La Discographie anglaise des Beatles : Rubber Soul

Rubber Soul - The Beatles : les secrets de l'album (paroles, tablature)

Rubber Soul : l’édition originale anglaise, guide du collectionneur

Le sixième 33-tours britannique des Beatles, pressé en décembre 1965 : références de catalogue, pochette au visage étiré de Robert Freeman, étiquettes et matrices. C’est le disque du « Loud Cut » — un premier tirage retiré du marché, regravé, et que rien, hormis quatre caractères gravés dans le vinyle, ne permet de reconnaître.

En bref

  • Label : Parlophone (groupe EMI)
  • Références : PMC 1267 (mono) et PCS 3075 (stéréo)
  • Sortie : vendredi 3 décembre 1965 — mono et stéréo le même jour.
  • Le graal : le « Loud Cut », premier tirage mono aux matrices XEX 579-1 / XEX 580-1, gravure « à chaud » retirée et regravée en -4.
  • Identification : le Loud Cut ne se reconnaît qu’au dead wax — aucun autre indice d’étiquette ou de pochette ne le distingue.
  • Étiquette : noire à impression jaune, pourtour « The Gramophone Co. Ltd. » (norme post-Help!), sans-empattement sur les premières frappes.
  • Pochette : photo accidentellement étirée de Robert Freeman, premier album des Beatles sans le nom du groupe au recto, lettrage de Charles Front, pochette simple laminée flipback par Garrod & Lofthouse.

Deux références pour un même album : PMC 1267 et PCS 3075

La grammaire de catalogue ne change pas : PMC 1267 pour le mono, PCS 3075 pour le stéréo. Sorti le 3 décembre 1965, sixième album du groupe, Rubber Soul paraît dans ses deux versions le même jour. La règle des albums précédents demeure : le mono domina les ventes, et le stéréo d’origine reste plus rare et plus coté — à une réserve près, capitale sur ce titre, qui inverse pour une fois la hiérarchie habituelle : la pièce la plus convoitée de Rubber Soul est un mono.

La pochette : un visage étiré et un nom absent

L’accident heureux de Robert Freeman

Le recto porte une photographie de Robert Freeman aux visages curieusement étirés vers le bas. Cet allongement n’était pas prémédité : lors de la projection de la diapositive sur un carton au format d’une pochette, le support bascula vers l’arrière, déformant l’image. Le groupe trouva l’effet saisissant et le conserva. La pochette de Rubber Soul doit donc son aspect si particulier à un simple accident de manipulation.

Le premier album sans nom de groupe

Autre première, décisive pour l’histoire du disque : Rubber Soul est le premier album des Beatles dont le recto ne porte pas le nom du groupe — seul y figure le titre, dans un lettrage bombé et légèrement psychédélique dessiné par Charles Front. En 1965, se passer d’identifier l’artiste sur la couverture relevait de l’audace commerciale ; le geste annonçait le tournant esthétique du groupe.

Le format

Il s’agit d’une pochette simple (et non ouvrante) : recto laminé à rabats flipback, fabriquée par Garrod & Lofthouse Ltd. Le rabat porte les mentions habituelles — « ℗ 1965 E.M.I. Records (The Gramophone Company Ltd.), Hayes, Middlesex, England », « Printed and made by Garrod & Lofthouse Ltd, Patents pending », et les deux numéros de catalogue « PMC 1267 PCS 3075 ». Le mot mono ou stereo figure au recto. Le disque était livré dans la pochette intérieure d’origine à découpe centrale, doublée de papier-riz et portant la réclame « Use Emitex » : sa présence, dans le bon millésime, complète un exemplaire de collection.

Le « Loud Cut » : la légende du dead wax

C’est l’objet le plus fascinant de toute la discographie originale britannique, et le cœur de ce guide.

L’histoire

Lors de la mise en pressage, la toute première gravure mono de Rubber Soul se révéla problématique : trop « poussée », elle présentait selon les oreilles une basse confuse, des voix agressives et une compression excessive sur plusieurs titres, au point de distordre sur les électrophones bon marché de l’époque. La production fut interrompue peu après le lancement — les récits varient, de quelques jours à environ deux semaines — le temps de regraver les laques et de refabriquer les « mères ». Cette première gravure retirée est ce que les collectionneurs appellent le « Loud Cut » (la « coupe forte »).

Comment le reconnaître

Tout se joue dans le dead wax, et nulle part ailleurs. Le Loud Cut se signe par les matrices XEX 579-1 / XEX 580-1 — le suffixe -1 sur les deux faces. La gravure corrigée, qui constitue le deuxième pressage, porte le suffixe -4 (puis -5) : XEX 579-4 / XEX 580-4. Rien d’autre — ni l’étiquette, ni la pochette, ni aucune mention imprimée — ne distingue un Loud Cut d’un exemplaire ordinaire : seuls les quatre caractères gravés dans le vinyle trahissent la légende.

Les exemplaires « de transition »

La bascule ne fut pas nette. On rencontre des exemplaires hybrides, à une seule face en Loud Cut : XEX 579-1 / XEX 580-4 ou XEX 579-4 / XEX 580-1 (une face « forte », une face regravée). Ces pressages intermédiaires, ponts entre le Loud Cut et le deuxième pressage, sont peu courants et prisés des spécialistes.

Rareté et sonorité : démêler le mythe

Deux précisions d’expert, pour ne pas surestimer l’objet. D’abord la rareté : le Loud Cut compte parmi les pressages Beatles les plus recherchés, mais les galvanos issus des laques initiales ne furent pas tous détruits (comme l’a documenté Bruce Spizer), si bien qu’il en circule davantage que ne le laisse croire la légende — les cotes réelles s’en ressentent et varient fortement d’un exemplaire à l’autre. Ensuite la sonorité : contrairement à une idée reçue, le Loud Cut ne sonne pas « plus riche » ou « plus profond ». Il est au contraire plus agressif et plus compressé — c’est précisément ce qui motiva sa regravure. Sa valeur tient donc à sa légende et à sa rareté relative, non à une prétendue supériorité audiophile.

L’étiquette et ses sous-variantes

Sorti après Help!, Rubber Soul hérite de la nouvelle norme d’étiquette : logo Parlophone jaune sur fond noir, texte argenté, pourtour « The Gramophone Co. Ltd. » (le pourtour « Parlophone Co. Ltd. » a disparu depuis Help! — inutile de le chercher), mention « Sold in U.K. » au centre, ℗ 1965, « Made in Gt. Britain ».

À l’intérieur du premier pressage, deux repères typographiques affinent la datation :

  • Les premières étiquettes, associées au Loud Cut, emploient un caractère sans empattement. Un trait les distingue : l’astérisque (*) de crédit — qui signale les compositions de George Harrison — y est espacé du titre de la chanson.
  • Un peu plus tard, un caractère Times New Roman (à empattements) apparaît sur les machines à imprimer les étiquettes ; on le trouve sur des Loud Cut « une face » tardifs et sur les pressages de transition.

Le code de taxe KT est embossé, et peut apparaître indifféremment sur la face A ou la face B. Une variante ultérieure, pressée sur d’anciennes machines EMI (et souvent confondue à tort avec un pressage CBS), porte l’ancien code MT en face 2 — curiosité que l’on ne retrouve, dans le catalogue Beatles, que sur A Hard Day’s Night, Rubber Soul et Revolver.

Les crédits de composition

À la différence de Beatles for Sale et Help!, Rubber Soul ne comporte aucune reprise : ses quatorze titres sont tous des compositions du groupe, toutes éditées par Northern Songs. Il n’y a donc pas de variante d’éditeur à traquer — mais deux subtilités de crédit méritent l’œil du collectionneur :

Titres Crédit de composition Éditeur
La majorité de l’album Lennon-McCartney Northern Songs
Think for Yourself (A5), If I Needed Someone (B6) George Harrison (marqués d’un *) Northern Songs
What Goes On (B1) Lennon-McCartney-Starkey Northern Songs

Deux points saillants : « What Goes On » porte le premier crédit de composition de Ringo Starr (sous son patronyme, Starkey) sur un disque des Beatles ; et l’astérisque des deux compositions de Harrison, dont l’espacement par rapport au titre constitue — on l’a vu — l’un des repères de sous-variante des étiquettes.

Les matrices et le sillon de sortie (dead wax)

Le dead wax est, sur ce disque plus que sur tout autre, l’organe de vérité :

  • Mono (PMC 1267) : Loud Cut XEX 579-1 / XEX 580-1 ; transition -1/-4 ou -4/-1 ; deuxième pressage -4/-4 puis -5/-5 ; réédition de 1982 -6/-5.
  • Stéréo (PCS 3075) : matrices YEX 178 / YEX 179 (le suffixe s’élevant avec les coupes successives).

Les préfixes obéissent au système EMI : XEX pour les masters mono, YEX pour les masters stéréo. Point essentiel : le phénomène du Loud Cut est propre au mono — c’est la gravure mono qui fut jugée fautive et regravée. La version stéréo (YEX 178/179) ne porte pas cette histoire de recoupe, ce qui, pour une fois, place le sommet de la désirabilité du côté du mono.

Mono contre stéréo : rareté et cote

Sur Rubber Soul, la hiérarchie habituelle se trouve donc partiellement renversée. Certes, comme pour les cinq albums précédents, le stéréo d’origine reste globalement plus rare et coté que le mono « ordinaire ». Mais la pièce reine de l’album n’est pas un stéréo : c’est le Loud Cut mono (XEX 579-1/580-1), objet de convoitise pour la légende qui l’entoure. La valeur se lit donc à deux niveaux : d’un côté, la prime classique au stéréo en bel état ; de l’autre, la surprime — parfois volatile — attachée aux matrices -1/-1 du mono.

Comme toujours, l’état prime : pellicule intacte, rabats flipback nets, vinyle sans usure et — pour un Loud Cut — matrices lisibles et concordantes sur les deux faces.

Chronologie simplifiée des pressages

État Période Signes distinctifs
1er pressage — Loud Cut déc. 1965 Mono XEX 579-1 / 580-1, étiquette sans empattement, astérisque espacé du titre, pourtour « The Gramophone Co. Ltd. »
Transition déc. 1965 – 1966 Matrices mixtes -1/-4 ou -4/-1, apparition du Times New Roman
2e pressage 1966-1969 Gravure « normale » -4/-4 puis -5/-5, sans-empattement puis Times New Roman
Variante « vieilles machines » années 1960 Ancien code de taxe MT en face 2 (EMI, ≠ CBS)
Réédition 1981-1982 Édition limitée, pourtour « ALL RIGHTS… », matrices -6/-5
Réédition mono 2014 180 g, coffret The Beatles in Mono, fabrication Optimal Media

(Pour mémoire : l’album a aussi paru en cassette et en cartouche 8-pistes.)

Authentifier un original — et hiérarchie de désirabilité

Points de contrôle :

  • Le dead wax d’abord. Sur ce titre, la matrice prime sur tout le reste : XEX 579-1 / 580-1 pour un Loud Cut complet, l’une des deux combinaisons mixtes pour un exemplaire de transition, -4/-4 ou -5/-5 pour un deuxième pressage. L’étiquette (sans-empattement, astérisque espacé) et la pochette ne servent qu’à corroborer.
  • Cohérence des deux faces. Pour un Loud Cut, vérifier que les deux faces portent le -1 ; une seule face en -1 désigne un exemplaire de transition, plus courant.
  • Netteté d’impression au dos et qualité du laminage ; intégrité des rabats.

La hiérarchie de valeur se lit ainsi, du plus recherché au plus courant :

  1. Loud Cut mono complet (XEX 579-1 / 580-1) — la légende de l’album.
  2. Exemplaires de transition (-1/-4 ou -4/-1) — le chaînon rare.
  3. Stéréo PCS 3075, premier tirage en bel état — la prime stéréo habituelle.
  4. Deuxième pressage mono (-4/-4, -5/-5) — recherché mais courant.
  5. Rééditions (1981-82, etc.) — valeur d’usage.

En un coup d’œil

Rubber Soul est le disque où le collectionneur apprend à lire le vinyle avant l’étiquette. Le pourtour « Gramophone » ne date plus rien (il est partout depuis Help!), et c’est au dead wax que se joue la partie : quatre caractères — 579-1 / 580-1 — séparent un pressage ordinaire du Loud Cut, ce mono retiré du marché puis regravé, aussi légendaire que discret. Ajoutez-y une pochette née d’un accident de projection et privée, pour la première fois, du nom du groupe : Rubber Soul condense, jusque dans son objet, le moment où les Beatles cessèrent de se présenter pour commencer à se réinventer.

Informations sur l’album

  • Pays : Angleterre
  • Support : 33 Tours
  • Label : Parlophone
  • Numéro de série : PMC 1267 – Mono / PCS 3075 – Stereo
  • Mixage : Mono
  • Date de publication : 03/12/1965

Track-listing de l’album

Informations complémentaires

Plus haute place dans les charts : Disc Weekly : #1 / Melody Maker : #1 / NME : #1 / Record Retailer : #1
Nombre de semaines dans les charts : 47 (42 semaines à partir du 11 Décembre 1965, 3 semaines à partir du 9 Mai 1987, et deux semaines en 1997)

N° de matrice Mono : XEX 579-1 / XEX 580-1
N° de matrice Mono : XEX 579-4 / XEX 580-4
N° de matrice réédition 1982 Mono : XEX 579-6 / XEX 580-5
N° de matriceStereo: YEX 178-5 / YEX 179-3

 


Sources et références de collection

Discogs (variantes « Loud Cut », relevés de matrices et de typographies, pochettes Garrod & Lofthouse) ; jpgr.co.uk ; thebeatles-collection.com ; yokono.co.uk ; The Record Album ; Bruce Spizer (The Beatles For Sale on Parlophone Records) ; popsike (relevés d’enchères) ; Rare Record Price Guide. Les indications de cote sont indicatives et dépendent étroitement de l’état ; toute acquisition importante — a fortiori d’un Loud Cut — gagne à être vérifiée pièce en main, matrices à l’appui.

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