En bref — Le week-end du 29 et 30 août 2026, Charlotte Kemp Muhl et Sean Ono Lennon sont devenus parents d’un garçon prénommé Aurelius. La nouvelle a filtré le 31 août par une publication de Julian Lennon, aîné de la fratrie, annonçant qu’il était devenu oncle ; le message a été retiré peu après. Sean l’a confirmée lui-même le 1er septembre sur ses réseaux, dans une formule qui lui ressemble : « Charlotte et moi avons bel et bien fabriqué un haricot humain. Il s’appelle Aurelius. » Aurelius est le premier petit-fils de John Lennon. Il naît cinquante ans après son père, presque jour pour jour, dans une famille où les dates ont toujours eu la manie de se répondre. Cet article n’est pas une dépêche : c’est un double portrait et le récit d’une vie commune de vingt et un ans, celle d’un couple qui a fondé un groupe pour rester ensemble, un label pour rester libre, et qui a passé deux décennies à travailler dans la même pièce.
Sommaire
Le week-end où la nouvelle est sortie : chronologie exacte d’une annonce en trois temps
Il y a des naissances qui s’annoncent par un communiqué de maison de disques, avec photo cadrée et citation relue par trois attachés de presse. Celle d’Aurelius s’est annoncée par une maladresse familiale, un post effacé et une plaisanterie potache. C’est déjà, en soi, un portrait du couple concerné.
Le 31 août : Julian Lennon devient oncle, et le dit
Le premier à parler n’est pas le père. C’est le frère. Le dimanche 31 août 2026, Julian Lennon publie sur ses réseaux un long message intitulé « A week in the life… » — clin d’œil transparent à « A Day in the Life » — dans lequel il raconte quarante-huit heures passées à Londres : un rendez-vous médical, des retrouvailles avec des proches, une promenade dans le Kensington de son enfance. Et, au détour de ce carnet de voyage, l’annonce : la chose la plus extraordinaire qui soit arrivée ce week-end, dans le monde entier, c’est qu’il est devenu oncle. Suivent des félicitations à Sean et Charlotte pour leur nouveau « Beautiful Boy », et une signature : « Uncle Jules ».
Le message ne cite ni le prénom de l’enfant, ni la date exacte de la naissance, ni l’hôpital. Plusieurs rédactions anglo-saxonnes ont indiqué qu’il avait été retiré peu après. Il avait, entre-temps, été lu, capturé et relayé partout.
Cette séquence est le détail le plus éloquent de toute l’affaire. Elle indique que Julian a parlé avant le moment convenu — que la famille avait un calendrier, et qu’il l’a doublé. Rien, dans les jours qui ont suivi, n’a laissé penser à un incident : ni Sean ni Julian n’ont commenté l’épisode, et Sean n’a pas manqué, dans son propre message, de reprendre le ton affectueux qui caractérise leurs échanges publics depuis plusieurs années. Mais l’ordre des événements compte pour l’historien : la première source publique sur la naissance du premier petit-fils de John Lennon est le fils aîné de John Lennon, celui qui a passé sa vie à être présenté comme le fils d’à côté. Nous avons consacré à ce message, à ses références et à son contexte un article distinct, publié dès le 1er septembre ; le présent dossier prend la suite en changeant de focale.
Le 1er septembre : « un haricot humain »
Le lendemain, Sean Ono Lennon publie sur Instagram et sur X une série d’images familiales accompagnées d’un texte bref. La formulation exacte, telle qu’elle a circulé et telle qu’elle a été reprise par les rédactions anglo-saxonnes, tient en une phrase et deux points d’exclamation : Charlotte et lui souhaitent annoncer qu’ils ont bel et bien créé un Human Bean — littéralement un « haricot humain », calembour sur human being, être humain. Le prénom suit : Aurelius. Puis un « merci » qui clôt le message comme on referme une porte.
Une des photographies, prise à la maternité, porte une légende de deux mots : « Baby Momma ». C’est tout. Aucune tribune sur la paternité, aucune référence à John, aucune citation de chanson. Pour un homme dont chaque geste public est immédiatement lu à travers le prisme de 1980, ce laconisme est un choix.
Charlotte Kemp Muhl : l’ADN comme code extraterrestre
La réaction de la mère, elle, mérite d’être citée pour ce qu’elle dit de son autrice. Charlotte Kemp Muhl a publié de son côté une phrase à peu près intraduisible sans en abîmer la bizarrerie : nous avons fabriqué un humain, et elle est convaincue que l’ADN est un code quaternaire extraterrestre doué d’intention.
Il faut avoir lu ses textes pour comprendre que ce n’est pas une pose. Kemp Muhl écrit depuis des années sur la biologie, la technologie, l’intelligence artificielle et le transhumanisme ; elle a signé pour Talkhouse un essai sur l’art généré par les machines ; le groupe dont elle est la bassiste et la directrice artistique se définit comme une secte rock post-apocalyptique dont la devise est « Mutate or Die », mute ou meurs. Annoncer une naissance en parlant de code quaternaire, chez elle, relève de la cohérence intellectuelle, pas de l’excentricité de circonstance.
Correctif factuel n°1 — L’âge de Sean Ono Lennon
Plusieurs titres de la presse britannique et américaine ont annoncé la naissance en créditant Sean Ono Lennon de 51 ans, certains dans le titre même de l’article, parfois avec « 50 » dans le corps du texte et « 51 » dans l’URL. Sean Tarō Ono Lennon est né le 9 octobre 1975. Au 1er septembre 2026, il a 50 ans. Il en aura 51 le 9 octobre 2026, soit cinq semaines après la naissance de son fils. La confusion vient probablement d’un arrondi effectué à partir de l’année de naissance.
Ce que l’annonce ne dit pas — et pourquoi nous n’irons pas plus loin
Les faits communiqués par les intéressés se résument à trois éléments : il y a un enfant, c’est un garçon, il s’appelle Aurelius. Le couple n’a donné ni date de naissance précise, ni lieu, ni poids, ni aucune indication sur les circonstances. Les dépêches qui ont suivi ont, pour l’essentiel, déduit la date de la formule employée par Julian Lennon — « ce week-end » — pour situer la naissance autour des 29 et 30 août 2026.
Plusieurs sites ont, dans les heures suivantes, publié des hypothèses sur les conditions de cette naissance, à partir d’une apparition publique du couple au printemps. Nous ne les reprendrons pas. Non par pudibonderie, mais par méthode : il s’agit d’une conjecture fondée sur l’observation d’une photographie, sans aucune confirmation des intéressés, et portant sur la sphère la plus intime qui soit. Un site qui consacre des articles entiers à corriger les erreurs propagées depuis soixante ans sur les Beatles serait mal venu d’en fabriquer une nouvelle en direct.
Aurelius : anatomie d’un prénom
Les prénoms, dans cette famille, n’ont jamais été neutres. Il vaut donc la peine de s’arrêter sur celui-là, à condition de dire d’emblée ce qu’on ne sait pas : ni Sean ni Charlotte n’ont expliqué leur choix. Tout ce qui suit relève de la mise en perspective, pas de l’exégèse autorisée.
Un prénom latin dans une famille de prénoms hérités
Aurelius est un gentilice romain, c’est-à-dire un nom de gens, de lignée. Il dérive de l’adjectif aureus, doré. La gens Aurelia était une famille plébéienne devenue considérable sous la République ; le nom est passé à la postérité par l’empereur Marc Aurèle, dont les Pensées sont l’un des textes philosophiques les plus lus au monde et le bréviaire des stoïciens de toutes les époques. Il a aussi une descendance chrétienne — plusieurs saints Aurèle — et une descendance littéraire.
Dans le contexte familial, ce choix est frappant par ce qu’il n’est pas. Il n’est pas anglais. Il n’est pas japonais. Il n’est pas une reprise. Ce n’est ni « John », ni « Yoko », ni « Julia », ni « Tarō ». C’est un nom neuf dans une famille qui pratique depuis trois générations la citation.
La mécanique des prénoms chez les Lennon
Rappelons la série. John Winston Lennon reçoit en 1940 un deuxième prénom en hommage à Winston Churchill, dans un Liverpool sous les bombes. Il donnera à son premier fils, né le 8 avril 1963, le prénom de John Charles Julian Lennon : Julian, en souvenir de Julia Lennon, sa mère, morte renversée par une voiture en juillet 1958. Le deuxième fils, né le 9 octobre 1975 — le jour du trente-cinquième anniversaire de son père —, s’appelle Sean Tarō Ono Lennon : Seán est la forme irlandaise de John, Tarō un prénom japonais traditionnellement donné au fils aîné. Autrement dit, le fils cadet porte, en deux langues, le prénom de son père et le rang de premier-né. En 1976, John Lennon changera lui-même son propre deuxième prénom, abandonnant Winston pour Ono.
Cette famille ne choisit pas des prénoms : elle écrit des dédicaces. Julian, c’est Julia. Sean, c’est John. Ono, c’est Yoko. Et voici qu’arrive Aurelius, qui ne renvoie à personne de la maison.
Le fil romain, et ce qu’il ne prouve pas
Une coïncidence mérite tout de même d’être notée, sans qu’on lui fasse dire plus qu’elle ne peut. Julianus, dont vient Julian, est lui aussi un nom romain — dérivé de la gens Julia, celle de Jules César. Il y a donc désormais, dans l’arbre des Lennon, un Julien et un Aurèle : deux prénoms d’empereurs, à deux générations d’écart, choisis par des personnes différentes pour des raisons différentes. C’est joli. Ce n’est pas un programme.
On peut aussi noter que Sean Ono Lennon est un lecteur revendiqué de philosophie et de sciences, qu’il a plusieurs fois expliqué préférer la méthode scientifique aux systèmes religieux, et que le stoïcisme a connu ces quinze dernières années un regain considérable dans les milieux artistiques new-yorkais. Là encore : matière à hypothèse, pas à conclusion.
Correctif factuel n°2 — « Le premier petit-enfant de John Lennon et Yoko Ono »
La formule a été employée telle quelle par plusieurs rédactions. Elle est exacte pour John Lennon : Julian Lennon n’a pas d’enfant, Aurelius est donc bien le premier petit-fils de John. Elle est inexacte pour Yoko Ono prise isolément. Yoko Ono a eu une fille d’un précédent mariage, Kyoko Chan Cox, née le 8 août 1963, dont on sait publiquement qu’elle est mère. Aurelius est donc le premier petit-enfant de Yoko Ono du côté de Sean, et le premier petit-enfant de John Lennon tout court. La nuance n’est pas un détail : elle touche à l’histoire douloureuse de la disparition de Kyoko pendant plus de vingt ans, et à la manière dont la presse efface régulièrement cette branche de la famille.
Portrait de Sean Ono Lennon : l’enfant du 9 octobre
Il faut du courage, ou une forme d’inconscience, pour faire de la musique quand on s’appelle Lennon. Sean Ono Lennon en fait depuis trente ans, et la meilleure preuve de sa réussite tient peut-être à ceci : la majorité des gens qui aiment ses disques ne les aiment pas parce qu’ils sont de lui.
Naître le jour de l’anniversaire de son père
Sean Tarō Ono Lennon naît le jeudi 9 octobre 1975 au Weill Cornell Medical Center de Manhattan. Son père fête ce jour-là ses trente-cinq ans. La coïncidence — que John Lennon a immédiatement transformée en signe — est le premier événement d’une biographie qui n’en manquera pas.
Le contexte de cette naissance a été raconté ailleurs sur ce site : elle intervient au terme d’une séparation de dix-huit mois entre John Lennon et Yoko Ono, celle qu’on appelle le « week-end perdu », et elle déclenche presque aussitôt la décision de John de se retirer complètement de la vie publique. Pendant cinq ans, l’homme le plus célèbre du monde va élever son fils au Dakota, faire du pain, écrire peu, publier rien. C’est la seule période de sa vie adulte où il n’a pas d’obligations professionnelles. Elle existe à cause de Sean.
De cette période, l’enfant n’a évidemment que des souvenirs partiels. Il a raconté par la suite quelques scènes domestiques : la présence constante de son père, la voix, les colères, les habitudes du Dakota.
Cinq ans, et un père qui ne revient pas
Le 8 décembre 1980, John Lennon est abattu à l’entrée du Dakota. Sean a cinq ans et deux mois. La chronologie exacte de cette journée, y compris la question de savoir si le couple était rentré plus tôt pour embrasser l’enfant avant qu’il ne s’endorme, a fait l’objet d’un article distinct sur ce site ; disons simplement ici que le récit répandu selon lequel John rentrait spécialement pour voir Sean est plausible, rapporté, et repose sur des témoignages qu’il faut manier avec précaution.
Ce qu’on peut affirmer, c’est que Sean Ono Lennon est l’un des rares êtres humains à avoir vu son deuil devenir un objet public planétaire. Il a grandi avec des inconnus qui pleuraient devant chez lui. Il a été, dès l’enfance, une pièce de l’iconographie : le « beautiful boy » de la chanson de Double Fantasy, l’enfant de l’album-retour de 1980, celui à qui son père dit d’affronter la vie et que la vie est ce qui arrive pendant qu’on fait d’autres projets.
Une éducation en trois pays
La scolarité de Sean est celle d’une famille fortunée et cosmopolite : maternelle à Tokyo, puis à New York l’Ethical Culture Fieldston School et la Dalton School, puis en Suisse l’Institut Le Rosey, l’un des pensionnats les plus chers du monde. Il entre ensuite à l’université Columbia, où il étudie l’anthropologie pendant trois semestres avant de tout arrêter pour partir en tournée avec sa mère.
Il parle anglais et japonais. Il possède la double nationalité, américaine par naissance et britannique par son père. Cette triple appartenance — New York, Tokyo, Liverpool par procuration — explique beaucoup de son rapport à la célébrité : il n’a jamais été un artiste national.
Le Macintosh de Steve Jobs et les premiers enregistrements
Une anecdote résume l’étrangeté de cette enfance. En octobre 1984, pour son neuvième anniversaire, l’un des invités s’appelle Steve Jobs. Il apporte à l’enfant l’un des tout premiers Macintosh. Sean Ono Lennon a donc appris à se servir d’un ordinateur personnel avant à peu près tout le monde, offert par l’homme qui les vendait.
Ses débuts discographiques sont encore plus précoces. À cinq ans, il récite une histoire sur Season of Glass, l’album que Yoko Ono publie en 1981, six mois après la mort de John. Il chante et coproduit ensuite plusieurs disques de sa mère au fil de son adolescence, notamment It’s Alright (I See Rainbows), Starpeace et le coffret Onobox. Sa présence sur ces disques n’est pas décorative : elle constitue, littéralement, son apprentissage du studio.
À seize ans, il coécrit « All I Ever Wanted » avec Lenny Kravitz pour l’album Mama Said (1991), et participe avec lui à une reprise de « Give Peace a Chance » enregistrée en protestation contre la guerre du Golfe. On l’aperçoit aussi dans le Moonwalker de Michael Jackson (1988).
Cibo Matto, Grand Royal et la bande des Beastie Boys
Le vrai basculement a lieu en 1996. Miho Hatori et Yuka Honda, les deux moitiés du duo new-yorkais Cibo Matto, l’invitent à les accompagner sur scène à la basse. Il jouera sur l’EP Super Relax, participera au projet parallèle Butter 08, puis à l’album Stereo Type A (1999), sur lequel il tient successivement la batterie, les guitares et les synthétiseurs. Il est alors en couple avec Yuka Honda.
C’est par ce réseau qu’Adam Yauch, des Beastie Boys, l’entend et l’encourage à signer sur Grand Royal, le label du groupe. La phrase que Sean a prononcée alors résume vingt ans de méfiance : il pense avoir trouvé le seul label de la planète qui se moque de savoir qui sont ses parents et comment il s’appelle.
Dans la même période, il participe aux Tibetan Freedom Concerts organisés par Yauch entre 1996 et 1999. Une amitié musicale et politique s’installe, qui durera jusqu’à la mort de Yauch en 2012.
« Into the Sun » (1998) : le disque d’un fils qui refuse le rôle
Into the Sun paraît le 8 mai 1998 au Japon et le 19 mai aux États-Unis, sur Grand Royal distribué par Capitol. Il est enregistré pour l’essentiel au Sear Sound de New York, avec Tom Schick à la prise de son et au mixage, et Bob Ludwig au mastering. Yuka Honda coproduit et joue ; Sean dira que le disque est inspiré par elle. Autour d’eux : Timo Ellis, Miho Hatori, le trompettiste de jazz Dave Douglas, l’organiste John Medeski.
Musicalement, c’est un objet doux, hybride, qui passe de la bossa-nova au rock alternatif sans prévenir. Il ne ressemble à aucun disque de John Lennon, ce qui était manifestement le but. Le Chicago Tribune salue une vraie compréhension des mécaniques de la chanson pop ; la critique dans son ensemble est plutôt bonne, les ventes modestes.
Correctif factuel n°3 — La voix de la fin d’« Into the Sun »
Le dernier morceau du disque, « Sean’s Theme », se termine par une voix qui murmure « Goodnight, Sean ». Depuis 1998, une légende tenace veut qu’il s’agisse d’un enregistrement domestique de John Lennon, en écho à la fin de « Beautiful Boy (Darling Boy) ». C’est faux. La voix est celle de Walter Sear, l’ingénieur et propriétaire du studio Sear Sound où l’album a été enregistré. L’hommage à la chanson du père est réel ; l’archive familiale, elle, n’existe pas.
« Friendly Fire » (2006) : le deuil, la trahison et un film
Huit ans séparent le premier album du deuxième. Friendly Fire paraît le 2 octobre 2006 chez Capitol aux États-Unis et Parlophone au Royaume-Uni. C’est un disque de rupture, au sens le plus littéral : il naît de la relation orageuse de Sean avec l’actrice Bijou Phillips et de la découverte que celle-ci le trompait avec Max LeRoy, ami d’enfance de Sean, mort dans un accident de moto avant que les deux hommes aient pu s’expliquer. Le titre de l’album — « tir ami » — dit tout.
Sur le disque : Jon Brion, Greg Kurstin, le batteur Jim Keltner, vieux compagnon des ex-Beatles. L’album atteint la 152e place du Billboard 200, un chiffre modeste, mais il obtient en France une certification argent après quarante-trois semaines de présence dans les classements — la France, une fois de plus, se montrant plus fidèle qu’ailleurs aux enfants Lennon.
Le disque s’accompagne d’un film du même nom, réalisé par Michele Civetta, qui enchaîne les clips de chaque morceau en un récit unique : la découverte de la trahison, racontée à travers des décors de cirque et des duels à l’épée victoriens, avec Lindsay Lohan, Devon Aoki et Carrie Fisher au générique. Yoko Ono en est productrice exécutive.
Le producteur, le sideman, le passeur
À partir de la fin des années 2000, Sean Ono Lennon fait quelque chose que peu d’héritiers font : il devient utile aux autres. Il produit Between My Head and the Sky (2009), l’album du Plastic Ono Band reformé autour de sa mère. Il produit ou coproduit plusieurs disques des Black Lips, l’album Songs for Our Mothers (2016) de Fat White Family, l’EP de remix Illuminated de John Malkovich (2016), des morceaux d’Albert Hammond Jr. Il apparaît sur Lust for Life de Lana Del Rey (2017), en duo sur « Tomorrow Never Came » — un titre dont l’allusion beatlesienne est assumée.
Il compose aussi pour le cinéma : Smile for the Camera (2005), Rosencrantz and Guildenstern Are Undead (2009), Alter Egos (2012, où il fait une apparition), Ava’s Possessions (2015). Il prête sa voix au film d’animation Un monstre à Paris (2011). Il monte, avec le batteur Greg Saunier de Deerhoof, le duo d’improvisation Mystical Weapons (2012).
Cette activité de sideman et de producteur est la clef de sa longévité. Elle lui a permis de ne jamais dépendre d’un succès sous son nom.
The Claypool Lennon Delirium : la carrière parallèle qui a le mieux marché
En 2015, le bassiste Les Claypool, fondateur de Primus, propose à Sean d’écrire ensemble. Le duo prend le nom de The Claypool Lennon Delirium et publie Monolith of Phobos en 2016 — un disque qui entre dans les dix premières places de trois classements Billboard, la meilleure performance commerciale de la carrière de Sean. Suit South of Reality en 2019, enregistré en deux mois dans le studio californien de Claypool, puis l’EP Lime and Limpid Green (2017).
Sean qualifie leur musique de « progadelic », mot-valise entre progressif et psychédélique. Le groupe tourne beaucoup, avec João Nogueira aux claviers et Paulo Baldi (de Cake) à la batterie.
Et le 1er mai 2026, quatre mois avant la naissance d’Aurelius, paraît leur troisième album : The Great Parrot-Ox and the Golden Egg of Empathy. C’est le premier disque conceptuel du duo : une fable sur une intelligence artificielle qui échappe à ses créateurs — Sean l’a résumée en parlant d’un robot qui transforme le monde entier en trombones, référence directe à une expérience de pensée célèbre sur l’alignement des machines. Le thème central en est l’empathie, et son érosion contemporaine. Willow Smith chante sur le morceau-titre ; Gabby La La ajoute sitar et chœurs ; le mastering est signé Stephen Marcussen. Claypool a déclaré y avoir passé plus de temps que sur n’importe quel autre album de sa vie. Le disque est entré dans les classements en Autriche, en Allemagne, en Suisse, en Écosse et au Royaume-Uni.
On notera la coïncidence de calendrier, qui n’a échappé à personne : l’année où Sean Ono Lennon devient père est celle où il publie un disque sur la capacité des machines à ressentir ce que ressentent les vivants.
« Asterisms » (2024) : la sortie par l’instrumental
Entre-temps, en février 2024, Sean a publié son troisième album solo, vingt-six ans après le premier. Asterisms paraît le 16 février 2024 chez Tzadik, le label du compositeur John Zorn. Il est entièrement instrumental : cinq pièces longues, dont un morceau-titre de près de onze minutes, entre jazz électrique, musique de film et rock cosmique.
La musique a d’abord été écrite pour une série de concerts à The Stone, la salle new-yorkaise fondée par Zorn, jouée en octobre 2022 avec Ches Smith, Devin Hoff, Yuka Honda, João Nogueira et Michael Leonhart. La pandémie avait retardé le projet ; l’enregistrement s’est finalement fait dans le studio de Sean, dans l’État de New York, avec Mauro Refosco aux percussions et Johnny Mathar à la batterie sur certains titres.
Le choix est significatif. À cinquante ans moins un an, l’homme qui porte le nom de l’un des plus grands paroliers du siècle publie un disque sans une seule parole.
Le gardien : un Oscar, un Grammy, deux coffrets
Depuis le milieu des années 2010, et plus nettement depuis que Yoko Ono s’est retirée, Sean Ono Lennon est devenu l’exécuteur artistique de l’œuvre de ses parents. Cette fonction lui a valu deux des plus grandes récompenses de l’industrie, dans des catégories que le public identifie mal.
Le 10 mars 2024, à la 96e cérémonie des Oscars, War Is Over! Inspired by the Music of John and Yoko reçoit l’Oscar du meilleur court métrage d’animation. Le film, réalisé par Dave Mullins et produit par Brad Booker, dure onze minutes : pendant la Première Guerre mondiale, deux soldats des tranchées adverses jouent une partie d’échecs par pigeon voyageur interposé, sans savoir qui est l’autre. Sean Ono Lennon est coauteur de l’histoire avec Mullins, et sa société Lenono Music est partie prenante de la production. Dans son discours, il a souhaité une bonne fête des mères à Yoko Ono — la cérémonie ne tombait pas ce jour-là, ce qui a fait sourire l’assistance et ému tout le monde.
Le 2 février 2025, au 67e Grammy Awards, il reçoit avec Simon Hilton le Grammy du meilleur coffret ou édition limitée spéciale pour Mind Games (The Ultimate Collection).
Correctif factuel n°4 — Ce que récompensent l’Oscar et le Grammy de Sean Ono Lennon
Deux raccourcis circulent. Le premier fait de Sean le réalisateur ou le compositeur de War Is Over! : il en est coauteur de l’histoire et producteur, la réalisation est de Dave Mullins et la musique originale de Thomas Newman, l’animation étant assurée par Wētā FX sous Unreal Engine. Le second présente le Grammy 2025 comme une récompense musicale : la catégorie « Best Boxed or Special Limited Edition Package » récompense le travail éditorial et graphique d’un coffret, pas son contenu sonore. Ces distinctions ne diminuent rien : elles disent précisément quel métier Sean exerce désormais.
Deux chantiers d’archives ont occupé les années 2024 et 2025. Le documentaire One to One : John & Yoko, réalisé par Kevin Macdonald et Sam Rice-Edwards, présenté à la Mostra de Venise le 30 août 2024 et sorti en salles en avril 2025, dont Sean a supervisé le remastering audio et qu’il a produit ; et surtout le coffret Power to the People, publié le 10 octobre 2025 chez Mercury : neuf CD, trois Blu-ray, un livre de 204 pages, trente et un titres live tirés des deux concerts du 30 août 1972 au Madison Square Garden, et quatre-vingt-douze titres bonus. Sean a supervisé la restauration et la sélection de cent vingt-trois pistes, dont quatre-vingt-dix inédites. Le coffret a obtenu 75/100 sur Metacritic et s’est classé dans plusieurs pays, dont la France.
Sur ce travail, il a eu cette phrase, en décembre 2025, sur CBS : c’est comme obtenir des moments supplémentaires à passer avec son père. Et sur sa fonction : il est techniquement le gardien de cet héritage, mais le monde l’est aussi. Il ajoutait, plus inquiet : il fait de son mieux pour que la jeune génération n’oublie pas les Beatles, ni John, ni Yoko.
L’homme public : militantismes, méditation, contradictions
Sean Ono Lennon n’est pas un artiste apolitique, mais il est un artiste inclassable. Il a organisé et joué dans les Tibetan Freedom Concerts. Il est apparu à Wall Street en octobre 2011 pour jouer devant les occupants du mouvement Occupy, avec Rufus Wainwright et Josh Fox, en refusant de commenter auprès de la presse. Il a publié en août 2012 une tribune dans le New York Times contre la fracturation hydraulique et cofondé dans la foulée le collectif Artists Against Fracking, qui a réuni plus de deux cents signataires — dont Mark Ruffalo, Anne Hathaway, et deux anciens Beatles, Paul McCartney et Ringo Starr.
Il pratique la méditation transcendantale et a joué en 2013 pour la fondation David Lynch. Il se dit non hostile aux religions mais préfère la méthode scientifique, expliquant que pour lui la religion relève de la mythologie. Il a exprimé en 2016 des sympathies pour des positions libertariennes, se décrivant à la fois pacifiste, capitaliste et anarchiste — formule qui a suscité les commentaires que l’on imagine chez les héritiers idéologiques de « Imagine ».
C’est un homme qui refuse d’être le porte-drapeau qu’on voudrait qu’il soit. Le seul héritage qu’il revendique sans nuance est esthétique et familial.
Portrait de Charlotte Kemp Muhl : la stratège
Dans à peu près tous les articles consacrés à la naissance d’Aurelius, elle est « la compagne de », parfois « le mannequin », au mieux « la musicienne ». C’est une injustice documentaire. Charlotte Kemp Muhl est, dans le couple, celle qui a le plus de casquettes techniques : elle écrit, compose, joue de quatre ou cinq instruments, enregistre, mixe, masterise, réalise des films et dirige un groupe. Le portrait qui suit essaie de rendre à cette biographie son épaisseur réelle.
Atlanta, 17 août 1987
Charlotte Kemp Muhl naît le 17 août 1987 à Atlanta, en Géorgie. Elle a donc eu trente-neuf ans deux semaines avant la naissance de son fils. Elle grandit dans le Sud des États-Unis, très loin des milieux artistiques new-yorkais où elle passera sa vie d’adulte, et elle est repérée très jeune par l’industrie de la mode.
Sa carrière de mannequin commence à l’adolescence et prend rapidement une dimension internationale. Entre 2002 et 2005, elle est l’égérie de Vidal Sassoon pour l’ensemble du marché asiatique. Elle sera pendant dix ans sous contrat avec Maybelline, une longévité rare dans un métier qui consomme les visages. Elle pose pour Tommy Hilfiger, Dolce & Gabbana, Donna Karan, Swarovski, et pour la ligne J.Lo de Jennifer Lopez. Elle travaille avec des photographes de premier plan — Ellen von Unwerth, Steven Klein — et paraît dans la presse de mode internationale, dont le Vogue italien.
Le mannequinat comme mode de financement
Le plus intéressant n’est pas cette carrière : c’est l’usage qu’elle en fait. Interrogée en avril 2015 par le Coachella Valley Independent, elle le dit sans détour : elle ne gagne pas d’argent avec la musique, donc elle doit poser. Et elle ajoute, à propos des contrats de mode qui l’empêchent parfois de partir en tournée : c’est un conflit d’intérêts.
Autrement dit, la mode finance le studio. Dans un milieu où l’on adore raconter que les mannequins « se mettent » à la musique par vanité, Charlotte Kemp Muhl a fait exactement l’inverse : elle a utilisé un métier lucratif pour financer un métier qui ne l’est pas. La presse spécialisée elle-même l’a noté dès les débuts du duo qu’elle forme avec Sean : ses cachets de mannequin payaient les disques.
Multi-instrumentiste, autodidacte, « control freak »
Elle chante, joue de la guitare, de la basse, des claviers et de l’accordéon. Son label la présente comme parolière, compositrice, bassiste, accordéoniste et photographe. Sa propre notice biographique, celle qui accompagne ses textes publiés, la décrit sans coquetterie comme une bourreau de travail et une maniaque du contrôle à l’état pur.
Cette dernière expression est à prendre au pied de la lettre, parce qu’elle décrit une méthode. Sur le premier album d’UNI and the Urchins, elle n’est pas seulement bassiste : elle produit, enregistre, mixe et masterise le disque. Le mastering, en particulier, est une opération que les groupes confient presque toujours à un spécialiste extérieur. Le faire soi-même relève d’un choix esthétique et d’une compétence technique acquise en autodidacte, comme sa pratique de la réalisation.
Correctif factuel n°5 — « Le mannequin Charlotte Kemp Muhl »
La formule apparaît dans la quasi-totalité des dépêches consacrées à la naissance d’Aurelius. Elle est vraie et gravement insuffisante. Charlotte Kemp Muhl a produit, enregistré, mixé et masterisé elle-même un album distribué commercialement (Simulator, UNI and the Urchins, Chimera Music, 13 janvier 2023), réalisé l’intégralité des clips et films de son groupe, cofondé un label indépendant, et tenu la basse dans le groupe de tournée de St. Vincent en 2024. Écrire « le mannequin » pour la désigner en 2026 revient à présenter un chef d’orchestre par son premier emploi d’été.
Kemp & Eden : les chansons écrites à douze ans
Son premier projet discographique n’est pas le groupe formé avec Sean, mais un duo avec son amie d’enfance Eden Rice, sous le nom de Kemp & Eden. L’album, Black Hole Lace, paraît en 2012 sur Chimera Music. Le matériau vient en partie de chansons que les deux jeunes filles avaient écrites avant l’adolescence, ce qu’elles ont raconté et rejoué en public à la sortie du disque. C’est un détail qui compte pour la suite : Charlotte Kemp Muhl n’a pas découvert l’écriture de chansons en rencontrant un Lennon. Elle en écrivait à douze ans, dans la banlieue d’Atlanta.
UNI and the Urchins : « Mutate or Die »
Le projet qui l’occupe depuis le début des années 2020 s’appelle UNI and the Urchins. Le groupe, issu d’une première formation nommée simplement Uni, réunit le chanteur Jack James Busa, le guitariste David Strange et Charlotte Kemp Muhl à la basse, à la direction artistique et à la console. Son premier album, Simulator, sort le 13 janvier 2023 sur Chimera Music.
Le groupe se présente comme une secte rock post-apocalyptique et se donne pour devise « Mutate or Die ». Le propos est explicitement consacré au transhumanisme, aux mondes virtuels et à l’ambivalence de la technologie, traités à travers un vocabulaire musical volontairement rétro : glam, grunge, synth wave, punk. Paper a résumé le résultat en le qualifiant de mélange inconfortable et étrangement beau, macabre au meilleur sens du terme. La démarche est celle d’un collectif d’art autant que d’un groupe : costumes, mythologie interne, films.
On mesure ici l’écart avec l’univers de Sean Ono Lennon. Là où il pratique le psychédélisme rêveur et l’instrumental cosmique, elle fabrique une machine de guerre visuelle et conceptuelle sur l’effondrement technologique. Ce ne sont pas deux versions du même artiste.
L’ingénieure du son : le métier invisible
Il faut insister sur ce point, parce qu’il est systématiquement omis. Dans l’histoire du rock, les femmes qui tiennent la console se comptent ; ce site a consacré des développements entiers à des cas comme celui de la harpiste Sheila Bromberg, non créditée sur « She’s Leaving Home », ou de la violoncelliste Joy Hall sur « Strawberry Fields Forever », longtemps créditée sous un prénom masculin. Charlotte Kemp Muhl appartient à la génération qui a pris la console par elle-même, en apprenant seule les outils numériques.
Elle a expliqué à la presse spécialisée d’enregistrement les principes de son travail sur Simulator : un son délibérément saturé, des textures assumées comme « sales », un refus des standards de propreté du mastering contemporain. C’est une position esthétique, pas un bricolage.
La réalisatrice, l’essayiste
Elle réalise l’ensemble des vidéos de son groupe et a signé des clips pour d’autres. Elle a composé la musique du long métrage de Crispin Glover No! You’re Wrong. or : Spooky Action at a Distance, présenté en avant-première au Museum of Modern Art de New York le 2 octobre 2025 — film tourné entre 2013 et 2018 dans les anciennes écuries de la propriété tchèque de Glover, avec un appareil à manivelle ayant appartenu au cinéaste Karel Zeman pour les séquences situées au XIXe siècle. Sean Ono Lennon y prête sa voix à un personnage.
Elle écrit enfin. Son essai « A.I. Killed The Radio Star », publié par Talkhouse, porte sur l’avenir de l’art produit par des machines. C’est le même sujet que celui de l’album de Sean avec Les Claypool en 2026, abordé par une autre porte. Ces deux-là ne font pas la même musique, mais ils lisent visiblement les mêmes livres.
Sur scène avec St. Vincent
En 2024, elle tient la basse dans le groupe de tournée d’Annie Clark, alias St. Vincent. Le détail vaut d’être relevé : être recrutée comme bassiste de scène par une musicienne de ce niveau n’a rien à voir avec la notoriété conjugale. C’est un engagement de professionnelle, obtenu sur des compétences vérifiables devant public, six soirs sur sept.
Ce que le mot « mannequin » empêche de voir
Résumons la trajectoire. Une adolescente du Sud repérée par la mode ; une carrière internationale de dix ans sous contrat ; un premier disque tiré de chansons de pré-adolescence ; un duo avec un Lennon ; un label cofondé ; un groupe dont elle est la patronne artistique et technique ; un score de long métrage ; une carrière de sidewoman ; des essais sur l’intelligence artificielle. Et, en août 2026, un premier enfant à trente-neuf ans, annoncé par une phrase sur le code génétique.
Il est probable que dans dix ans, la ligne « a été mannequin » sera la moins intéressante de cette biographie.
Une vie à deux : chronique de vingt et un ans
C’est la partie de l’histoire que les dépêches résument en une incise — « ensemble depuis 2007 » — et qui mérite un chapitre. Vingt et un ans de vie commune dans le milieu du rock indépendant new-yorkais, sans mariage, sans séparation médiatisée, sans les rituels habituels de la célébrité : c’est statistiquement remarquable.
2005 : la fontaine du carré VIP de Coachella
Ils se rencontrent au festival de Coachella, dans le désert californien, en 2005. Dix ans plus tard, revenus jouer sur la même affiche, ils raconteront la scène à la presse locale, et c’est Sean qui donne le lieu exact : près de la fontaine, dans la tente VIP. Charlotte ajoutera que c’était très magique, et que le festival est devenu depuis tout autre chose.
Correctif factuel n°6 — L’année de la rencontre : 2005, pas 2004
La page de leur groupe sur l’encyclopédie en ligne la plus consultée indique une rencontre à Coachella en 2004, et cette date a été recopiée par plusieurs sites. La fiche biographique de Charlotte Kemp Muhl, celle de Sean Lennon et le témoignage direct des intéressés donnent 2005. L’élément décisif est l’entretien d’avril 2015 publié sur place pendant le festival, dans lequel Sean déclare qu’ils se sont rencontrés « ici, il y a dix ans ». La relation, elle, ne commence qu’en 2007.
2007 : le début officiel, et la question de l’écart d’âge
Il faut être précis, parce que la chronologie est régulièrement escamotée. Au printemps 2005, à Coachella, Charlotte Kemp Muhl a dix-sept ans et Sean Lennon vingt-neuf. Interrogé sur ce point dès 2011, Sean a expliqué avoir immédiatement considéré qu’elle était trop jeune et avoir privilégié une relation d’amitié, décrivant ce qui a suivi comme une cour lente. Les deux biographies concordent sur la date : la relation commence en 2007. Sean a alors trente et un ans, Charlotte dix-neuf ou vingt selon le mois. L’écart est de douze ans.
Il a été relevé à l’époque, comme il l’est régulièrement encore, et il n’appelle pas ici de commentaire particulier sinon celui-ci : exposer les faits sans les romancer ni fabriquer rétrospectivement un scandale. Vingt et un ans plus tard, c’est le couple le plus stable de toute la deuxième génération beatlesienne.
2008 : fonder un groupe pour rester ensemble
La phrase la plus révélatrice qu’ils aient prononcée sur eux-mêmes est de Sean, en 2015 : ils ont monté le groupe parce qu’ils avaient le sentiment de ne pas pouvoir avoir de relation s’ils n’avaient pas un projet commun.
Il faut mesurer ce que cela signifie. Un musicien de tournée passe l’essentiel de sa vie ailleurs ; une mannequin sous contrat international aussi. La seule façon d’être ensemble était d’être ensemble au travail. Le groupe n’est pas né d’une envie artistique : il est né d’un problème logistique de couple, et il a produit trois disques.
Il s’appelle The Ghost of a Saber Tooth Tiger, « le fantôme d’un tigre à dents de sabre », abrégé en GOASTT. Le nom vient d’un texte écrit par Charlotte Kemp Muhl, généralement décrit comme une nouvelle ou une pièce imaginée dans son enfance, et découvert par Sean après le début de leur relation. Leur propre présentation officielle décrit le duo comme une chimère, une créature fabuleuse faite de morceaux de deux créatures très différentes — image qui a donné son nom au label.
Chimera Music : le label comme foyer
Chimera Music est cofondé par les deux. Le catalogue en dit long sur leur position dans le paysage : on y trouve Yoko Ono, Cibo Matto, les Anglais de The Moonlandingz, Kemp & Eden, UNI and the Urchins. C’est une structure familiale au sens propre — elle publie la mère, l’ancienne compagne, la compagne actuelle et les amis — et c’est un instrument d’indépendance. Aucun de leurs disques n’a jamais eu à passer devant un comité d’écoute de major.
« Acoustic Sessions » (2010) et « La Carotte Bleue » (2011)
Le premier disque du GOASTT, Acoustic Sessions, paraît en 2010 sur Chimera. Il est enregistré à la maison, en duo, presque sans batterie : deux voix, des guitares, des instruments à vent et à cordes empruntés. La critique est excellente. Le Globe and Mail canadien en fait son disque de la semaine ; NPR décrit l’expérience d’écoute comme l’entrée dans un monde magique où un soleil souriant brille sur des champs de fleurs dansantes.
L’année suivante paraît La Carotte Bleue, objet plus curieux, vendu sur les lieux de concert et en ligne : des versions électriques et électroniques du matériau acoustique, augmentées de singles parus entre-temps. Le titre français, absurde et enfantin, indique assez le degré de sérieux revendiqué.
« Midnight Sun » (2014) : le vrai disque
Midnight Sun paraît en avril 2014. Les intéressés le décrivent eux-mêmes comme leur premier véritable album. Il est enregistré à The Farm, dans le comté de Delaware, dans l’État de New York, et mixé par Dave Fridmann — l’homme du son des Flaming Lips et de Tame Impala. Le résultat est un disque de rock psychédélique dense, avec claviers planants et guitares saturées, très loin des deux voix et de la guitare sèche de 2010.
Il obtient 82 sur Metacritic, ce qui est considérable. NME lui met 8 sur 10. Le groupe part en tournée pendant mai et juin 2014, dont sept dates en première partie de Beck sur la côte Est, puis se produit en 2015 devant Primus et Florence and the Machine. Ils ont aussi joué avec les Flaming Lips et Tame Impala, et au Hollywood Bowl. Sur scène, leur formation s’étoffe avec des musiciens venus du groupe brooklynois Invisible Familiars : Tim Kuhl à la batterie, Jared Samuel aux claviers, Robbie Mangano à la guitare. Ils terminent souvent leurs concerts par une reprise de Syd Barrett.
La photo de Purple : rejouer John et Yoko
En 2010, pour le magazine Purple, le couple rejoue la photographie la plus célèbre de John Lennon et Yoko Ono : celle d’Annie Leibovitz pour Rolling Stone, prise le 8 décembre 1980, quelques heures avant la mort de John, où l’homme nu s’enroule autour de la femme habillée.
Le geste est audacieux, et il a été diversement reçu. On peut y voir une provocation, un hommage, une manière de désamorcer par avance la comparaison en la faisant soi-même. Ce qui est certain, c’est qu’il dit quelque chose du rapport de Sean Ono Lennon à son histoire : il ne l’évite pas, il la manipule. La même année, le duo est photographié par Patrick Demarchelier pour Vanity Fair et paraît dans le Vogue italien ; ils jouent chez Jimmy Fallon et chez Conan O’Brien.
Greenwich Village : le studio à la maison
Le couple vit et travaille à Greenwich Village, à New York, dans un appartement doté d’un studio d’enregistrement. C’est là qu’a été fabriqué l’essentiel de leur production commune, et c’est là que se trouve, très concrètement, le centre de gravité de leur vie : pas une villa, pas un manoir anglais, un logement urbain avec du matériel dedans. Sean possède par ailleurs un studio dans le nord de l’État de New York, où Asterisms a été enregistré.
Le « tennis intellectuel » : comment ils travaillent
Sean a un jour décrit leur collaboration d’écriture comme une partie de tennis intellectuel. L’image est juste : chacun renvoie à l’autre une idée modifiée. Charlotte, de son côté, a livré la version moins romantique : il est très difficile de collaborer avec son amoureux.
Les deux phrases sont vraies en même temps, et c’est probablement ce qui explique la durée. Sur la question des genres musicaux, Sean a résumé leur méthode : il ne pense pas en termes de genres, il croit à des accords, des mélodies et des paroles qu’ils trouvent intéressants. Cette indifférence aux catégories est la marque de fabrique du GOASTT, et sans doute la raison pour laquelle le groupe n’a jamais rencontré le succès de masse : il n’est classable nulle part.
Les années de dispersion (2015-2026)
Après Midnight Sun, le duo n’a pas publié d’album. Ce n’est pas une rupture : c’est une dispersion professionnelle. Sean part avec Les Claypool, produit d’autres artistes, s’occupe des archives de ses parents, publie un disque instrumental chez Tzadik. Charlotte monte UNI and the Urchins, prend la console, compose pour le cinéma, tourne avec St. Vincent.
C’est peut-être la donnée la plus intéressante de leur histoire commune : ils ont commencé par fabriquer un projet pour être ensemble, et ils ont fini par pouvoir être ensemble sans projet commun. La naissance d’Aurelius intervient au terme de cette décennie-là.
Se marier ?
Ils ne sont pas mariés. Ils ne l’ont jamais été. Aucune déclaration publique n’annonce d’intention en la matière, et la presse les désigne toujours comme compagnons. Dans une famille où le mariage a été un acte politique et médiatique — Gibraltar, le 20 mars 1969, suivi de deux bed-ins et d’une chanson qui raconte le tout —, l’absence de mariage est en soi une prise de position, ou au minimum un désintérêt souverain pour la question.
2026 : l’année où cette naissance arrive
Une naissance ne se lit pas hors sol. Celle-ci tombe dans une année précise de la vie de Sean Ono Lennon, et cette année a une couleur : celle de l’archive.
Yoko Ono, 93 ans, et une ferme de six cents acres
Yoko Ono est née le 18 février 1933. Elle a quatre-vingt-treize ans. Elle a quitté le Dakota, où elle avait vécu plus de cinquante ans, pour une ferme d’environ six cents acres — quelque deux cent quarante hectares — dans le nord de l’État de New York, où elle vit retirée. Sa dernière apparition publique remonte à septembre 2018, lors du « Come Together NYC » où elle était accompagnée de Ringo Starr.
Sean l’a décrite en décembre 2025 sur CBS avec une sobriété qui vaut mieux que tous les communiqués : elle va bien, elle a beaucoup ralenti, elle a pris sa retraite. Il la voit environ la moitié de l’année. Il a raconté aussi, dans le même registre, avoir passé avec elle quarante-neuf Noëls consécutifs, à une exception près, un voyage en Australie à l’adolescence dont elle lui a reparlé chaque année depuis.
Il a eu à son sujet une phrase qui la définit peut-être mieux qu’aucune biographie : il n’existe probablement qu’une seule personne au monde capable de refuser John Lennon comme partenaire d’écriture, et c’est sa mère. Ceux qui veulent mesurer ce que cette carrière représente réellement peuvent se reporter à notre panorama de cinquante-huit ans de disques de Yoko Ono.
Deux chantiers d’archives, une naissance
Depuis 2024, Sean Ono Lennon a enchaîné le documentaire One to One : John & Yoko, le coffret Power to the People, la réédition de It’s Alright (I See Rainbows) et une série d’autres travaux d’édition. Cette activité s’inscrit dans un contexte plus large de réactivation du catalogue Beatles : réédition augmentée de Rubber Soul annoncée pour octobre 2026, et surtout les quatre films de Sam Mendes qui arrivent, avec leur cortège d’attentes et de crispations.
Il y a quelque chose de mécaniquement émouvant à ce qu’un homme dont le métier consiste, depuis trois ans, à ouvrir des boîtes contenant la voix de son père mort devienne père à son tour. Ce n’est pas une thèse : c’est une coïncidence de calendrier. Mais elle explique sans doute une part de l’émotion qu’a suscitée l’annonce, y compris chez des gens qui ne connaissent pas un seul disque de Sean.
Ce que change une naissance dans l’histoire des Lennon
Le premier petit-fils de John Lennon
Le fait est simple et il n’avait jamais eu lieu. John Lennon a eu deux fils ; ni l’un ni l’autre n’avait eu d’enfant. Le 30 août 2026 environ, quarante-cinq ans et huit mois après sa mort, cette lignée reprend.
Il faut résister à la tentation du sublime facile. John Lennon n’a pas « un descendant » au sens où l’on parlerait d’une succession dynastique : il a un petit-fils qui aura sa propre vie, et dont on peut espérer qu’elle sera moins observée que celle de son père. Mais pour l’histoire familiale et pour l’histoire du groupe, c’est un jalon qui manquait.
Julian, 63 ans, oncle
Julian Lennon est né le 8 avril 1963 à Liverpool, fils de John et de Cynthia Powell. Il a soixante-trois ans. Il est l’aîné de la fratrie — précision utile, car plusieurs dépêches françaises reprenant les sources anglaises l’ont désigné comme le « demi-frère » sans préciser qu’il est le plus âgé de douze ans et demi.
Sa relation avec Sean a longtemps été présentée comme distante, ce que les deux hommes démentent depuis des années. Sean a publiquement demandé qu’on cesse de les opposer. Julian, de son côté, a décrit son cadet comme son meilleur ami — et c’est bien lui qui, le 31 août 2026, n’a pas pu tenir sa langue, et qui a signé son message « Uncle Jules ». On peut y voir la meilleure preuve possible de l’état réel de leurs rapports.
Le choix des mots mérite d’être relevé une dernière fois. En félicitant Sean et Charlotte pour leur nouveau « Beautiful Boy », Julian cite la chanson que leur père a écrite pour Sean et non pour lui. Il aurait pu éviter la référence ; il l’a mise au centre. C’est un geste de générosité que rien ne l’obligeait à faire.
Le piège de la symétrie « Beautiful Boy »
Tous les titres de presse, y compris le nôtre, ont pensé à la même chanson. « Beautiful Boy (Darling Boy) », sur Double Fantasy, est le morceau que John Lennon a écrit pour Sean enfant, celui où il lui dit de ne pas avoir peur et où figure la phrase la plus citée de toute son œuvre tardive : la vie est ce qui vous arrive pendant que vous êtes occupé à faire d’autres projets.
La symétrie est irrésistible : le beautiful boy a désormais son propre beautiful boy. Elle est aussi un piège, pour trois raisons.
D’abord parce que Sean Ono Lennon n’a lui-même jamais utilisé cette référence. Son message ne contient aucune allusion à son père, aucune citation, aucune photographie d’archive. Le rapprochement est notre travail de commentateurs, pas son intention.
Ensuite parce que la situation n’a rien de comparable. John Lennon devient père de Sean à trente-cinq ans, après avoir été un père largement absent pour Julian, et il choisit d’arrêter sa carrière pendant cinq ans. Sean devient père à cinquante ans, avec une compagne depuis vingt et un ans, dans un couple professionnellement entrelacé. Ce ne sont pas les mêmes vies.
Enfin parce que la chanson est, elle aussi, un objet plus complexe qu’il n’y paraît : John Lennon a été d’une brutalité célèbre à l’égard de certaines chansons de l’album qui la contient, et la genèse de Double Fantasy doit autant à un séjour aux Bermudes à l’été 1980 qu’à un élan paternel.
Les autres enfants de Beatles : un point de comparaison
La deuxième génération beatlesienne est aujourd’hui une population identifiable, dont ce site a suivi les trajectoires : Zak, Jason et Lee Starkey du côté de Ringo Starr ; Mary McCartney, Stella, James et Heather du côté de Paul ; Dhani Harrison, seul enfant de George, qui a publié en 2026 un album en duo avec le producteur Nigel Godrich ; Julian et Sean Lennon.
Sur ce tableau, la particularité des Lennon saute aux yeux : c’est la seule branche qui n’avait pas de troisième génération. Ringo Starr et Paul McCartney sont grands-pères depuis longtemps, le second de plusieurs petits-enfants ; la descendance de George Harrison s’est elle aussi prolongée. John Lennon, lui, n’avait aucun petit-enfant jusqu’à la fin du mois d’août 2026, et cela quarante-cinq ans après sa mort.
Ce qui attend Aurelius
Il faut le dire, parce que c’est la seule chose qui compte vraiment : cet enfant naît avec un nom de famille qui est un objet de commerce mondial. Son père a passé cinquante ans à composer avec cela, avec des résultats qu’il juge lui-même mitigés. Sa mère a construit une carrière entière sur le refus d’être définie par ses associations.
Les deux ont, jusqu’ici, protégé leur vie privée avec une constance remarquable pour des gens aussi exposés : pas de contrats d’exclusivité avec la presse people, pas de mise en scène familiale, un studio dans un appartement plutôt qu’un domaine. Le laconisme du message d’annonce — trois phrases et un calembour — laisse penser qu’ils comptent continuer ainsi. C’est probablement le plus beau cadeau qu’ils puissent faire à un enfant qui porte ce nom-là.
Les correctifs factuels de cet article
Récapitulatif des douze points sur lesquels la couverture de presse de cette naissance, ou la documentation disponible en ligne sur le couple, contient des erreurs ou des approximations.
| N° | Ce qu’on lit | Ce qui est exact |
|---|---|---|
| 1 | Sean Ono Lennon a 51 ans | Né le 9 octobre 1975, il a 50 ans au moment de la naissance et en aura 51 le 9 octobre 2026 |
| 2 | Premier petit-enfant de John Lennon et Yoko Ono | Premier petit-enfant de John Lennon ; premier petit-enfant de Yoko Ono du côté de Sean, sa fille Kyoko Chan Cox ayant elle-même des enfants |
| 3 | La voix « Goodnight, Sean » qui clôt Into the Sun serait celle de John Lennon | C’est celle de Walter Sear, propriétaire du studio Sear Sound ; l’hommage à « Beautiful Boy » est volontaire, l’archive familiale inexistante |
| 4 | Sean Ono Lennon a réalisé War Is Over! | Réalisation Dave Mullins, musique Thomas Newman, animation Wētā FX ; Sean est coauteur de l’histoire et producteur |
| 5 | Son Grammy 2025 récompense un disque | Il récompense l’objet éditorial et graphique du coffret Mind Games (The Ultimate Collection), catégorie « Best Boxed or Special Limited Edition Package », partagé avec Simon Hilton |
| 6 | Charlotte Kemp Muhl, « le mannequin » | Productrice, ingénieure du son, mixeuse et masteriseuse de Simulator (2023), réalisatrice, compositrice de musique de film, cofondatrice de Chimera Music, bassiste de tournée de St. Vincent en 2024 |
| 7 | Rencontre à Coachella en 2004 | 2005, confirmé par Sean lui-même sur place en avril 2015 (« il y a dix ans ») ; la relation débute en 2007 |
| 8 | Le GOASTT existe depuis 2007 | 2007 est la date du couple ; le groupe se forme en 2008 et publie son premier disque en 2010 |
| 9 | Julian Lennon, « le demi-frère » | Exact, mais c’est l’aîné : né le 8 avril 1963, il a douze ans et demi de plus que Sean |
| 10 | Aurelius est né le 1er ou le 2 septembre 2026 | Ce sont les dates de l’annonce. La naissance est située « ce week-end » par Julian Lennon, soit autour des 29-30 août ; aucune date officielle n’a été communiquée |
| 11 | « Sean Ono Lennon » serait un nom adopté tardivement | Son nom complet est Sean Tarō Ono Lennon depuis sa naissance ; seul l’usage public a évolué, la forme complète s’imposant à partir des années 2010 |
| 12 | Le prénom Aurelius serait un hommage à Marc Aurèle | Aucune explication n’a été donnée par les parents. Toute interprétation, y compris celle proposée dans cet article, est une hypothèse |
Ce qu’on ne sait toujours pas
Sept points restent ouverts au moment où nous publions.
La date exacte de la naissance. Aucune source primaire ne la donne. La fourchette du 29-30 août 2026 est une déduction à partir du mot « week-end » employé par Julian Lennon dans un message qu’il a lui-même retiré.
Le nom complet de l’enfant. On sait qu’il s’appelle Aurelius. On ignore ses autres prénoms, et si le patronyme retenu est Lennon, Ono Lennon, Kemp Muhl Lennon ou une autre combinaison. Dans une famille où les noms sont des déclarations, ce n’est pas anecdotique.
L’origine du choix du prénom. Rien n’a été dit.
Les circonstances de la naissance. Des hypothèses ont circulé. Elles ne reposent sur aucune déclaration des intéressés et nous ne les relayons pas.
La réaction de Yoko Ono. Aucune communication publique n’a été faite en son nom. Compte tenu de son âge et de son retrait complet depuis 2018, il est peu probable qu’il y en ait une.
L’effet sur les projets en cours. The Claypool Lennon Delirium a un album sorti en mai 2026 et une activité de tournée ; on ignore si le calendrier a été aménagé.
L’avenir du GOASTT. Aucun album depuis 2014. Un couple qui avait fondé un groupe pour rester ensemble a désormais un enfant pour cela. La question de savoir si le duo reprendra reste entière.
Chronologie : de 1963 à 2026
8 avril 1963 — Naissance de John Charles Julian Lennon à Liverpool, fils de John Lennon et Cynthia Powell.
8 août 1963 — Naissance de Kyoko Chan Cox, fille de Yoko Ono et Anthony Cox.
20 mars 1969 — Mariage de John Lennon et Yoko Ono à Gibraltar.
9 octobre 1975 — Naissance de Sean Tarō Ono Lennon à New York, le jour des trente-cinq ans de son père. John Lennon se retire de la vie publique.
17 novembre 1980 — Parution de Double Fantasy, qui contient « Beautiful Boy (Darling Boy) ».
8 décembre 1980 — Assassinat de John Lennon devant le Dakota. Sean a cinq ans.
1981 — Sean, cinq ans, récite une histoire sur Season of Glass de Yoko Ono : premier crédit discographique.
Octobre 1984 — Steve Jobs offre à Sean, pour son anniversaire, l’un des premiers Macintosh.
17 août 1987 — Naissance de Charlotte Kemp Muhl à Atlanta, Géorgie.
1991 — À seize ans, Sean coécrit « All I Ever Wanted » avec Lenny Kravitz.
1996 — Sean rejoint Cibo Matto comme bassiste de tournée ; rencontre d’Adam Yauch et des Beastie Boys.
19 mai 1998 — Parution d’Into the Sun (Grand Royal).
2002-2005 — Charlotte Kemp Muhl est l’égérie de Vidal Sassoon pour l’Asie.
Avril 2005 — Rencontre de Sean Lennon et Charlotte Kemp Muhl à Coachella, près de la fontaine du carré VIP.
2 octobre 2006 — Parution de Friendly Fire (Capitol/Parlophone) et du film homonyme.
2007 — Début officiel de la relation.
2008 — Formation de The Ghost of a Saber Tooth Tiger ; le nom vient d’un texte de Charlotte Kemp Muhl.
2009 — Sean produit Between My Head and the Sky du Plastic Ono Band.
2010 — Acoustic Sessions du GOASTT sur Chimera Music. Le couple rejoue pour Purple la photographie d’Annie Leibovitz de John et Yoko.
2011 — La Carotte Bleue. Sean joue à Wall Street pour Occupy.
Août 2012 — Tribune de Sean dans le New York Times contre la fracturation hydraulique ; création d’Artists Against Fracking. Parution de Black Hole Lace de Kemp & Eden.
Avril 2014 — Midnight Sun du GOASTT, mixé par Dave Fridmann ; 82 sur Metacritic. Tournée avec Beck.
2015 — Formation de The Claypool Lennon Delirium avec Les Claypool.
2016 — Monolith of Phobos, top 10 de trois classements Billboard.
2019 — South of Reality.
Octobre 2022 — Création de la musique d’Asterisms en concert à The Stone, New York.
13 janvier 2023 — Simulator d’UNI and the Urchins, produit, enregistré, mixé et masterisé par Charlotte Kemp Muhl.
16 février 2024 — Asterisms, troisième album solo de Sean, entièrement instrumental, chez Tzadik.
10 mars 2024 — Oscar du meilleur court métrage d’animation pour War Is Over!, dont Sean est coauteur et producteur.
30 août 2024 — Présentation de One to One : John & Yoko à la Mostra de Venise.
2024 — Charlotte Kemp Muhl est bassiste sur la tournée de St. Vincent.
2 février 2025 — Grammy du meilleur coffret pour Mind Games (The Ultimate Collection).
2 octobre 2025 — Avant-première au MoMA de No! You’re Wrong. or : Spooky Action at a Distance de Crispin Glover, musique de Charlotte Kemp Muhl.
10 octobre 2025 — Parution du coffret Power to the People : 9 CD, 3 Blu-ray, 123 pistes supervisées par Sean dont 90 inédites.
21 décembre 2025 — Entretien de Sean sur CBS : « elle a beaucoup ralenti, elle a pris sa retraite ».
1er mai 2026 — The Great Parrot-Ox and the Golden Egg of Empathy, troisième album du Claypool Lennon Delirium, avec Willow Smith.
29-30 août 2026 — Naissance d’Aurelius (date déduite, non officielle).
31 août 2026 — Julian Lennon annonce sur ses réseaux qu’il est devenu oncle, puis retire le message.
1er septembre 2026 — Sean Ono Lennon confirme : « Charlotte et moi avons bel et bien créé un haricot humain. Il s’appelle Aurelius. »
Guide d’écoute : douze titres pour entrer dans l’œuvre du couple
Pour le lecteur qui connaît les Beatles et John Lennon mais n’a jamais écouté une seule note de Sean Ono Lennon ni de Charlotte Kemp Muhl, voici un parcours en douze étapes. Il ne prétend pas à l’exhaustivité : il propose un itinéraire.
Étape 1 — « Into the Sun » (Sean Lennon, 1998)
Le morceau-titre du premier album. Bossa-nova nonchalante, voix douce, arrangement aéré. À écouter en se demandant, à chaque mesure, ce qu’un fils de John Lennon aurait pu faire de plus éloigné de son père. C’est la déclaration d’indépendance.
Étape 2 — « Sean’s Theme » (Sean Lennon, 1998)
La conclusion du même disque, et son point sensible : la voix qui souffle « Goodnight, Sean ». Écoutez en sachant que ce n’est pas John, mais l’ingénieur du studio. L’émotion change de nature : ce n’est plus une relique, c’est une mise en scène assumée du manque.
Étape 3 — « Dead Meat » (Sean Lennon, 2006)
Le premier extrait de Friendly Fire. Une chanson de rupture avec cordes, un des sommets mélodiques de sa discographie, et la démonstration qu’il sait écrire des refrains classiques quand il le décide.
Étape 4 — « Parachute » (Sean Lennon, 2006)
Autre extrait du même album, plus sombre. Utile pour comprendre ce que la mort de Max LeRoy a fait à ce disque.
Étape 5 — « Golden Earrings » (The GOASTT, 2010)
Sur Acoustic Sessions. Deux voix, une guitare, des harmonies qui rappellent la folk anglaise des années 1960. C’est le duo dans sa forme la plus dépouillée : littéralement, deux personnes dans un appartement.
Étape 6 — « Xanadu » (The GOASTT, 2014)
Sur Midnight Sun. Rien à voir avec l’étape précédente : guitares saturées, claviers larges, mixage de Dave Fridmann. C’est le point où le duo devient un vrai groupe de rock psychédélique.
Étape 7 — « Animals » (The GOASTT, 2014)
Autre extrait de Midnight Sun, avec un travail de chœurs qui montre à quel point les deux voix sont complémentaires. Charlotte Kemp Muhl n’est pas une choriste : c’est une deuxième voix principale.
Étape 8 — « Cricket and the Genie » (The Claypool Lennon Delirium, 2016)
Sur Monolith of Phobos. La rencontre de la basse de Les Claypool et de la guitare de Sean ; du rock progressif tordu, drôle, et infiniment plus lourd que tout ce que Sean avait produit auparavant.
Étape 9 — « Blood and Rockets » (The Claypool Lennon Delirium, 2019)
Sur South of Reality. Une suite en deux mouvements consacrée à Jack Parsons, ingénieur des fusées et occultiste. C’est le meilleur exemple de ce que le duo sait faire quand il se donne de l’espace.
Étape 10 — « Starwater » (Sean Ono Lennon, 2024)
L’ouverture d’Asterisms, près de huit minutes sans une parole. Guitare, synthétiseurs, cuivres, percussions. Pour beaucoup, ce sera le disque le plus surprenant de la sélection : on y entend un musicien qui n’a plus rien à prouver à personne.
Étape 11 — « Simulator » (UNI and the Urchins, 2023)
Pour entendre l’autre versant. Basse de Charlotte Kemp Muhl, production, mixage et mastering de Charlotte Kemp Muhl. Glam saturé, esthétique de secte technologique. Rien à voir avec la douceur du GOASTT : c’est un autre cerveau au travail.
Étape 12 — « The Golden Egg of Empathy » (The Claypool Lennon Delirium, 2026)
Le morceau-titre du dernier album en date, avec Willow Smith au chant. À écouter en dernier, en sachant que cet album sur les machines et l’empathie a été achevé quelques mois avant que son coauteur ne devienne père.
Questions fréquentes
Comment s’appelle le fils de Sean Lennon ?
Aurelius. Son père l’a annoncé publiquement le 1er septembre 2026. Le couple n’a pas communiqué d’éventuels autres prénoms ni précisé le nom de famille retenu.
Quand Aurelius est-il né ?
Aucune date officielle n’a été donnée. Julian Lennon, qui a annoncé la nouvelle le 31 août 2026, a situé l’événement « ce week-end », ce qui place la naissance autour des 29 et 30 août 2026.
Est-ce le premier petit-enfant de John Lennon ?
Oui. John Lennon a eu deux fils, Julian (né en 1963) et Sean (né en 1975). Julian n’a pas d’enfant. Aurelius est donc le premier petit-enfant de John Lennon, quarante-cinq ans après sa mort. Pour Yoko Ono, il s’agit de son premier petit-enfant du côté de Sean ; sa fille Kyoko Chan Cox, née en 1963, a elle-même des enfants.
Qui est Charlotte Kemp Muhl ?
Née le 17 août 1987 à Atlanta, elle est musicienne, autrice, productrice, ingénieure du son et réalisatrice, et a mené parallèlement une carrière internationale de mannequin (Vidal Sassoon en Asie de 2002 à 2005, dix ans sous contrat avec Maybelline). Elle est la compagne de Sean Ono Lennon depuis 2007, cofondatrice du label Chimera Music, moitié du duo The Ghost of a Saber Tooth Tiger, bassiste et directrice artistique d’UNI and the Urchins.
Sean Lennon et Charlotte Kemp Muhl sont-ils mariés ?
Non. Ils vivent ensemble depuis 2007 sans être mariés, et n’ont jamais annoncé d’intention de l’être.
Où vivent-ils ?
À New York, dans le quartier de Greenwich Village, dans un logement équipé d’un studio d’enregistrement où ils réalisent l’essentiel de leur travail. Sean dispose également d’un studio dans le nord de l’État de New York.
Comment se sont-ils rencontrés ?
Au festival de Coachella, en Californie, en 2005, près de la fontaine de la tente VIP. Ils l’ont raconté eux-mêmes en avril 2015, revenus jouer sur la même affiche dix ans plus tard. Leur relation commence en 2007.
Quel est le groupe de Sean Lennon et Charlotte Kemp Muhl ?
The Ghost of a Saber Tooth Tiger, abrégé GOASTT, formé en 2008. Trois disques : Acoustic Sessions (2010), La Carotte Bleue (2011) et Midnight Sun (2014). Le nom vient d’un texte écrit par Charlotte Kemp Muhl.
Sean Ono Lennon a-t-il gagné un Oscar ?
Oui, le 10 mars 2024, comme producteur et coauteur de l’histoire du court métrage d’animation War Is Over! Inspired by the Music of John and Yoko, réalisé par Dave Mullins. Il a également reçu, le 2 février 2025, un Grammy avec Simon Hilton pour le coffret Mind Games (The Ultimate Collection), dans la catégorie récompensant la conception éditoriale et graphique des coffrets.
Que fait Yoko Ono aujourd’hui ?
Née le 18 février 1933, elle a quatre-vingt-treize ans et vit retirée dans une ferme du nord de l’État de New York. Sa dernière apparition publique remonte à septembre 2018. Son fils, qui la voit environ la moitié de l’année, a déclaré en décembre 2025 qu’elle avait beaucoup ralenti et pris sa retraite.
Que signifie le prénom Aurelius ?
Aurelius est un nom de famille romain dérivé de l’adjectif latin aureus, « doré ». Il est surtout associé à l’empereur philosophe Marc Aurèle. Les parents n’ont donné aucune explication sur leur choix : toute interprétation reste une hypothèse.
Sean Ono Lennon a-t-il sorti un disque récemment ?
Oui. Son dernier album solo, Asterisms, est paru le 16 février 2024. Et le 1er mai 2026, quatre mois avant la naissance de son fils, The Claypool Lennon Delirium a publié The Great Parrot-Ox and the Golden Egg of Empathy, album conceptuel sur l’intelligence artificielle et l’empathie, avec Willow Smith en invitée.
Glossaire
Chimera Music — Label indépendant new-yorkais cofondé par Sean Ono Lennon et Charlotte Kemp Muhl. Catalogue : Yoko Ono, Cibo Matto, The Moonlandingz, Kemp & Eden, UNI and the Urchins, The GOASTT.
Cibo Matto — Duo new-yorkais formé par les Japonaises Miho Hatori et Yuka Honda. Sean Lennon en fut le bassiste de tournée à partir de 1996, puis un contributeur multi-instrumentiste sur Stereo Type A (1999).
The Claypool Lennon Delirium — Duo formé en 2015 par Les Claypool (Primus) et Sean Ono Lennon. Trois albums : Monolith of Phobos (2016), South of Reality (2019), The Great Parrot-Ox and the Golden Egg of Empathy (2026).
GOASTT — Acronyme de The Ghost of a Saber Tooth Tiger, duo de Sean Ono Lennon et Charlotte Kemp Muhl, formé en 2008.
Grand Royal — Label fondé par les Beastie Boys, qui publia le premier album solo de Sean Lennon en 1998.
Kyoko Chan Cox — Fille de Yoko Ono et du producteur Anthony Cox, née le 8 août 1963. Emmenée par son père après le divorce, elle demeura introuvable pendant plus de vingt ans avant de reprendre contact avec sa mère dans les années 1990.
Lenono Music — Structure d’édition et de production associée à l’œuvre de John Lennon et Yoko Ono, coproductrice du court métrage War Is Over!.
Mastering — Dernière étape technique de fabrication d’un disque, qui fixe l’égalisation, le niveau et l’enchaînement des morceaux. Presque toujours confiée à un spécialiste extérieur ; Charlotte Kemp Muhl l’a assurée elle-même sur Simulator.
Mystical Weapons — Duo d’improvisation formé en 2012 par Sean Ono Lennon et le batteur Greg Saunier, de Deerhoof.
Plastic Ono Band — Formation à géométrie variable créée par John Lennon et Yoko Ono en 1969, réactivée par Yoko Ono en 2009 avec Sean à la production.
« Progadelic » — Mot-valise employé par Sean Ono Lennon pour décrire la musique du Claypool Lennon Delirium : entre rock progressif et psychédélisme.
Tzadik — Label new-yorkais fondé par le compositeur John Zorn, spécialisé dans les musiques expérimentales, qui publie Asterisms en 2024.
UNI and the Urchins — Groupe new-yorkais réunissant Jack James Busa, David Strange et Charlotte Kemp Muhl. Album Simulator (2023). Devise : « Mutate or Die ».
Pour aller plus loin sur yellow-sub.net
L’annonce, en format court. Notre première dépêche sur l’événement, publiée dans les heures qui ont suivi : Sean Lennon est devenu père : le « Beautiful Boy » qui ouvre un nouveau chapitre de l’histoire des Lennon.
La mère de Sean, par son œuvre. L’œuvre discographique de Yoko Ono : cinquante-huit ans de disques, de « Two Virgins » à « Grapefruit » (1968-2026), et le disque où l’adolescent Sean réveille sa mère : la réédition d’« It’s Alright (I See Rainbows) ».
Les cinq années où John Lennon a été père à plein temps. Le retrait de John Lennon en 1975 : anatomie d’une disparition volontaire, du Waldorf au Dakota.
La fin. La vraie chronologie du 8 décembre 1980, et le regard que John portait sur l’album contenant « Beautiful Boy » : l’étrange vérité de « Double Fantasy ». Sans oublier l’été des Bermudes, d’où ce disque est sorti.
Le père et l’ami. Une pizza chez Elaine’s : enquête sur la dernière rencontre entre John Lennon et Paul McCartney, et la liste secrète des chansons que John Lennon fit établir contre Paul McCartney.
Les autres enfants de Beatles. Les enfants de Ringo Starr : Zak, Jason, Lee ; Mary McCartney, de la pochette de « McCartney » à celle de « McCartney III » ; Olivia et Dhani Harrison autour de « The Third Eye ».
Le réseau familial élargi. Les collaborations des ex-Beatles après la séparation (1970-2026) et 20 faits méconnus sur Paul McCartney, où l’on croise Julian et Sean.
L’actualité qui vient. Les quatre films Beatles de Sam Mendes, et le Beatles Day de Mons du 12 septembre 2026.
Sources
Sur la naissance et son annonce : Showbiz411 (1er septembre 2026, article de suivi comprenant la mention du message retiré de Julian Lennon) ; Rolling Stone (confirmation de la naissance et du prénom) ; Beatles Magazine ; FemaleFirst (citations de Sean Ono Lennon, Charlotte Kemp Muhl et Julian Lennon) ; reprises Yahoo Entertainment et agences.
Sur Sean Ono Lennon : notice biographique Wikipédia en anglais (enfance, scolarité, Cibo Matto, discographie, bandes originales, militantisme) ; AllMusic ; fiches Wikipédia consacrées à Into the Sun, Friendly Fire, Asterisms, War Is Over!, Power to the People, One to One : John & Yoko, The Claypool Lennon Delirium et The Great Parrot-Ox and the Golden Egg of Empathy ; johnlennon.com (Grammy 2025 pour le coffret Mind Games) ; Deadline (discours des Oscars, 10 mars 2024) ; CBS News, entretien du 21 décembre 2025 ; NME ; The Daily Beast (retrait de Yoko Ono).
Sur Charlotte Kemp Muhl : notice biographique Wikipédia en anglais ; page d’artiste sur chimeramusic.com ; Talkhouse (notice d’autrice et essai « A.I. Killed The Radio Star ») ; dossier de presse Shore Fire Media pour Simulator d’UNI and the Urchins (13 janvier 2023) ; Discogs pour Black Hole Lace de Kemp & Eden (2012) ; fiche Wikipédia de No! You’re Wrong. or : Spooky Action at a Distance.
Sur le couple et le GOASTT : notice Wikipédia du groupe ; biographie officielle sur thegoastt.com ; entretien au Coachella Valley Independent, avril 2015 (rencontre en 2005, financement par le mannequinat, méthode de travail) ; NPR (chronique d’Acoustic Sessions, 2010) ; nos propres archives.
Toutes les citations en anglais ont été restituées en français sous forme abrégée. Aucune parole de chanson n’est reproduite dans cet article.













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