La Discographie anglaise des Beatles : A collection of The Beatles oldies

A collection of The Beatles oldies - The Beatles : les secrets de l'album (paroles, tablature)

A Collection of Beatles Oldies : l’édition originale anglaise, guide du collectionneur

La première compilation britannique des Beatles, pressée en décembre 1966 : références de catalogue, pochette pop-art de David Christian, étiquettes et matrices. Un objet à part dans la discographie — ni album studio, ni EP — que les collectionneurs recherchent pour un titre inédit, cinq mixages stéréo exclusifs et une « fausse stéréo » restée célèbre.

En bref

  • Label : Parlophone (groupe EMI)
  • Références : PMC 7016 (mono) et PCS 7016 (stéréo) — numéro partagé, comme Revolver.
  • Sortie : vendredi 9 décembre 1966 (le 10 selon certains relevés) — exclusivité UK et Australie.
  • Matrices (1er pressage) : mono XEX 619-1G / XEX 620-1G ; stéréo YEX 619-1G / YEX 620-1G.
  • Le titre à chasser : « Bad Boy » (reprise de Larry Williams), seul inédit au Royaume-Uni — l’argument des complétistes.
  • L’exclusivité stéréo : l’édition PCS 7016 livre les premiers mixages stéréo de cinq titres — dont une fausse stéréo de « She Loves You ».
  • Pochette : peinture pop-art de David Christian (commande de Brian Epstein), photo du dos par Robert Whitaker — crédité par erreur « Whittaker ».

Un objet à part : la première compilation

Contrairement aux sept albums qui la précèdent, A Collection of Beatles Oldies n’est pas un disque de matériel neuf : c’est la première compilation « best of » des Beatles, publiée en fin d’année 1966 pour occuper le marché de Noël en l’absence de nouvel album après Revolver. Le disque paraît en PMC 7016 (mono) et PCS 7016 (stéréo) — le numéro 7016, partagé par les deux versions, prolongeant la logique inaugurée par Revolver.

Sur ses seize titres, treize proviennent de singles à succès et huit paraissent pour la première fois sur un 33-tours britannique. C’est aussi le premier album des Beatles à ne pas atteindre la première place des classements au Royaume-Uni — Revolver se vendant encore, et The Sound of Music tenant le sommet ce Noël-là. Exclusivité britannique et australienne, la compilation n’a jamais connu de véritable réédition CD dans cette configuration : pour bien des amateurs, le vinyle d’origine reste la seule source de ce programme précis.

Pourquoi les collectionneurs la recherchent

Trois raisons distinguent cet objet, et justifient son intérêt en dépit de sa nature de simple anthologie.

« Bad Boy », l’unique inédit

Sur les seize plages, une seule était inédite au Royaume-Uni : « Bad Boy », reprise de Larry Williams enregistrée en 1965 et jusque-là réservée à l’album américain Beatles VI. Sa présence fait de la compilation un achat obligé pour le complétiste de 1966 — c’était, à l’époque, le seul moyen de posséder ce titre sur disque britannique.

Cinq premiers mixages stéréo

L’édition stéréo (PCS 7016) a une valeur documentaire propre : elle livre les premiers mixages stéréo de cinq titres jusque-là disponibles en mono seulement — « She Loves You », « Day Tripper », « We Can Work It Out », « Paperback Writer » et « I Want to Hold Your Hand » —, réalisés spécialement pour cette compilation. Là encore, faute de réédition, le disque fut longtemps le seul foyer de ces versions stéréo.

La « fausse stéréo » de « She Loves You »

Le cas de « She Loves You » est le plus savoureux. Les bandes deux-pistes d’origine n’existant plus, aucun véritable mixage stéréo n’était possible ; on fabriqua donc une stéréo factice (« mock stereo ») en retirant les aigus d’un canal et les graves de l’autre. Le résultat — une mono déguisée en stéréo — est unanimement jugé médiocre par les oreilles exigeantes, mais il constitue une curiosité de collection recherchée : sur l’édition stéréo, « She Loves You » ne sonne comme nulle part ailleurs.

Le programme : seize titres, huit premières

L’intérêt historique de la compilation tient à sa fonction de charnière : sur ses seize plages, huit provenaient déjà d’albums britanniques, tandis que les huit autres — jusque-là réservées aux 45-tours — faisaient ici leur première apparition sur un 33-tours britannique. C’est ce qui explique que l’étiquette porte des dates de dépôt ℗ échelonnées de 1963 à 1966, titre par titre, selon l’année d’enregistrement. Le tableau ci-dessous récapitule cette provenance — un repère précieux pour situer chaque plage :

# Titre Provenance UK
A1 She Loves You Single (1re fois sur LP) 1963
A2 From Me To You Single (1re fois sur LP) 1963
A3 We Can Work It Out Single (1re fois sur LP) 1965
A4 Help! Album Help! 1965
A5 Michelle Album Rubber Soul 1965
A6 Yesterday Album Help! 1965
A7 I Feel Fine Single (1re fois sur LP) 1964
A8 Yellow Submarine Album Revolver 1966
B1 Can’t Buy Me Love Album A Hard Day’s Night 1964
B2 Bad Boy Inédit au Royaume-Uni 1965
B3 Day Tripper Single (1re fois sur LP) 1965
B4 A Hard Day’s Night Album A Hard Day’s Night 1964
B5 Ticket To Ride Album Help! 1965
B6 Paperback Writer Single (1re fois sur LP) 1966
B7 Eleanor Rigby Album Revolver 1966
B8 I Want To Hold Your Hand Single (1re fois sur LP) 1963

On mesure ainsi la générosité relative de l’objet : treize des seize titres venaient de singles ayant atteint le sommet des ventes, un seul (« Bad Boy ») était réellement inédit, et « Michelle » offrait, avec « Eleanor Rigby » et « Yellow Submarine », un pont vers les albums les plus récents. Pour l’acheteur de 1966 déjà pourvu des 45-tours et des albums, l’apport strictement neuf se limitait donc à une chanson — ce que la critique de l’époque ne manqua pas de relever.

La pochette pop-art de David Christian

Le recto tranche radicalement avec tout ce qui précède : ni photographie du groupe, ni portrait dessiné, mais une peinture pop-art aux couleurs vives et au style « flower power » / op-art alors à la mode, œuvre de David Christian — une commande du manager Brian Epstein. Les Beatles eux-mêmes n’y figurent pas ; la couverture, souvent jugée saugrenue par la critique, reste l’une des plus atypiques de leur discographie britannique.

La photographie du dos est due à Robert Whitaker — mais son nom y est imprimé avec une faute, « Whittaker » (un « t » de trop), petite coquille qui amuse les collectionneurs. Les deux numéros de catalogue (PMC 7016 et PCS 7016) figurent en petits caractères en bas à droite du dos, et le mot mono ou stereo dans l’angle supérieur.

Il s’agit d’une pochette simple (non ouvrante), à recto laminé et rabats flipback, fabriquée par Garrod & Lofthouse Ltd. ou Ernest J. Day & Co., avec la mention « Patents pending » (brevet n° 943 895) sur le rabat inférieur. Le disque était livré avec la pochette intérieure « Use Emitex ».

L’étiquette et ses variantes

L’étiquette obéit à la norme de la fin 1966 : logo Parlophone jaune sur fond noir, texte argenté, pourtour « The Gramophone Co. Ltd. », mention « Sold in U.K. subject to resale price conditions » au-dessus du trou central, « Made in Gt. Britain ». Particularité de compilation : les mentions de dépôt y sont indiquées titre par titre (1963, 1964, 1965 ou 1966 selon l’année d’enregistrement de chaque plage). Le code de taxe KT figure généralement sur la face A.

Deux sous-variantes de premier tirage retiennent l’œil de l’expert :

  • Une variante d’étiquette à petite police et larges espaces entre les mots dans le texte « Sold in U.K.… ».
  • Un repère d’alignement très fin : sur l’une des premières étiquettes mono, le « 6 » de « 7016 » s’aligne à droite avec le dernier « s » de « LISTS ».

Côté édition musicale, l’ensemble des titres relève de Northern Songs, à une exception : « Bad Boy » (face 2), reprise, est crédité à Venice Music Ltd. (via Mecolico) — seule ligne non-Northern de l’étiquette, cohérente avec son statut de reprise.

Les matrices et le sillon de sortie (dead wax)

Le dead wax confirme la lecture des étiquettes :

  • Mono (PMC 7016) : premier pressage XEX 619-1G / XEX 620-1G.
  • Stéréo (PCS 7016) : premier pressage YEX 619-1G / YEX 620-1G.

Les préfixes obéissent au système EMI (XEX mono, YEX stéréo), et l’on retrouve ici le numéro de master partagé (619 / 620) entre les deux versions, à l’image du catalogue 7016. Le suffixe -1G désigne la première coupe (la lettre G renvoyant à la « mère » de première génération) ; il est suivi de lettres de galvano variables (MM/GA, TM/LT, GT/RD…) selon les stampers. À la différence de Rubber Soul ou Revolver, ce titre ne comporte pas de mixage retiré à traquer : le -1G est bien la frappe de premier pressage, et c’est la concordance étiquette / matrice / pochette qui prime.

Mono contre stéréo : où se niche la valeur

Sur cette compilation, l’intérêt du collectionneur penche, fait notable, vers le stéréo. Certes le mono d’origine (PMC 7016) reste un premier pressage désirable ; mais c’est l’édition stéréo (PCS 7016) qui concentre les singularités documentaires — les cinq premiers mixages stéréo et la fausse stéréo de « She Loves You » —, ce qui en fait l’objet le plus intéressant à posséder, et le plus coté en bel état. Un premier pressage stéréo 1G/1G proche du neuf peut atteindre l’équivalent de 150 à 200 livres, là où un mono de bonne tenue se négocie plus modestement.

Comme toujours, l’état commande : pellicule intacte, rabats flipback nets, vinyle sans usure, et — pour cette compilation jamais rééditée à l’identique — la présence de la pochette intérieure Emitex d’origine ajoute au cachet.

Chronologie simplifiée des pressages

État Période Signes distinctifs
1er pressage déc. 1966 Étiquette jaune/noir, pourtour « The Gramophone Co. Ltd. », « Sold in U.K. », ℗ par titre, matrices XEX 619-1G / 620-1G (mono) / YEX 619-1G / 620-1G (stéréo)
Pressages tardifs fin années 1960 Suffixes de coupe supérieurs, évolutions typographiques
Réédition 1973 Étiquette noire à deux logos EMI (label « noir et gris »)

(Pour mémoire : l’album a aussi paru en bande — TA-PMC 7016 — et en cassette.)

Authentifier un original — et hiérarchie de désirabilité

Points de contrôle :

  • Concordance étiquette / matrice / pochette. Un authentique premier tirage associe pourtour « The Gramophone Co. Ltd. », matrices -1G (mono XEX 619/620, stéréo YEX 619/620), pochette laminée flipback signée Garrod & Lofthouse ou Ernest J. Day et — indice amusant — la coquille « Whittaker » au dos.
  • Le crédit « Bad Boy ». Vérifier la mention Venice Music en face 2, cohérente avec le premier pressage.
  • Netteté d’impression au dos, qualité du laminage, intégrité des rabats.

La hiérarchie de valeur se lit ainsi, du plus recherché au plus courant :

  1. Stéréo PCS 7016, premier tirage 1G/1G en bel état — la cible, pour ses mixages exclusifs.
  2. Mono PMC 7016, premier tirage 1G/1G — désirable, plus abordable.
  3. Pressages tardifs (suffixes supérieurs) — valeur d’usage.
  4. Réédition de 1973 (deux logos EMI) — sans prime particulière.

En un coup d’œil

A Collection of Beatles Oldies est le disque que l’on ne collectionne pas pour sa nouveauté musicale, mais pour ce qu’il contient d’unique : « Bad Boy », inédit britannique ; cinq premiers mixages stéréo créés pour l’occasion ; et cette « fausse stéréo » de « She Loves You » qu’aucun autre disque ne propose. Le premier tirage se reconnaît sans mal — pourtour « Gramophone », matrices -1G, coquille « Whittaker » au dos — et c’est, pour une fois, l’édition stéréo qui l’emporte en intérêt. Un objet mineur en apparence, mais que sa singularité et l’absence de réédition à l’identique rendent, pour le collectionneur, franchement attachant.

Informations sur l’album

  • Pays : Angleterre
  • Support : 33 Tours
  • Label : Parlophone
  • Numéro de série : PMC 7016 – Mono / PCS 7016 – Stereo
  • Mixage : Mono
  • Date de publication : 10/12/1966

Track-listing de l’album

Informations complémentaires

Plus haute place dans les charts : Disc Weekly : #4 / Melody Maker : #4 / NME : #6 / Record Retailer : #7
Nombre de semaines dans les charts : 34 (à partir du 10 Décembre 1966)
N° de matrice Mono : XEX 619 / XEX 620
N° de matrice Stereo : YEX 619-1G / YEX 620-1G

 


Sources et références de collection

Discogs (relevés d’étiquette et de matrices, notes sur les mixages stéréo et la fausse stéréo de « She Loves You », pochettes Garrod & Lofthouse / Ernest J. Day) ; jpgr.co.uk ; The Beatles Bible ; vinylpussycat et Big Dawg Records (variantes d’étiquette) ; The Usenet Guide to Beatles Recording Variations (J. Brennan) ; popsike et relevés de disquaires ; Rare Record Price Guide. Les indications de cote sont indicatives et dépendent étroitement de l’état ; toute acquisition importante gagne à être vérifiée pièce en main.

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