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Rory Storm and The Hurricanes : le groupe qui a fabriqué Ringo Starr avant les Beatles

Avant de devenir le quatrième Beatle, Ringo Starr avait déjà un nom, un public et plusieurs années de métier derrière lui. Entre 1959 et 1962, Richard Starkey fut le batteur de Rory Storm and The Hurricanes, l’un des groupes les plus populaires de Liverpool, longtemps mieux payé et mieux placé à l’affiche que les Beatles eux-mêmes. C’est au sein des Hurricanes qu’il adopte son pseudonyme, obtient son propre numéro vocal avec le « Starr Time », se forge une endurance de professionnel à Butlin’s et apprend, dans les nuits de Hambourg, à tenir un groupe malgré la fatigue, le bruit et les imprévus. L’histoire est pourtant souvent réduite à une simple transition : en août 1962, Ringo quitte Rory Storm pour remplacer Pete Best. Mais ce changement de groupe raconte bien davantage. Il éclaire la naissance du musicien que John Lennon, Paul McCartney et George Harrison connaissaient déjà, admiraient et avaient testé sur scène avant de l’engager. Retour sur l’ascension des Hurricanes, leur rivalité avec les Beatles, les mythes qui entourent leurs enregistrements et les raisons pour lesquelles ce groupe essentiel du Merseybeat resta dans l’ombre de celui auquel il avait donné son batteur.

Avant de devenir le quatrième Beatle, Ringo Starr avait déjà un nom, un public et plusieurs années de métier derrière lui. Entre 1959 et 1962, Richard Starkey fut le batteur de Rory Storm and The Hurricanes, l’un des groupes les plus populaires de Liverpool, longtemps mieux payé et mieux placé à l’affiche que les Beatles eux-mêmes. C’est au sein des Hurricanes qu’il adopte son pseudonyme, obtient son propre numéro vocal avec le « Starr Time », se forge une endurance de professionnel à Butlin’s et apprend, dans les nuits de Hambourg, à tenir un groupe malgré la fatigue, le bruit et les imprévus. L’histoire est pourtant souvent réduite à une simple transition : en août 1962, Ringo quitte Rory Storm pour remplacer Pete Best. Mais ce changement de groupe raconte bien davantage. Il éclaire la naissance du musicien que John Lennon, Paul McCartney et George Harrison connaissaient déjà, admiraient et avaient testé sur scène avant de l’engager. Retour sur l’ascension des Hurricanes, leur rivalité avec les Beatles, les mythes qui entourent leurs enregistrements et les raisons pour lesquelles ce groupe essentiel du Merseybeat resta dans l’ombre de celui auquel il avait donné son batteur.


Dans l’histoire populaire des Beatles, Rory Storm and The Hurricanes sont souvent réduits à une antichambre : le groupe que Ringo Starr quitta en août 1962 pour remplacer Pete Best. Cette formule est exacte, mais elle écrase l’essentiel. Les Hurricanes ne furent ni une formation d’amateurs attendant que l’Histoire vienne choisir l’un des leurs, ni un simple satellite des Beatles. Entre 1959 et 1962, ils comptèrent parmi les attractions les plus demandées du Merseyside, devinrent professionnels avant les futurs Fab Four, occupèrent le haut de l’affiche à Liverpool comme à Hambourg et donnèrent à Richard Starkey un métier, une identité publique et une expérience scénique sans lesquelles son intégration aux Beatles aurait été beaucoup moins évidente.

Sommaire

Le paradoxe est cruel. Le groupe qui avait compris très tôt l’importance du spectacle, des pseudonymes, des costumes coordonnés, des séquences individuelles et d’un répertoire immédiatement efficace ne sut pas convertir son avance locale en carrière discographique. Les Beatles, d’abord moins rémunérés et placés sous lui à l’affiche, développèrent au contraire une identité musicale, un catalogue original et une organisation professionnelle capables de dépasser Liverpool. Quand Ringo changea de groupe, il ne passa donc pas de l’obscurité à la lumière : il quitta une institution locale reconnue pour un ensemble qui lui paraissait musicalement supérieur et dont l’avenir commercial restait encore incertain.

Comprendre Rory Storm and The Hurricanes exige aussi de résister à la légende rétrospective. Les dates de l’arrivée de Ringo, de la séance privée de Hambourg et de son recrutement par les Beatles varient selon les témoignages. Les lieux de villégiature de Butlin’s sont régulièrement confondus. Un concert publié en 2012 comme un enregistrement de Ringo paraît avoir été joué par un remplaçant. Les souvenirs de Ringo, recueillis vingt ou quarante ans après les faits, ne coïncident pas toujours avec les agendas, affiches et carnets de Johnny « Guitar » Byrne. L’histoire du groupe doit par conséquent être construite par couches : documents contemporains, chronologies de concerts, témoignages directs, puis interprétations tardives.

Au centre de cette histoire demeure Ringo. Non pas encore le batteur à la Ludwig Oyster Black Pearl photographié sur les scènes du monde entier, mais Ritchie Starkey, apprenti mécanicien, survivant d’une enfance marquée par la maladie, gaucher installé derrière une batterie de droitier, chanteur occasionnel et musicien déjà suffisamment réputé pour recevoir plusieurs offres concurrentes. Avant d’être le quatrième Beatle, il avait été un Hurricane à part entière.

Alan Caldwell devient Rory Storm

Du skiffle familial au Morgue Skiffle Cellar

Alan Ernest Caldwell naît le 7 janvier 1938 à Liverpool. Grand, blond, sportif et affecté d’un bégaiement sévère qui disparaît lorsqu’il chante, il appartient à cette première génération britannique que le skiffle autorise à devenir musicienne sans formation académique. Une guitare bon marché, une contrebassine faite d’une caisse à thé et d’un manche à balai, une planche à laver et quelques accords suffisent pour transposer, dans les salles paroissiales et les caves de Liverpool, le mélange de folk, de blues et de jazz popularisé par Lonnie Donegan.

Caldwell ne se contente pas de monter un groupe. Le 13 mars 1958, il ouvre dans le sous-sol d’une grande maison victorienne de Broadgreen, au 25 Oakhill Park, le Morgue Skiffle Cellar. Le décor — murs sombres, squelettes peints, éclairage bleu — révèle déjà son goût pour la mise en scène. Le lieu peut recevoir une centaine de jeunes et accueille notamment les Texans de Caldwell et les Quarry Men. Les plaintes du voisinage provoquent rapidement l’intervention de la police, mais l’épisode est historiquement significatif : avant que le Cavern ne devienne le centre symbolique du Merseybeat, des lieux semi-domestiques comme le Morgue créent le réseau social dans lequel circulent musiciens, petites amies, instruments et répertoires.[1][3]

La maison familiale des Caldwell joue un rôle comparable. Connue plus tard sous les appellations concurrentes de « Stormsville » et « Hurricaneville », elle devient un point de rencontre. Violet Caldwell nourrit et accueille les visiteurs ; George Harrison et Paul McCartney fréquentent la maison, tous deux étant liés à des moments différents à Iris, la sœur de Rory. Cette proximité explique pourquoi les trajectoires des Hurricanes et des futurs Beatles s’entrecroisent bien avant Hambourg. Lorsque Ringo affirmera plus tard avoir « rencontré » les Beatles en Allemagne, il faudra comprendre qu’il y fit réellement leur connaissance et partagea leur vie nocturne, non qu’il les y vit pour la première fois.

La formation de Caldwell change plusieurs fois de nom et de personnel. Alan Caldwell’s Texans devient The Raving Texans, puis Al Storm and The Hurricanes, Jett Storm and The Hurricanes et enfin Rory Storm and The Hurricanes. Le choix final doit beaucoup à Rory Blackwell, chanteur et batteur britannique dont Caldwell reprend le prénom après l’avoir vu à Butlin’s en 1959 ; « Hurricanes » s’inscrit dans la mode des noms atmosphériques et dans l’écho du groupe instrumental américain Johnny and the Hurricanes. L’évolution n’est pas cosmétique. Elle marque le passage du skiffle au rock’n’roll et la construction délibérée d’un produit scénique.[3][5]

Cinq identités pour un seul groupe

À la fin de 1959, la formation classique réunit Rory Storm au chant, John Byrne sous le nom de Johnny « Guitar », Charles O’Brien devenu Ty Brian ou Ty O’Brien, Walter Eymond rebaptisé Lu — ou Lou — Walters à la basse et au chant, et Richard Starkey, bientôt Ringo Starr, à la batterie. Les orthographes varient dans la presse et les souvenirs, notamment pour « Brian/Brien/O’Brien » et « Lu/Lou Walters ». Elles ne traduisent pas nécessairement des changements de personne, mais l’instabilité documentaire d’une scène encore locale.

Le principe imaginé par Rory est clair : chacun reçoit un nom mémorisable et un rôle. Johnny Guitar apporte l’ossature rythmique et partage certains chants ; Ty Brian tient la guitare soliste ; Lu Walters fournit une voix plus douce, adaptée à « Fever », « Summertime », « Let It Be Me » ou « Beautiful Dreamer » ; Rory prend en charge les numéros les plus physiques, de « Brand New Cadillac » à « Whole Lotta Shakin’ Goin’ On ». Ringo ne se limite pas à tenir le tempo : un segment du spectacle lui est réservé. Cette distribution des fonctions donne aux Hurricanes une variété inhabituelle et permet à Rory de relancer constamment l’attention.

Le 11 octobre 1959, le groupe participe au concours Carroll Levis Search for Stars au Liverpool Empire et termine deuxième parmi un grand nombre de candidats. Les sources mentionnent souvent « 150 artistes », chiffre difficile à vérifier indépendamment mais cohérent avec l’importance que les témoins accordent à l’événement. Le 20 novembre, le Cavern Club date la première apparition de la formation sous le nom Rory Storm and The Hurricanes. Ce repère est plus solide que les récits qui font naître le nom plusieurs mois auparavant : des variantes « Al Storm » et « Jett Storm » continuent d’apparaître sur les affiches de l’automne.[3][5]

Rory orchestre parallèlement son propre personnage. Il fait légalement changer son nom, adopte des costumes voyants, conduit une Vauxhall Cresta rose et transforme chaque incident en possibilité publicitaire. Son bégaiement, loin d’être dissimulé, renforce le contraste entre l’homme parlant avec difficulté et le chanteur libéré sur scène. Athlète des Pembroke Harriers, nageur, footballeur et patineur, il possède aussi l’endurance nécessaire à un spectacle extrêmement physique. Bob Wooler le surnommera « Mr Showmanship ». Dans le Liverpool d’avant les auteurs-compositeurs, l’atout essentiel de Rory n’est pas la composition : c’est la capacité à rendre un standard déjà connu plus spectaculaire que dans le groupe précédent.

Ritchie Starkey avant Ringo Starr

Une vocation née après la maladie

Richard Starkey, né le 7 juillet 1940 dans le quartier de Dingle, arrive à l’âge adulte avec un parcours très différent de celui de John Lennon, Paul McCartney ou George Harrison. Une péritonite à l’âge de six ans, puis une tuberculose au début de l’adolescence, lui imposent de longues hospitalisations et désorganisent sa scolarité. La percussion devient l’un des rares territoires où le jeune homme peut immédiatement participer à un collectif. Après sa convalescence, son beau-père Harry Graves l’aide à acquérir, à Noël 1957, une batterie d’occasion rudimentaire. Starkey rejoint l’Eddie Clayton Skiffle Group, puis passe par Darktown et d’autres assemblages éphémères.[1][4][6]

Ces débuts expliquent plusieurs caractéristiques durables. Ringo est en grande partie autodidacte. Naturellement gaucher, il joue sur un kit disposé pour droitier ; sa main gauche cherche donc à conduire certains déplacements que l’architecture de l’instrument l’oblige à résoudre autrement. Il ne possède pas le vocabulaire démonstratif d’un batteur de jazz formé, mais développe un sens très physique de la pulsation, des attaques lourdes et des transitions de toms qui ne suivent pas toujours les chemins attendus. Ce qui sera plus tard entendu comme une signature naît d’abord d’une adaptation pratique.

Il faut néanmoins éviter de projeter tout le style Beatles sur les années Hurricanes. Aucun enregistrement incontestable du groupe avec Ringo ne permet d’étudier une soirée complète. Les témoignages de Hambourg et les premiers enregistrements des Beatles indiquent une frappe ferme, un tempo fiable et un jeu déjà reconnaissable ; ils ne permettent pas de reconstituer précisément ses parties sur chaque numéro de Rory Storm. Les années 1959-1962 sont une école d’endurance et de répertoire, pas une maquette sonore de « Rain » ou de « A Day in the Life ».

25 mars ou novembre 1959 : quand Ringo rejoint-il vraiment les Hurricanes ?

Deux dates circulent. Bill Harry et plusieurs chronologies fondées sur les archives de Johnny Guitar placent une première apparition de Ritchie Starkey avec le groupe de Caldwell au Mardi Gras de Mount Pleasant le 25 mars 1959. D’autres biographies, dont des synthèses largement reprises, indiquent novembre 1959 pour son entrée dans les Hurricanes. La contradiction se résout si l’on distingue première participation et stabilisation de la formation.

Les relevés de concerts compilés par Bruno Ceriotti font apparaître Starkey dans les Raving Texans dès le printemps 1959, mais signalent aussi des absences et des remplaçants occasionnels. À l’automne, le quintette avec Walters et O’Brien se fixe et le nouveau nom du groupe devient permanent. Novembre 1959 est donc une date acceptable pour la naissance institutionnelle de Ringo Starr au sein de Rory Storm and The Hurricanes ; le 25 mars demeure le premier concert répertorié de Starkey avec l’entourage de Caldwell.[5]

Cette distinction est plus qu’une note de bas de page. Elle montre que Ringo ne fut pas simplement recruté dans un groupe déjà constitué : il participa à sa mutation du skiffle vers un rock’n’roll amplifié. La batterie complète remplaçait la planche à laver, la basse électrique la caisse à thé, les costumes et les noms de scène l’esthétique artisanale des adolescents. Ritchie Starkey et Rory Storm se professionnalisèrent ensemble.

La fabrication du nom et « Starr Time »

Le nom « Ringo » renvoie aux bagues que Starkey porte volontiers ; « Starr » condense son patronyme tout en offrant à Rory un jeu de mots parfait pour annoncer son passage individuel : « Starr Time ». Comme pour Johnny Guitar, Ty Brian et Lu Walters, la transformation relève d’une stratégie collective. L’identité sous laquelle le monde connaîtra le batteur naît donc au sein des Hurricanes, non des Beatles.

Le « Starr Time » dure environ cinq minutes. Ringo quitte sa seule fonction instrumentale et chante, notamment « Boys », succès des Shirelles, ou le morceau fantaisiste « Alley Oop ». Le choix de « Boys », chanté sans modifier le point de vue féminin du texte, sera conservé chez les Beatles : le 11 février 1963, Ringo l’enregistrera en une prise lors de la longue séance de l’album Please Please Me. La continuité est directe. Le traditionnel numéro vocal accordé au batteur sur scène, puis sur presque chaque album des Beatles, ne constitue pas une faveur tardive ; il prolonge une pratique qui faisait déjà de Ringo une personnalité visible.

John Lennon le reconnaîtra en 1980 : « Ringo était déjà une vedette à Liverpool avant même que nous nous connaissions. » La formule, volontairement large, corrige l’image du quatrième Beatle miraculeusement tiré de l’anonymat. Chez Rory Storm, Ringo avait un nom, un public, une séquence de spectacle et un statut de musicien professionnel.[7]

1959-1960 : les Hurricanes prennent l’avantage à Liverpool

Le Cavern avant qu’il ne devienne le royaume des Beatles

À la fin des années 1950, le Cavern reste d’abord un club de jazz. Les formations de skiffle y sont tolérées parce qu’elles partagent avec le jazz traditionnel une partie du répertoire et une instrumentation acoustique. Le rock’n’roll électrique, associé à une jeunesse plus bruyante, rencontre davantage de résistance. Rory Storm and The Hurricanes se trouvent au cœur de cette transition.

Le 17 janvier 1960, le groupe commence prudemment avec « Cumberland Gap », héritage de Lonnie Donegan, avant de basculer vers « Whole Lotta Shakin’ Goin’ On » de Jerry Lee Lewis. Selon le récit devenu classique, le public de puristes hue, jette des pièces et la direction inflige une amende de six shillings ; les pièces ramassées auraient rapporté davantage que la sanction. Les détails pittoresques reposent surtout sur les témoignages ultérieurs, mais le conflit esthétique est réel. Quelques mois plus tard, le club adapte sa programmation à la demande.

Le 25 mai 1960, la première « Beat Night » annoncée comme telle au Cavern est ouverte par Rory Storm and The Hurricanes, Ringo à la batterie. La chronologie officielle du club présente cette soirée comme un acte fondateur du Merseybeat. Les Beatles n’y feront leur première apparition sous ce nom que le 9 février 1961. L’antériorité des Hurricanes dans le récit du Cavern n’est donc pas une reconstruction sentimentale : elle est attestée par les programmes.[8]

Leur succès repose sur un dispositif précis. Rory multiplie les déplacements, les poses et les ruptures. Les Hurricanes portent des vêtements coordonnés : chemises à palmiers et lunettes noires, costumes rouges, tenues fluorescentes ; Rory se distingue par le rose, le turquoise ou le lamé doré. Là où beaucoup de groupes locaux se présentent comme cinq garçons jouant des disques américains, les Hurricanes proposent une succession de personnages. Le batteur, placé physiquement à l’arrière, dispose lui aussi d’une marque et d’un moment.

Gene Vincent, Billy Fury et la première professionnalisation

Le 3 mai 1960, les Hurricanes figurent au Liverpool Stadium sur une affiche dominée par Gene Vincent. Pour Ringo, admirateur du rock américain, le symbole est considérable : un groupe local partage désormais un spectacle avec l’une des figures qui a défini son langage musical. L’événement attire également l’attention de l’impresario Larry Parnes, venu chercher des formations d’accompagnement pour ses chanteurs.

Les versions divergent sur l’attitude exacte de Rory lors des auditions liées à Billy Fury. Bill Harry raconte qu’il se présenta surtout pour être photographié avec la vedette. Qu’il ait refusé, manqué ou traité avec désinvolture l’occasion, le résultat est identique : les Silver Beatles obtiennent une tournée écossaise derrière Johnny Gentle, tandis que les Hurricanes choisissent une voie plus sûre et mieux payée, une saison à Butlin’s. À court terme, Rory a raison. Son groupe gagne un emploi stable, suffisamment rémunérateur pour abandonner les métiers ordinaires. À long terme, les Beatles acquièrent sur la route une expérience et une cohésion supplémentaires.

Cette bifurcation illustre le problème central des Hurricanes. Ils excellent dans l’économie locale du spectacle : bals, clubs, salles de jeunes, camps de vacances, bases militaires. Ils prennent les engagements rémunérateurs et savent satisfaire un public hétérogène. Ils ne développent ni auteur-compositeur interne, ni manager capable de transformer leur réputation scénique en auditions organisées et en contrat de disque. Leur professionnalisme est réel, mais il demeure celui du circuit de scène.

Butlin’s : l’école professionnelle de Ringo

Pwllheli en 1960 et 1961, Skegness en 1962

Les lieux doivent être distingués avec soin. Les archives de concerts et les programmes disponibles situent les Hurricanes à Butlin’s Pwllheli, au pays de Galles, pendant l’été 1960, puis de nouveau en 1961. La troisième saison, du 1er juin au 17 août 1962, se déroule à Skegness, sur la côte est de l’Angleterre. Plusieurs ouvrages et articles inversent Pwllheli et Skegness, notamment dans le récit du recrutement de Ringo ; c’est bien à Skegness que le batteur quitte le groupe en août 1962.[3][5]

En 1960, la proposition est de 25 livres par semaine pour chacun, somme très supérieure à ce que rapportent les emplois de jour de nombreux musiciens. Ringo hésite pourtant. Son apprentissage chez Henry Hunt, où il participe à la fabrication d’équipements métalliques, lui offre une sécurité difficilement acquise après une enfance médicalement et scolairement chaotique. Accepter Butlin’s signifie rompre avec cette trajectoire. Rory et les autres le convainquent ; derrière les plaisanteries sur les jeunes vacancières disponibles se joue une décision professionnelle irréversible.

Le camp de vacances n’est pas un club de rock. Il faut jouer devant des familles, des couples, des adolescents et des clients qui n’ont pas payé pour voir un groupe particulier. Les sets doivent être ponctuels, variés, présentables et immédiatement lisibles. Le volume horaire — environ seize heures de musique par semaine, réparties en nombreuses prestations — oblige à élargir le répertoire et à reproduire un niveau constant. Ringo apprend à jouer pour des danseurs autant que pour des fans, à soutenir des chanteurs différents et à enchaîner les styles sans perdre le public.

Cette expérience complète ce que Hambourg apportera ensuite. Dans les deux cas, la répétition intensive fabrique des automatismes ; mais Butlin’s impose la discipline du divertissement familial, quand St. Pauli exige l’énergie nocturne. Le futur Beatle apprend ainsi deux métiers simultanés : batteur de rock et artiste de variétés. Son humour impassible, son aptitude à chanter un titre au milieu d’un set et sa capacité à rester le point d’ancrage pendant que le premier plan s’agite trouvent ici un terrain d’exercice idéal.

Un batteur au service d’un spectacle instable

Rory ne conçoit pas la batterie comme une simple horloge. Ses acrobaties, ses sorties de scène, ses changements de costume et ses dialogues avec le public exigent un musicien capable de maintenir la forme du morceau lorsque le chanteur s’éloigne du micro ou prolonge une séquence. La qualité essentielle de Ringo n’est pas la virtuosité métronomique au sens moderne ; elle est la continuité. Il doit lire les gestes, absorber les imprévus et ramener le groupe au refrain.

Le répertoire contribue à cette formation. Les Hurricanes jouent Chuck Berry, Jerry Lee Lewis, Vince Taylor, Carl Perkins, Buddy Holly, The Everly Brothers, The Shirelles, des instrumentaux et des ballades. Lu Walters peut prendre le chant principal, Johnny Guitar partager un duo et Rory transformer un morceau en numéro athlétique. Le batteur change de toucher, de dynamique et de fonction sans disposer de retours de scène sophistiqués. Des années plus tard, lorsqu’il expliquera qu’il construisait ses parties autour de la chanson plutôt que d’une démonstration, cette philosophie aura déjà été éprouvée devant les vacanciers.

À l’approche du départ pour Hambourg, en septembre 1960, Ringo achète chez Hessy’s Music Centre une batterie Premier en finition Mahogany Duroplastic. Les recherches du conservateur Gary Astridge la décrivent comme un petit kit composé notamment d’une grosse caisse de 20 pouces, d’un tom de 12, d’un tom basse de 16 et d’une caisse claire Royal Ace de 14 pouces, avec des peaux animales. Cette batterie accompagnera le batteur à Hambourg, à Butlin’s, lors de son arrivée chez les Beatles et pendant les premiers mois de leur carrière discographique ; elle est audible sur l’essentiel de Please Please Me avant son remplacement par une Ludwig en mai 1963.[9][10]

Hambourg, automne 1960 : les Beatles sous les Hurricanes

L’affiche, le salaire et les marathons du Kaiserkeller

Les Hurricanes refusent d’abord une proposition d’Allan Williams pour Hambourg parce qu’ils sont engagés à Pwllheli. Les Beatles, moins installés, acceptent et arrivent en Allemagne en août 1960. Une fois la saison de Butlin’s achevée, Rory et ses musiciens rejoignent à leur tour St. Pauli au début d’octobre pour remplacer Derry and The Seniors au Kaiserkeller de Bruno Koschmider.

La hiérarchie est nette : Rory Storm and The Hurricanes sont mieux payés et placés au-dessus des Beatles. Les groupes alternent de longues séquences, souvent décrites comme des sets de quatre-vingt-dix minutes dans une amplitude totale pouvant atteindre douze heures le week-end. Cette organisation transforme le club en compétition permanente. Chaque formation doit empêcher les clients de sortir lorsque l’autre monte sur scène, conserver de l’énergie à quatre ou cinq heures du matin et trouver de nouvelles manières de jouer des morceaux répétés plusieurs fois par semaine.

Ringo résumera plus tard la situation en parlant d’une « forte concurrence ». Il se souvient que les Hurricanes étaient alors en tête d’affiche et que les Beatles devinrent le seul groupe qu’il prenait le temps de regarder. L’affirmation ne signifie pas que les Hurricanes dominaient musicalement chaque soirée ; elle confirme leur rang professionnel. Ringo reconnaissait déjà chez Lennon, McCartney et Harrison une cohésion, un choix de morceaux et une personnalité collective supérieurs à ceux de nombreux concurrents.[11]

La légende du plancher du Kaiserkeller appartient à ce climat de surenchère. La scène, constituée de planches posées sur des caisses, finit par céder lorsque Rory saute du piano pendant « Blue Suede Shoes ». Les amplificateurs et une partie de la batterie glissent vers l’affaissement. Le récit varie dans ses détails et dans la punition qu’aurait ordonnée Koschmider, mais il exprime exactement la logique de Rory : si le public réclame du spectacle, la limite matérielle du lieu devient elle-même un accessoire.

Pour Ringo, Hambourg est aussi une confrontation internationale. Les clients sont allemands, marins, travailleurs de nuit ou touristes ; les musiciens de Liverpool croisent Tony Sheridan et observent des instrumentistes extérieurs à leur circuit habituel. Le batteur ne possède pas encore la célébrité des Beatles, mais il dispose d’un statut enviable. Tony Sheridan l’apprécie suffisamment pour chercher plus tard à l’engager. Les autres groupes savent qu’il peut remplacer un batteur absent sans longue répétition.

Quand Ringo et les Beatles apprennent à se choisir

Les Hurricanes et les Beatles ne vivent pas dans deux mondes séparés. Ils partagent les pauses, les cafés du matin, l’alcool, les plaisanteries, parfois les instruments et les musiciens. Ringo raconte qu’il restait volontiers pour les derniers sets des Beatles et leur demandait des chansons lentes. Il joue avec eux à certaines occasions lorsque Pete Best est indisponible. Toutes ces substitutions ne sont pas documentées avec précision, mais elles installent une réalité déterminante : Lennon, McCartney et Harrison savent comment Ringo sonne avant de l’engager.

Klaus Voormann, témoin direct de la scène hambourgeoise, insiste moins sur la technique que sur le mouvement : « C’était sa façon de swinguer et de jouer le rock’n’roll. » Il se souvient que l’entourage allemand parlait déjà de la qualité de Ringo et que sa sociabilité le rendait compatible avec les Beatles. Ce jugement est précieux parce qu’il ne provient ni d’une défense tardive de Ringo contre ses détracteurs, ni d’un récit de management : Voormann l’entend alors qu’il est encore le batteur de Rory Storm.[12]

Le contraste avec Pete Best ne doit pas être caricaturé. Best fournit aux Beatles une puissance de grosse caisse efficace dans les clubs et possède son propre public. Ringo offre toutefois davantage de souplesse, une meilleure connaissance du répertoire partagé et une intégration sociale plus naturelle. Il est aussi un professionnel déjà habitué aux costumes, aux horaires, aux voyages et aux séquences vocales. Lorsque les Beatles envisagent un changement en 1962, ils n’ont pas besoin d’organiser une audition abstraite : ils recrutent un musicien testé dans les conditions les plus dures.

15 octobre 1960 : la première réunion discographique du futur quatuor

La séance privée de l’Akustik Studio, près de la gare de Hambourg, est l’un des épisodes les plus fascinants et les plus déformés de la préhistoire des Beatles. La date longtemps donnée par Bill Harry et plusieurs biographies est le 18 octobre 1960. Les recherches chronologiques plus récentes retiennent le samedi 15 octobre, date cohérente avec le calendrier et reprise par Mark Lewisohn et les chronologies spécialisées.[1][13]

Lu Walters souhaite enregistrer « Summertime ». John Lennon, Paul McCartney et George Harrison l’accompagnent ; Pete Best ne participe pas et Ringo tient la batterie. Stuart Sutcliffe est présent selon plusieurs témoignages, mais ne joue pas. Il s’agit donc de la première séance connue réunissant instrumentalement Lennon, McCartney, Harrison et Starr, près de deux ans avant la formation définitive des Beatles.

Il faut préciser la portée de la découverte. Ce n’est pas une séance des « Beatles avec Ringo » au sens institutionnel : le chanteur est Lu Walters, bassiste des Hurricanes, et l’enregistrement est une fabrication privée dans un petit studio où des particuliers peuvent faire graver un souvenir. Des acétates 78 tours sont pressés. Une photographie d’une étiquette portant les mentions « Beatles and Wally », « demo » et « Summertime » constitue la trace matérielle la plus convaincante. Aucun exemplaire audible n’est aujourd’hui localisé.

« Fever » et « September Song » sont également associés à la séance. La reconstruction la plus prudente distingue cependant « Summertime », avec les trois guitaristes des Beatles et Ringo, des deux autres titres, vraisemblablement enregistrés par les Hurricanes autour de Walters. Dire que les quatre futurs Beatles ont enregistré les trois morceaux ensemble va au-delà des preuves. Quant au nombre exact d’acétates — neuf est souvent avancé — il dépend de témoignages secondaires.

Cette séance n’annonce pas magiquement l’avenir. Elle prouve quelque chose de plus concret : dès octobre 1960, Ringo peut s’insérer dans un accompagnement avec John, Paul et George, et les frontières des groupes restent poreuses. Le futur quatuor existe l’espace d’une chanson parce que le réseau de Hambourg permet aux musiciens de se recombiner selon les besoins.

1961-1962 : succès local, mobilité et plafond de verre

Retour à Liverpool et affiches partagées

Au retour d’Allemagne, les Beatles progressent rapidement. Leur résidence hambourgeoise a renforcé leur endurance et leur présence scénique ; leur retour à Litherland en décembre 1960 accélère leur ascension. Les Hurricanes restent une attraction majeure, mais la hiérarchie cesse d’être univoque. Les affiches montrent une transition : Rory d’abord au sommet, puis à égalité, puis sous les Beatles.

Les deux groupes se croisent au Liverpool Jazz Society, à Litherland Town Hall, au Hambleton Hall, au Tower Ballroom de New Brighton et dans les grands programmes « Operation Big Beat ». Le 6 mars 1961, une affiche du Liverpool Jazz Society réunit notamment Gerry and The Pacemakers, les Beatles, The Big Three, Derry and The Seniors, Kingsize Taylor and The Dominoes et les Hurricanes. Cette densité rappelle que le Merseybeat n’est pas encore une course à quatre vainqueurs connus d’avance : il forme un écosystème de dizaines, voire de centaines de groupes en concurrence.[5][14]

L’exemple d’Aldershot, en décembre 1961, est révélateur mais doit être manié avec précaution. Une soirée des Beatles, mal annoncée, n’attire qu’une poignée de personnes ; la date suivante, avec les Hurricanes et une publicité effective, rassemble un public beaucoup plus nombreux. Cela ne démontre pas que Rory est alors « meilleur » ou durablement plus populaire dans tout le pays. Cela montre qu’à ce moment précis, le nom des Hurricanes possède une valeur d’affiche et que la logistique promotionnelle décide autant du succès d’une soirée que la qualité musicale.

Le premier sondage de Mersey Beat ajoute une couche de folklore. Les Hurricanes auraient reçu le plus grand nombre de voix, mais Bill et Virginia Harry en invalident plusieurs dizaines, écrites avec la même encre verte et expédiées du même secteur. Les Beatles deviennent premiers ; les Hurricanes terminent quatrièmes. Les Beatles reconnaîtront avoir eux aussi encouragé des votes multiples. Le classement ne fournit donc pas une mesure scientifique de popularité. Il atteste en revanche que Rory et son groupe disposent d’une base suffisamment engagée — et d’un chef suffisamment habile en autopromotion — pour contester la première place.[3]

Tony Sheridan, la France et le troisième été professionnel

À la fin de 1961, Ringo envisage son avenir. Il quitte temporairement les Hurricanes le 30 décembre pour travailler avec Tony Sheridan au Top Ten Club de Hambourg. L’offre comprend un meilleur salaire, un logement et, selon les récits, l’usage d’une voiture. Derek Fell le remplace chez Rory. L’expérience tourne court : Sheridan modifie les morceaux ou les arrangements sans prévenir, comportement que Ringo juge difficile à suivre. Le batteur retourne auprès des Hurricanes au début de 1962.[3][5]

Ce va-et-vient invalide l’idée d’une fidélité passive jusqu’à l’appel des Beatles. Ringo sait déjà que sa valeur lui permet de changer de formation. Il considère aussi une proposition de Derry and The Seniors et reçoit, pendant l’été 1962, une offre de Kingsize Taylor pour repartir en Allemagne. Les Beatles ne sont pas sa seule porte de sortie ; ils sont l’option qu’il estime artistiquement la plus forte.

Au printemps 1962, les Hurricanes jouent dans des bases de l’US Air Force en France, notamment à Fontenet et Orléans, avec le bassiste Bobby Thompson et la chanteuse invitée Vicki Woods. Une date est également signalée à Marbella. Ces engagements élargissent encore l’expérience de Ringo : clientèle militaire, longs horaires, déplacement continental, répertoire adapté. Ils contribuent aussi à éloigner le groupe de Liverpool au moment où Brian Epstein organise méthodiquement la montée des Beatles.

Le 5 février 1962 constitue un repère décisif. Pete Best étant indisponible, Ringo joue avec les Beatles à la séance de midi du Cavern puis le soir au Kingsway Club de Southport. Dans son entretien à Modern Drummer, il transforme ce remplacement en une série de participations espacées sur environ six mois ; les documents ne confirment pas chacune d’elles, mais l’essentiel est établi : au moment de choisir un nouveau batteur, les trois Beatles ont déjà joué avec lui devant leur propre public.[11]

Le 1er juin, les Hurricanes commencent leur troisième saison de Butlin’s, cette fois à Skegness. Ils sont encore suffisamment professionnels pour obtenir un engagement de près de trois mois. Ringo, cependant, considère que le groupe a atteint son plafond. Le circuit se répète, les standards restent les mêmes, aucun disque ne vient fixer ou prolonger la réputation scénique. Le meilleur emploi stable de sa jeune carrière commence à ressembler à une boucle.

Août 1962 : Ringo quitte les Hurricanes

Ce que l’on peut dater, et ce qui demeure disputé

La chronologie populaire tient en trois dates : Ringo accepte l’offre des Beatles le 14 août ; Pete Best est renvoyé le 16 ; Ringo donne son premier concert officiel avec le groupe le 18 août 1962 à Hulme Hall, Port Sunlight. Les deux dernières sont solidement établies. La première varie selon les sources.

Ringo raconte en 1981 que Brian Epstein l’appela un mercredi et lui demanda de rejoindre les Beatles « ce soir-là ». Il refusa de laisser Rory sans batteur et promit de commencer le samedi, ce qui correspond au mercredi 15 et au samedi 18 août. D’autres récits placent l’accord le 14. Johnny Guitar se souvenait de John Lennon et Paul McCartney arrivant tôt le matin à la caravane de Skegness pour formuler directement la proposition. Certaines versions font de George Harrison le premier intermédiaire ; d’autres privilégient un appel d’Epstein. Il est probable que la décision se construisit par plusieurs contacts et qu’aucun témoin ne conserva, sur le moment, le besoin de dater chaque étape pour les historiens futurs.[3][11][15]

On peut donc retenir ceci : au milieu de la semaine du 13 au 17 août, l’offre devient ferme ; Ringo accepte 25 livres par semaine et fixe son arrivée au samedi 18 afin de laisser aux Hurricanes quelques jours pour trouver un remplaçant. Pete Best joue son dernier concert avec les Beatles le 15 août et apprend son renvoi le lendemain dans le bureau de Brian Epstein. Le 18, Ringo joue à Port Sunlight ; le 19, il apparaît pour la première fois au Cavern comme Beatle, sous les cris opposés des partisans de Best et des siens.[8][15]

Le récit selon lequel Lennon et McCartney auraient proposé Pete Best en échange doit être présenté comme un souvenir, non comme un accord formel entre groupes. Rory aurait cherché à joindre Best, qui, bouleversé par son éviction, n’était évidemment pas disposé à reprendre immédiatement la place du musicien choisi pour le remplacer. Anthony Ashdown assure les derniers jours à Skegness ; Gibson Kemp devient ensuite le nouveau batteur régulier des Hurricanes.

Pourquoi Ringo choisit les Beatles

La réponse de Ringo est devenue célèbre : « Je préférais mourir de faim avec un meilleur groupe. » La formulation varie légèrement selon les entretiens, mais sa logique est constante. Les Beatles lui paraissent meilleurs, leur progression est rapide et il apprécie les trois hommes autant que leur musique. Dans le même entretien, il juge que les Hurricanes « se répétaient » et qu’il avait fait avec eux tout ce qui semblait alors possible.[11]

Le supplément de cinq livres par rapport à l’offre de Kingsize Taylor n’est pas insignifiant, mais réduire le choix à cette différence salariale serait trompeur. Ringo abandonne une saison garantie, un groupe dont il est une vedette et une place au sommet d’un circuit qu’il connaît. Les Beatles disposent d’un contrat Parlophone, mais aucun disque n’est encore publié ; « Love Me Do » ne sortira que le 5 octobre. Le choix est rationnel, pas sans risque.

Plusieurs facteurs se combinent. Musicalement, les Beatles possèdent trois chanteurs, un vaste répertoire et des compositions originales. Socialement, Ringo est déjà leur ami. Professionnellement, Epstein impose une organisation absente chez Rory : contrats, apparence, calendrier, stratégie discographique. Rythmiquement, John, Paul et George savent que le batteur peut suivre leurs changements de répertoire et leurs arrangements. Enfin, Ringo a déjà appris chez les Hurricanes à être un personnage distinct sans déstabiliser le collectif — compétence essentielle dans un groupe bientôt présenté comme quatre personnalités égales.

La réaction de Rory Storm

Brian Epstein décrit Rory comme l’un des jeunes hommes les plus vifs et les plus sympathiques de la scène locale. Il reconnaît que Storm fut très contrarié par le départ de Ringo et vint se plaindre. Après les excuses du manager, Rory aurait répondu : « D’accord. Oublions cela. Bonne chance à vous tous. » La citation, publiée dans A Cellarful of Noise, porte la patine d’un récit autobiographique écrit après le succès des Beatles, mais elle correspond aux relations ultérieures : pas de rupture publique durable, des affiches encore partagées et la présence de Ringo lors d’une séance des Hurricanes en 1964.[16]

Rory a pourtant de bonnes raisons d’être furieux. Il perd au milieu d’une saison son batteur, son chanteur de « Starr Time » et l’un des visages les plus populaires du groupe. Les Hurricanes peuvent terminer leur contrat grâce à des remplaçants, mais leur identité classique est brisée. La presse locale comprend immédiatement la violence symbolique de l’opération : le groupe ascendant vient chercher dans l’ancienne tête d’affiche la pièce qui lui manquait.

L’épisode révèle aussi le caractère de Ringo. Il n’accepte pas de partir le soir même. Son préavis de quelques jours est insuffisant au regard d’un engagement de six semaines encore à courir, mais il refuse de provoquer l’annulation immédiate. Ce compromis entre ambition et loyauté n’efface pas le préjudice causé à Rory ; il montre que le batteur ne traite pas son ancien groupe comme une parenthèse embarrassante.

Ce que les Hurricanes ont donné à Ringo Starr

Un métier avant une légende

Lorsque Ringo entre chez les Beatles, il n’est ni un débutant ni une promesse à former. Il a derrière lui près de trois années dans une formation professionnelle, trois saisons de camps de vacances, un premier séjour hambourgeois, des engagements en France et des centaines de prestations. Il sait monter, démonter et entretenir une batterie ; négocier la place de son instrument sur une scène exiguë ; commencer à l’heure ; jouer pour un public indifférent, hostile ou ivre ; relancer un morceau lorsque le chanteur perd la structure ; maintenir une soirée malgré la fatigue. Cette compétence quotidienne, rarement visible dans les récits héroïques, explique en partie pourquoi John, Paul et George le choisissent.

Les saisons de Butlin’s sont déterminantes. Les Hurricanes ne jouent pas un concert isolé devant leur public acquis, mais plusieurs séquences quotidiennes devant des vacanciers renouvelés chaque semaine. La répétition impose une régularité presque industrielle. Elle apprend aussi à doser l’intensité : un batteur qui joue chaque titre à son maximum physique ne tient pas trois mois. Ringo y développe l’économie de geste que l’on associera plus tard à son style. Elle ne vient pas d’une incapacité technique ; elle répond à une exigence de durée, de clarté et de fiabilité.

Cette formation explique le contraste avec Pete Best sans qu’il soit nécessaire de caricaturer ce dernier. Les Beatles recherchent en 1962 un musicien capable de varier les figures, de comprendre rapidement une consigne, de soutenir plusieurs chanteurs et de rester stable lorsque l’arrangement change en direct. Ringo a précisément été formé dans un groupe où Rory improvise des entrées, prolonge des morceaux, sollicite la salle et transforme les incidents en spectacle. Le chaos contrôlé des Hurricanes produit un batteur attentif plutôt qu’un simple gardien du tempo.

La professionnalisation passe également par l’équipement. Sa batterie Premier en finition Mahogany Duroplastic, acquise en 1960, comprend une grosse caisse de 20 pouces, un tom de 12 pouces et un tom basse de 16 pouces, auxquels s’ajoute une caisse claire Premier Royal Ace. Elle accompagne les Hurricanes puis les premiers mois des Beatles, y compris les séances de « Love Me Do » et une partie du travail de 1963, avant l’arrivée du premier kit Ludwig en mai. La continuité matérielle est révélatrice : le son des premiers Beatles avec Ringo sort littéralement d’un instrument acheté pour les besoins de Rory Storm.[9][10]

L’écoute, la pulsation et l’imprévu

Le répertoire des Hurricanes oblige Ringo à traverser plusieurs traditions. Le rockabilly de Gene Vincent et Carl Perkins ne se joue pas comme le rhythm and blues de Piano Red, la pop des Everly Brothers ou les instrumentaux inspirés de Booker T. & the M.G.’s. « Brand New Cadillac », « Roll Over Beethoven », « Dr Feelgood », « Fever », « Whole Lotta Shakin’ Goin’ On », « Green Onions » et « Since You Broke My Heart » supposent des placements et des dynamiques distincts. Même si les arrangements restent simples, le batteur apprend à identifier le moteur de chaque morceau.

Cette variété permet de mieux comprendre son travail ultérieur. Ringo ne cherche généralement pas à imposer une signature identique à toutes les chansons. Il écoute l’écriture, repère le geste qui la rend immédiatement reconnaissable et élimine le reste. L’approche apparaît déjà dans la fonction qu’il occupe chez Rory : stabiliser le numéro sans le banaliser. Klaus Voormann résumera son impression hambourgeoise par « C’était sa façon de swinguer », insistant sur la sensation plutôt que sur la démonstration.[12]

Le fait d’être gaucher sur une batterie disposée pour droitier contribue à la singularité de ses roulements, mais ne suffit pas à expliquer son jeu. Les contraintes physiques donnent un vocabulaire ; l’expérience des Hurricanes lui apprend quand l’utiliser. Les départs de Rory dans la salle, ses escalades et ses plongeons exigent que la pulsation reste lisible même lorsque le centre visuel du groupe disparaît de la scène. Les passages chantés de Ringo lui apprennent inversement à sentir ce qu’un interprète attend du batteur : de l’espace pour la voix, un repère pour l’entrée du couplet, une relance nette avant le refrain.

Il faut résister à une reconstruction trop parfaite. Aucun enregistrement incontestable de Ringo avec les Hurricanes ne permet de tracer mesure par mesure la naissance de ses figures beatlesiennes. Le jeu entendu sur les disques de 1962-1963 est déjà façonné par les chansons de Lennon et McCartney, les demandes de George Martin, les conditions d’Abbey Road et l’intense calendrier des Beatles. L’influence des Hurricanes se démontre par les habitudes de travail, les témoignages concordants et la continuité biographique, non par une bande sonore idéale qui n’existe pas.

« Starr Time » et l’apprentissage du quatrième personnage

Rory offre à son batteur une visibilité inhabituelle. Durant « Starr Time », Ringo quitte la position anonyme du sideman et chante, généralement « Boys », « Alley Oop » et d’autres titres de son petit répertoire. Il ne possède pas l’étendue vocale de Lu Walters ni la présence acrobatique de Rory. Son attrait vient d’un mélange de réserve, de solidité et d’humour. Le public reconnaît un personnage dont la distance contraste avec l’exubérance du chef.

Cette expérience répond à une question centrale de l’histoire des Beatles : pourquoi le nouveau batteur peut-il recevoir immédiatement une chanson par album et un passage vocal sur scène ? Parce qu’il arrive avec un numéro déjà éprouvé. « Boys », chanté au Cavern puis enregistré le 11 février 1963 pour Please Please Me, n’est pas une faveur inventée en studio. C’est le transfert d’une pratique des Hurricanes dans le dispositif des Beatles. Le chant conserve même sa logique scénique : offrir au batteur un moment identifiable et permettre aux autres musiciens de varier le programme.

Ringo sait aussi ce que signifie être moins spectaculaire que le frontman tout en restant mémorable. Chez les Beatles, cette compétence devient stratégique. John, Paul et George peuvent occuper le premier plan sans que le batteur paraisse interchangeable. Ses réponses laconiques, son visage impassible et ses formules décalées fonctionnent à la télévision parce que « Ringo » est déjà une identité publique. Le nom, le solo chanté et le rapport direct au public précèdent la Beatlemania.

Les Hurricanes ont donc fourni aux Beatles plus qu’un instrumentiste : un professionnel complet, porteur d’une marque personnelle et capable de l’intégrer à un collectif. Cette combinaison est rare. Un batteur techniquement plus démonstratif aurait pu encombrer les arrangements ; un exécutant sans personnalité aurait déséquilibré l’image des « quatre ». Rory avait appris à Ringo à occuper exactement cet espace intermédiaire.

Les Hurricanes après Ringo : 1962-1967

La chaise de batterie devient instable

Anthony « Tony » Ashdown remplace Ringo pour la fin de la saison de Skegness, du 18 au 31 août 1962. Gibson Kemp prend ensuite la place régulière à l’automne. Il possède une expérience solide et épouse plus tard la chanteuse Astrid Kirchherr, autre lien indirect avec le cercle hambourgeois. Son passage ne restaure pourtant pas l’équilibre symbolique : chaque nouveau batteur est jugé par comparaison avec celui qui apparaît désormais à la télévision avec les Beatles.

Brian Johnson arrive au début de 1963, puis Keef Hartley — futur membre des Artwoods et de John Mayall’s Bluesbreakers — joue plusieurs mois avec le groupe. Ian Broad n’effectue qu’un bref passage en novembre ; Trevor Morais lui succède jusqu’au début de 1964. Jimmy « Tush » Tushingham s’installe ensuite derrière la batterie, avant que Carl Rich ne participe à la dernière période. Les dates exactes varient d’une reconstruction à l’autre, car les remplacements de quelques soirées, les essais et les engagements réguliers sont parfois confondus.[3][5]

Cette succession ne signifie pas que tous les musiciens sont inadéquats. Hartley, notamment, construira une carrière estimée. Le problème est structurel : Ringo cumulait la batterie, un segment vocal et une popularité personnelle acquise pendant près de trois ans. Remplacer ses fonctions demande davantage que trouver un bon instrumentiste. Le groupe doit refaire son équilibre au moment même où son ancien membre devient mondialement célèbre.

Le 2 janvier 1964, Mersey Beat publie un article au titre impitoyable : « The Ghost of Ringo Haunts This Group ». Rory y explique en substance que Ringo ne se contentait pas de marquer le rythme : il propulsait le groupe, transpirait, swinguait et chantait plusieurs morceaux chaque soir. Le propos peut servir à vendre une histoire locale au plus fort de la Beatlemania, mais il identifie correctement la perte. Le fantôme n’est pas seulement celui d’un futur Beatle ; c’est celui d’un élément musical et scénique que les Hurricanes ne parviennent pas à reproduire.[17]

Le paradoxe du boom du Merseybeat

Le succès des Beatles ouvre en 1963 les portes des maisons de disques à Liverpool. Gerry and The Pacemakers, Billy J. Kramer and The Dakotas, The Searchers, The Swinging Blue Jeans, The Big Three et de nombreux autres bénéficient d’une demande soudaine. Les Hurricanes, pourtant antérieurs et célèbres localement, arrivent tard au disque. Leur ancienneté devient presque un handicap : ils ont perfectionné un modèle de spectacle vivant au moment où l’industrie recherche des singles, des compositions originales et des groupes faciles à projeter dans le marché national.

Rory ne dispose pas d’un Brian Epstein, d’un Larry Parnes ou d’une structure comparable pour imposer une stratégie. Le groupe accepte des résidences rentables qui le retirent régulièrement de Liverpool. Ces choix ont été rationnels avant 1962 : Butlin’s garantit plusieurs semaines de revenus quand les salles locales paient peu. Après l’explosion du Merseybeat, ils paraissent rétrospectivement conservateurs. On ne peut pourtant juger les décisions de 1960 avec les informations de 1963.

La personnalité de Rory pose un second paradoxe. Elle rend le groupe inoubliable sur scène, mais difficile à réduire aux trois minutes d’un 45 tours. Ses plongeons, ses déplacements dans la salle, les pancartes, le vestiaire rose et les échanges avec le public n’existent pas sur un sillon. Une fois cette couche retirée, la formation doit rivaliser par le chant, l’arrangement et surtout la chanson. Or elle a construit son succès sur des reprises, au moment où Lennon-McCartney modifie la valeur commerciale de l’auteur-compositeur au sein d’un groupe.

Iris Caldwell, sœur de Rory, formulera plus tard le diagnostic sans cruauté : Rory était avant tout « un artiste de scène », et non un auteur du niveau des Beatles.[19] La comparaison ne nie ni son talent ni son rôle fondateur. Elle situe le point de bascule : l’économie qui récompensait le meilleur meneur de soirée est remplacée par celle qui récompense le créateur d’un catalogue.

Une discographie minuscule pour une réputation immense

Les trois titres Oriole de 1963

En 1963, Oriole Records installe une unité mobile au Rialto Ballroom de Liverpool pour enregistrer un panorama de la scène locale. Les doubles albums This Is Mersey Beat, publiés en deux volumes, assemblent des groupes de statuts très différents. Les Hurricanes y placent « Dr Feelgood », « I Can Tell » et « Beautiful Dreamer ». Ringo n’y participe pas : il appartient aux Beatles depuis près d’un an. La batterie est généralement attribuée à Brian Johnson pour cette phase.[3][17]

« Dr Feelgood » et « I Can Tell » paraissent également sur le single Oriole CB 1858 en décembre 1963. Le choix résume l’identité du groupe. Le premier titre, lié au répertoire de Piano Red/Dr Feelgood and The Interns, correspond au rhythm and blues énergique que Rory peut théâtraliser. Le second, composé par Samuel Smith et Bo Diddley et popularisé par ce dernier, repose sur un riff et une insistance vocale adaptés à une scène de danse. Aucun n’offre au groupe une propriété éditoriale ou une identité d’auteur.

Les enregistrements ont une valeur documentaire supérieure à leur réussite commerciale. Ils donnent à entendre une formation aguerrie, mais pas le phénomène visuel décrit par les témoins. Rory chante avec urgence ; les musiciens exécutent proprement un langage déjà connu. Dans un marché saturé de groupes de Liverpool, le disque ne fournit pas le trait distinctif qu’apportaient le costume, le mouvement et l’imprévisibilité.

« Beautiful Dreamer » est plus révélateur encore. La chanson de Stephen Foster, transformée en numéro beat, montre la faculté des groupes de Liverpool à absorber un standard ancien. Mais les Beatles ont déjà démontré avec « My Bonnie », « A Taste of Honey » ou leurs reprises de Broadway que l’éclectisme ne suffit pas : il faut un arrangement immédiatement identifiable ou une écriture nouvelle. Chez Rory, la transformation reste au service du spectacle plutôt que d’une architecture sonore autonome.

« America » : Brian Epstein derrière la console

Le second single possède une histoire plus intrigante. Les Hurricanes enregistrent aux IBC Studios de Londres une version d’« America », tirée de West Side Story, avec « Since You Broke My Heart » en face B. Brian Epstein produit la séance — exception remarquable dans une carrière principalement consacrée au management. Le disque paraît sur Parlophone sous la référence R 5197. Le catalogue 45cat donne le 13 novembre 1964 ; des souvenirs publiés par Bill Harry indiquent le 20 décembre. La date de catalogue, contemporaine de la commercialisation, est généralement la plus sûre, mais la divergence doit rester visible.[3][17]

La séance, souvent datée du 20 octobre, aurait duré une quinzaine d’heures. Ringo vient soutenir son ancien groupe. Plusieurs récits lui attribuent des percussions et des chœurs, avec la participation vocale d’Iris Caldwell et de Shane Fenton ; les crédits imprimés ne documentent cependant pas chaque contribution. Il est donc raisonnable de dire que Ringo assiste et participe à la séance selon les témoins, mais imprudent de reconstruire précisément sa partie sans feuille de session complète.

Le geste d’Epstein et la présence de Ringo contredisent le récit d’une rupture amère. Deux ans après avoir prélevé le batteur de Rory, le manager des Beatles tente d’aider les Hurricanes à obtenir un disque national. La solidarité ne suffit pas. « America » est un choix ambitieux mais problématique : la composition est immédiatement associée à la comédie musicale et l’arrangement doit lutter avec une mélodie déjà fortement caractérisée. Le single n’entre pas dans les classements.

D’autres titres, dont « Ubangi Stomp » et « I’ll Be There », sont associés aux tentatives de cette période sans publication régulière. Le faible nombre d’enregistrements officiels — trois titres Oriole, deux faces Parlophone et quelques bandes discutées ou inédites — est disproportionné par rapport au nombre de concerts et à l’importance locale. Cette asymétrie explique une partie de l’oubli : la mémoire du rock se construit largement à partir des disques disponibles, tandis que l’œuvre véritable des Hurricanes s’est déroulée dans des salles dont il ne reste presque aucun son.

Ce que l’absence de disque de Ringo interdit d’affirmer

Aucun 45 tours officiel des Hurricanes ne comporte Ringo comme batteur régulier. Les titres Oriole datent de 1963 et le Parlophone de 1964. « Summertime » à Hambourg reste inaudible ; la bande du Jive Hive, longtemps annoncée avec Ringo, est contestée au point de ne pouvoir servir de preuve. Toute compilation qui présente les singles des Hurricanes comme « les premiers enregistrements de Ringo » commet donc un anachronisme.

Cette absence a deux conséquences. La première est historiographique : l’évolution du jeu de Ringo entre 1959 et 1962 doit être reconstruite par les concerts, les instruments, les répertoires et les témoignages. La seconde est esthétique : on ne peut comparer directement le Ringo des Hurricanes à Pete Best ou au Ringo d’Abbey Road à partir d’un même type de document. Les jugements qui prétendent entendre dès 1960 toutes ses qualités futures reposent souvent sur une attribution circulaire.

L’absence ne signifie pas que rien ne s’est passé. Elle oblige seulement à déplacer la preuve. Les trois saisons de Butlin’s, la place de tête d’affiche à Hambourg, les remplacements chez Tony Sheridan et les Beatles, la confiance exprimée par Lennon et la décision de George Martin de le conserver après septembre 1962 forment un dossier plus robuste qu’un acétate imaginaire.

Live at the Jive Hive : le faux enregistrement de Ringo

Une bande retrouvée dans une cave

En 2012, une bande conservée par Iris Caldwell attire une attention internationale. Elle documente un concert des Hurricanes au Jive Hive, nom donné aux soirées organisées à St Luke’s Hall, Crosby, le 5 mars 1960. Rockstar Records publie le CD Live at the Jive Hive, March 1960, avec dix-sept titres de concert et quatre démos domestiques. L’objet est exceptionnel : une prestation longue d’un groupe du Merseyside avant l’explosion discographique de 1963, captée avec ses annonces, ses imperfections et son énergie brute.[18][19][24]

Le programme comprend notamment « Brand New Cadillac », « Baby I Don’t Care », « Bye Bye Love », « C’mon Everybody », « Rip It Up », « Something Else », « Honey Don’t » et « Down the Line ». Il confirme la largeur du répertoire et la prédominance du rock’n’roll américain. La qualité sonore est rudimentaire, mais le document renseigne sur les tempos, l’enchaînement des chanteurs et la manière dont un concert merseybeat se construisait avant que les studios londoniens n’en normalisent le son.

L’annonce initiale transforme naturellement la bande en « premier enregistrement de Ringo Starr ». L’intéressé la désavoue par l’intermédiaire de son attaché de presse : « Ce n’est pas moi. » Il ajoute que la captation aurait été réalisée après son départ pour les Beatles, explication chronologiquement impossible puisque mars 1960 précède août 1962. Cette erreur de mémoire ne suffit pas à rendre l’attribution vraie.[18]

Le journal de Johnny Guitar et le batteur manquant

Les notes de Johnny Byrne fournissent un élément plus précis. Elles indiquent que Ringo est malade, vraisemblablement grippé, autour des 2 et 3 mars et que Don Singleton le remplace. La question est de savoir s’il revient le 5. Les souvenirs ultérieurs ne s’accordent pas, et le journal ne nomme pas de façon incontestable le batteur de la soirée enregistrée. Plusieurs remplaçants occasionnels circulaient dans le réseau local.[21][22]

Mark Lewisohn, après écoute et comparaison, estime que le style ne correspond pas à Ringo. Son jugement n’est pas une preuve biométrique, mais il converge avec la maladie documentée et le refus catégorique du musicien. En l’absence d’un crédit contemporain contraire, la méthode la plus rigoureuse consiste donc à classer le batteur comme non identifié — probablement un remplaçant — et à ne pas intégrer le CD à la discographie de Ringo.[1][18]

La rectification ne diminue pas l’importance de l’album. Elle la déplace. Live at the Jive Hive n’est pas le « chaînon manquant » sonore entre Ringo et les Beatles ; c’est un rare document du groupe pendant sa période classique, enregistré au moment où Ringo en est normalement le batteur mais lors d’une soirée où il paraît absent. Il permet d’étudier l’environnement musical qui l’a formé, non son jeu lui-même.

Ce cas constitue aussi une leçon de critique des sources. Une date comprise dans la période d’appartenance d’un musicien ne prouve pas sa présence à chaque concert. Une pochette commerciale n’est pas un registre de séance. Le démenti d’un artiste peut contenir une justification erronée tout en conservant une conclusion exacte. Les journaux privés, l’analyse stylistique et la chronologie doivent être croisés plutôt que hiérarchisés mécaniquement.

Pourquoi les Hurricanes n’ont pas suivi les Beatles

Ni manque de talent, ni simple malchance

L’explication commode affirme que les Beatles étaient « meilleurs » et que les autres groupes furent éliminés par une sélection naturelle. Elle ne rend pas compte de la chronologie. En 1960, les Hurricanes gagnent davantage, possèdent des costumes, une identité, une forte audience et une organisation scénique supérieure. Leur recul résulte de l’interaction de plusieurs facteurs plutôt que d’une insuffisance unique.

Le premier est l’écriture. Lennon, McCartney et, progressivement, Harrison fournissent aux Beatles un catalogue qui transforme chaque single en actif durable. Rory dépend de standards et de nouveautés américaines accessibles à tous les concurrents. Même un arrangement efficace peut être repris ; une chanson originale à succès associe définitivement un son et un nom. Dans le marché de 1963, cette différence devient décisive.

Le deuxième est le management. Epstein ne se contente pas d’obtenir des engagements : il coordonne présentation, calendrier, auditions, contrats, presse et relation avec EMI. Rory demeure son propre promoteur, excellent pour attirer l’attention localement, moins équipé pour convertir cette attention en stratégie nationale. L’aide ponctuelle d’Epstein en 1964 intervient après que le marché a déjà sélectionné ses principaux noms.

Le troisième est la géographie professionnelle. Butlin’s et les bases militaires paient correctement mais éloignent le groupe du noyau où se forment les contacts, les articles de Mersey Beat et les relations avec les managers. Les Beatles acceptent au contraire une trajectoire plus instable : Hambourg, longues nuits, rendez-vous londoniens, auditions refusées, puis contrat avec Parlophone. Le risque accumulé finit par produire un avantage.

Le quatrième est la traduction médiatique. Rory excelle devant une salle entière ; la télévision et le 45 tours isolent le visage, la chanson et une performance de quelques minutes. Les Beatles possèdent plusieurs chanteurs, une conversation collective et des compositions adaptables au format. Les Hurricanes reposent davantage sur la présence physique d’un chef dont le numéro perd son contexte quand la caméra ou le microphone le cadre trop étroitement.

Enfin, le départ de Ringo intervient exactement au point de bascule. Il prive Rory de son batteur le plus stable et de son second personnage au moment où les maisons de disques arrivent à Liverpool. S’il était resté, rien ne garantit un succès national : l’absence de compositions et de management demeurait. Mais la formation aurait abordé 1963 avec une continuité et un argument publicitaire plus forts. L’ironie est totale : la réussite des Beatles crée l’occasion commerciale que les Hurricanes ne peuvent pleinement saisir, en partie parce que les Beatles leur ont pris Ringo.

La limite du contrefactuel

Aurait-il suffi que les Hurricanes enregistrent en 1960 ? Probablement pas. L’industrie britannique considérait encore les groupes provinciaux avec méfiance, et les reprises de rock’n’roll perdaient leur nouveauté. Un single bien choisi aurait néanmoins laissé un document et peut-être créé une relation avec un producteur. Leur histoire aurait alors été moins dépendante des souvenirs.

Ringo aurait-il pu devenir célèbre sans les Beatles ? Il possédait déjà un nom professionnel, une audience et une réputation assez forte pour obtenir des offres concurrentes. Une carrière de batteur demandé, éventuellement auprès de Tony Sheridan ou d’un autre groupe, est plausible. La célébrité mondiale, la composition de chansons, le cinéma et la longévité publique qui suivirent dépendaient en revanche de la structure unique des Beatles. Les Hurricanes ont rendu Ringo disponible pour cette occasion ; ils ne pouvaient la reproduire.

Rory aurait-il réussi avec un autre batteur et de meilleures chansons ? La possibilité n’est pas absurde. Son charisme, son sens publicitaire et son expérience précèdent ceux de nombreuses vedettes du boom. Mais une chanson n’est pas un accessoire qu’on ajoute rétrospectivement. L’écriture collective des Beatles affecte leurs arrangements, leur identité et leur ambition. Lui substituer quelques compositions à succès revient à imaginer un autre groupe.

Fin du groupe, mort de Rory et mémoire de Ringo

1967 : l’arrêt après Ty Brian

Les Hurricanes poursuivent les engagements avec des formations variables jusqu’en 1967. Le guitariste Ty Brian, membre du noyau historique, s’effondre après une opération de l’appendicite et meurt de complications à vingt-six ans. Rory tente de relancer le groupe, mais la disparition de Brian retire un autre pilier à une identité déjà fragmentée. La formation cesse ses activités régulières.[3][5]

La fin coïncide avec la disparition du monde qui l’avait produite. Le Cavern original ferme en 1966 avant de rouvrir ; le circuit des ballrooms et des jive hives recule ; le rock britannique se déplace vers les albums, le psychédélisme et les salles de concert. Un groupe fondé sur la reprise, la danse et l’interaction immédiate avec un public de proximité perd son infrastructure autant que sa formation.

Rory travaille comme disc-jockey au Silver Blades Ice Rink de Liverpool, séjourne à Amsterdam et à Benidorm, où il exerce notamment comme moniteur de ski nautique. Il continue de concevoir des projets de retour. Ces activités ne doivent pas être lues seulement comme la chute d’un homme ayant manqué la célébrité : beaucoup de professionnels du premier rock britannique combinent alors musique, animation et emplois saisonniers. Mais la comparaison avec Ringo, omniprésent sur disque et à l’écran, est inévitable.

28 septembre 1972 : une double mort et des récits contradictoires

Après la mort de son père, Rory revient vivre auprès de sa mère, Violet, à Broadgreen. Souffrant d’une infection thoracique et utilisant des somnifères, il est retrouvé mort le 28 septembre 1972. Il a trente-quatre ans. Violet est également retrouvée morte dans la maison. Les récits populaires présentent parfois sans nuance Rory comme suicidé ou attribuent à sa mère une intention certaine. Les comptes rendus disponibles et les reconstructions familiales sont moins simples : la mort de Rory est généralement donnée comme accidentelle, liée au mélange de médicaments et d’alcool ; les circonstances exactes de la mort de Violet ont fait l’objet de versions divergentes. Une biographie rigoureuse doit conserver cette incertitude au lieu de transformer une tragédie privée en dernier effet dramatique.[2][3]

Les funérailles ont lieu le 19 octobre à l’église Oakvale Congregational, puis au crématorium d’Anfield. « You’ll Never Walk Alone », devenu un hymne de Liverpool, accompagne la cérémonie. Ringo n’y assiste pas. À ceux qui le lui reprochent, il répond selon Bill Harry qu’il n’était pas non plus présent à la naissance de Rory — boutade défensive, souvent citée sans le malaise qui l’entoure.[3]

L’absence ne prouve pas l’indifférence. Les Beatles sont séparés depuis 1970, mais Ringo mène une carrière internationale et les relations avec son passé local passent par des gestes intermittents plutôt que par une commémoration organisée. Ses récits ultérieurs des Hurricanes restent chaleureux : il répète qu’ils étaient le premier groupe de Liverpool, qu’ils payaient mieux et que son départ fut un choix de progression, non la fuite d’une formation médiocre.[7][11][23]

Rory dans l’œuvre tardive de Ringo

Ringo n’a jamais effacé les Hurricanes de sa biographie publique. Dans « Liverpool 8 » en 2008, il condense son itinéraire de Liverpool à la célébrité et rappelle son passage par le groupe. En 2015, il va plus loin : « Rory And The Hurricanes », écrit avec Dave Stewart, ouvre l’album Postcards from Paradise. Le titre donne à Rory la première place, avant même le nom des Beatles dans l’économie de l’album.[20]

La chanson n’est pas un document littéral : elle travaille la mémoire, simplifie les épisodes et transforme les années de formation en récit affectif. Sa valeur historique réside ailleurs. Plus d’un demi-siècle après son départ, Ringo choisit encore Rory comme point d’origine de sa carrière professionnelle. Il ne commémore pas seulement un ancien employeur, mais le groupe dans lequel « Ringo Starr » fut inventé et reconnu.

Cette fidélité nominale corrige l’asymétrie des archives. Les Hurricanes ont peu de disques, peu de films et des bandes incertaines ; Ringo dispose d’une discographie mondiale. En inscrivant leur nom dans ses propres albums et entretiens, il leur prête une partie de cette permanence. Le geste ne remplace pas les sources, mais il explique pourquoi Rory Storm reste davantage qu’une note de bas de page pour les lecteurs attentifs de l’histoire des Beatles.

Repères chronologiques

1938-1959 : d’Alan Caldwell à Ringo Starr

7 janvier 1938 — Naissance d’Alan Ernest Caldwell à Liverpool. Il deviendra Rory Storm.

13 mars 1958 — Première prestation généralement retenue d’Al Caldwell’s Texans au Morgue Skiffle Cellar. Le groupe passe ensuite par plusieurs noms.

25 mars 1959 — Première participation documentée de Ritchie Starkey avec le groupe de Caldwell, encore occasionnelle.

Automne 1959 — Starkey devient le batteur régulier, adopte « Ringo Starr » et obtient son segment vocal « Starr Time ».

20 novembre 1959 — Première date attestée au Cavern sous le nom Rory Storm and The Hurricanes.

1960 : ascension, Butlin’s et Hambourg

17 janvier 1960 — Concert au Cavern dans un programme où les Hurricanes s’imposent parmi les attractions locales.

3 mai 1960 — Participation au concours lié à la recherche de groupes par Larry Parnes, au Liverpool Stadium. L’épisode confirme leur visibilité nationale potentielle sans déboucher sur un contrat décisif.

5 juin-3 septembre 1960 — Première saison de Butlin’s à Pwllheli. Le groupe devient pleinement professionnel ; Ringo consolide son équipement et son endurance.

1er octobre-décembre 1960 — Résidence à Hambourg, principalement au Kaiserkeller. Les Hurricanes sont initialement mieux payés et mieux placés que les Beatles.

15 octobre 1960 — Séance privée à l’Akustik Studio. Ringo accompagne Lennon, McCartney et Harrison derrière Lu Walters sur « Summertime » ; l’acétate est aujourd’hui introuvable.

1961-août 1962 : dernier cycle avec Ringo

Été 1961 — Deuxième saison à Butlin’s, de nouveau à Pwllheli.

30 décembre 1961 — Ringo quitte temporairement Rory pour jouer avec Tony Sheridan à Hambourg ; il revient rapidement.

5 février 1962 — Ringo remplace Pete Best avec les Beatles au Cavern à midi puis à Southport le soir.

Mars-mai 1962 — Engagements des Hurricanes dans des bases américaines en France et passages continentaux.

1er juin-17 août 1962 — Troisième saison de Ringo avec les Hurricanes, à Butlin’s Skegness — et non Pwllheli.

14-15 août 1962 — Période probable de l’offre ferme et de l’acceptation ; les souvenirs divergent d’un jour.

18 août 1962 — Ringo joue son premier concert officiel comme Beatle à Hulme Hall, Port Sunlight. Tony Ashdown termine la saison de Skegness avec les Hurricanes.

1963-2015 : disques, disparition et mémoire

Décembre 1963 — Parution d’« I Can Tell » / « Dr Feelgood » sur Oriole CB 1858. Ringo ne joue pas sur le disque.

13 novembre 1964 — Date de catalogue du single Parlophone R 5197, « America » / « Since You Broke My Heart », produit par Brian Epstein. Ringo participe à la séance selon plusieurs témoins, sans crédit instrumental complet.

1967 — Mort de Ty Brian et dissolution de fait des Hurricanes.

28 septembre 1972 — Mort de Rory Storm à trente-quatre ans ; sa mère Violet est également retrouvée morte dans leur maison.

Septembre 2012 — Annonce puis publication de la bande Live at the Jive Hive. L’attribution de la batterie à Ringo est publiquement rejetée et historiquement très improbable.

31 mars 2015 — Parution de Postcards from Paradise, ouvert par « Rory And The Hurricanes ».

La place exacte des Hurricanes dans l’histoire de Ringo

Rory Storm and The Hurricanes ne furent ni un simple groupe d’apprentissage ni un rival condamné par avance. Entre 1959 et 1962, ils constituent l’institution professionnelle dans laquelle Ritchie Starkey devient Ringo Starr. Ils lui donnent un nom, un numéro vocal, un salaire régulier, une expérience continentale, une discipline de plusieurs sets par jour et une réputation suffisamment forte pour que les Beatles le considèrent comme une vedette avant de l’engager.

Leur influence se lit moins dans une formule de batterie précise que dans un ensemble de dispositions. Ringo apprend à servir le morceau, survivre à la répétition, écouter un chef de scène imprévisible, chanter sans cesser d’être batteur et projeter une personnalité distincte. Les Beatles exploitent immédiatement ces qualités. Ils ne découvrent pas un novice : ils recrutent un musicien déjà construit par le meilleur circuit que Liverpool pouvait alors lui offrir.

Le récit doit néanmoins rester débarrassé de trois mythes. Ringo n’intègre pas définitivement le groupe dès sa première apparition du 25 mars 1959 ; cette date marque une participation, l’installation régulière venant plus tard. La troisième saison de Butlin’s se déroule à Skegness, non à Pwllheli. Enfin, Live at the Jive Hive ne peut être présenté comme un enregistrement de son jeu. Ces corrections ne réduisent pas son rôle ; elles le rendent plus précis.

La comparaison avec les Beatles ne doit pas davantage humilier Rory. Les Hurricanes dominaient un art particulier : le spectacle de danse local, long, physique, collectif et adaptable. Les Beatles prennent l’avantage lorsqu’un autre système devient central — compositions originales, management intégré, studio, télévision et marché du 45 tours. Ringo se trouve au point de jonction des deux. Il apporte au nouveau système la robustesse apprise dans l’ancien.

John Lennon avait donc raison sur un point essentiel lorsqu’il rappelait que « Ringo était déjà une vedette à Liverpool ». Le mot ne signifie pas qu’il possédait déjà une célébrité nationale ; il signifie que son nom, son visage et son numéro avaient une valeur autonome dans la scène qui comptait alors pour les Beatles.[7] L’engager n’était pas choisir un batteur disponible, mais absorber une part du prestige des Hurricanes.

Cette perspective modifie enfin l’interprétation du 18 août 1962. Ce jour n’est pas la naissance de Ringo Starr. C’est le transfert d’un personnage et d’un savoir-faire déjà mûrs vers le groupe qui leur donnera une portée mondiale. La carrière beatlesienne commence pour lui à Port Sunlight ; la fabrication de Ringo, elle, s’est accomplie sous les projecteurs roses, dans les ballrooms de Liverpool, les camps de Butlin’s et les caves de Hambourg avec Rory Storm and The Hurricanes.

Sources et bibliographie

  • Mark Lewisohn, The Beatles: All These Years — Volume One: Tune In, Little, Brown, 2013, édition étendue en deux volumes. Présentation de l’édition : Mark Lewisohn, Tune In — Extended Special Edition.
  • Anthony Hogan, From a Storm to a Hurricane: Rory Storm & The Hurricanes, Amberley Publishing, 2016. Notice de l’édition numérique.
  • Bill Harry, « Rory Storm & The Hurricanes », archives consacrées au Merseybeat et souvenirs de Mersey Beat. Sixties City — Rory Storm & The Hurricanes.
  • Bill Harry, The Ringo Starr Encyclopedia, Virgin Books, 2004.
  • Bruno Ceriotti, « Rory Storm and The Hurricanes Family Tree », chronologie construite notamment à partir des journaux de Johnny Byrne. The British Sound.
  • Alan Clayson, Ringo Starr, Sanctuary Publishing, 2004.
  • David Sheff, entretien avec John Lennon et Yoko Ono pour Playboy, septembre 1980. Transcription — The Beatles Interviews Database.
  • The Cavern Club, histoire officielle du club : les années 1950 et les années 1960.
  • Gary Astridge, « 1960 Premier Mahogany Duroplastic », inventaire documenté des batteries de Ringo. Ringo’s Beatle Kits.
  • Christie’s, notice de vente du premier kit Ludwig de Ringo, avec historique de la batterie Premier antérieure. The Ringo Starr Ludwig Oyster Black Pearl Downbeat Drum Kit.
  • Robyn Flans, « Ringo Starr Meets the Beatles », entretien publié dans Modern Drummer, décembre 1981-janvier 1982, repris en ligne en 2014. Modern Drummer.
  • The Beatles Story, « An Interview with Klaus Voormann ». The Beatles Story, Liverpool.
  • The Beatles Bible, « Recording: Summertime », synthèse documentaire de la séance de l’Akustik Studio. 15 October 1960.
  • The Beatles Bible, « Live: Liverpool Jazz Society, Liverpool », pour l’affiche du 6 mars 1961. 6 March 1961.
  • The Beatles Bible, « Live: Hulme Hall, Port Sunlight — Ringo Starr’s first show with The Beatles ». 18 August 1962.
  • Brian Epstein, A Cellarful of Noise, Souvenir Press, 1964 ; réédition Byron Preiss, 1998.
  • Archives de Mersey Beat, « The Ghost of Ringo Haunts This Group », 2 janvier 1964, et discographie britannique : Rory Storm and The Hurricanes sur 45cat, dont Oriole CB 1858.
  • Joe Marchese, « Honey Don’t: Rockstar Records Releases Live Rory Storm and the Hurricanes, But Ringo Says “It’s Not Me” », 31 octobre 2012. The Second Disc.
  • NME, « Early recording by Ringo Starr’s first band Rory Storm and the Hurricanes discovered », 2012. NME.
  • Site officiel de Ringo Starr, archive de l’album Postcards from Paradise, 2015. RingoStarr.com.
  • Spencer Leigh, « Johnny Guitar », notice nécrologique, The Guardian, 25 août 1999. The Guardian.
  • Spencer Leigh, « Obituary: Johnny Guitar », The Independent, 1999. The Independent.
  • GRAMMY Museum, entretien avec Ringo Starr sur sa carrière et ses archives, comprenant ses souvenirs de Rory. GRAMMY.com.
  • Ian Youngs, « Tapes by Ringo Starr’s first band found », BBC News, 4 septembre 2012. BBC News.

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