YELLOW-SUB / RINGO STARR AU-DELÀ DES BEATLES / NOTICE 517
Studio 2 (1964) : John Lennon, Paul McCartney et les paroles de chansons dans l’objectif de Ringo Starr
Photographie des Beatles · Abbey Road · édition Genesis 2024
← Sommaire des arts visuels de Ringo Starr
Une photographie prise par un Beatle pendant que deux autres travaillent : le cliché intitulé Studio 2, répertorié dans le Photograph Portfolio de Genesis Publications, montre John Lennon et Paul McCartney en compagnie de textes de chansons dactylographiés. La scène est située par l’éditeur à Abbey Road, à Londres, en 1964. Cette datation générale est solide comme donnée de catalogue ; l’attribution à une séance précise exige, elle, davantage de preuves.
Un document de travail au cœur du studio
Le titre Studio 2 reprend l’espace de l’enregistrement comme sujet apparent. Genesis décrit John Lennon et Paul McCartney entourés de paroles de chansons composées à la machine ou présentées sous forme dactylographiée. L’image documente moins une performance musicale que l’environnement dans lequel les Beatles élaborent et enregistrent leur répertoire. La présence de feuilles de paroles rappelle que, parallèlement aux guitares, aux micros et aux bandes magnétiques, l’écriture est une activité concrète : des textes circulent, se révisent et se consultent. La photographie ne suffit cependant pas à identifier les chansons présentes sur ces feuilles. Leur lecture exigerait une reproduction assez définie et une confrontation avec les documents de studio conservés.
1964 : une date, mais pas encore une séance établie
La légende commerciale indique « Abbey Road Studios, London, 1964 ». L’année situe l’image au moment de la très forte activité discographique du groupe, mais elle ne désigne ni un jour ni une plage horaire. Le fait que l’édition porte le titre Studio 2 ne justifie pas, à lui seul, de lui attribuer un numéro de bande ou une session des registres EMI. Les lieux, les vêtements, les paroles visibles et les photographies prises par d’autres personnes pourraient un jour rapprocher ce cliché d’un enregistrement connu. Pour l’instant, la prudence documentaire impose de conserver « 1964 » comme seule datation directement fournie par le catalogue consulté.
Le photographe est un participant, non un visiteur
Ringo Starr photographie ses collègues depuis l’intérieur du groupe. C’est un regard différent de celui d’un reporter soumis aux horaires d’une séance de presse : les musiciens peuvent apparaître absorbés par une activité ordinaire, réagir à l’appareil ou l’ignorer. Pour Studio 2, Genesis transmet un court souvenir de Ringo indiquant que John et Paul semblent avoir remarqué sa présence. Ce commentaire souligne un fait essentiel : l’image n’est pas nécessairement un instant « volé ». La conscience du photographe peut modifier les regards, sans faire disparaître la valeur d’archive du document. Il faut toutefois distinguer l’intention prêtée au photographe de ce qu’on peut réellement constater sur le tirage.
D’un négatif ancien à l’estampe signée de 2024
Genesis a intégré Studio 2 à son programme de photographies d’art signé par Ringo Starr, commercialisé en 2024. L’épreuve est annoncée en édition limitée à vingt-cinq exemplaires numérotés, d’un format de 50,8 × 76,2 cm (20 × 30 pouces), obtenue par impression giclée d’archives avec des encres K3 Lightfast sur papier coton Hahnemühle Photo Rag de 320 g/m². L’éditeur décrit un encadrement en bois noir, passe-partout sans acide et protection UV pour les versions encadrées. Cette fiche matérielle constitue la description de l’édition moderne : elle ne donne ni les dimensions du négatif historique, ni l’appareil employé en 1964, ni le nombre éventuel de copies de travail antérieures.
Chaque tirage appartient à une édition numérotée signée par Ringo ; le certificat qui l’accompagne est présenté comme numéroté et signé par l’éditeur. Il convient donc de ne pas confondre trois gestes : la prise de vue historique, la signature de l’épreuve artistique au XXIe siècle et l’attestation délivrée lors de la commercialisation. Ils participent à l’histoire d’un même objet photographique, mais ne sont pas interchangeables.
Une édition déjà épuisée, sans prix d’adjudication démontré
Dans la version consultée du catalogue Genesis, Studio 2 porte la mention « sold out », c’est-à-dire que l’édition n’est plus proposée par l’éditeur à cet endroit. Cette indication décrit un état commercial ; elle ne renseigne pas sur l’identité des souscripteurs, les dates d’achat, la dispersion éventuelle des tirages ni leur cote sur le marché secondaire. Il serait abusif de convertir ce statut en résultat d’enchères ou en estimation de valeur. Une vente publique identifiable, avec photographie du verso, numérotation, état de conservation et certificat, fournirait des données d’une autre nature.
Le rôle des légendes dans la mémoire des Beatles
Une photographie de studio publiée soixante ans après la scène qu’elle représente circule simultanément sous plusieurs statuts : souvenir personnel, témoignage sur le travail du groupe, illustration historique et estampe de collection. Studio 2 permet précisément de mesurer l’écart entre ces usages. On peut admirer une situation familière entre John et Paul sans prétendre que le catalogue révèle quelle chanson ils enregistrent. Et l’on peut traiter la pièce signée comme une œuvre de Ringo sans effacer ses origines documentaires. C’est cette double lecture, musicologique et matérielle, qui donne à l’image sa place dans l’histoire visuelle des Beatles.
Sources et documents
Genesis Publications, The Photograph Portfolio 2024, notice « Studio 2 » (légende, technique, format et limitation) ; Genesis Publications, communiqué du 22 février 2024 (contrôle et signature des tirages par Ringo). Voir aussi notre sommaire des arts visuels, pour distinguer archives photographiques, portfolios et exemplaires de collection.












