La Discographie anglaise des Beatles : The Beatles

The Beatles (« White Album ») : l’édition originale anglaise, guide du collectionneur
Le double album des Beatles, pressé en novembre 1968 : références de catalogue, pochette blanche numérotée de Richard Hamilton, encarts, étiquettes Apple et matrices. L’objet de collection le plus reconnaissable de toute la discographie — celui où un simple numéro estampé peut multiplier la valeur, et où le mono, ultime du genre, tire sa révérence.
En bref
- Label : Apple (pressage EMI)
- Références : PMC 7067/7068 (mono) et PCS 7067/7068 (stéréo) — double 33-tours.
- Sortie : vendredi 22 novembre 1968 — mono et stéréo.
- Matrices (1er pressage) : mono XEX 709-1 / 710-1 / 711-1 / 712-1 ; stéréo YEX 709-1 / 710-1 / 711-1 / 712-2.
- Le graal : la pochette blanche numérotée — numéro à sept chiffres estampé (UK) et non embossé (US), sur une pochette top loader (ouverture par le haut).
- Le mono, dernier du genre : PMC 7067/8 est le dernier album des Beatles paru en mono au Royaume-Uni, plus rare et plus coté que le stéréo.
- Encarts indispensables : le poster de Richard Hamilton et les quatre portraits de John Kelly ; pochettes intérieures noires à découpe.
Deux références pour un même album : PMC 7067/8 et PCS 7067/8
Premier double album studio du groupe, The Beatles paraît le 22 novembre 1968 sur le label Apple — bien que la fabrication reste assurée par EMI, dont les codes de galvano se lisent dans le sillon de sortie. Le mono porte le catalogue PMC 7067/7068, le stéréo PCS 7067/7068, chaque numéro coiffant les deux disques du coffret. C’est aussi l’un des premiers albums studio confiés à la toute jeune étiquette Apple, ce qui ajoute à son intérêt patrimonial.
Ce disque marque une charnière : c’est le dernier album des Beatles édité en mono au Royaume-Uni. Après lui, Yellow Submarine puis Abbey Road ne paraîtront qu’en stéréo. Le mono du White Album est donc, à double titre, un objet rare : rareté de tirage — le stéréo dominait alors très largement — et rareté historique, en tant que point final de l’ère mono britannique du groupe.
La pochette numérotée : l’objet-signature
Le blanc de Richard Hamilton
À rebours du foisonnement de Sgt. Pepper, l’artiste Richard Hamilton conçoit une pochette d’un dépouillement radical : un gatefold entièrement blanc, lourdement laminé, sans autre inscription au recto que le nom « The BEATLES » gaufré en relief (lettres en bloc estampées à sec) et, plus bas à droite, un numéro de série.
Le numéro : estampé, non embossé
C’est le trait le plus célèbre de l’album, et le plus important à examiner. Chaque exemplaire porte un numéro consécutif à sept chiffres. Sur l’édition britannique, ce numéro est estampé à l’encre (grise, en léger biais vers le coin inférieur droit) ; sur l’édition américaine, il est au contraire embossé (creusé dans le carton, visible en creux au dos). Cette distinction est capitale pour l’authentification : un numéro imprimé ou photocopié trahit une réédition ou une contrefaçon. Les numéros bas — les premières centaines, a fortiori les tout premiers — atteignent des sommets, à condition d’orner un exemplaire de premier tirage authentique et complet. La légende s’est d’ailleurs construite autour du numéro « 0000001 », conservé par Ringo Starr et adjugé aux enchères en 2015 pour une somme record de plusieurs centaines de milliers de dollars — preuve, s’il en fallait, que sur ce disque le carton numéroté vaut parfois davantage que le vinyle qu’il protège.
Top loader contre side loader
Autre repère décisif : le sens d’ouverture. Les toutes premières pochettes s’ouvrent par le haut (« top loader ») — les rabats se trouvant sur les côtés gauche et droit du gatefold déplié. Les pochettes plus tardives s’ouvrent par les côtés (« side loader »). Un top loader numéroté signe le premier tirage ; les exemplaires numérotés à ouverture latérale sont postérieurs et nettement moins cotés.
Le reste de la pochette
Le dos de la pochette mono est entièrement vierge. La tranche porte le titre « The Beatles » et les deux numéros de catalogue (« Stereo PCS 7067-8 Mono PMC 7067-8 »), la pochette étant commune aux deux versions — seuls l’étiquette et la matrice du disque distinguent le mono du stéréo. Le volet intérieur droit reproduit les quatre portraits en noir et blanc de John Kelly ; le volet gauche, la liste des titres. Les rééditions à partir de 1976 abandonneront la numérotation.
Les encarts et les pochettes intérieures
Un premier tirage complet ne se conçoit pas sans ses accompagnements, dont l’absence fait chuter la cote :
- Le poster de Richard Hamilton : une grande affiche dépliante mêlant un collage de photographies sur une face et l’intégralité des paroles des chansons au verso.
- Les quatre portraits individuels de John, Paul, George et Ringo, tirages photographiques signés John Kelly.
- Les pochettes intérieures noires : le premier pressage loge chaque disque dans une pochette intérieure en papier noir, dotée d’une découpe circulaire laissant apparaître l’étiquette Apple. Les pressages ultérieurs adopteront des pochettes blanches ordinaires : la pochette noire est donc, elle aussi, un indice de première frappe.
Le mono, dernier du genre
Sur le White Album, le mono occupe une place singulière. D’abord parce qu’il s’agit du dernier album mono des Beatles au Royaume-Uni, ce qui en fait une pièce prisée des collectionneurs. Ensuite parce que le mixage mono diffère du stéréo sur la quasi-totalité des plages — montages, effets, durées et détails d’arrangement ne concordent pas d’une version à l’autre. Certains écarts sont spectaculaires : plusieurs titres présentent des durées ou des fins différentes, et des détails audibles en mono s’effacent en stéréo (ou l’inverse). Au point que le mono constitue un objet d’écoute à part entière, et non une simple réduction du stéréo. Un premier pressage mono PMC 7067/8, top loader complet à bas numéro, figure ainsi parmi les objets les plus recherchés — et les plus onéreux — de toute la discographie originale britannique, avec une prime nette sur son équivalent stéréo.
L’étiquette Apple et ses repères
Le disque inaugure, pour un album studio, l’étiquette Apple : la pomme entière verte sur la face 1 de chaque disque, la pomme coupée (montrant le trognon) sur la face 2. Sous la pomme figurent les mentions de rigueur — « Sold in U.K. subject to resale price conditions », dépôt ℗ 1968, catalogue PMC (ou PCS) 7067 pour le premier disque, 7068 pour le second.
Deux repères distinguent le premier pressage des suivants :
- L’absence de « An E.M.I. Recording ». Les toutes premières étiquettes ne portent pas la mention « An E.M.I. Recording » qui apparaîtra, encadrant le « 33⅓ », sur les pressages ultérieurs. Une étiquette dotée de cette ligne relève déjà d’un deuxième pressage ou plus.
- L’absence des crédits « Harrisongs » et « Startling ». De même, les crédits d’édition « Harrisongs Ltd. » (pour les compositions de George Harrison) et « Startling Music » (pour « Don’t Pass Me By » de Ringo Starr) n’apparaissent qu’ultérieurement, ajoutés après les titres concernés. Leur absence sur l’étiquette est cohérente avec une frappe précoce.
Les matrices et le sillon de sortie (dead wax)
Le dead wax confirme la lecture des étiquettes, sur les quatre faces du coffret :
- Mono (PMC 7067/8) : XEX 709-1 / XEX 710-1 / XEX 711-1 / XEX 712-1.
- Stéréo (PCS 7067/8) : YEX 709-1 / YEX 710-1 / YEX 711-1 / YEX 712-2.
Les préfixes obéissent au système EMI (XEX mono, YEX stéréo), avec les numéros de master partagés (709 à 712) entre les deux versions. Les guides audiophiles considèrent comme les plus désirables les exemplaires dont les quatre faces portent le suffixe de coupe -1 (le stéréo présentant fréquemment un -2 en face 4). On relèvera aussi les codes de mère et de galvano gravés à la suite, qui permettent d’identifier les frappes issues des premières « mères ».
Une curiosité : l’édition Export sur Parlophone
Pour les complétistes, une variante rare mérite d’être signalée : une édition destinée à l’exportation, publiée en 1968 sous le catalogue P-PCS 7067/8, non pas sur Apple mais sur l’ancienne étiquette Parlophone noire et jaune, avec le pourtour « The Gramophone Co. Ltd. ». Elle comprend les mêmes encarts (poster et quatre portraits) que l’édition domestique. Sa rareté en fait un objet convoité, distinct du pressage britannique standard sur Apple.
Mono contre stéréo : rareté et cote
La valeur du White Album repose sur un faisceau de critères qui se cumulent : le format (mono plus rare que stéréo), le numéro (les plus bas valant le plus), le sens d’ouverture (top loader) et surtout la complétude (poster, quatre portraits, pochettes intérieures noires).
Un premier pressage mono top loader, complet et à bas numéro, en bel état, occupe le sommet de la désirabilité. Le premier pressage stéréo suit, également recherché — et plus facile à trouver en bon état. Dans les deux cas, l’absence des encarts ou un numéro élevé sur une pochette à ouverture latérale déprécient fortement l’exemplaire : c’est, comme pour Sgt. Pepper, l’intégrité de l’ensemble qui commande la cote.
Chronologie simplifiée des pressages
| État | Période | Signes distinctifs |
|---|---|---|
| 1er pressage | 22 nov. 1968 | Pochette top loader numérotée (numéro estampé), sans « An E.M.I. Recording » ni crédits Harrisongs/Startling, pochettes intérieures noires, matrices -1 (mono XEX / stéréo YEX 709-712), poster + 4 portraits |
| Pressages suivants | 1969-1970 | Ajout de « An E.M.I. Recording » et des crédits Harrisongs/Startling ; ouverture latérale (side loader) |
| Édition Export | 1968 | P-PCS 7067/8 sur étiquette Parlophone noire/jaune, pourtour « Gramophone » |
| Rééditions | à partir de 1976 | Pochette non numérotée, pochettes intérieures blanches, étiquettes vert clair « An E.M.I. Recording » |
(Pour mémoire : l’album a aussi paru en bande — DTA-PMC 7067/8 / DTD-PCS 7067/8 —, en double cassette et en double cartouche 8-pistes.)
Authentifier un original — et hiérarchie de désirabilité
Points de contrôle :
- Le numéro, d’abord. Sur un exemplaire britannique, il doit être estampé à l’encre (et non embossé, ni imprimé, ni photocopié). Un numéro embossé désigne l’édition américaine ; un numéro imprimé, une réédition ou une contrefaçon.
- Le sens d’ouverture (top loader = premier tirage) et l’étiquette (sans « An E.M.I. Recording », pomme entière/coupée) doivent concorder avec la matrice -1.
- La complétude : poster, quatre portraits, pochettes intérieures noires. Un exemplaire « frankenstein » — assemblé à partir de plusieurs pressages — se repère à ces incohérences (numéro, étiquette, matrice, encarts qui ne s’accordent pas).
- Les exemplaires promotionnels. Il existe des tirages « Factory Sample » (destinés à la promotion), parmi les tout premiers pressages sans mention « An E.M.I. Recording » ; recherchés des spécialistes, ils se distinguent par une surcharge ou un tampon spécifique et méritent une vérification attentive.
La hiérarchie de valeur se lit ainsi, du plus recherché au plus courant :
- Mono PMC 7067/8, top loader complet à bas numéro — le sommet absolu.
- Stéréo PCS 7067/8, top loader complet à bas numéro — très recherché.
- Édition Export Parlophone (P-PCS 7067/8) — curiosité rare.
- Premiers tirages à numéro élevé ou encarts incomplets — dépréciés.
- Side loaders numérotés puis rééditions non numérotées — valeur intermédiaire à d’usage.
En un coup d’œil
Le White Album est le disque où la valeur se lit d’abord sur le carton. Avant même la matrice, quatre gestes le datent : vérifier que le numéro est estampé (édition britannique), que la pochette s’ouvre par le haut (top loader), que l’étiquette Apple est dépourvue de « An E.M.I. Recording », et que poster, quatre portraits et pochettes intérieures noires sont bien présents. Ajoutez-y le choix du mono — dernier du nom au Royaume-Uni, et sensiblement différent du stéréo — et vous tenez la pièce la plus convoitée de la fin des années 1968 : un objet dont la sobriété apparente cache l’une des chasses les plus exigeantes du collectionneur.
Informations sur l’album
- Pays : Angleterre
- Support : 33 Tours
- Label : Parlophone
- Numéro de série : PMC 7067-7068 – Mono / PCS 7067-7068 – Stereo
- Mixage : Mono
- Date de publication : 22/11/1968
Track-listing de l’album
Disque n°1
Face A
- Back in the U.S.S.R.
- Dear Prudence
- Glass Onion
- Ob-La-Di, Ob-La-Da
- Wild Honey Pie
- The Continuing Story of Bungalow Bill
- While My Guitar Gently Weeps
- Happiness Is a Warm Gun
Face B
- Martha My Dear
- I’m So Tired
- Blackbird
- Piggies
- Rocky Raccoon
- Don’t Pass Me By
- Why Don’t We Do It in the Road?
- I Will
Disque n°2
Face A
- Birthday
- Yer Blues
- Mother Nature’s Son
- Everybody’s Got Something to Hide Except Me and My Monkey
- Sexy Sadie
- Helter Skelter
- Long, Long, Long
Face B
Informations complémentaires
Plus haute place dans les charts : Disc Weekly : #1 / Melody Maker : #1 / NME : #1 / Record Retailer : #1
Nombre de semaines dans les charts : 24 (22 semaines à partir du 7 Décembre 1968 et deux semaines à partir du 5 Décembre 1987)
N° de matrice Mono : XEX 709-1 / XEX 710-1 / XEX 711-1 / XEX 712-1
N° de matriceStereo: YEX 709-1 / YEX 710-1 / XEX 711-1/ XEX 712-1
N° de matrice réédition 1982 Mono : XEX 709-2 / XEX 710-2 / XEX 711-4 / XEX 712-2
Sources et références de collection
Discogs (variantes mono et stéréo, relevés de matrices et d’étiquettes, éditions Export) ; jpgr.co.uk ; thebeatles-collection.com ; yokono.co.uk ; Analog Planet (guide d’achat audiophile) ; popsike et relevés de disquaires spécialisés ; Rare Record Price Guide. Les indications de cote sont indicatives et dépendent étroitement de l’état, du numéro et de la complétude ; toute acquisition importante gagne à être vérifiée pièce en main.
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