La Discographie anglaise des Beatles : Please Please Me

Please Please Me : l’édition originale anglaise, guide du collectionneur
En bref
- Label : Parlophone (groupe EMI)
- Références : PMC 1202 (mono) et PCS 3042 (stéréo)
- Sortie mono : vendredi 22 mars 1963. Sortie stéréo : fin avril 1963 (le 26 selon les relevés de collection) — cas singulier : le mono a précédé le stéréo de plusieurs semaines.
- Matrices (1er pressage) : mono XEX 421-1N / XEX 422-1N ; stéréo YEX 94-1 / YEX 95-1.
- Le premier pressage se reconnaît d’abord à son étiquette : impression or sur fond noir (et non jaune), et surtout au crédit d’édition « Dick James Mus. Co. » porté par six compositions Lennon-McCartney.
- Pochette : recto laminé pelliculé, construction flipback, photo d’escalier d’Angus McBean, fabriquée par Ernest J. Day & Co. ou Garrod & Lofthouse.
- Rareté : le stéréo or est le graal absolu — la version mono a écoulé environ dix fois plus d’exemplaires que la stéréo en 1963.
Deux références pour un même album : PMC 1202 et PCS 3042
À la sortie, l’album existe en deux configurations audio distinctes, matérialisées par deux numéros de catalogue qu’il ne faut jamais confondre. Le PMC 1202 désigne la version monophonique ; le préfixe PMC se lit « Parlophone Mono Classical/Catalogue », série des 33-tours mono Parlophone de l’époque. Le PCS 3042 désigne la version stéréophonique, préfixe PCS pour « Parlophone Stereo ». Cette dualité de préfixes vaut pour tous les albums Parlophone des Beatles jusqu’à Abbey Road : mémoriser la logique PMC/PCS, c’est disposer d’une première grille de lecture pour toute la discographie originale.
Un point mérite l’attention du collectionneur, car il est propre à ce disque. Le mono est sorti le 22 mars 1963, la stéréo seulement fin avril. C’est l’unique fois, dans la série originale britannique, où le mono devance nettement le stéréo à la vente ; pour les albums suivants, les deux mixages paraîtront le même jour. Cette antériorité, conjuguée au fait que le grand public de 1963 achetait avant tout du mono, explique la rareté considérable des exemplaires stéréo d’origine.
À l’époque, un disque n’était pas un objet interchangeable entre ses deux versions : le mono était le format de référence, celui que le groupe et George Martin surveillaient de près, et le stéréo un produit de niche destiné aux quelques foyers équipés. Cette hiérarchie commerciale s’est aujourd’hui inversée sur le marché de la collection, où c’est précisément la version la plus rare — la stéréo — qui atteint les cotes les plus vertigineuses.
La pochette : lecture d’un premier tirage
La photo et sa signature
Le recto porte la célèbre photographie prise dans la cage d’escalier du siège d’EMI, à Manchester Square (Londres), les quatre musiciens penchés au-dessus de la rambarde et regardant vers l’objectif situé en contrebas. Le cliché est signé Angus McBean, portraitiste réputé, et son crédit — « Photo : Angus McBean » — est imprimé en bas à droite du recto.
Ce crédit constitue l’un des repères de datation les plus fins. Sur les toutes premières pochettes, il est calé à l’extrême bord droit, sa fin coïncidant avec la lettre « s » du mot songs de l’accroche. Sur les pochettes plus tardives, la même mention est décalée d’environ un centimètre vers la gauche, alignée cette fois sur le « g » de songs. Deux pochettes visuellement jumelles peuvent ainsi se départager à cette seule position.
L’accroche et la mention mono/stéréo
Le recto associe le titre PLEASE PLEASE ME, le nom du groupe, le logo Parlophone et une accroche promotionnelle mentionnant « with Love Me Do and 12 other songs ». Y figure également la désignation du format — le mot mono ou stereo — dont la taille est, elle aussi, un outil de datation redoutable. Les collectionneurs distinguent une succession d’états : mot « mono » de grande taille (type 1, jusqu’en 1963 ; type 2, de fin 1963 au printemps 1964), puis de taille moyenne (à partir de mi-1964), puis en lettres évidées, puis de petite taille (de l’automne 1965 au début 1967), avant sa disparition pure et simple vers 1969. Un « mono » imposant sur le recto oriente donc vers un tirage précoce.
Laminage, flipback et fabricants
La pochette d’origine est pelliculée (recto laminé brillant) et de construction flipback : le carton du recto est rabattu au dos sur les bords, formant des « rabats » caractéristiques des pochettes britanniques de l’époque. Deux imprimeurs se partagent la fabrication et se signent sur le rabat : Ernest J. Day & Co. Ltd. (EJD) et Garrod & Lofthouse Ltd. (G&L).
Pour Please Please Me, les tirages EJD sont les plus courants et présentent une particularité qui a son importance pour l’état de conservation : leurs rabats sont en papier (« paper flips »), nettement plus fragiles que les rabats cartonnés de Garrod & Lofthouse. C’est la raison pour laquelle la quasi-totalité des exemplaires en circulation montrent une usure marquée sur les bords ; une pochette EJD aux rabats intacts et à la pellicule sans écaillage est rare et se paie en conséquence. À l’inverse, sur d’autres titres du catalogue, c’est parfois l’exemplaire à pochette Garrod & Lofthouse qui signe le tirage le plus précoce — la règle n’est pas universelle et se vérifie titre par titre.
Le dos
Le verso reçoit la note de pochette rédigée par l’attaché de presse Tony Barrow, ainsi que le numéro de catalogue. La netteté d’impression du dos est l’un des tout premiers réflexes d’authentification : un verso au grain flou, aux caractères empâtés, trahit presque toujours une contrefaçon ou une réédition tardive (voir plus bas).
L’étiquette or sur noir et son évolution
L’étiquette est, avec le crédit d’édition, l’élément le plus discriminant. Elle raconte à elle seule toute la chronologie des pressages.
Le premier état : or sur noir
Les premiers pressages de 1963 arborent une étiquette Parlophone noire à impression dorée. Cette étiquette « or » est de loin la plus rare et la plus recherchée ; c’est le marqueur premier du tirage inaugural. Elle sera remplacée dès le milieu de 1963 par une étiquette noire à logo et impression jaunes, au dessin remanié — beaucoup plus commune. Confondre l’or et le jaune est l’erreur de débutant à ne jamais commettre : à elle seule, la couleur de l’impression fait basculer un exemplaire d’une catégorie de valeur à une autre.
Les repères du pourtour (rim text)
Le texte imprimé sur le pourtour de l’étiquette — la mention légale de propriété du fabricant — évolue au fil des ans et fournit une datation fiable :
- Les premiers tirages débutent par « The Parlophone Co. Ltd. » ; les tirages plus tardifs passent à « The Gramophone Co. Ltd. ».
- La mention « Recording first published 1963 » apparaît sur certains états et pas sur d’autres.
- La formule « Sold in the U.K. subject to resale price conditions… » (liée au régime britannique de prix imposé, aboli au milieu des années 1960) est présente sur certaines variantes et absente sur d’autres : sa présence aide à situer le pressage.
- À partir de novembre 1969, l’étiquette intègre le logo EMI (un cartouche noir et blanc), avec la mention « Made in Gt. Britain ».
Codes de taxe, « 33⅓ » et typographie
Plusieurs micro-indices complètent le tableau. Des codes de taxe d’achat (lettres embouties ou imprimées au centre de l’étiquette : MT, ZMT, KT, T…) reflètent le trimestre de pressage et permettent d’affiner la datation. La présence ou l’absence de la mention « 33⅓ » sur l’étiquette distingue certains états. Enfin, la typographie de la liste des titres varie : elle passe d’un caractère sans empattement à un caractère de type Times New Roman vers la fin de 1966, avant un retour au sans-empattement vers 1968 — période qui voit apparaître de curieuses coquilles, comme un point excédentaire dans « IN.U.K. » au recto de la face 1.
Une échelle chronologique simplifiée
| État | Période | Signes distinctifs |
|---|---|---|
| 1er pressage | mars 1963 | Étiquette or/noir, crédit « Dick James Mus. Co. » sur six titres L-M, pochette EJD à gros « mono » |
| 2e pressage | avril-mai 1963 | Étiquette or/noir, quatre titres passent à « Northern Songs » (mais Ask Me Why et Please Please Me restent Dick James) |
| 3e-5e pressages | été 1963 → janv. 1964 | Étiquette jaune/noir, impression argentée, remaniement de la maquette, mentions de pourtour variables |
| 6e-7e pressages | 1964 → 1969 | « The Gramophone Co. Ltd. », « Sold in U.K. », évolutions typographiques |
| 8e pressage | nov. 1969 → 1970 | Ajout du logo EMI, « Made in Gt. Britain » |
| Rééditions | 1981-1982 | Étiquette jaune/noir de réédition, mention EMI au pourtour, tirage limité de 1981 |
Le crédit d’édition : la clé du premier pressage
C’est ici que se joue l’essentiel de la valeur, et c’est le point où beaucoup de descriptions de vente se trompent. Chacun des quatorze titres porte, sur l’étiquette, le nom de sa société d’édition musicale. Or ces crédits ont changé très tôt dans la vie du disque, et pas de manière uniforme.
Ce qui s’est passé
Au moment du premier pressage, la société d’édition Northern Songs — créée pour héberger les compositions de Lennon et McCartney — vient tout juste d’être constituée, et le typographe chargé des étiquettes n’en a pas encore été informé. Les six compositions originales de Lennon-McCartney figurant sur l’album sont donc créditées à « Dick James Mus. Co. », du nom de l’éditeur historique du duo. Très vite, quatre d’entre elles sont corrigées en « Northern Songs Ltd. ».
La subtilité — celle qui distingue le connaisseur — tient aux deux titres qui n’ont jamais changé : Ask Me Why et Please Please Me (les deux faces du single de janvier 1963) conservent le crédit « Dick James Mus. Co. » sur tous les pressages ultérieurs. Seules I Saw Her Standing There, Misery, Do You Want To Know A Secret et There’s A Place basculent vers Northern Songs.
D’où la règle d’identification décisive :
- Six titres au crédit « Dick James » (les quatre ci-dessus plus Ask Me Why et Please Please Me) → premier pressage, le plus recherché.
- Quatre titres passés à « Northern Songs », Ask Me Why et Please Please Me restant à « Dick James » → deuxième pressage et suivants.
Un vendeur qui annonce un « premier pressage Dick James » alors que I Saw Her Standing There affiche déjà « Northern Songs » décrit en réalité un deuxième pressage. Vérifier les six titres un par un, à la loupe, est le geste indispensable.
Le cas Ardmore & Beechwood
Autre finesse souvent ignorée : deux des compositions Lennon-McCartney de l’album n’ont jamais relevé ni de Dick James ni de Northern Songs. Love Me Do et P.S. I Love You — les deux faces du tout premier single — étaient éditées par Ardmore & Beechwood, la filiale d’édition maison d’EMI, avant que le groupe ne bascule son édition vers Dick James. Sur l’étiquette, ces deux titres portent donc le crédit « Ardmore & Beechwood Ltd. », et non l’un des deux éditeurs « historiques » du duo. C’est aussi pour cette raison que ces deux chansons échapperont plus tard au rachat du catalogue Lennon-McCartney — un détail d’édition qui a eu des conséquences patrimoniales durables.
Tableau des éditeurs (état « Northern Songs », pressages courants)
| Face / plage | Titre | Éditeur sur l’étiquette |
|---|---|---|
| A1 | I Saw Her Standing There | Northern Songs (Dick James au 1er pressage) |
| A2 | Misery | Northern Songs (Dick James au 1er pressage) |
| A3 | Anna (Go To Him) | Shapiro Bernstein & Co. |
| A4 | Chains | Aldon Mus. |
| A5 | Boys | Ardmore & Beechwood |
| A6 | Ask Me Why | Dick James Mus. Co. (inchangé) |
| A7 | Please Please Me | Dick James Mus. Co. (inchangé) |
| B1 | Love Me Do | Ardmore & Beechwood |
| B2 | P.S. I Love You | Ardmore & Beechwood |
| B3 | Baby It’s You | Ludix Mus. |
| B4 | Do You Want To Know A Secret | Northern Songs (Dick James au 1er pressage) |
| B5 | A Taste Of Honey | Ambassador Mus. |
| B6 | There’s A Place | Northern Songs (Dick James au 1er pressage) |
| B7 | Twist And Shout | Sherwin Mus. |
Sur le tout premier pressage, les quatre lignes marquées « (Dick James au 1er pressage) » affichent donc, elles aussi, « Dick James Mus. Co. ».
Les matrices et le sillon de sortie (dead wax)
Le dead wax — l’espace lisse entre la dernière plage et l’étiquette — porte les numéros de matrice gravés qui identifient les mixages et les coupes.
- Mono (PMC 1202) : face 1 XEX 421-1N, face 2 XEX 422-1N (la face 2 évoluera plus tard en XEX 422-2N).
- Stéréo (PCS 3042) : face A YEX 94-1, face B YEX 95-1.
Les préfixes obéissent au système EMI : XEX désigne les masters mono des 30 cm de variété, YEX les masters stéréo. Le suffixe « -1 » indique la première coupe (le premier laque). La lettre « N » qui suit relève du codage EMI de l’époque. Un détail est cher aux collectionneurs : sur la face 2 mono, ce « N » est fortement enfoncé dans la matière — une signature de fabrication que l’on retrouve sur tous les pressages mono postérieurs jusqu’en 1982.
L’examen du dead wax permet aussi de suivre, pour les initiés, la succession des matrices, « mères » et « pères » (mothers/stampers) : plus un exemplaire descend d’une coupe précoce et de premiers galvanos, plus il est prisé. Sur les tirages inauguraux, on estime que le stéréo n’a donné qu’un nombre très réduit de galvanos, ce qui recoupe la rareté observée.
Mono contre stéréo : rareté et sonorité
Au-delà du numéro de catalogue, mono et stéréo ne sont pas deux emballages d’un même contenu : ce sont deux objets de collection de statut très différent.
Sur le plan de la rareté, le mono a très largement dominé les ventes de 1963 — un rapport de l’ordre de dix à un est communément avancé. Les exemplaires stéréo d’origine à étiquette or sont, de ce fait, extrêmement peu nombreux ; les estimations d’enthousiastes évoquent quelques centaines à un millier d’exemplaires issus des premiers galvanos. C’est ce qui fait du PCS 3042 or, crédit Dick James, la pièce la plus convoitée — et la plus onéreuse — de tout l’album.
Sur le plan sonore, la stéréo de 1963 est une stéréo primitive à deux pistes, au panoramique franchement séparé : voix massées sur un canal, accompagnement sur l’autre. Cette spatialisation abrupte est une caractéristique identifiable à l’écoute, et une raison pour laquelle bien des amateurs considèrent le mixage mono comme la version « de référence » de ce disque, indépendamment de toute considération de rareté.
Authentifier un original
Le disque étant très recherché, les contrefaçons et les rééditions maquillées circulent. Quelques garde-fous :
- Netteté du verso : une impression floue ou empâtée au dos de la pochette est un signal d’alarme majeur.
- Qualité du laminage et des rabats : la pellicule d’origine, le grain du carton et la construction flipback (avec le nom d’EJD ou de Garrod & Lofthouse sur le rabat) doivent être cohérents avec l’époque.
- Concordance étiquette / matrice / pochette : un premier pressage authentique associe étiquette or, crédits Dick James conformes (les six titres), matrices XEX 421-1N / 422-1N (mono) et pochette pelliculée à gros « mono ». Une incohérence — étiquette or mais pochette tardive, ou inversement — signale au minimum un assemblage (mariage postérieur d’un disque et d’une pochette d’origines différentes), qui déprécie l’ensemble même si chaque élément est d’époque.
- Réédition de 1981-1982 : elle se trahit par la mention EMI au pourtour de l’étiquette et par une facture d’impression différente. Sans valeur particulière face aux originaux.
Hiérarchie de désirabilité, en un coup d’œil
Pour le collectionneur, la valeur se lit en cascade, du plus rare au plus courant :
- PCS 3042 stéréo, étiquette or, crédit Dick James (six titres) — le sommet absolu.
- PMC 1202 mono, étiquette or, crédit Dick James — la référence recherchée.
- Étiquette or, crédit Northern Songs (mono ou stéréo) — deuxième pressage, tirage réputé plus court encore que le premier, valeur voisine de l’état précédent.
- Étiquette jaune/noir de 1963-1964 — le premier des pressages « communs », nettement plus abordable.
- Pressages tardifs des années 1960 (logo EMI dès fin 1969) puis rééditions des années 1980 — valeur d’usage.
À titre indicatif, les barèmes de référence donnaient, pour un exemplaire proche du neuf, des cotes de l’ordre de plusieurs centaines de livres sterling pour le mono or/Dick James et de plusieurs milliers pour son équivalent stéréo — des repères qui datent et que le marché a, pour les plus belles pièces, largement révisés à la hausse depuis. La leçon durable n’est pas le chiffre, toujours volatil, mais le principe : sur ce disque, l’écart de valeur entre deux exemplaires se joue à la couleur d’une impression, à six lignes de crédit d’édition et à l’état d’une pellicule — d’où l’importance de l’examen minutieux, étiquette et pochette en main.
Informations sur l’album
- Pays : Angleterre
- Support : 33 Tours
- Label : Parlophone
- Numéro de série : PMC 1202
- Mixage : Mono
- Date de publication : 22/03/1963
Track-listing de l’album
Face A
Face B
Informations complémentaires
Plus haute place dans les charts : Disc Weekly : #1 / Melody Maker : #1 / NME : #1 / Record Retailer : #1
Nombre de semaines dans les charts : 74 (70 semaines à partir du 6 Avril 1963, et 4 semaines à partir du 7 Mars 1987)
N° de matrice Mono : XEX 421-1N / XEX 422-1N
N° de matrice Stereo : YEX 94-1 / YEX 95-1
N° de matrice Mono 1982 : XEX 421-3 / XEX 422-2
Date de publication : 22 Mars 1963 (Mono) / 26 Avril 1963 (Stereo)
Sources et références de collection
Discogs (fiches des différents pressages UK, mono et stéréo) ; jpgr.co.uk ; thebeatles-collection.com ; yokono.co.uk (guides de pochettes et d’étiquettes, mises à jour 2024) ; popsike (relevés d’enchères) ; Rare Record Price Guide. Les données de cote sont indicatives et dépendent étroitement de l’état ; toute acquisition importante gagne à être vérifiée pièce en main.
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