était une sorte de plaisanterie. Mais à (époque, il s’agissait de nous, de notre carrière. On était les Beatles, après tout. Et voilà que cette fille… On avait l’impression d’être ses courtisans, c’était horriblement gênant. Il y a eu beaucoup de tensions pendant l’élaboration de l’Album Blanc.
  • Je pense que c’était un très bon album. Il tenait la route, mais il n’a pas été agréable à enregistrer. Ces choses là ont parfois un effet positif : Le fait qu’il soit si abondant est un des bons côtés du disque. Les chansons sont très variées. Je trouve que c’est un excellent album… Je ne me souviens pas des réactions. Aujourd’hui, quand je sors un disque, je regarde qui l’aime et s’il marche. Mais pour « The Beatles », je ne me revois même pas examinant les charts pour voir à quelle place nous étions classés. Je suppose qu’on espérait que les gens l’aimeraient On s’est contentés de sortir le disque et de continuer nos vies. Beaucoup de nos amis ont aimé l’album, c’est ce qui nous importait surtout. Quand vos copains aimaient un disque, il passait dans les boutiques de mode, on l’entendait partout, c’était pour nous le signe du succès. J’étais en Ecosse quand j’ai lu dans le Melody Maker que Pete Townshend avait déclaré : « On vient de faire le disque de rock n roll le plus graveleux ; le plus bruyant et le plus ridicule qu’on ait jamais entendu. « Je n’ai jamais pu savoir de quel morceau des Who il parlait mais le simple fait de lire cela m’a stimulé. J’ai dit aux autres : je trouve qu’on devrait faire une chanson dans ce genre là , quelque chose de vraiment féroce« et j’ai écrit »Helter Skelter ». On peut entendre les voix qui craquent. On l’a joué si longtemps, si souvent, qu’à la fin, on entend Ringo dire : J’ai des ampoules aux mains. »On a simplement essayé de le jouer plus fort. « La batterie peut être plus forte ? »C’était tout ce que je voulais – faire un disque de rock’n’roll très bruyant, graveleux, avec les Beatles. Et je trouve que celui-là n’est pas mal. C’est pourquoi j’étais toujours furieux quand les gens me disaient : « Toi, tu écris les ballades, tu es le sentimental. « Je répondais : »Vous avez vérifié ? Vous avez écouté ? » Non que je veuille me justifier mais cette autre facette de moi existe aussi.
  • Et puis, la chanson a été entendue en Amérique, le pays des interprétations. Tout comme un DJ allait quelque temps plus tard interpréter le fait que je ne porte pas de chaussures sur la pochette de « Abbey Road », Charles Manson a interprété « Helter Skelter » comme ayant un rapport avec les quatre Cavaliers de l’Apocalypse. Je ne sais toujours pas de quoi il s’agit. Ça se trouve dans la Bible, des « Révélations » ? ne l’ayant pas lu, je ne saurais dire. Mais il a interprété la chose. Il est ainsi arrivé à croire qu’il devait aller tuer tout le monde. Ça a été horrible. II est impossible de se sentir associé à une chose pareille. Aux Etats-Unis, un type l’a fait. Pourquoi ? Je n’en ai aucune idée. C’était terrifiant. Ce n’est pas pour ces raisons-là que l’on écrit des chansons. Quelques groupes de heavy metal le font peut-être aujourd’hui mais nous, jamais. Bob Dylan a cru qu’un vers de « I Want To Hold Your Hand« disait » I get high, I get high, I get high ».. Il y avait donc déjà eu quelques petites choses qui avaient été mal interprétées. Mais c’était bénin et plutôt rigolo. Jake Riviera, le manager d’Ems Costello, a confondu living is eary with eyes closed« avec ‘living is easy with vice clothes » Mais après toutes ces interprétations inoffensives, est arrivée cette épouvantable interprétation ?là. Ça n’allait plus, ça n’avait plus rien à voir avec nous. Mais que peut-on faire ?
  • Je crois que Ringo a toujours été parano à l’idée qu’on puisse ne pas le considérer comme un grand batteur puisqu’il ne prenait jamais de solos. II détestait ces batteurs qui cognaient pendant des heures tandis que le reste du groupe sortait de scène pour aller prendre le thé… Avant « Abbey Road », il n’y a jamais eu de solo de batterie chez les Beatles. Du coup, les autres batteurs, même s’ils aimaient son style, disaient que Ringo n’était pas techniquement un grand batteur. C’était un peu condescendant et je pense qu’on a laissé les choses aller trop loin. Je crois que son feeling, son cœur et son tempo d’acier ont été de grands atouts. J’ai toujours dit qu’on a énormément de chance quand on peut laisser jouer un batteur, lui tourner le dos. Il suffisait de donner une ou deux indications à Ringo et de le laisser faire. On avait toujours cette grande présence, ce tempo sans faille dans le dos. Le rock’n’roll est une affaire de feeling et de son. A ce moment-là, il a fallu lui redire qu’on le trouvait formidable. C’est la vie. On suit son chemin, sans jamais s’arrêter pour dire : Tu sais, je te trouve super ! On ne passe pas son temps â dire à son batteur préféré que c’est lui qu’on préfère. Ringo se sentait vulnérable et il est parti. Alors on lui a dit : « Ecoute :pour nous, tu es le meilleur batteur du monde.  » Je le pense toujours !. II nous a remerciés, et je crois que ça lui a fait plaisir d’entendre ça. On a commandé des millions de fleurs et on a fait une grande fête pour célébrer son retour au studio.

George Martin :

  • Ils sont arrivés avec une multitude de chansons – je crois qu’il y en avait plus de trente – et j’ai été un peu submergé en même temps que bouleversé, parce que certaines d’entre elles étaient splendides. Pour la première fois j’ai dû me partager en trois, car nous enregistrions simultanément dans trois studios différents. Le travail était très éclaté, c’est pourquoi mon assistant, Chris Thomas, a dû énormément travailler – ce qui en a fait par la suite un excellent producteur.
  • Je m’étais rendu compte, pendant « Magical Mystery Tour », que la liberté que nous avions acquise grâce à « Sgt Pepper » devenait un peu excessive. Sur un certain nombre d’enregistrements, les garçons manquaient de discipline mentale. Ils avaient une idée de départ et terminaient par une jam session qui n’était pas toujours bien fameuse. Je me suis un peu plaint de leur écriture pendant l’Album Blanc, mais ce n’étaient que des critiques très mineures. Je pensais que nous aurions peut-être dû faire un excellent album simple plutôt qu’un double. Mais ils ont insisté. Je crois que cela aurait pu être fabuleux s’ils avaient un peu resserré, condensé. Beaucoup de gens que je connais estiment que c’est leur meilleur album. Par la suite, j’ai appris qu’en enregistrant toutes ces chansons, ils se débarrassaient plus vite de leur contrat avec EMI.
  • Je me rappelle que Yoko a passé beaucoup de temps dans le studio avec John pendant que nous enregistrions l’Album Blanc. A tel point que le jour où elle est tombée malade, John n’a pas voulu la laisser seule chez elle. Il a fallu lui installer un lit dans le studio. Elle était là, couchée dans son lit, pendant que nous enregistrions. Il y avait un lien extrêmement fort entre John et Yoko. Cela ne fait aucun doute : ils étaient spirituellement totalement unis. Et à mesure que ce lien s’est renforcé, John a relâché celui qui l’unissait à Paul et aux autres. Cela a évidemment été source de problèmes. Les quatre garçons insouciants – cinq, avec moi – c’était du passé.
  • Je crois qu’ils étaient un peu paranoïaques. Quand les gens se disputent-on va à une soirée et le mari et la femme se font une scène de ménage – il se crée une tension, une atmosphère. Et on se demande si on n’aggrave pas les choses en étant là. Je pense que c’est ce genre de situation que nous avons connu avec Ringo. Il se sentait probablement un peu à l’écart, à cause de l’étrange contexte psychologique entre John et Yoko et Paul, et parce qu’ils n’étaient plus copains comme avant. II s’est peut-être demandé : Et si c’était à cause de moi ?

Neil Aspinall :

  • Ça été le premier album pour lequel je n’étais pas en studio. Je m’occupais du business et de tout le reste à Savile Row. Je suis passé là-bas une fois, mais John m’a dit « Qu’est-ce que tu fous là ? Tu devrais être au bureau. « Ça m’a fait un peu de peine, vous savez. Je n’aimais pas le bureau, ce n’était pas mon truc… Yoko accompagnait John partout. Ce n’était pas seulement qu’elle était tout le temps dans le studio : ils allaient ensemble partout. S’il était en studio, elle y était aussi.
  • On leur a demandé de quitter Apple. Je le leur ai demandé. Ils se sont alors mis à parler le langage des hippies : « Ce n est pas toi qui nous as invités. Ce n est pas d toi de nous dire de partir… « En d’autres termes, comme c’était George qui les avait invités, c’était à George de leur demander de s’en aller. Je crois que George s’en est très bien tiré. Je ne me rappelle pas exactement ce qu’il a dit… C’était du genre : « Oui /non, YinYang, dedans/dehors, rester / partir. Vous voyez. Enfin : De l’air ! » Ils ont dit : ‘Si tu le prends comme fa, George, d’accord « Et ils sont partis.
  • George avait dit : ‘Si vous venez en Angleterre, passez nous voir » ou quelque chose comme ça. Deux mois plus tard, les motos étaient à Savile Row. « George a dit que c’était d’accord », disaient-ils. Ils ont fini par s’installer chez Apple. Ils terrorisaient tout le monde. On a eu droit à la veillée de Noël des Hell’s Angels. Tout le monde avait faim. Une énorme dinde est arrivée, sur un plateau porté par quatre personnes. Dix mètres à peine séparaient la porte et la table où on devait poser la dinde… Elle n’est jamais arrivée jusque-là. Les Hell’s Angels se sont rués dessus et tout a disparu : ailes, partes, blanc, tout. Le temps qu’elle arrive sur la table, il ne restait plus rien. Ils ont tout bonnement liquidé la dinde, piétinant les enfants pour y arriver. Je n’ai jamais rien vu de pareil.

Dereck Taylor :

  • Dans l’esprit, George avait encouragé les Hell’s Angels à passer chez Apple s’ils venaient en ville. Mais bien d’autres sont venus. Une famille californienne de sans-abri est arrivée chez Apple et a vécu dans un des bureaux : la mère, le père et plusieurs enfants, au milieu des Hell’s Angels de San Francisco qui allaient et venaient. Ken Kesey était là aussi, empruntant une machine à écrire et un magnétophone. Donnant le matin lecture de ses poèmes dans mon bureau. J’arrivais et je trouvais les Hell’s Angels assis par terre en main de faire ces trucs physiques qu’ils font – ils se grattaient et pétaient… D’une manière générale ils étaient ignobles. ‘Eh, Ken, lis-en encore un, mec’ ; disaient-ils. Ils se réunissaient sur mon lieu de travail pour recevoir la parole du grand homme : Billy Tumbleweed ou Frisco Pete d’autres types aussi.

La chronologie de l’enregistrement

A album extraordinaire, histoire extraordinaire. Au travers des quelques pages qui vont suivre, nous vous proposons de découvrir la lente, mais magnifique gestation de ce disque, premier disque estampillé « Apple », qui trouve ses origines quelque part entre les rives du Ganges, les monts d’Himalaya, la maison de George à Esher, et l’intimisme des studios d’Abbey Road.

Prélude

La gestation de l’album « The Beatles », que l’on appelle plus couramment le « Double Blanc » commence à la croisée de bien des évènements.

Tout d’abord, rappelons que « The Beatles » est l’album qui suit le psychédélique et extraordinaire « Sergeant Pepper’s Lonely Hearts Club Band ». Entre le 1er juin 1967 qui marque la sortie de cet album et le mois de Mai 1968 qui marque l’enregistrement des premières démos de cet album, bien des évènements viennent étreindre la vie du groupe, provoquant des dissensions perceptibles à une rupture au sein du groupe.

Les Beatles sont tout d’abord enrôlés par la Maharishi Maesh Yogi, gourou indien, qui tente de leur détourner de l’argent, alors que les Beatles espéraient trouver auprès de lui un peu de réconfort spirituel après des années de fuite en avant lors de la Beatlemania. Première désillusion et première cassure au sein du groupe. Alors qu’ils sont en Inde dans le Hasram du Maharishi, Paul et Ringo quittent subitement cette retraite et abandonne John et George… première atteinte sans doute à l’image du groupe.

Autre fait marquant qui précède le début des sessions d’enregistrement du Double Blanc est sans nul doute le décès de Brian Epstein, manager du groupe. Accident ? suicide ? Meurtre ? L’affaire ne sera jamais vraiment élucidée, mais l’ami de toujours n’est plus lorsque les Beatles au mois de Mai 1968 entrent en studio.

Enfin, dernier point marquant de cette période est sans nul doute l’arrivée de Yoko Ono dans la vie de John, une influence qui poussera John a se montrer plus productif que jamais, mais qui à long terme détruira la synergie du groupe.

 

Mai 1968

  • 26 Mai 1968 : Les Beatles se retrouvent à la villa de George, « Kinfaus », à Esher. Ils enregistrent des maquettes de chansons qui pourraient figurer sur leur prochain album. La plupart de ces titres ont été composés en Inde, lors de leur séjour auprès du Maharishi Mahesh Yogi. Les chansons de John sont tout d’abord enregistrées : « Cry Baby Cry« , »Child of nature« (qui deviendra »Jealous Guy » sur l’album « Imagine »), « The Continuing Story of Bongalow Bill« , »I’m so tired« , »Yer Blues« , »Everybody’s got Something to hide except me and my monkey« , »What’s the new Mary Jane« et »Revolution ».Ensuite, viennent les compositions de George : « While my guitar gently weeps« , »Circles« , »Sour milk sea« , »Not Guilty », et « Piggies ». Ils reviennent à nouveau à un titre de John, « Julia », avant d’attaquer sur les compositions de Paul :« Blackbird », « Rocky racoon« , »Back in the USSR« , »Honey Pie« , »Mother Nature’s son« , »Ob-la-di, Ob-la-da« , et »Junk ». Le rendez-vous de Esher se termine par l’enregistrement de deux autres titres de John : « Dear Prudence« , et »Sexy Sadie ».
  • 30 Mai 1968 : Studios d’Abbey Road. Le travail commence sur ce qui va devenir le Double album « The Beatles« n plus coonnu sous le nom de »Album Blanc ». Le premier titre a être travaillé est « Revolution » de John.
  • 31 Mai 1968 : Studios d’Abbey Road : Continuation du travail sur la chanson « Revolution I ». Les six dernières minutes sont supprimées et vont servir de base au chaotique « Revolution 9 ».

 

Juin 1968

  • 5 Juin 1968 : Studios de Abbey Road. Enregistrement de « Don’t pass me by », la première composition de Ringo à être utilisée sur un album des Beatles.
  • 11 Juin 1968 : John travaille sur « Revolution 9 », avec sa compagne Yoko Ono.
  • Paul, dans un autre studio, enregistre et mixe « Blackbird » sans l’aide des autres Beatles.
  • 20 Juin 1968 : John et Yoko utilisent 3 studios en simultané pour l’assemblage des boucles qui vont constituer « Revolution 9 ». L’une d’entre elle provient d’une cassette d’examen de l’académie royale de musique et comporte la voix anonyme d’un homme qui pose la question « Number nine ? ». De cet enregistrement, John et Yoko créent une boucle infini qu’ils peuvent insérer à loisir dans le morceau.
  • 21 Juin 1968 : Le travail se termine sur « Revolution I » avec l’adjonction de la section cuivre et du solo de guitare.
  • 24 Juin 1968 : George Harrison s’improvise producteur, et donne la chanson « Sour Milk Sea », enregistrée à Esher à Jackie Lomax, un de ses amis de Liverpoool.
  • 25 Juin 1968 : John et Yoko continuent leur travail sur « Revolution 9 », et réduisent le morceau de 1 minute.
  • 26 Juin 1968 : Enregistrement de « Goodnight », la berceuse que John a composé pour son fils Julian. John l’interprète plusieurs fois de suite pour que Ringo s’habitue à l’intonation et au phrasé. John refusera d’interpréter ce titre dont il est le géniteur, pensant que ce dernier pourrait nuire à l’image de « dur » qu’il essaye de se donner.

 

Juillet 1968

  • 1er Juillet 1968 : John enregistre la piste chant de la chanson « Everybody’s got Something to hide except me and my Monkey ».
  • 3 juillet 1968 : Paul recommence l’enregistrement de « Ob-la-di, Ob-la-da », fortement déçu par le premier rendu de l’enregistrement de Esher.
  • Les répétitions commencent pour l’enregistrement définitif de « Revolution », qu John aimerait voir figurer en face A d’un 45 T. L’histoire ne lui donnera pas gain de cause puisque ce titre atterrira en face B du 45T consacrant la chanson de Paul « Hey Jude ».
  • 11 Juillet 1968 : Un piano et une basse sont rajoutés à la chanson « Revolution ».
  • Un section cuivre est ajoutée sur « Ob-la-di, Ob-la-da ».
  • 12 juillet 1968 : Fin des sessions d’enregistrement de la chanson « Don’t pass me by », de Ringo.
  • A compter de minuit ce jour là, le groupe travaille sur de nouvelles pistes de basse et de guitare pour « Revolution ».
  • 15 Juillet 1968 : Paul enregistre la piste chant de « Ob-la-di, Ob-la-da ».
  • Paul refait le mixage de « Revolution ».
  • Début des répétitions de la chanson « Cry Baby cry ».
  • 16 Juillet 1968 : Geoff Emerick décide qu’il ne peut plus travailler avec les Beatles, et présente sa démission au groupe, démission motivée par les injures, et le comportement hautain adopté par certains membres des Beatles à l’égard des techniciens de studio.
  • 19 Juillet 1968 : Début des sessions d’enregistrement de « Sexy Sadie ».
  • 22 Juillet 1968 : Enregistrement d’une nouvelle version de « Goodnight », avec un orchestre.
  • Ringo s’isole dans un studio afin d’enregistrer ses propres pistes de chant.
  • 23 Juillet 1968 : « Everybody’s got Something to hide except me and my monkey » est terminé.
  • 25 Juillet 1968 : Début des sessions d’enregistrement de la chanson de George « While my Guitar gently weeps ».
  • 29 Juillet 1968 : Début des sessions d’enregistrement de la chanson « Hey Jude ».

Août 1968

  • 1er Août 1968 : Studios Trident : L’orchestre, la basse et le chant sont enregistrés pour « Hey Jude » sur une console 8 pistes des studios Trident de Soho. Une forte dispute éclate entre John qui voudrait que « Revolution » soit la face A du futur 45T et Paul qui désire que ce soit « Hey jude ».
  • 2 Août 1968 : Studios Trident. « Hey jude est terminé et mixé.
  • 7 Août 1968 : Travail sur la chanson « Not Guilty » de George. La séance de travail se termine à 5h30 du matin.
  • 8 Août 1968 : Enregistrement de la 108eme prise pour la chanson « Not Guilty », qui sera finalement écartée de la sélection des titres pour l’album.
  • 9 Août 1968 : Travail supplémentaire sur « Not Guilty ».
  • Après cette session de travail, Paul, tout seul, enregistre « Mother Nature’s Son ». Aucun autre Beatles ne participera du reste à ce morceau.
  • 13 Août 1968 : Reprise du travail sur « Sexy Sadie« , et début des sessions sur »Yer Blues ». Pour cette chanson, le groupe décide de s’enfermer dans une toute petite cave avec de recréer le même type de sensation claustrophobe connu lors du temps de la Cavern. Tout le monde est très satisfait de l’acoustique.
  • 14 Août 1968 : « Yer Blues » est terminé. Après le départ de Paul et de Ringo, George et John restent au studio et enregistrent « What’s The New Mary Jane », l’une des chansons semi-expérimentales écrites par John sous l’influence de Yoko.
  • 15 Août 1968 : Séance d’enregistrement pour la chanson de Paul « Rocky Racoon ».
  • 16 Août 1968 : Enregistrement d’une nouvelle version de la chanson « While my Guitar Gently weeps » de George.
  • 20 Août 1968 : « Yer Blues » est enfin terminé. Paul ajoute une piste de section de cuivre à « Mother Nature’s son ». Après cela il enregistre le très court « Wild Honey Pie« , et »Etcetera » qui sera une maquette à l’intention de Marianne Faithfull qui ne l’enregistrera jamais.
  • Ringo est très sensible à la tension qui règne en studio, et ne cesse de menacer les autres de démissionner. Manquant à plusieurs reprises des roulements de batterie sur « Back in the USSR », il claque la porte des studios d’Abbey road, et part en Méditerrannée sur le yacht affrété par son ami Peter Sellers.
  • 23 Août 1968 : Suite et fin de l’enregstrement de « Back in the USSR ».
  • 28 Août 1968 : Les Beatles sans Ringo, se mettent à enregistrer « Dear Prudence ».
  • 30 Août 1968 : Mixage de la chanson « Dear Prudence ».

 

Septembre 1968

  • 3 Septembre 1968 : Ringo revient au studio. Il a décidé de rester au sein du groupe. Il découvre que sa batterie croule sous des gerbes de fleurs. Ce jour là, le groupe n’enregistrera aucune chanson, car les techniciens sont en train d’installer la console 8 pistes qui faisait si cruellement défaut aux studios d’Abbey Road.
  • 4 Septembre 1968 : Twickenham Film Studio : Tournage du film promotionnel de la chanson « Revolution ».
  • 6 Septembre 1968 : Eric Clapton vient enregistrer son célèbre solo de guitare sur le titre de George « While my Guitar Gently weeps ». Ringo est aux percussions, Paul joue de la basse fuzz, et enregistre les harmonies vocales qui doivent appuyer le chant de George
  • 10 Septembre 1968 : Voix supplémentaires ré-enregistrées pour le titre « Helter Skelter ».
  • 11 Septembre 1968 : Début des sessions d’enregistrement pour la chanson « Glass Onion ».
  • 16 Septembre 1968 : Première session pour la chanson « I Will ». Travail supplémentaire apporté à la chanson « Glass Onion ».
  • 17 Septembre 1968 : Fin des sessions de travail sur « I Will ».
  • 18 Septembre 1968. Travail sur « Birthday ».
  • 19 Septembre 1968 : Enregistrement de « Piggies », avec la participation de Chris Thomas au clavecin
  • 20 Septembre 1968 : Fin des sessions d’enregistrement de « Piggies ».
  • 23 Septembre 1968 : Début du travail sur le titre « Hapiness is a warm gun ».
  • 25 Septembre 1968 : Fin des sessions de travail sur « Hapiness is a warm gun ».

 

Octobre 1968

  • 1er Octobre 1968 : Travail sur la chanson de Paul « Honey Pie » aux Studios Trident.
  • 3 Octobre 1968 : Les Beatles se remettent au travail sur la chanson « Savoy Truffle ».
  • 4 Octobre 1968 : Paul s’entoure d’un orchestre de 14 musiciens pour enregistrer « Martha My Dear ». Paul apporte la touche finale à « Honey Pie ».
  • 5 Octobre 1968 : George enregistre la piste chant sur « Savoy Truffle ». Paul assure les parties basse et batterie du morceau.
  • 7 Octobre 1968 : Début d’une très longue session d’enregistrement qui va durer de 14h30 à 7h du matin. Travail sur la piste rythmique de « Long, long, long ». John est absent.
  • 8 Octobre 1968 : Nouvelle session marathon qui commence à 16h et s’achèvera le lendemain matin à 8h du matin. Enregistrement et mixage des titres écrits par John : « I’m so tired« , et »The continuing Story of Bungalow Bill », et « Long, Long, Long » de George.
  • 9 Octobre 1968 Travail sur « The continuing Story of Bungalow Bill », et « Long, long, long ».Paul enregistre à toute vitesse dans un studio voisin le très rock « Why don’t we do it in the road ».
  • 10 Octobre 1968 : Fin de travail sur les chansons « Piggies », et « Glass onion ».
  • Paul et Ringo se retrouvent en studio pour achever « Why don’t we do it in the road ? ».
  • 13 Octobre 1968 : John enregistre et supervise l’enregistrement de « Julia » sans l’aide des autres Beatles.
  • 14 Octobre 1968 : Pistes supplémentaires rajoutées à « Savoy Truffle ». Le reste de la séance de travail est consacré au mixage de toutes les plages. Le double album est presque terminé.
  • 16 Octobre 1968 : Paul, John et George Martin travaillent 24 heures d’affilées de 17h à 17h le lendemain, à choisir les titres et à organiser l’ordre de plages sur les quatre faces du double album. C’est un vrai marathon. Chaque studio, chaque salle d’audition d’Abbey Road est réquisitionnée : les studios 1,2 et 3, ainsi que les salles 41 et 42. Au final 30 titres sont sélectionnés par les Beatles. George ne participe pas au choix des chansons.

 

Novembre 1968

  • Publication de l’album

Geoff Emerick parle de « Ob-La-Di, Ob-La-Da »

Périodiquement, Emmanuel Colombier nous livre de larges traductions du livre de Geoff Emerick , »Here, There and Everywhere – My life recording the Beatles ». Nous vous proposons de découvrir ici un passage relatif à l’enregistrement de la chanson « Ob-La-Di, Ob-La-Da.

Nous travaillions maintenant depuis cind semaines sur l’album blanc. Les séances avaient été longues et assomantes, mais pas grand chose n’avait été accompli. Contrastant avec Pepper, John avait presque toujours dominé les séances jusque là. George Harrison avait peu contribué, et seulement une chanson de paul -blackbird, enregistré en solo- avait été enregistrée.

Il y eu deux changements début juillet, quand nous commençâmes à travailler sur Ob-La-Di, Ob-La-Da de Paul. C’était une chanson que John détestait passionnément, et les mauvaises vibrations que ça engendrait amenèrent à des tensions que je ne pouvais plus supporter.

la plupart du temps, George Martin et Chris Thomas ne travaillaient pas ensemble, surtout parce que George ne voulait pas que Chris l’interrompe sans arrêt pour donner son avis. George n’était pas là la première nuit où les Beatles commencèrent à bosser sur « Ob-La-Di, Ob-La-Da », Chris devint donc le producteur.

A la base, nous étions tous ravi de bosser sur ce morceau à cause de son tempo entraînant. Même Lennon rentrait dedans -au début, toutefois- parce que ça lui donnait l’occasion de faire le clown avec ses voix bébêtes. Mais ça commençait à durer, nous prenant trois nuits entières.

Paul n’était pas satisfait du rythme de la piste ou de la manière dont sonnait son chant. Il recherchait un feeling reggae Jamaïcain et n’était pas satisfait de ce que le groupe en faisait. Le problème était exacerbé par le fait que même Paul ne savait pas trop comment amener le morceau rythmiquement, et il en devenait très frustré lui-même.

Paul était certainement un perfectionniste, mais il avait aussi été bouleversé par le comportement de John. Je ne sais plus bien, mais je crois que ça avait un rapport avec le fait qu’il travaille avec acharnement ce morceau, peut-être qu’il voulait juste emmerder John, juste pour lui donner une leçon.

Au travaers des semaines précédentes, j’avais pu constater combien l’humeur de John pouvait être changeante – ses sautes d’humeurs étaient plus sévères, et elles étaient aussi plus fréquentes.

Ce fut définitivement le cas avec l’enregistrement de « Ob-La-Di, Ob-La-Da ».

A un moment, il était dedans, faisant le guignol et sa caricature de patois Jamaïcain, et la minute suivante, il boudait te ronchonnait comme quoi le morceau était une merde de Paul en plus. Vous ne pouviez jamais savoir exactement où vous situer avec Lennon à aucun moment, mais les choses empiraient…

Alors quand Paul annonça quelques nuits plus tard qu’il voulait tout reprendre à zéro, John a piqué une crise. Ralânt et tempêtant, il sorti par la porte, avec Yoko qui se traînait derrière lui, et nous avons pensé qu’on ne le reverrait pas de la journée.

Mais quelques heures plus tard, il déboula tel un ouragan dans le studio, clairement dans un état second.

« I AM FUCKING STONED !! » …

…hurla John du haut des escaliers. Il avait choisi de faire son entrée par la porte de l’étage, sans doute pour pouvoir capter d’avantage l’attention des trois beatles tétanisés dans le studio.

En se balançant légèrement, il continua, bougeant ses bras avec emphase.

« Je suis plus stone que vous ne l’avez jamais été. En fait, je suis plus stone que vous ne le serez jamais ! »

Je me retournais vers Richard et lui murmurait : »Oh-oh… Il est de bonne humeur ce soir ».

« Et ça » – dit Lennon d’un coup- « c’est comme ça que cette putain de chanson doit sonner ».

En titubant, il descendit difficilement les escaliers, s’installa au piano et commença à claquer les accords de toutes ses forces, pondant les fameux accords qui deviendraient l’ouverture du morceau, joués à un tempo débridé.

Un Paul estomaqué regarda Lennon droit dans les yeux. A un moment, j’ai cru que les poings allaient voler.

« Ok, d’accord, John » dit-il simplement, en épelant bien ses mots, regardant son partenaire défoncé droit dans les yeux. « Faisons à ta manière ».

Aussi en colère soit-il, je crois qu’au fond de lui, paul était flatté que son vieux partenaire daigne s’occuper de sa chanson…même s’il avait agi ainsi pour s’en débarrasser.

La contribution de John était, je dois l’admettre, assez bonne. Le morceau avait un feeling plus léger et sautillant que la version originale, qui semblait de plomb en comparaison, et quand ça a été fini, nous avons tous poussé un soupir de soulagement à l’idée de ne plus travailler sur la chanson.

Plus tard cette nuit, Judy Martin s’arrêta au studio ; elle venait parfois une heure ou deux quand on travaillait. C’était une femme distinguée, classe sociale élevée, et elle était toujours très diplomate dans ses rapports avec nous.

Nous avons tous été un peu stone pendant ces dernières sessions nocturnes. parfois je me tournais vers richard et lui disait « Je me sens comme un cocktail de crevettes ». George Martin nous regardait et je pouvais imaginer ce qu’il se disait « Qui est défoncés ! Nous ou eux ? » Même Judy (sa femme NdT) sentait ces choses parfois, quand elle voyait George piquer du nez à minuit… « Oh !.. le rembourrage du nounours s’en va » disait-elle, nous plongeant Richard et moi dans un abîme de rires.

J’ai repris le truc plus tard, le répétant impitoyablement à George, juste pour remuer le couteau dans la plaie.

Les Beatles n’étaient pas les seuls capables de se mettre minables.

Malheureusement, Paul retrouva son côté tatillon le lendemain, annonçant péremptoirement qu’il n’était pas satisfait et voulait refaire la chanson encore…malgré le fait que ringo ne soit pas encore là.

Paul se mit à la batterie et emmena Harrison et un Lennon sous pression vers une nouvelle séance de travail avant qu’il ne capitule et abandonne.

Les trois beatles prirent alors les micros pour faire les chœurs sur la version enregistrée la veille, qui fut la version finale gravée sur le disque.

Etrangement, tous les mauvais sentiments de la semaine passée semblaient évaporés dès qu’ils se retrouvèrent autour des micros et que je leur envoyais un peu d’écho dans les casques.

C’est tout ce qu’ils leur fallait pour suspendre leurs petits désagréments ; pendant ces moments, ils faisaient les cons et les clowns, comme ils faisaient quand ils étaient mômes, au tout début de leur carrière.

Puis, dès qu’ils enlevaient les casques, ils recommençaient à se détester entre eux.

C’était assez dingue, c’était comme si le fait de mettre les casques et d’écouter l’écho les mettait dans un état second.

Même pendant les sessions de pepper, les Beatles travaillaient tard, beaucoup plus tard que ne le prévoyait l’emploi du temps du studio, me faisant attendre moi et mon assistant des heures et des heures, et personne ne nous appelait pour nous prévenir.

Quelqu’un devait appeler George Martin, parce qu’il savait toujours à peu près quand ILS arrivaient, mais il ne prenait jamais la peine de me le dire, ce qui était assez ennuyeux.

Ca contrastait avec les autres artistes, ou les sessions commençaient toujours à l’heure.

pendant les séances de l’Album blanc, Richard et moi nous tenions à la réception, en attendant qu’ils arrivent, regardant par la porte d’entrée pour voir si les fans s’étaient regroupés sur le parking.

S’il n’y avait personne, on savait qu’on aurait encore au moins une heure à attendre avant que le premier Beatle n’apparaisse.

Peut-être que les fans faisaient le pied de grue devant chez Paul et qu’alors ils venaient quand ils le savaient en chemin, ou peut-être qu’ils appelaient leurs amis, relayant les infos par téléphone.

Pendant que nous attendions, nous parlions des séances. Nous avions toujours espéré qu’ils referaient une nouvelle chanson cette nuit au lieu de ressasser toujours et toujours la même. C’était la cerise sur le gâteau pour nous : entendre une chanson des Beatles pour la première fois. John ou Paul viendraient et jouerait à la guitare ou au piano et ils nous diraient de quoi ça parle et on aurait pensé « Waouh ! Génial ! ».

Alors on voyait l’évolution de la chanson dans le temps. parfois c’était mieux, parfois non.

Ca pouvait être incroyablement ennuyant et déprimant de rester les écouter jouer le même morceau pendant 9 ou 10 heures d’affilée, surtout s’ils étaient trop défoncés et que ça partait en vrille.

Cependant, pendant ces longues jam sessions, Ringo était souvent le seul à les embarquer dans une nouvelle direction – il était fatigué de jouer toujours le même rythme, alors il le changeait, ce qui amenait parfois un changement radical dans le jeu des autres. »

 

Informations complémentaires

Chronique du disque par Uncle Jack

Nous allons entrer dans une cathédrale, les amis !

En effet, poser l’aiguillle du pick-up sur le sillon de la première de ces quatre faces pleines de nouvelles chansons des Beatles, c’est un peu comme lire la première phrase de « La Recherche… » de l’ami Marcel Proust : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. »

Et on est parti. EN AVION ! « Back In The USSR », rock’n’roll ! McCartney cogne son piano, il chante comme s’il avait un truc sur le feu, classe et pressé, cette fois il ne nous la joue pas à la Little Richard, non, il fait de la voltige avec les merveilleux « Ouh ouh ouh » des autres, c’est d’une fraicheur imparable, on pense aux Beach Boys bien sûr, un clin d’oeil complice au groupe de Brian Wilson.

Ensuite, les accords cristallins et paresseux de « Dear Prudence » font sonner les oreilles,John est ingénu et candide, it’s beautiful and so are you, dear Prudence ! Ringo fait vibrer tout ce qu’il touche, Macca fait rebondir sa basse,et Harrison tend le morceau avec des phrases de guitares démoniaques et insistantes…

Blam ! Blam ! « Glass Onion » déboule ensuite, le rythme est soutenu et semble vouloir dompter ces arrangements de cordes grandioses, tandis que Lennon s’amuse à multiplier les citations de titres des Beatles, absurde et complètement british ! Sacré John, on aurait bien besoin de tes délires décalés actuellement, oww yeaaaaaaaah ! Lookin’ through a Glass Onion !

« Obladi Oblada » Là, c’est une petite fête menée par Paulo et sa légèreté coutumière, cette basse qui vous masse la nuque et cette ritournelle idiote tellement savoureuse. Voilà pourquoi les Beatles sont si grands : ils ne se la pètent pas. Ces gens voulaient notre bonheur, vous le saviez ça ?

« Wild Honey Pie » en est presqu’angoissant, juste derrière : ça sent la folie contrôlée, on sourit et on se dit que tout peut arriver, et effectivement, TOUT va arriver !

John nous raconte l’histoire de « Bungalow Bill », fable ironique à propos d’un chasseur d’éléphant, on pense à une rengaine enfantine mais l’acidité de John et les petites voix flippantesvous rappellent quand même que l’on n’a pas affaire à des bouffons : c’est le genre de chanson qui peut s’incruster gravement dans le cerveau, savez-vous !

Jusque là, ils se chauffent, pas de méprise, hein ! You ain’t seen nothing yet !

« While My Guitar Gently Weeps », longue complainte majestueuse chantée par George ( aaaah, George…)ça se déroule inexorablement, avec cette descente d’accords imparables, degré par degré, George nous la joue plus « beau Ténébreux » que jamais, avec pleins de soupirs dans ses arpègeslarmoyants, on peut ici parler de divine mollesse, cette force tranquille qui soutient la guitare aérienne de Clapton, venu en guest. Et si la Mélancolie était une chanson ? Et si rien ne valait quelques larmes quand on pense à une femme…Et si…Si seulement George était encore là…Sorry, je voulais pas plomber l’ambiance, mais cette chanson, franchement…

« Happiness is a Warm Gun » Ca, c’est John qui pense à plein de choses en même temps, ça arrive quand on fume des cigarettes qui font rire . Seulement lui, quand il se lâche, ça donne une chanson lente et terrifiante de puissance retenue, le début met en confiance mais la guitare se fait vite cinglante et menaçante, damned, y a des moments où je jurerais qu’elle parle ! I need a fix coz I’m goin’ down…Mother superior jumped the gun ! Comme si ça suffisait pas, y a trois idées à la minute, ça parle de sexe, de flingue et de drogue, les choeurs complètement barges font : »Bang Bang Shoot Shoot » et c’est plié !

Et c’est clair, à la fin de cette première face, on est FLINGUES !

Les mains tremblent un peu pour retourner la plaque, un sentimentque j’espère, j’aurai toute ma vie quand je découvre un chef d’oeuvre pour la première fois…

« Martha My Dear » Paul est au piano, sa petite mélodie fait mouche, elle se muscle un peu pour redevenir caressante et faussement inoffensive vers la fin, moi j’appelle ça la Grâce !

« I’m So Tired » Et ça c’est du Lennon désinvolte, fatigué, mais on subodore le ROCK en train de grogner derrière, « Woar, l’en faudrait pas beaucoup pour que je pète les plombs ! » C’est ce que ce morceau, tout en rage rentrée, semble nous siffler dans les oreilles.

Après ça, le « Black Bird » de Paul, une chanson pour laquelle le mot pûreté semble avoir été inventé, fait office d’un merveilleux bol d’air. Ce type a le chic de chanter ses chansons parfaites comme s’il s’excusait presque, le genre : »Voici une petite chose que j’ai appelée Black Bird, it goes like this… »Ahh ! Le Fumier Céleste ! Le Satané Troubadour Définitif ! Combien en a-t-il encore dans sa jolie tête ? Hein ? Hein ?

Mais qu’est-ce que George a bien pu vouloir dire avec son « Piggies » ? Ce titre m’a toujours semblé sortir d’un vieux filmanglais, ambiance five o’clock tea, quand ça se met à swiguer un peu au clavecin et que les gorets commencent à grogner, on est perdu dans l’univers nonsense de Harrison, hey il est pas pote avec Eric Idle ( Monty Pythons ) pour rien !

Et c’est à ce moment que débarque « Rocky Raccoon », cow-boy malheureux à qui on a piqué la gonzesse et qui en prime, se prend une balle dans le buffet ! McCartney raconte plus qu’il ne chante, c’est assez inexpliquablement irrésistible, surtout quand le docteur qui pue le gin arrive, et que Paulo s’envole sur une musique de saloon ! Yee-haw !

Ringo ! C’est à toi, vieux. Fais nous rire. Mais Ringo n’a pas envie de rigoler, son texte poignant est rendu encore plus émouvant par la manière sauvage dont il frappe ce rythme de fête foraine. Il cache magnifiquement sa tristesse derrière cette musique de cirque et ce violon échappé du saloon de Rocky Raccoon, moi j’adore ça, ça s’appelle la pudeur les amis !

Mais pourquoi on le ferait pas sur la chaussée ? Hein ? Personne ne va nous regarder, pas vrai ? « Why don’t we do it on the road ? » est un ovni signé McCartney, Paulo adore ça, forcer sa voix ! Il tire absolument TOUT ce qu’il peut de cette ébauche de chanson, il la presse comme un citron,et vous savez quoi ? Ca le fait !

« I will » tinte agréablement aux oreilles après ça, c’est du McCartney classique et classe, c’est gentil et impeccable, despareilles il en fera encore à 90 piges !

John, par contre, n’a jamais été aussi tendre, il geint presquedans ce « Julia » dédié à sa maman. Je ne peux pas en dire grand chose, sinon que, quand j’essaie de la chanter, je ne peux jamais la finir : j’ai une boule dans la gorge et ma voix se brise lamentablement. Comment il fait, lui ? Hein ?

3ème face, on se secoue un peu là !

« Birthday » ’Tain, ça dépotte ! Les lads hurlent, Ringo cogne comme trois Charlie Watts, George fait tournoyer un riff mortel, un piano bastringue se fait violenter, ça tourne comme ça limiteémeute jusqu’à la fin, parait que John n’aimait pas ce morceau,foutu perfectionniste va !

Il est pas de bonne humeur d’ailleurs, le John ! Il veut mourir ! « Yer Blues » Wanna die ! Mais quel bonheur d’entendre ces voyouxde Liverpool en train de torcher de nouveau un méchant blues cradingue. Bah non, ils ont pas changé, c’est des vraies teignes,viciés par le rock qu’ils sont, woaar wanna die, et tant pis pour la reine ! Ce texte qui a marqué Kurt Cobain est un des plus déchirants de John, en même temps c’est tellement simple et évident, sobre et dépouillé comme du Hank Williams.J’en profite pour vous faire remarquer l’équilibre de ce recueil.

Après ce blues viscéral et suicidaire, on a droit à une charmante complainte écolo de notre bon Paul : « Mother Nature’s Son » Seul son don pour la mélodie qui tue lui permet de ne pas avoir l’air niais derrière le dangereux brûlot de Lennon.

Au contraire,on prend plaisir à faire « doo doo doo doo doo doo » avec lui, un peu de douceur, moi ça me rend amoureux ! Come on ! Come On ! Y a une cloche qui sonne ! Le tocsin ? Les pompiers ? Naaaaan, c’est juste que George est occupé à mouliner un riff meurtrier ! Tout le monde gueule, Ringo brasse beaucoup d’air et maltraite ses peaux avec son bon sourire, ça lui plait ça, Lennon parle de son singe et il est TRES énervé, vous aviez reconnu « Everybody’s got Something to hide except for me and my monkey » bien sûr . Mais la première fois, avouez que ça vous a explosé à la figure comme à moi ! J’aime quand on maltraite les guitares comme ça, là ils cognent dessus avec des fers à repasser !

« Sexy Sadie » bien entendu, c’est la chanson où John crucifie le maharashi Yogi : j’ai toujours adoré cette délicieuse méchanceté typique à John Lennon, quelle classe dans cette saine arrogance, quelle finesse dans les attaques, et cette chanson qui se love amoureusement dans les wawawa des choeurs, jusqu’à ce final de guitare récurrent, une aisance pareille, ça devrait être interdit !

Alors maintenant, un truc HENAURME ! Oubliez tout ce qu’on vous a dit sur l’invention du Hard-Rock. Pour moi, « Helter Skelter » ce n’est pas du hard-rock. C’est quelque chose de neuf et complètement incontrolable ! Ca fait quand même beaucoup plus penser à de la lave en fusion qu’aux riffs bien carrés d’AC/DC non ? C’est une mixture psychédélique qui bouillonne dans une marmite infernale, malaxée par la batterie de Ringo, ouais le Richard actionne tout les pistons de la machine et fait gicler l’huile bouillante, il cingle toutes les cymbales non stop, McCartney hurle comme un damné et fait sonner les cordes de sa basse comme des nerfs de boeuf, quand aux riffs que George arrache à sa guitare à l’agonie, ils FOUTENT LES JetONS !

« Long long long » George, encore lui, calme le jeu ( équilibre les mecs ! Equilibre !) avec cette petite valse, plaisemment malmenée par Ringo, c’est charmant et un peu déjanté.

Et vous savez quoi ? Il reste une face entière !

« Revolution1″ c’est la version lente, un peu laid-back, mais l’attaque impitoyable façon roulette du dentiste de la guitare du début n’en est que plus tranchante : Lennon règle ses comptes avec les révolutionnaires trop sûr d’eux. Ni Dieu, ni maitre, sur fond de rock’n’roll nonchalant, classieux le Lennon !

Et dites-moi, ça faisait longtemps que Paulo ne nous avait pas joué une petite bluette jazzy et rétro, inspirée par son papa. Moi ça me manquait, j’adore ces petits exercices de style plein de nostalgie couleur sépia… »Honey Pie » donc, merci Paulo !

« Savoy Truffle » et c’est George qui s’y colle cette fois : un truc bien pêchu, bourré de cuivres pleins de jus, Ringo joue au robot multi-fonction, tout ça pulse donc méchamment et le texte patissier de l’ami George est aussi mystérieux que les cochons de tout à l’heure. Aaaah, ces anglais ne sont pas des gens comme les autres !

Ce qui suit est une superbe mélodie de John, qui force le passage dans votre cerveau, entêtante, soutenue par un piano céleste et une guitare caressée avec application, je ne ferai pas de commentaires sur le texte de John, les délires verbaux de Lennon sont comme les films de David Lynch, on s’y perd avec délice, mais on n’y comprend rien, où alors on comprend tous une chose différente… »Cry baby Cry », vous vous en doutiez…

« Revolution 9″…Hum, franchement pour celle-ci je suis sec les potes ! Tout ce que je peux dire, c’est que je l’écoute toujours entièrement, je ne saute pas cette plage pour aller directement au « Good-night » de Ringo, je me la farcis, en entier, je sais pas pourquoi…

Bon, il est tard les enfants, 3 heures du mat’ ici dans mon p’titappart’ plein de disques, « Good Night » , la première fois que je l’ai entendue celle-là, j’ai détesté. Franchement, ces violons poisseux, cette mélodie sirupeuse, on se fout de qui ? Mais j’ai vieilli, et j’apprécie maintenant les vins liquoreuxque je trouvais écoeurants quand j’avais 20 ans…J’aime beaucoup la façon de Ringo de chanter ça, surtout quand il fait mmmmh mmmmh mmmmh…Good night everybody, everybody everywhere,…Good night.Et puis, vous tous que j’imagine en train de hurler ce refrain en chœur, all together now….

EUR 21,99 EUR 46,54
2CD set. Epic 1968 double LP incl. "While My Guitar Gently Weeps", "Blackbird", "Dear Prudence" & "Helter Skelter" with Apple logo.
Expédition sous 4 à 5 jours ouvrés

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