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La Fender Bass VI de George Harrison : histoire vraie de la basse à six cordes qui a changé le son des Beatles — et ce que la réédition 2026 raconte de travers

Le 25 août 2026, le Fender Custom Shop a dévoilé la Limited Edition George Harrison 1967 Bass VI : une reproduction main dans les moindres détails, construite à Corona (Californie), vieillie au procédé Relic, vendue 9 500 dollars et réservée aux revendeurs Showcase de la marque. L’argumentaire tient en une phrase, reprise mot pour mot par toute la presse spécialisée : la Bass VI sunburst de George Harrison serait devenue « une voix essentielle aux studios d’Abbey Road », fournissant les contrechants mélodiques et les couches de texture qui ont façonné quelques-uns des arrangements les plus admirés de la musique populaire.

La phrase est belle. Elle est aussi, sur au moins trois points vérifiables, inexacte. L’instrument n’a pas été acquis en 1967. Il n’appartenait pas à George Harrison en propre. Et c’est John Lennon, pas Harrison, qui l’a le plus utilisé sur les disques qui comptent. Rien de tout cela n’enlève quoi que ce soit à l’objet — au contraire : l’histoire réelle de cette basse à six cordes est bien plus intéressante que celle que raconte la fiche produit. Elle croise une opération commerciale ratée de Fender, un groupe qui ne monte plus sur scène et se réorganise autour du piano, une pratique d’instrumentation qui n’a jamais eu de nom, et un instrument commercialement raté qui a fini par devenir la signature sonore de tout un pan du rock des années 1980.

Cet article reconstitue le dossier complet : ce que Fender vend exactement en 2026, ce que l’on sait vraiment de l’instrument original, où on l’entend et où on ne l’entend pas, pourquoi sa lutherie change le son d’une prise, et ce que la vidéo de présentation du Custom Shop révèle sans le dire — à savoir que la Bass VI des Beatles, longtemps portée disparue par les historiens du matériel, se trouve toujours à Friar Park.

En bref — Fender Custom Shop a présenté le 25 août 2026 une réédition limitée de la Fender Bass VI sunburst utilisée par les Beatles entre 1968 et 1969 (9 500 $ / 10 099 €, tirage annoncé entre 80 et 100 exemplaires selon les sources, revendeurs Showcase uniquement, livraisons annoncées à partir du deuxième trimestre 2027). L’instrument d’origine est bien un millésime 1967, mais il n’est pas arrivé chez les Beatles avant l’été 1968, offert par le directeur commercial de Fender Don Randall lors d’une tentative d’accord d’endossement. Il appartenait au groupe, pas à Harrison. Sur l’Album blanc, Lennon en joue sur « Rocky Raccoon », « Back in the U.S.S.R. » et « Helter Skelter » ; Harrison sur « Birthday » et « Honey Pie ». Pendant les séances Get Back, l’instrument devient la solution d’organisation du groupe : quand McCartney passe au piano, quelqu’un doit tenir la basse. Onze correctifs factuels documentés en fin d’article.

Sommaire

Ce que Fender a annoncé le 25 août 2026

Commençons par les faits bruts, avant l’interprétation. Le Fender Custom Shop a levé le voile sur la Limited Edition George Harrison 1967 Bass VI (référence 9235700006) le mardi 25 août 2026. L’annonce a été relayée dans les vingt-quatre heures par Premier Guitar, Guitar World, Guitar.com, Bass Musician Magazine, Gearnews et Mixdown, tous à partir du même communiqué. Chase Paul, directeur du Custom Shop, y explique que son équipe a recréé l’instrument de George avec une attention extraordinaire au détail, pour offrir aux musiciens et aux collectionneurs la possibilité de posséder une pièce d’histoire musicale.

Une réédition Custom Shop, pas une signature de série

La distinction est importante et elle échappe souvent aux lecteurs pressés. Fender distribue trois types d’instruments « artiste » : les modèles signature de série (fabriqués en quantité industrielle au Mexique ou aux États-Unis, quelques centaines à quelques milliers de dollars), les tributes Custom Shop en série limitée, et les Masterbuilt unitaires signés par un maître luthier. La George Harrison 1967 Bass VI appartient à la deuxième catégorie : construite à la main à Corona, en série close, distribuée uniquement par le réseau de revendeurs Custom Shop Showcase — un statut commercial qui limite mécaniquement le nombre de points de vente. Chaque revendeur Showcase, précise l’un d’entre eux, ne peut en obtenir qu’un seul exemplaire.

C’est le même mécanisme qui avait accompagné, en 2016, la réédition Custom Shop de la Rosewood Telecaster de George Harrison — un instrument dont il sera beaucoup question plus loin, pour de bonnes raisons.

La fiche technique, ligne à ligne

Voici la spécification complète telle que Fender la publie. Elle mérite d’être lue attentivement : chaque ligne raconte quelque chose de la Bass VI de 1967, et deux d’entre elles contredisent l’argumentaire marketing du même communiqué.

Corps Aulne sélectionné, deux pièces
Finition du corps Vernis nitrocellulosique, Bleached 3-Color Sunburst, traitement Relic
Manche Érable, profil « Oval C » 1960, vernis nitrocellulosique
Touche Palissandre 3A, filet parchemin, repères blocs pearloid blancs
Rayon de touche 7,25 pouces (184,1 mm)
Frettes 21, taille vintage
Diapason 30 pouces (762 mm)
Sillet Os, largeur 1,5 pouce (38,1 mm)
Épaisseur du manche 0,820 pouce ; 0,945 pouce à la 12e case
Tête Grand format années 1960, épaisseur 0,640 pouce
Micros Trois Custom Shop Hand-Wound Flat Magnet Jaguar
Contrôles Volume général, tonalité générale
Commutation Trois interrupteurs à glissière marche/arrêt (un par micro)
Électronique spéciale Interrupteur deux positions, circuit coupe-bas « strangle »
Chevalet Six pontets réglables de type vintage, vibrato « flottant », étouffoir Bass VI
Plaque de protection Écaille brune, quatre plis
Mécaniques Type vintage, logo Fender
Guide-cordes American Vintage 1959-1964
Accastillage Nickel / chrome
Cordes livrées Fender Bass VI 5350/6, acier inoxydable, .025-.095
Truss rod Réglage en pied de manche, type vintage
Livré avec Étui rigide de luxe, sangle, certificat d’authenticité

Deux points appellent déjà un commentaire. D’abord, la ligne « commutation » annonce trois interrupteurs, mais la ligne « électronique spéciale » en ajoute un quatrième : au total, la plaque en porte bien quatre, comme sur toute Bass VI postérieure à 1963. Le texte de présentation, lui, ne parle que des trois premiers — une imprécision qui se propage ensuite dans à peu près tous les articles de reprise. Ensuite, la ligne « cordes » ne correspond pas au tirant d’usine de l’époque. Nous y reviendrons en détail.

Prix, tirage, disponibilité : les chiffres qui ne concordent pas

Le prix public conseillé est de 9 500 dollars américains, 8 599 livres sterling, 10 099 euros, 14 999 dollars australiens et 1 650 000 yens. Ces montants sont donnés par le communiqué et repris tels quels partout.

Le tirage, en revanche, pose problème. Gearnews et Mixdown annoncent 80 exemplaires dans le monde. Deux revendeurs Showcase américains, The Music Zoo et Truetone Music, annoncent 100 exemplaires. Fender lui-même, sur sa page produit, ne donne aucun chiffre — la mention « Artist Limited » sert de série sans quantification. Truetone précise par ailleurs que les livraisons commenceront au deuxième trimestre 2027, ce qui, pour une annonce faite en août 2026, correspond à un délai de fabrication d’environ neuf mois : cohérent avec une série entièrement montée à la main.

Correctif factuel n° 1 — le tirage réel n’est pas établi. Deux chiffres circulent dans la presse spécialisée depuis le 25 août 2026 : 80 exemplaires (Gearnews, Mixdown) et 100 exemplaires (revendeurs Showcase). Fender ne publie pas de quantité sur sa page produit. En l’état, tout article qui affirme l’un ou l’autre chiffre comme un fait avéré va au-delà de ce que les sources permettent. Le plus prudent est d’écrire « moins de cent exemplaires », ce qui est vrai dans les deux hypothèses.

Le premier problème : « acquise par Harrison en 1967 »

C’est la phrase-pivot du communiqué, celle qui donne son nom au modèle et qui structure tout le récit commercial. Elle est reprise dans Premier Guitar — « acquise par Harrison en 1967 » —, dans les fiches des revendeurs, dans les articles de reprise. Elle est fausse, ou plus exactement elle confond deux choses distinctes : l’année de fabrication d’un instrument et l’année où il change de mains.

Ce que dit la documentation

La source de référence sur le matériel des Beatles est Beatles Gear d’Andy Babiuk, ouvrage entrepris avec l’accès aux archives d’Apple et régulièrement réédité — l’« Ultimate Edition » de 2015 fait autorité. Babiuk date l’entrée de la Bass VI dans le parc du groupe de juillet 1968, à l’occasion d’une rencontre entre Don Randall, directeur commercial de Fender et associé historique de Leo Fender, d’une part, et Paul McCartney, John Lennon et Yoko Ono d’autre part, dans les bureaux d’Apple.

Cette datation est corroborée par la chronologie des enregistrements. La première utilisation documentée de l’instrument est la séance de « Rocky Raccoon » du 15 août 1968. Aucune photographie, aucun film, aucune feuille de séance ne place une Bass VI entre les mains d’un Beatle avant l’été 1968. Les instruments visibles dans les films promotionnels de 1967 — « Hello, Goodbye » filmé au Saville Theatre le 10 novembre, les séquences de Magical Mystery Tour — sont la Stratocaster peinte de Harrison, la Rickenbacker de McCartney, les guitares Vox et Epiphone du groupe. Pas de Bass VI.

La mention « 1967 » dans le nom du modèle est donc exacte, mais elle désigne le millésime de fabrication de l’instrument : une Bass VI sortie des chaînes de Fullerton en 1967, restée en stock, puis expédiée en Angleterre l’année suivante. C’est d’ailleurs la seule lecture qui rende la fiche technique cohérente, comme on le verra dans la section consacrée à la finition.

Correctif factuel n° 2 — « acquise en 1967 » confond fabrication et acquisition. L’instrument est un millésime 1967, ce qui est vérifiable par sa spécification (touche filetée à repères blocs, vernis nitrocellulosique, plaque à quatre interrupteurs). Mais il entre chez les Beatles en juillet-août 1968, offert par Don Randall lors d’une tentative d’accord d’endossement avec Fender. La première utilisation documentée date du 15 août 1968.

« Sa » Bass VI ? L’instrument appartenait au groupe

Deuxième glissement, plus subtil et plus lourd de conséquences : le communiqué parle de « la Bass VI de George Harrison » et de « son instrument original ». Or le lot Fender de 1968 a été remis aux Beatles, pas à l’un d’entre eux. C’était un cadeau d’entreprise à un groupe, dans l’espoir d’obtenir une caution publicitaire — la même logique qui avait valu à Ludwig, quatre ans plus tôt, la peau de grosse caisse la plus célèbre de l’histoire du rock.

La distinction n’est pas de la pinaillerie. Elle change la lecture de l’instrument : la Bass VI des Beatles n’est pas un choix personnel de Harrison, c’est un outil collectif, posé au studio, que l’on prend quand la configuration du morceau l’exige. C’est exactement ce que raconte la pratique documentée : sur les séances de l’Album blanc et de Get Back, celui qui joue de la Bass VI est celui qui n’a rien d’autre à faire à ce moment-là.

Et statistiquement, cet homme est plus souvent John Lennon que George Harrison.

Correctif factuel n° 3 — sur les disques, c’est surtout Lennon qui en joue. Les attributions établies par Babiuk donnent à Lennon « Rocky Raccoon », « Back in the U.S.S.R. » et « Helter Skelter » sur l’Album blanc, puis « Let It Be », « The Long and Winding Road » et « Dig It » pendant les séances Get Back. Harrison en joue sur « Birthday » et « Honey Pie », ainsi que sur des versions de travail de « Maxwell’s Silver Hammer ». Nommer le modèle d’après Harrison relève du choix commercial — c’est lui qu’on voit le plus clairement tenir l’instrument sur les films — davantage que du relevé discographique.

Pourquoi la confusion est compréhensible

Il faut être juste avec Fender : la confusion a une base visuelle solide. Le seul document grand public qui montre nettement la Bass VI entre des mains de Beatle est le film promotionnel de « Hey Jude », tourné le 4 septembre 1968 aux studios de Twickenham sous la direction de Michael Lindsay-Hogg. Harrison y tient l’instrument, bien en vue, devant un orchestre de figurants et un public assis en cercle. Des millions de personnes ont vu cette image ; presque personne n’a vu les feuilles de séance d’Abbey Road.

C’est le mécanisme classique de la mémoire visuelle contre la mémoire documentaire, et il traverse toute l’historiographie des Beatles : ce qui a été filmé devient la vérité, ce qui n’a été qu’enregistré disparaît. La même chose s’est produite avec la Rosewood Telecaster, associée pour toujours au concert sur le toit de Savile Row alors qu’elle n’a servi que quelques semaines, ou avec les mixages mono et stéréo, dont l’histoire réelle est très différente de ce que le public croit savoir.

Avant les Beatles : pourquoi Fender a inventé une basse à six cordes

Pour comprendre ce que la Bass VI fait dans un arrangement, il faut savoir pourquoi elle existe. Et elle n’existe pas, contrairement à ce que suggère l’histoire officielle, parce que Leo Fender aurait voulu inventer un instrument nouveau. Elle existe parce qu’un concurrent lui avait pris un marché.

Danelectro, Nashville et le « tic-tac »

En 1956, la firme du New Jersey Danelectro, dirigée par Nathan Daniel, lance l’UB-2, une basse à six cordes accordée un octave sous la guitare. L’instrument est bon marché, mal fini, et il conquiert en quelques mois les studios de Nashville. La raison est purement fonctionnelle : à l’époque, la contrebasse enregistre mal. Elle donne du volume mais pas de définition, et sur les disques de country le début de chaque note se perd.

Les ingénieurs de Nashville trouvent la parade : faire doubler la ligne de contrebasse par une basse six cordes jouée au médiator, aigus poussés, l’attaque de l’une venant redonner du contour aux notes de l’autre. Le procédé prend un nom onomatopéique — le tic-tac bass — et il devient un standard de production. Duane Eddy en fait un style à part entière. Gibson, qui entretient des relations étroites avec les musiciens de studio de Nashville, réplique avec l’EB-6.

Fender arrive donc en dernier. Ce n’est pas la marque qui invente la basse à six cordes : c’est la marque qui décide, cinq ans après tout le monde, qu’elle peut en faire une meilleure.

Correctif factuel n° 4 — Fender n’a pas inventé la basse à six cordes. La Danelectro UB-2 la précède de cinq ans (1956) et la Gibson EB-6 s’intercale entre les deux. La Bass VI de 1961 est une réponse commerciale à un segment déjà constitué, celui des instruments de studio destinés au doublage de contrebasse. Cette généalogie explique la conception même de l’instrument : un outil de coloration, pas un remplaçant de la basse électrique.

1961 : le Fender VI arrive avant la Jaguar

L’instrument est présenté en 1961 sous le nom de Fender VI — le mot « Bass » ne s’imposera dans le langage courant que plus tard. Le catalogue promet aux musiciens un son entièrement neuf pour n’importe quelle formation.

Voici le point que la vidéo de présentation du Custom Shop souligne à juste titre, et qui surprend même les connaisseurs : la Bass VI précède la Jaguar d’un an. Tout le monde croit que la six-cordes basse a emprunté ses attributs esthétiques à la Jaguar. C’est l’inverse. La Jaguar, sortie en 1962, hérite de la Bass VI le corps offset dérivé de la Jazzmaster, le vibrato flottant, et surtout la plaque à interrupteurs à glissière. Sur la Bass VI, ces trois interrupteurs commandent les trois micros ; sur la Jaguar, qui n’en a que deux, le troisième interrupteur est reconverti en coupe-bas.

La première version diffère nettement de celle qu’on connaît. Les micros sont des simples bobinages de type Stratocaster, montés dans des cadres métalliques rectangulaires. La touche est en palissandre « slab », les repères sont des points. Il n’y a pas d’étouffoir. C’est cette configuration 1961-1962 que l’on voit sur les rares photographies d’époque, et que l’interlocuteur de la vidéo Fender décrit en termes de « cadres carrés ».

1963 : la grande révision

C’est en 1963, et non en 1962, que Fender révise la Bass VI en profondeur, en lui appliquant les acquis de la Jaguar sortie l’année précédente. Trois modifications :

  • Les micros passent au type Jaguar, à plots individuels et flancs métalliques crantés — les fameuses « dents de scie » qui servent de blindage et concentrent le champ magnétique.
  • Un quatrième interrupteur apparaît sur la plaque : le coupe-bas, surnommé strangle, qui insère un condensateur en série et amincit radicalement le signal. C’est précisément le circuit qui permet d’obtenir un tic-tac de studio sans toucher à l’égalisation de la console.
  • Un étouffoir en mousse à commande mécanique est monté sous le chevalet, actionnable au doigt : il pose un feutre contre les cordes et raccourcit leur résonance.

Cette configuration restera inchangée pendant les douze dernières années de production. Une Bass VI de 1967 est donc, électroniquement, une Bass VI de 1963.

Correctif factuel n° 5 — la révision date de 1963, pas de 1962. La vidéo de présentation du Custom Shop situe la modernisation de la Bass VI en 1962, l’année de sortie de la Jaguar. Les relevés de production et les catalogues Fender la datent de 1963 : la Jaguar sort d’abord, la Bass VI est alignée sur elle l’année suivante. Le décalage d’un an n’a rien d’anecdotique pour un collectionneur — il sépare deux configurations d’instrument dont la valeur marchande diffère du simple au double.

1965-1966 : le manche bindé et les repères blocs

Fender est vendu à CBS en janvier 1965. Suivent les modifications cosmétiques qui, pour les puristes, marquent la fin de l’ère « pre-CBS » : sur la Bass VI comme sur la Jaguar et la Jazzmaster, la touche reçoit un filet — un liseré clair courant le long des bords — en 1965, puis les repères en points sont remplacés par des blocs de nacre synthétique blanche à la fin de 1966.

C’est exactement la description de l’instrument des Beatles, et exactement celle de la réédition 2026 : bound 3A rosewood fingerboard, white pearloid block inlays. La cohérence est parfaite. Cette combinaison n’existe que sur les Bass VI produites entre la fin 1966 et 1968 — ce qui, au passage, constitue une confirmation indépendante du millésime 1967 annoncé par Fender, indépendamment de la question de la date d’acquisition.

1968 : la bascule au polyester, et pourquoi ça change tout

Le détail suivant est le plus technique de cet article, et c’est aussi le plus révélateur.

En 1968, Fender abandonne le vernis nitrocellulosique au profit du polyester, un vernis épais appliqué au pistolet, plus rapide à sécher, plus résistant, et industriellement bien plus commode. La même année, le logo de tête passe de l’encre dorée à l’encre noire.

Or le nitrocellulosique et le polyester ne vieillissent pas de la même façon. Le sunburst trois tons de Fender combine trois teintes : un jaune au centre, un rouge intermédiaire, un brun-noir en périphérie. Le rouge utilisé dans les années 1960 est un colorant fugitif : sous l’effet des ultraviolets, il se dégrade et disparaît. Le nitrocellulosique, mince et perméable, laisse passer les UV. Le polyester, épais, les filtre bien davantage.

Résultat : une Fender sunburst des années 1960 en nitro, exposée à la lumière, perd son rouge et se transforme progressivement en deux tons — jaune au centre, brun aux bords. Mais uniquement sur la face exposée. Retournez l’instrument, et le dos, protégé par le corps du musicien et par l’étui, a conservé ses trois teintes.

C’est exactement ce que décrivent les deux intervenants de la vidéo Fender en manipulant l’objet : une face avant qui paraît deux tons, un dos franchement trois tons. Ils y font même l’analogie, parfaitement juste, avec la Jaguar de Kurt Cobain, qui présente le même contraste avant-arrière pour la même raison physico-chimique.

Ce phénomène ne peut se produire que sur un instrument verni au nitrocellulosique, donc antérieur à 1968. Autrement dit : la décoloration du sunburst est en elle-même une preuve de datation. Le nom « Bleached 3-Color Sunburst » que Fender donne à sa finition Relic n’est pas un caprice marketing — c’est une description technique exacte, et c’est la partie la plus rigoureuse de tout le dossier de presse.

Comment l’instrument est arrivé à Londres : Don Randall, juillet 1968

Reste à raconter la scène elle-même, qui est un excellent morceau d’histoire commerciale.

Une opération de séduction qui a échoué

En juillet 1968, Don Randall se déplace à Londres. Randall n’est pas un cadre parmi d’autres : c’est l’homme qui a bâti le réseau de distribution de Fender depuis les années 1940, l’associé de Leo Fender, celui qui a nommé la Stratocaster. Il est resté aux commandes du secteur commercial après le rachat par CBS.

Son objectif est clair : obtenir des Beatles un accord d’endossement. Le raisonnement est imparable. Depuis 1964, les images du groupe ont vendu des quantités industrielles de Rickenbacker, de Höfner, de Gretsch, de Vox et de Ludwig. Fender, la première marque américaine de guitares électriques, n’a pratiquement rien tiré du phénomène Beatles — quelques Stratocaster bleu sonic apparues en 1965, un usage croissant d’amplificateurs, et c’est tout.

Randall rencontre McCartney et Lennon au siège d’Apple, accompagnés de Yoko Ono. Il apporte, en geste de bonne volonté, un lot de matériel : une Bass VI, une Jazz Bass droitière, des pianos électriques Rhodes, des amplificateurs Bassman et Twin Reverb, et une sonorisation complète.

L’opération est un demi-échec commercial. Lennon et McCartney apprécient le geste mais ne signent rien. Lennon reste fidèle à son Epiphone Casino décapé, McCartney à sa Höfner et à sa Rickenbacker. Aucun accord d’endossement Fender-Beatles n’a jamais existé.

Et pourtant : le matériel, lui, reste. Il entre dans le parc du groupe, il est branché, il sert. C’est la grande ironie de cette histoire — Fender a raté le contrat publicitaire mais gagné quelque chose de beaucoup plus durable, une présence sonore dans les deux derniers disques du groupe le plus écouté du monde.

La Rosewood Telecaster n’était pas dans le colis

Ici intervient une erreur qui circule dans la vidéo de présentation elle-même, et qu’il faut corriger avec soin parce qu’elle est reprise partout.

Les deux intervenants du film Fender expliquent que la marque avait envoyé « un tas d’instruments de l’autre côté de l’Atlantique », et que la Rosewood Telecaster faisait partie du même envoi que la Bass VI. C’est faux, et la documentation sur ce point est particulièrement solide parce que la Rosewood Telecaster est l’un des instruments les mieux étudiés de toute l’histoire de Fender.

La chronologie réelle est la suivante. Randall repart de Londres en juillet 1968 sans signature mais avec l’impression d’une ouverture. Il décide alors de forcer la main du groupe en offrant à son guitariste soliste un objet unique : un prototype du modèle tout-palissandre que Fender s’apprête à lancer. Deux luthiers de la maison, Roger Rossmeisl — transfuge de Rickenbacker, arrivé chez Fender en 1962 — et Philip Kubicki, construisent quatre prototypes : deux Telecaster et deux Stratocaster en palissandre massif, destinés respectivement à George Harrison et à Jimi Hendrix.

Le meilleur exemplaire de Telecaster est sélectionné, monté, réglé, mis en étui — puis confié à un coursier qui prend l’avion avec, l’instrument occupant son propre siège en cabine. Il est livré aux bureaux d’Apple à Savile Row en décembre 1968, juste après la sortie de l’Album blanc, à temps pour les séances filmées de janvier 1969. La Stratocaster de Hendrix, elle, ne sera achevée qu’au printemps 1970 et ne lui sera jamais remise.

Il y a donc eu au minimum deux vagues : le lot commercial de juillet-août 1968 (Bass VI, Jazz Bass, Rhodes, amplis, sono) et l’envoi particulier de décembre 1968 (Rosewood Telecaster). Certaines sources signalent même une troisième livraison de matériel Fender en janvier 1969, concomitante de l’installation du groupe au sous-sol d’Apple et de l’arrivée de Billy Preston.

Correctif factuel n° 6 — la Rosewood Telecaster n’est pas arrivée avec la Bass VI. La Bass VI fait partie du lot remis par Don Randall en juillet 1968. La Rosewood Telecaster est un prototype construit ensuite par Roger Rossmeisl et Philip Kubicki, livré séparément à Savile Row en décembre 1968, transporté en cabine sur son propre siège d’avion par un coursier. Détail savoureux : c’est le même maître luthier du Custom Shop, Paul Waller, qui a expertisé la Rosewood Telecaster originale pour sa réédition de 2016, puis la Bass VI originale pour celle de 2026.

Le contexte : un groupe qui ne monte plus sur scène

Cette accumulation de matériel neuf en 1968 n’est pas un caprice. Elle correspond à un changement de nature du groupe.

Depuis le dernier concert payant du 29 août 1966, les Beatles ne sont plus une formation de scène. Ils sont devenus, selon le mot exact employé dans la vidéo Fender, « bien davantage un groupe de studio ». Or un groupe de scène a besoin d’un instrumentarium stable — quatre musiciens, quatre postes, une répartition fixe. Un groupe de studio a besoin du contraire : de la variété, de la nouveauté, de l’accident.

Les intervenants du film Fender formulent l’idée avec justesse : un instrument neuf, ce n’est pas seulement un timbre supplémentaire, c’est un déclencheur d’inspiration, quelque chose qui n’est pas « la même vieille chose qu’on fait d’habitude ». Toute l’esthétique des Beatles de 1967-1969 repose sur ce principe, que nous avons documenté ailleurs sous l’angle de l’expérimentation de studio.

Et il se trouve qu’en 1968, un autre changement structurel se produit en parallèle : Paul McCartney passe de plus en plus souvent au clavier. Piano, piano électrique, orgue. Ce déplacement, dont on mesure mal aujourd’hui l’importance, va créer un poste vacant permanent dans le groupe — celui de bassiste. Et c’est très exactement ce poste que la Bass VI va occuper.

La discographie raisonnée : où entend-on vraiment la Bass VI ?

Voici le cœur du dossier, et la partie que la presse spécialisée a expédiée en une liste de titres jetés les uns à la suite des autres. Reprenons morceau par morceau, en distinguant systématiquement ce qui est documenté de ce qui est simplement répété.

Lennon bassiste : « Rocky Raccoon », 15 août 1968

La première apparition datée de l’instrument est aussi l’une des plus révélatrices. « Rocky Raccoon » est enregistré au studio deux d’Abbey Road dans la nuit du 15 au 16 août 1968. McCartney chante et joue de la guitare acoustique, Ringo est à la batterie, George Martin improvise un solo de piano « honky-tonk », et John Lennon tient l’harmonica, l’harmonium — et la basse.

Écoutez la ligne de basse de ce morceau en connaissance de cause : elle est simple, un peu raide, sans les déplacements de registre ni les contrechants que McCartney place partout ailleurs sur l’album. Elle n’est pas mauvaise ; elle est d’un guitariste. C’est la signature de la Bass VI dans le répertoire des Beatles, et on va la retrouver systématiquement.

« Back in the U.S.S.R. » et le chaos d’août 1968

Le cas de « Back in the U.S.S.R. » (22-23 août 1968) est plus complexe, et c’est un bon exemple de la prudence qu’exige ce répertoire. La séance a lieu au moment précis où Ringo Starr quitte le groupe : McCartney passe à la batterie, et l’ensemble des parties instrumentales est réparti entre les trois membres restants dans une improvisation totale.

Les sources attribuent la basse à Lennon sur Bass VI. Mais la piste finale est une composition d’apports successifs, réalisée sur deux journées, et McCartney a très souvent réenregistré lui-même des parties de basse sur les morceaux où il tenait un autre instrument. La formule honnête est donc : la Bass VI est présente sur ce titre, l’attribution intégrale à Lennon est probable sans être certaine.

« Helter Skelter » : le grondement du 9 septembre

Le cas le plus intéressant musicalement. La version publiée de « Helter Skelter » provient de la refonte complète du 9 septembre 1968 — dix-huit prises, la dernière retenue. Selon Beatles Gear, la basse est surajoutée le lendemain, le 10 septembre, par Lennon à la Bass VI.

C’est un choix d’arrangement remarquable, et personne n’y prête attention. Le morceau est saturé, encombré, occupé de bout en bout par deux guitares électriques et une batterie martelée. Une basse quatre cordes classique s’y serait noyée dans le bas du spectre. La Bass VI, elle, avec ses cordes fines, son attaque de médiator et son registre médium très présent, se fraie un chemin au-dessus de la boue. C’est la raison technique pour laquelle on distingue encore une ligne de basse dans ce qui est sans doute le mixage le plus congestionné de tout le catalogue — un morceau que nous avons classé en tête de notre palmarès des dix chansons les plus rock des Beatles.

Harrison bassiste : « Birthday » et « Honey Pie »

Les deux titres où l’attribution à George Harrison est solidement établie sont « Birthday » (18 septembre 1968) et « Honey Pie » (1er-2 octobre 1968).

« Birthday » est écrit et enregistré le même soir, dans l’un des rares moments d’euphorie collective de ces séances : le groupe interrompt la séance pour aller regarder The Girl Can’t Help It chez McCartney, revient au studio et boucle le morceau. Harrison tient la Bass VI, doublant à l’octave grave le riff de guitare — ce qui donne à l’introduction sa densité si caractéristique.

« Honey Pie » est l’exact opposé stylistique : un pastiche de music-hall des années 1920, arrangé pour cuivres et bois par George Martin. Harrison y joue une ligne de basse d’une souplesse presque contrebassistique, avec l’étouffoir engagé — c’est-à-dire dans la configuration tic-tac pour laquelle l’instrument avait été conçu à l’origine. C’est, de tout le catalogue des Beatles, le seul endroit où la Bass VI fait exactement ce que Leo Fender avait prévu qu’elle fasse.

« Hey Jude » : ce que l’on voit n’est pas ce que l’on entend

Il faut maintenant traiter l’erreur la plus répandue, celle qui apparaît noir sur blanc dans plusieurs fiches de revendeurs et dans au moins un article de la grande presse spécialisée depuis le 25 août 2026 : la Bass VI serait « entendue » sur « Hey Jude ».

Elle ne l’est pas. « Hey Jude » a été enregistré aux studios Trident, dans Soho, les 31 juillet et 1er août 1968 — donc avant tout usage documenté de la Bass VI en studio. McCartney y tient la basse, sur les huit pistes de Trident, avant l’ajout de l’orchestre de trente-six musiciens.

Ce que l’on voit, en revanche, c’est le film promotionnel tourné le 4 septembre 1968 à Twickenham par Michael Lindsay-Hogg, dans lequel le groupe mime le morceau devant un public assis. Harrison y tient la Bass VI, très visible. Le film et le disque sont deux objets différents ; l’un est un document publicitaire, l’autre un enregistrement. Les confondre revient à écrire que Ringo Starr joue de la batterie dans un clip où il fait semblant.

Correctif factuel n° 7 — la Bass VI est visible sur le film de « Hey Jude », pas audible sur le disque. Le single a été gravé aux studios Trident les 31 juillet et 1er août 1968, avec McCartney à la basse ; le film promotionnel où Harrison tient la Bass VI a été tourné un mois plus tard, le 4 septembre 1968, à Twickenham, en playback. Plusieurs sources commerciales publiées en août 2026 présentent pourtant « Hey Jude » comme un morceau enregistré avec la Bass VI, aux côtés de « Helter Skelter » et « Back in the U.S.S.R. » — c’est une inférence tirée d’une image, pas un fait de studio.

Janvier 1969 : la Bass VI devient une solution d’organisation

Avec les séances Get Back, l’usage de l’instrument change de nature. Il ne s’agit plus d’un choix de couleur : il s’agit de résoudre un problème pratique.

Le principe fondateur du projet, tel que McCartney le formule en janvier 1969, est de jouer en direct, sans surimpression, comme un groupe. Or plusieurs des morceaux les plus importants du répertoire en cours sont des morceaux de piano : « Let It Be », « The Long and Winding Road », « Don’t Let Me Down » à certains moments. Si McCartney est au clavier, personne ne tient la basse. Et sans basse, aucune prise ne peut être considérée comme définitive.

D’où la solution : celui des deux autres guitaristes qui n’a rien de spécifique à jouer prend la Bass VI, branchée dans une tête Bassman avec un baffle deux fois douze pouces. C’est Lennon la plupart du temps — c’est même, comme le note un excellent guide du matériel de la période Get Back, le seul instrument électrique autre que son Epiphone Casino que Lennon touche pendant tout le mois.

Fender avait pourtant fourni une Jazz Bass droitière précisément pour cet usage, dans l’idée qu’elle donnerait un son de basse plus conventionnel que la six-cordes. Lennon et Harrison ont continué à préférer la Bass VI. La raison est simple et rarement dite : sur une Jazz Bass, un guitariste doit réapprendre l’espacement, la tension, la position de la main droite. Sur une Bass VI, il n’a rien à réapprendre du tout.

« Dig It » : le seul moment où l’instrument joue son vrai rôle

Reste un cas à part, et c’est le plus intéressant de tous. Sur « Dig It », improvisation collective du 26 janvier 1969, Lennon n’utilise pas la Bass VI comme une basse : il y plaque des accords complets, à la guitare.

C’est, dans tout le catalogue, le seul endroit où la double nature de l’instrument est exploitée frontalement. Une basse quatre cordes ne permet pas de plaquer des accords : l’intervalle entre les notes graves produit une bouillie harmonique. Une Bass VI, accordée exactement comme une guitare, le permet — au prix d’un son épais, trouble, presque orchestral, qui deviendra vingt ans plus tard la marque de fabrique de tout un courant du rock britannique. Nous y reviendrons.

Abbey Road : la relève par la Jazz Bass

Sur Abbey Road, le témoignage photographique montre Harrison à la Jazz Bass droitière — notamment pendant les séances de « Maxwell’s Silver Hammer » en juillet 1969 — et non plus à la Bass VI. Le basculement est cohérent avec l’esthétique de l’album : là où Get Back cherchait la brutalité du direct, Abbey Road cherche le poli, la profondeur, la tenue du bas du spectre. La Bass VI, avec sa maigreur assumée, n’y avait plus sa place.

L’instrument disparaît donc du catalogue enregistré des Beatles aussi vite qu’il y était entré : quatorze mois d’usage, de l’été 1968 au début de l’été 1969.

Guide d’écoute

Morceau Date Instrumentiste Ce qu’il faut écouter
Rocky Raccoon 15 août 1968 Lennon Ligne fondamentale, sans ornement — la signature du guitariste qui tient la basse
Back in the U.S.S.R. 22-23 août 1968 Lennon (piste composite) Attaque nette du médiator, très en avant du mixage
Helter Skelter 10 septembre 1968 Lennon La basse reste lisible malgré la saturation générale : effet direct du registre médium
Birthday 18 septembre 1968 Harrison Doublage du riff à l’octave grave, à l’unisson rythmique exact
Honey Pie 1er-2 octobre 1968 Harrison Étouffoir engagé : le vrai « tic-tac » de Nashville, seul exemple du catalogue
Let It Be janvier 1969 Lennon Prises de travail : McCartney au piano, basse tenue par défaut
The Long and Winding Road janvier 1969 Lennon Justesse approximative — l’un des griefs de McCartney contre les bandes de janvier
Dig It 26 janvier 1969 Lennon Accords plaqués, pas de ligne de basse : l’instrument utilisé comme guitare grave

Pourquoi ça change le son : anatomie d’une basse de guitariste

Toutes les observations précédentes convergent vers une même explication technique. Il vaut la peine de la déplier, parce qu’elle explique aussi bien le succès de l’instrument auprès des Beatles que son échec commercial auprès du grand public.

Trente pouces

Le diapason — la longueur de corde vibrante entre le sillet et le chevalet — est de 30 pouces, soit 762 millimètres. Une Precision ou une Jazz Bass mesurent 34 pouces. Une guitare électrique Fender standard, 25,5 pouces.

La Bass VI se situe donc à mi-chemin, plus près de la guitare que de la basse. Comme elle est accordée exactement une octave sous la guitare, avec un diapason à peine plus long, il faut compenser par des cordes très fines — d’où le tirant d’usine, qui allait de .024 à .100.

La conséquence acoustique est directe : à hauteur égale, une corde plus courte et plus fine produit moins d’énergie dans les harmoniques graves et davantage dans les médiums. C’est la définition physique du son de la Bass VI. Elle ne « descend » pas moins qu’une Precision — elle descend exactement à la même note. Mais elle y met beaucoup moins de matière.

La tension, et ce qu’elle fait au jeu

Cordes plus fines et plus courtes signifient aussi tension plus faible. L’argumentaire Fender de 2026 le formule joliment : une sensation souple, élastique, qui invite autant aux lignes de basse qu’au phrasé de guitariste. C’est exact, et c’est aussi la source des difficultés de l’instrument.

Une basse à faible tension pardonne mal. Elle se désaccorde à la moindre pression latérale, elle frise, et surtout elle exige un toucher léger — or les bassistes de formation ont un toucher lourd, acquis sur des cordes de .045 à .105 tendues sur 34 pouces. C’est la raison profonde pour laquelle la Bass VI n’a jamais convaincu les bassistes tout en séduisant durablement les guitaristes.

L’espacement des cordes

Le sillet mesure 1,5 pouce (38,1 mm) pour six cordes. Une Jazz Bass mesure 1,5 pouce pour quatre. Autrement dit, l’écartement de la Bass VI est celui d’une guitare — à peine plus large que sur une Stratocaster, incomparablement plus serré que sur une basse.

C’est ce point, plus que tout autre, qui explique le comportement des Beatles. Pour Lennon ou Harrison, prendre la Bass VI ne demande aucun effort d’adaptation : même accord, même espacement, même position de main gauche, mêmes accords si besoin. L’instrument est immédiatement disponible. L’un des intervenants de la vidéo Fender, producteur et bassiste, résume la chose exactement : ce n’est pas seulement la familiarité de la guitare, c’est le diapason court et l’espacement serré, et l’ensemble rend l’objet instantanément accueillant.

L’étouffoir, et pourquoi il est important

L’étouffoir monté sous le chevalet depuis 1963 est le dispositif le plus sous-estimé de l’instrument. Une palette de feutre vient s’appuyer contre les cordes juste devant le chevalet, raccourcissant leur temps de résonance.

Techniquement, cela transforme une note tenue en note percussive : l’attaque reste, la queue disparaît. C’est exactement l’effet recherché par les ingénieurs de Nashville pour le doublage de contrebasse, et c’est ce qu’on entend sur « Honey Pie ».

C’est aussi, pour un musicien contemporain, la fonctionnalité que les rééditions bon marché suppriment en premier — et le second intervenant de la vidéo Fender ne s’y trompe pas : voir enfin une version moderne équipée d’un étouffoir qui fonctionne réellement est, dit-il, ce qui l’enthousiasme le plus dans cette réédition. Sur ce point précis, le Custom Shop a fait le travail.

Trois micros, quatre interrupteurs

Reste l’électronique, d’une logique inhabituelle pour une basse. Il n’y a ni sélecteur rotatif ni sélecteur à lame : chaque micro dispose de son propre interrupteur marche/arrêt. On peut donc obtenir sept combinaisons de micros au lieu des cinq d’une Stratocaster, et surtout on peut les modifier en jouant, d’un coup de pouce.

Le quatrième interrupteur, le strangle, insère un condensateur qui coupe le bas du spectre. Dans un contexte de studio, cela permet de faire passer instantanément l’instrument du registre de basse à celui d’une guitare baryton claquante, sans qu’un ingénieur touche à quoi que ce soit en régie.

Correctif factuel n° 8 — la Bass VI n’est pas une guitare baryton. La confusion est constante, y compris chez des vendeurs professionnels. Une guitare baryton est accordée une quarte ou une quinte sous la guitare standard (en si ou en la), avec un diapason de 27 à 28 pouces. La Bass VI est accordée exactement une octave sous la guitare, comme une basse électrique, sur 30 pouces. C’est donc bien une basse — une basse au timbre de baryton, ce qui n’est pas la même chose. Le circuit strangle permet précisément de simuler l’un depuis l’autre, ce qui a sans doute entretenu le malentendu.

Les flèches gravées : le seul vrai « détail Harrison »

Sur toute la fiche technique de la réédition, une seule ligne concerne spécifiquement l’instrument des Beatles et non le modèle générique de 1967 : la plaque de commande reproduit les gravures que Harrison avait faites sur l’originale pour noter ses réglages préférés.

Il faut voir la chose pour comprendre. Les interrupteurs à glissière de la Bass VI ne portent aucune indication : rien n’indique laquelle des deux positions correspond à « marche ». Sur scène ou en studio, dans la pénombre, entre deux prises, c’est un piège permanent. Quelqu’un — Harrison, très probablement, ou l’un des assistants techniques du groupe — a donc gravé de petites flèches directement dans le métal chromé de la plaque, en haut et en bas de chaque glissière, pour indiquer le sens.

Les deux intervenants de la vidéo Fender s’arrêtent longuement sur ce détail, et l’un d’eux le qualifie avec justesse d’ultra-utilitaire : ce n’est pas de la personnalisation esthétique, c’est un aide-mémoire d’atelier, entièrement dicté par l’usage du moment.

C’est là, paradoxalement, que la réédition atteint sa plus grande justesse documentaire. Reproduire des rayures faites au poinçon par un musicien pressé, sur un objet qui coûte 9 500 dollars, relève d’une forme de fétichisme — mais c’est un fétichisme informé. Ces flèches sont la seule trace matérielle d’une pratique : celle d’un groupe qui, cessant d’être une formation de scène, s’est mis à traiter ses instruments comme des outils d’atelier plutôt que comme des attributs d’identité.

Le vrai scoop de l’annonce : la Bass VI est à Friar Park

Et nous arrivons au point que personne, dans toute la couverture internationale de l’annonce du 25 août 2026, n’a relevé.

Une historiographie qui la donnait perdue

Depuis des décennies, le sort de la Bass VI des Beatles fait partie des dossiers ouverts de l’histoire du matériel. L’instrument est photographié pour la dernière fois en 1969. Après quoi, plus rien. Les hypothèses ont circulé : dispersion dans les collections personnelles de Lennon et Harrison, récupération par Mal Evans qui conservait chez lui une partie du matériel du groupe, ou disparition pure et simple parmi la demi-douzaine de guitares des Beatles volées ou égarées à la fin des années 1960 — l’une des questions les plus tenaces de la comptabilité matérielle du groupe. Aucun des ouvrages de référence ne tranchait.

Ce que la vidéo Fender révèle sans le dire

Dans le film de présentation publié par le Custom Shop, les deux intervenants racontent, presque en passant, qu’ils se sont rendus à Friar Park — la propriété d’Oxfordshire achetée par George Harrison en 1970, où vivent aujourd’hui Olivia et Dhani Harrison. Ils y sont allés, disent-ils, pour regarder des instruments intéressants ; la Bass VI est l’un des objets vers lesquels ils ont gravité.

Ils précisent ensuite que le maître luthier Paul Waller les accompagnait, et qu’ils ont procédé sur place à une expertise détaillée : relevé du profil de manche, de la sensation en main, de la voix des micros. C’est de ce relevé que sortent les cotes publiées dans la fiche technique de la réédition — les 0,820 et 0,945 pouce d’épaisseur de manche, les 2,200 pouces de largeur en pied, qui ne sont pas des valeurs de catalogue mais les mesures d’un objet précis.

Or, si l’instrument a été mesuré à Friar Park en vue d’une sortie d’août 2026, cela signifie qu’il ne s’est jamais perdu. Il est resté chez Harrison, il est passé dans son héritage, et il s’y trouve toujours. La question qui occupait les historiens du matériel depuis un demi-siècle est réglée — dans une vidéo promotionnelle de quelques minutes, sans une ligne de communiqué pour le signaler.

Cela éclaire d’ailleurs rétrospectivement le choix du nom du modèle. Si la Bass VI a fini dans la collection personnelle de Harrison plutôt que dans celle de Lennon, alors l’appeler « George Harrison Bass VI » cesse d’être une simple facilité marketing : c’est exact sur le plan de la propriété finale, même si ce l’est beaucoup moins sur le plan de l’usage en studio. Et c’est évidemment avec les ayants droit de Harrison, plutôt qu’avec ceux de Lennon, que Fender a dû négocier — une logique qu’on avait déjà observée avec les projets éditoriaux menés par Olivia Harrison.

Correctif factuel n° 9 — l’instrument n’est pas perdu, contrairement à ce qu’affirmait l’historiographie. La localisation de la Bass VI des Beatles était considérée comme inconnue depuis 1969 dans la littérature spécialisée. La vidéo de présentation du Fender Custom Shop établit qu’elle se trouve à Friar Park, la propriété de la famille Harrison, où elle a été expertisée sur place par le maître luthier Paul Waller en vue de la réédition. Aucun article publié depuis le 25 août 2026 n’a relevé cette information, qui est pourtant la plus significative de l’annonce pour l’histoire du matériel des Beatles.

Il reste maintenant à juger l’objet lui-même, puis à raconter ce que la Bass VI est devenue après les Beatles.

Lecture critique de la réédition

Une réédition « tribute » se juge sur un seul critère : la fidélité documentée. Le reste — le prix, la rareté, la beauté de l’objet — relève du marché, pas de l’histoire. Voici donc le relevé, poste par poste.

Le Relic « Bleached 3-Color Sunburst » : la partie irréprochable

C’est le point fort de l’ensemble, et il mérite d’être souligné parce qu’il est rare. La plupart des instruments « relicés » du marché reproduisent une usure générique : des éclats aux angles, un vernis craquelé, du chrome piqué. Le Custom Shop a fait autre chose ici — il a reproduit un phénomène daté, la décoloration différentielle du rouge fugitif sous ultraviolets, avec un contraste entre la face avant blanchie et le dos resté trois tons.

Ce n’est pas de la décoration : c’est une conséquence physique de la composition du vernis, qui n’existe que sur les instruments antérieurs à 1968. Reproduire cela, c’est reproduire l’âge de l’instrument autant que son usure. Sur ce point, la réédition est exemplaire.

Nitrocellulosique : la cohérence est totale

Corollaire du point précédent, et conséquence heureuse : la fiche technique annonce un vernis nitrocellulosique pour le corps et pour le manche. C’est le bon choix, le seul possible pour un millésime 1967, et il est cohérent avec la logique de la décoloration. Un instrument verni au polyester ne se serait jamais blanchi ainsi.

Notons au passage que ce détail confirme, indépendamment de toute source écrite, que l’original de Friar Park est bien antérieur à 1968. La lutherie sert ici de pièce à conviction.

Les cordes livrées ne sont pas d’époque

Premier vrai reproche. L’instrument est livré avec un jeu Fender Bass VI 5350/6 en acier inoxydable, tirant .025 à .095.

Le tirant d’usine des Bass VI produites entre 1961 et 1975 était de .024 à .100, en filage nickel. La différence peut sembler infime — un millième de pouce en haut, cinq millièmes en bas — mais elle n’est pas neutre : la corde de mi grave est plus fine de cinq centièmes de millimètre, donc moins tendue et moins définie, tandis que la chanterelle est plus épaisse. Surtout, le passage du nickel à l’acier inoxydable modifie sensiblement le timbre : l’inox est plus brillant, plus agressif dans les aigus, plus long à se patiner.

Autrement dit, l’acheteur qui voudra retrouver exactement le son entendu sur « Honey Pie » devra recorder son instrument à neuf. Ce n’est pas dramatique — c’est même banal dans le monde de la basse — mais cela mérite d’être dit pour un objet vendu comme une reconstitution.

Correctif factuel n° 10 — le tirant livré ne correspond pas à la spécification d’époque. Fender livre la réédition avec un jeu .025-.095 en acier inoxydable. La spécification d’usine de 1961 à 1975 était .024-.100 en filage nickel. La modification touche à la fois la tension et le timbre. Elle n’est signalée nulle part dans le communiqué, qui présente l’instrument comme construit « aux mêmes spécifications » que l’original.

L’imprécision des trois interrupteurs

Second reproche, mineur mais révélateur de la façon dont une erreur se propage. Le texte de présentation de Fender décrit des interrupteurs individuels marche/arrêt « pour chaque micro » et s’arrête là. La fiche technique, plus bas sur la même page, ajoute pourtant une ligne « électronique spéciale » mentionnant l’interrupteur deux positions du circuit coupe-bas.

Résultat : la quasi-totalité des articles de reprise publiés depuis le 25 août 2026 décrivent une plaque à trois interrupteurs. Une Bass VI de 1967 en compte quatre. C’est le genre de détail qui semble anodin mais qui, dans dix ans, sera cité comme source par quelqu’un qui n’aura pas l’objet sous les yeux.

9 500 dollars : ce que ça achète, et ce que ça vaut

Le point le plus discuté depuis l’annonce. À 9 500 dollars, la réédition se situe au-dessus du prix de marché d’une Bass VI originale de 1967 en état correct — un instrument authentique de la période, rare mais pas introuvable, qui se négocie généralement en dessous de ce montant.

L’argument est donc entièrement patrimonial, et il est parfaitement assumé : on n’achète pas ici un instrument de 1967, on achète une reconstitution certifiée d’un instrument précis, avec les cotes de manche relevées à Friar Park, les flèches gravées reproduites, un certificat d’authenticité et un tirage inférieur à cent exemplaires. C’est un objet de collection déguisé en instrument de musique, et il faut le prendre comme tel.

Pour le musicien qui veut simplement jouer d’une Bass VI, l’offre est aujourd’hui abondante et infiniment moins chère : la série Vintera II de Fender, les modèles Squier, et diverses productions concurrentes couvrent le besoin pour quelques centaines d’euros.

Après les Beatles : de Jet Harris à Robert Smith

Reste le plus beau chapitre de cette histoire, celui que la vidéo Fender aborde en quelques phrases et qui mériterait un article à lui seul : comment un instrument commercialement raté est devenu, quinze ans après son arrêt, une signature stylistique.

Les pionniers britanniques

Avant les Beatles, la Bass VI avait déjà trouvé son champion au Royaume-Uni : Terence « Jet » Harris, ancien bassiste des Shadows, qui l’utilise en 1962 sur ses deux premiers 45 tours solo, « Besame Mucho » et le thème de L’Homme au bras d’or. L’anecdote de transmission est jolie : l’instrument avait été commandé à Fender par le guitariste Big Jim Sullivan, qui le céda à Harris parce que celui-ci, fraîchement séparé des Shadows, cherchait un son capable de porter une carrière solo. Il obtiendra six semaines en tête des classements britanniques avec « Diamonds ».

La Bass VI donnait à Harris exactement ce dont il avait besoin : un instrument de soliste grave, capable de porter une mélodie au premier plan là où une basse ordinaire n’aurait tenu qu’un accompagnement. C’est déjà, en 1962, l’usage que feront les Beatles six ans plus tard — un instrument mélodique dans le registre du grave.

Suivent Jack Bruce, qui en joue abondamment aux débuts de Cream et notamment sur Fresh Cream (1966), John Entwistle des Who, puis, en 1976, Joe Perry d’Aerosmith, qui pose avec une Bass VI le riff de « Back in the Saddle ».

1975 : l’arrêt

Fender arrête la production en 1975, après quatorze ans. La formule qu’emploie la vidéo de présentation — arrêtée « par manque d’intérêt ou de demande » — est exacte quant au résultat, mais elle mérite une nuance.

La Bass VI n’a jamais été un échec commercial soudain : elle n’a jamais été un succès. Fender ne l’a jamais produite en grandes quantités, et les archives suggèrent même que le service commercial commandait une proportion inhabituellement forte d’exemplaires en couleurs personnalisées, probablement pour les rendre visibles chez les revendeurs. L’instrument souffrait d’un problème de définition insoluble : trop grave pour les guitaristes, trop fin pour les bassistes, trop cher pour les débutants. Son arrêt en 1975 s’inscrit dans le grand ménage de catalogue mené par CBS au milieu des années 1970, qui a emporté plusieurs modèles offset au même moment.

Correctif factuel n° 11 — « arrêtée par manque de demande » simplifie une histoire plus longue. La Bass VI n’a jamais connu de succès commercial à aucun moment de ses quatorze années de production : ce n’est pas une désaffection tardive mais une faiblesse structurelle, liée à un positionnement impossible entre guitare et basse. Son arrêt en 1975 intervient dans un mouvement plus large de rationalisation du catalogue Fender sous CBS.

La renaissance des années 1980

Et puis, une décennie plus tard, l’instrument ressuscite — pour une raison qui n’a rien à voir avec ce pour quoi il avait été conçu.

Robert Smith, de The Cure, l’adopte sur Faith (1981) et sur la longue pièce instrumentale « Carnage Visors » qui l’accompagne. Son usage n’est pas celui d’un bassiste : Simon Gallup tient déjà la basse dans le groupe. Smith se sert de la Bass VI pour plaquer des accords lents et modulés dans un registre situé entre la basse et les guitares — exactement ce que Lennon avait improvisé sur « Dig It » douze ans plus tôt, mais érigé cette fois en principe d’arrangement. On l’entend sur The Head on the Door, sur Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me, et de façon centrale sur Disintegration (1989), notamment sur « Pictures of You ».

En Australie, Steve Kilbey, de The Church, fait la même découverte : il achète sa première Bass VI à Sydney en 1984, l’utilise abondamment sur Priest = Aura (1992) et l’emmène sur scène pendant des décennies. Là encore, le principe est le même : alterner ligne unique et accords tenus, faire varier la texture d’un morceau sans changer d’effectif.

Ce que ces musiciens ont compris, et que Leo Fender n’avait pas prévu, c’est que le défaut principal de l’instrument était en réalité sa fonction : ce son épais, un peu flou, qui ne « fait » ni une bonne basse ni une bonne guitare, remplit magnifiquement l’espace médium-grave d’un mixage dense. Il devient la couche liante d’une esthétique — celle du rock atmosphérique britannique des années 1980, dont les héritiers des années 1990 reprendront à leur tour une partie du vocabulaire.

Les rééditions successives

Fender met près de vingt ans à réagir à ce regain d’intérêt. Le calendrier des retours est le suivant :

1995-1998 Réédition « 1962 vintage » produite par Fender Japan
2006-2008 Recréation Fender Custom Shop, trois micros simples, électronique identique à l’original
2013 Retour au catalogue grand public : série Pawn Shop et version Squier, beaucoup plus abordable
2023 Série Vintera II
25 août 2026 Limited Edition George Harrison 1967 Bass VI, Custom Shop

La réédition de 2026 est donc le sommet d’une pyramide construite en trente ans : d’abord rendre l’instrument disponible, puis le rendre accessible, enfin le sacraliser.

Tableau récapitulatif des correctifs factuels

Affirmation courante Ce que disent les sources
1 Tirage de 80 (ou de 100) exemplaires Les deux chiffres circulent ; Fender n’en publie aucun. Écrire « moins de cent »
2 Harrison l’a acquise en 1967 Millésime 1967, mais entrée chez les Beatles en juillet-août 1968 ; premier usage documenté le 15 août 1968
3 C’est « la Bass VI de George Harrison » Cadeau fait au groupe, pas à un membre ; sur disque, c’est surtout Lennon qui en joue
4 Fender a inventé la basse à six cordes Danelectro UB-2 en 1956, Gibson EB-6 ensuite ; Fender arrive en 1961
5 La révision « Jaguar » date de 1962 1963 : micros crantés, quatrième interrupteur, étouffoir
6 La Rosewood Telecaster était dans le même envoi Prototype livré séparément à Savile Row en décembre 1968, transporté sur son propre siège d’avion
7 On l’entend sur « Hey Jude » On la voit sur le film du 4 septembre 1968 ; le disque a été gravé à Trident fin juillet, McCartney à la basse
8 C’est une guitare baryton Accordée une octave sous la guitare, comme une basse ; une baryton descend d’une quarte ou d’une quinte
9 L’instrument original est perdu depuis 1969 Il se trouve à Friar Park, où il a été expertisé par Paul Waller pour la réédition
10 Construite « aux mêmes spécifications » que l’originale Le jeu livré (.025-.095 inox) diffère du tirant d’usine d’époque (.024-.100 nickel)
11 Arrêtée en 1975 par manque de demande Elle n’a jamais eu de succès à aucune période ; l’arrêt s’inscrit dans une rationalisation du catalogue CBS

Chronologie

1956 Danelectro lance l’UB-2, première basse à six cordes ; naissance du « tic-tac bass » à Nashville
1961 Fender présente le Fender VI : trois micros de type Stratocaster, cadres métalliques, touche à points
1962 Sortie de la Jaguar, qui hérite du corps offset, du vibrato flottant et de la plaque à interrupteurs. Jet Harris signe deux succès à la Bass VI
1963 Révision majeure : micros Jaguar crantés, quatrième interrupteur coupe-bas, étouffoir sous le chevalet
janvier 1965 CBS rachète Fender. La touche reçoit un filet
fin 1966 Les repères en points sont remplacés par des blocs de nacre synthétique blanche
1967 Fabrication de l’exemplaire qui deviendra celui des Beatles : vernis nitrocellulosique, touche filetée à blocs
1968 Fender abandonne le nitrocellulosique pour le polyester ; le logo de tête passe au noir
juillet 1968 Don Randall rencontre McCartney, Lennon et Yoko Ono à Apple. Il remet Bass VI, Jazz Bass, Rhodes, amplis et sonorisation
15 août 1968 Premier usage documenté : « Rocky Raccoon », Lennon à la basse
22-23 août 1968 « Back in the U.S.S.R. », enregistré pendant le départ de Ringo Starr
4 septembre 1968 Film promotionnel de « Hey Jude » à Twickenham : Harrison tient la Bass VI
10 septembre 1968 Basse de « Helter Skelter » surajoutée par Lennon
18 septembre 1968 « Birthday » : Harrison à la Bass VI
1er-2 octobre 1968 « Honey Pie » : Harrison, étouffoir engagé
décembre 1968 La Rosewood Telecaster prototype arrive à Savile Row, transportée en cabine
janvier 1969 Séances Get Back : la Bass VI devient l’instrument de remplacement quand McCartney passe au piano
26 janvier 1969 « Dig It » : Lennon y plaque des accords complets
été 1969 Sur les séances d’Abbey Road, la Jazz Bass droitière remplace la Bass VI
1975 Fin de production de la Bass VI
1981 Robert Smith l’utilise pour la première fois sur Faith de The Cure
1984 Steve Kilbey, de The Church, achète la sienne à Sydney
1989 Usage central de l’instrument sur Disintegration
1995-2023 Rééditions successives : Fender Japan, Custom Shop, Pawn Shop et Squier, Vintera II
25 août 2026 Annonce de la Limited Edition George Harrison 1967 Bass VI (9 500 $), livraisons annoncées à partir du deuxième trimestre 2027

Questions fréquentes

La Bass VI est-elle une basse ou une guitare ?

Une basse. Elle est accordée mi-la-ré-sol-si-mi, exactement une octave sous une guitare standard — soit la même tessiture qu’une basse électrique quatre cordes, avec deux cordes aiguës supplémentaires. Sa confusion avec la guitare vient de son accord identique, de son diapason court et de son espacement de cordes serré.

Combien d’exemplaires de la réédition seront produits ?

Le chiffre exact n’est pas établi. Deux sites spécialisés annoncent 80 exemplaires, deux revendeurs agréés en annoncent 100, et Fender n’en publie aucun sur sa page produit. Ce qui est certain : la série est close, réservée aux revendeurs Custom Shop Showcase, et inférieure à cent exemplaires dans les deux hypothèses.

Combien coûte-t-elle et quand sera-t-elle livrée ?

9 500 dollars américains, soit 10 099 euros et 8 599 livres sterling au tarif public conseillé. Un revendeur américain annonce des livraisons à partir du deuxième trimestre 2027.

Sur quels morceaux des Beatles entend-on la Bass VI ?

Les attributions établies sont : « Rocky Raccoon », « Back in the U.S.S.R. » et « Helter Skelter » (Lennon), « Birthday » et « Honey Pie » (Harrison) sur l’Album blanc ; « Let It Be », « The Long and Winding Road » et « Dig It » pendant les séances Get Back (Lennon), ainsi que des versions de travail de « Maxwell’s Silver Hammer » (Harrison).

L’entend-on sur « Hey Jude » ?

Non. On la voit dans le film promotionnel tourné le 4 septembre 1968 à Twickenham, où le groupe joue en playback. L’enregistrement du single a eu lieu aux studios Trident les 31 juillet et 1er août 1968, avec McCartney à la basse.

Pourquoi Lennon et Harrison jouaient-ils de la basse ?

Parce que McCartney était de plus en plus souvent au piano. À partir de 1968, et surtout pendant les séances de janvier 1969 où le groupe cherchait à enregistrer en direct sans surimpression, il fallait bien que quelqu’un tienne la basse pendant que le bassiste tenait le clavier. La Bass VI, jouable sans réapprentissage par un guitariste, était la solution évidente.

Pourquoi n’ont-ils pas utilisé la Jazz Bass fournie par Fender ?

Ils l’ont fait, mais plus tard et moins souvent. La Jazz Bass droitière avait été fournie précisément pour cet usage, avec l’idée d’obtenir un son de basse plus conventionnel. Lennon et Harrison ont continué à préférer la Bass VI parce qu’elle ne demandait aucune adaptation technique. Harrison basculera vers la Jazz Bass pendant les séances d’Abbey Road.

Où se trouve l’instrument d’origine aujourd’hui ?

À Friar Park, la propriété de la famille Harrison dans l’Oxfordshire. C’est là que les équipes du Fender Custom Shop, accompagnées du maître luthier Paul Waller, l’ont expertisé et mesuré pour concevoir la réédition. L’information ressort de la vidéo de présentation officielle et met fin à une incertitude qui durait depuis 1969.

Pourquoi le vernis est-il décoloré ?

Le colorant rouge des sunbursts Fender des années 1960 se dégrade sous l’effet des ultraviolets. Le vernis nitrocellulosique, mince, laisse passer les UV : la face exposée à la lumière perd son rouge et paraît deux tons, tandis que le dos, protégé, conserve ses trois teintes. Le phénomène ne se produit pas sur les instruments vernis au polyester, adopté par Fender en 1968 — la décoloration est donc en elle-même un indice de datation.

À quoi sert l’interrupteur « strangle » ?

Il insère un condensateur qui coupe le bas du spectre, transformant instantanément le timbre de basse en un son claquant et mince, dans l’esprit d’une guitare baryton. Ajouté en 1963, il permettait aux musiciens de studio d’obtenir l’effet « tic-tac » sans passer par l’égalisation de la console.

Pourquoi la Bass VI a-t-elle échoué commercialement ?

Par un problème de définition. Trop grave pour les guitaristes qui cherchaient une guitare, trop fine et trop peu tendue pour les bassistes habitués aux cordes lourdes d’un diapason de 34 pouces. L’instrument a trouvé son marché naturel dans les studios, où il servait à doubler une contrebasse — un usage professionnel de niche, incompatible avec une production de masse.

Comment la Bass VI est-elle revenue à la mode ?

Par le rock atmosphérique britannique des années 1980. Robert Smith, de The Cure, l’utilise à partir de Faith (1981) non comme une basse mais comme une guitare grave, pour plaquer des accords lents dans l’espace médium du mixage — jusqu’à en faire l’un des timbres centraux de Disintegration (1989). Steve Kilbey, de The Church, adopte la même approche à partir de 1984. Ce qui avait été perçu comme un défaut de conception est devenu un outil d’arrangement.

Glossaire

Bass VI Basse électrique Fender à six cordes, produite de 1961 à 1975, accordée une octave sous la guitare, diapason 30 pouces
Diapason Longueur de corde vibrante entre le sillet et le chevalet. Détermine la tension nécessaire pour atteindre une hauteur donnée
Tic-tac bass Procédé de studio de Nashville consistant à doubler une contrebasse par une basse six cordes jouée au médiator, pour redonner de la définition à l’attaque
Strangle Circuit coupe-bas commandé par un interrupteur, ajouté à la Bass VI en 1963. Amincit radicalement le signal
Étouffoir (mute) Palette de feutre placée sous le chevalet, appuyée contre les cordes pour raccourcir leur résonance
Offset Forme de corps asymétrique introduite par Fender avec la Jazzmaster, partagée par la Bass VI et la Jaguar
Nitrocellulosique Vernis mince utilisé par Fender jusqu’en 1968. Perméable aux UV, il laisse les colorants rouges se dégrader
Relic Procédé de vieillissement artificiel appliqué par le Fender Custom Shop pour reproduire l’usure d’un instrument ancien
Custom Shop Showcase Statut de revendeur agréé donnant accès aux séries limitées du Custom Shop, en quantités contingentées
Pre-CBS Se dit des instruments Fender antérieurs au rachat par CBS en janvier 1965, réputés mieux finis par les collectionneurs

Pour aller plus loin

Sur le matériel et les instrumentsLes guitares de George Harrison · Le matériel des Beatles dans le film Get Back · Comment les Beatles ont transformé le jeu de guitare · Le « Drop-T », ou comment un fabricant a gagné le jackpot publicitaire

Sur la période 1968-1969Album blanc : 10 faits méconnus · Les Beatles en Inde · Le soir où Abbey Road a fait sauter les plombs · « Rocky Raccoon » · « Blackbird » · « Yer Blues » dans la pièce 2A · Let It Be, autopsie de l’album né sous le nom de Get Back · Let It Be : anatomie du chant du cygne · Billy Preston et les séances de janvier 1969 · Abbey Road : 10 faits méconnus · La dernière note de Beatle de John Lennon

Sur le studio et la techniqueLes Beatles et l’expérimentation musicale · Comment les Beatles ont réinventé le studio · Mono ou stéréo : le guide du collectionneur · Norman Smith

Sur George HarrisonLa guerre silencieuse des chansons · L’illusion de la piscine · Le jour où George acheta Kinfauns · 15 chansons pour découvrir George Harrison en solo · « The Third Eye » · Dragonflies, le duo Dhani Harrison / Nigel Godrich

AutourLes 10 chansons les plus rock des Beatles · Kurt Cobain et les Beatles · L’influence des Beatles sur la Britpop · Une Epiphone Casino de 1966 à Abbey Road · Les Beatles racontés par les nombres · L’œuvre des Beatles en 212 chansons · Les quatre films de Sam Mendes

Sources

Communiqué et fiche technique du Fender Custom Shop pour la Limited Edition George Harrison 1967 Bass VI (référence 9235700006), 25 août 2026, et vidéo de présentation officielle. Reprises et compléments : Premier Guitar, Guitar World, Guitar.com, Bass Musician Magazine, Gearnews, Mixdown, Australian Musician, et fiches des revendeurs Showcase (The Music Zoo, Truetone Music, Sweetwater).

Sur le matériel des Beatles : Andy Babiuk, Beatles Gear: All the Fab Four’s Instruments from Stage to Studio, Ultimate Edition, 2015. Mark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions. Kevin Ryan et Brian Kehew, Recording the Beatles. Guides matériel de Guitar World et Guitar Player consacrés aux séances Get Back et à la Rosewood Telecaster.

Sur l’histoire du modèle : archives de catalogue Fender, Vintage Guitar Magazine (« Six-String Basses from the 1950s and ’60s »), MusicRadar, et les dossiers publiés par Fender sur les interprètes marquants de la Bass VI.

Sur le contexte musical : Ian MacDonald, Revolution in the Head ; Walter Everett, The Beatles as Musicians ; Peter Doggett, You Never Give Me Your Money ; Barry Miles, Many Years From Now.

La discographie raisonnée : où entend-on vraiment la Bass VI ?

Passons au relevé. C’est la partie du dossier que la presse spécialisée expédie en une liste de titres, et qui mérite mieux : chaque emploi de la Bass VI répond à une contrainte précise d’arrangement, et l’ensemble dessine une méthode.

Lennon bassiste, épisode 1 : « Rocky Raccoon »

Séance du 15 août 1968, studio deux d’Abbey Road. La chanson est un western de poche écrit à Rishikesh, dont nous avons raconté ailleurs la genèse et la réputation compliquée. L’arrangement est acoustique : McCartney chante et joue de la guitare, George Martin improvise un solo de piano bastringue, Ringo est au balai.

Problème : il n’y a pas de bassiste, puisque McCartney chante. Lennon prend la Bass VI, et joue en même temps de l’harmonica et de l’harmonium sur les surimpressions. C’est la première utilisation documentée de l’instrument par les Beatles, et elle donne déjà la formule : la Bass VI intervient quand le bassiste titulaire est occupé ailleurs.

Écoutez la ligne : elle est courte, sans fioritures, jouée au médiator avec une attaque très marquée. Un bassiste n’aurait pas joué ça. Un guitariste qui tient une basse, si.

Lennon bassiste, épisode 2 : « Back in the U.S.S.R. »

Séances des 22 et 23 août 1968 — les journées les plus tendues de tout l’Album blanc, puisque Ringo Starr claque la porte du groupe le 22 au soir et part en Sardaigne. Les trois autres terminent le morceau sans lui, McCartney à la batterie sur l’essentiel des prises.

La piste de basse du morceau est composite : plusieurs contributions superposées, ce qui explique les attributions contradictoires que l’on trouve dans la littérature. Babiuk place Lennon à la Bass VI ; d’autres relevés attribuent une partie du travail à Harrison. La prudence commande de dire que la basse de « Back in the U.S.S.R. » est un travail collectif dans lequel la Bass VI joue un rôle, sans qu’on puisse en isoler l’auteur avec certitude.

Ce qui est audible, en revanche, c’est le timbre : cette ligne de basse a une définition dans le haut médium qu’aucune Höfner ni aucune Rickenbacker ne produit. Elle « articule » le pastiche Chuck Berry au lieu de le porter. C’est exactement l’effet tic-tac de Nashville, transposé dans un morceau de rock anglais.

Lennon bassiste, épisode 3 : « Helter Skelter »

C’est le cas le plus intéressant, et le plus souvent mal raconté. La version publiée de « Helter Skelter » — celle du 9 septembre 1968, dix-huitième prise d’une refonte complète, dont nous avons reconstitué la séance intégrale — est bâtie sur des guitares massivement saturées, une batterie et un piano. La basse n’y est pas.

Elle y est ajoutée le lendemain, en surimpression, par John Lennon, à la Bass VI. C’est ce qu’établit Beatles Gear, et cela change la lecture du morceau : la ligne de basse la plus violente du répertoire des Beatles n’est pas jouée par le meilleur bassiste du groupe, mais par un guitariste sur un instrument accordé comme une guitare. D’où sa nature : elle ne « walke » pas, elle ne swingue pas, elle martèle des fondamentales.

C’est aussi ce qui explique un phénomène que beaucoup d’auditeurs remarquent sans savoir le nommer : sur « Helter Skelter », la basse et les guitares semblent parfois se fondre en une seule masse. Normal — elles sont accordées dans le même rapport d’intervalles, jouées avec la même technique, et se recouvrent partiellement en fréquences.

Harrison bassiste : « Birthday » et « Honey Pie »

« Birthday », le 18 septembre 1968, est composée sur place, dans le studio, autour d’un riff. La séance est interrompue en cours de route pour que tout le monde traverse Londres et aille regarder The Girl Can’t Help It chez McCartney, avant de revenir terminer le morceau. McCartney tient le piano sur les surimpressions ; Harrison prend la Bass VI.

« Honey Pie », enregistrée les 1er et 2 octobre 1968, relève d’une logique différente. C’est un pastiche de music-hall des années 1930, avec quinze musiciens de studio (clarinettes, saxophones). McCartney est au piano d’un bout à l’autre. Harrison tient la basse — à la Bass VI. Et le choix est ici franchement musical : dans un arrangement de danse des années trente, une basse électrique moderne serait un anachronisme sonore. La Bass VI, avec son étouffoir engagé et son attaque au médiator, produit quelque chose qui ressemble beaucoup plus à une contrebasse pincée d’orchestre de jazz. C’est l’usage le plus « juste » que les Beatles aient fait de l’instrument, et personne n’en parle jamais.

« Hey Jude » : ce qu’on voit n’est pas ce qu’on entend

Il faut maintenant démonter une erreur qui figure en toutes lettres dans plusieurs fiches de revendeurs et dans au moins un grand titre de la presse guitare : la Bass VI serait « entendue » sur « Hey Jude ».

Elle ne l’est pas. « Hey Jude » a été enregistrée les 31 juillet et 1er août 1968 aux studios Trident de Soho, choisis pour leur magnétophone huit pistes. McCartney y tient la basse — sur sa propre basse. Le morceau est publié le 26 août 1968.

Ce que l’on voit, en revanche, c’est le film promotionnel tourné le 4 septembre 1968 à Twickenham par Michael Lindsay-Hogg. Le groupe y mime le morceau devant un public. Harrison, qui n’a strictement rien à jouer sur l’enregistrement d’origine — il ne joue pas de guitare sur « Hey Jude », c’est l’une des rares fois — tient la Bass VI à l’écran. L’instrument sert de prop de tournage autant que d’instrument.

Correctif factuel n° 7 — la Bass VI n’est pas sur le disque « Hey Jude ». Le morceau a été gravé aux studios Trident les 31 juillet et 1er août 1968, McCartney à la basse. Ce qui associe la Bass VI à « Hey Jude », c’est exclusivement le film promotionnel du 4 septembre 1968, où Harrison la tient à l’image. Les formulations du type « on l’entend sur Hey Jude » confondent la bande-son et la bande-image. La confusion est d’autant plus tenace que ce film est, à ce jour, le document visuel le plus diffusé montrant l’instrument.

Janvier 1969 : la Bass VI devient une solution d’organisation

C’est pendant les séances Get Back que l’instrument prend sa véritable importance — et pour une raison qui n’a rien d’esthétique.

Le projet, tel qu’il est conçu au départ, interdit les surimpressions : les Beatles doivent jouer en direct, à quatre, comme un groupe. C’est le principe même de l’entreprise, dont nous avons reconstitué le déroulement complet, de Twickenham au toit de Savile Row. Or plusieurs des nouvelles chansons de McCartney — « Let It Be », « The Long and Winding Road » — sont des chansons de piano.

Arithmétique implacable : si McCartney est au piano, il reste Lennon, Harrison et Starr. Ringo tient la batterie. Il faut donc qu’un des deux guitaristes joue la basse, en direct, sans filet. Aucun des deux n’est bassiste. Et c’est précisément là que la Bass VI devient irremplaçable : accordée exactement comme une guitare, un octave plus bas, sur un diapason court, avec des cordes de faible tension et un espacement étroit, elle permet à un guitariste de tenir un poste de bassiste sans réapprendre son instrument.

Fender l’avait comprise comme un outil de coloration de studio. Les Beatles s’en servent comme d’un correctif d’effectif. On peut soutenir que c’est l’usage le plus intelligent qui ait jamais été fait de cette basse.

Fender, d’ailleurs, avait aussi livré une Jazz Bass droitière, précisément pour que Lennon ou Harrison puissent couvrir le poste avec un son de basse plus conventionnel. Les deux guitaristes ont continué à préférer la Bass VI. Branchée dans une tête Fender Bassman et un baffle deux fois douze pouces, elle est le son de basse de janvier 1969.

« Dig It » : le seul moment où elle joue son vrai rôle

Une exception mérite d’être signalée, parce qu’elle est le seul moment de tout le catalogue des Beatles où l’instrument est utilisé pour ce qu’il est vraiment.

Sur « Dig It », improvisation collective d’une longueur considérable dont une minute survivra sur l’album, Lennon ne joue pas de lignes de basse : il plaque des accords complets sur la Bass VI. Il traite l’instrument comme une guitare grave, pas comme une basse. C’est cette conception-là — l’accord dans le registre bas, la texture plutôt que la fonction — qui deviendra, quinze ans plus tard, la signature de Robert Smith et de tout un pan du rock post-punk. Lennon la trouve par accident, dans un studio du sous-sol de Savile Row, un après-midi de janvier 1969.

Abbey Road : la relève par la Jazz Bass

Sur le dernier album enregistré par le groupe, la Bass VI s’efface. Harrison est photographié à la Jazz Bass pendant les séances de « Maxwell’s Silver Hammer », en juillet 1969, alors qu’il avait tenu la Bass VI sur les versions de travail du même morceau six mois plus tôt à Twickenham.

La raison est simple et tient au contrat esthétique d’Abbey Road : le disque est construit en surimpressions, sur huit pistes, avec une basse mixée très en avant et très ronde. Ce son-là, McCartney le veut pour lui, et la Bass VI n’y a plus sa place. L’instrument aura donc servi environ dix mois, d’août 1968 à début 1969. Dix mois, deux albums, une poignée de titres — et une postérité disproportionnée.

Guide d’écoute : où poser l’oreille

Titre Date Attribution Ce qu’il faut écouter
Rocky Raccoon 15 août 1968 Lennon L’attaque au médiator, très sèche, sous la guitare acoustique. Aucune fioriture mélodique.
Back in the U.S.S.R. 22-23 août 1968 Piste composite La définition anormale dans le haut médium : l’effet tic-tac transposé au rock.
Helter Skelter 10 septembre 1968 (surimpression) Lennon La fusion partielle basse-guitares : même accordage, même technique, recouvrement de fréquences.
Birthday 18 septembre 1968 Harrison L’unisson basse-guitare sur le riff : deux instruments accordés pareil, un octave d’écart.
Honey Pie 1er-2 octobre 1968 Harrison L’étouffoir engagé : notes courtes, sans traîne, imitation de contrebasse d’orchestre de danse.
Let It Be janvier 1969 Lennon Les intonations approximatives sur les notes tenues : un guitariste qui tient une basse en direct.
The Long and Winding Road janvier 1969 Lennon Sur les prises non surchargées par Spector : la basse la plus commentée de tout le catalogue.
Dig It janvier 1969 Lennon Des accords plaqués, pas des lignes : le seul emploi « moderne » de l’instrument chez les Beatles.

Pourquoi ça change le son : anatomie d’une basse de guitariste

Reste à expliquer ce qui, dans la construction même de l’instrument, produit ces effets. Quatre paramètres suffisent.

Trente pouces

Le diapason — la longueur vibrante de la corde entre sillet et chevalet — est de 30 pouces, soit 762 millimètres. Une Fender Precision ou Jazz Bass mesure 34 pouces. Une guitare électrique Fender, 25,5 pouces.

La Bass VI se situe donc à mi-chemin, mais nettement plus près de la guitare que de la basse. Conséquence physique directe : à hauteur de note égale, plus la longueur vibrante est courte, plus la tension nécessaire est faible. Les cordes d’une Bass VI sont molles. Elles se plient sans effort, elles vibrent longtemps mais avec peu d’énergie dans les fondamentales, et elles pardonnent une main gauche de guitariste.

C’est aussi la raison de son défaut le plus commenté : une Bass VI mal réglée frise, et son intonation dérive. Les cordes ont trop peu de tension pour rester stables. C’est un instrument de studio, pas un instrument de tournée — ce que Fender, en 1961, savait parfaitement.

L’espacement des cordes

Le sillet mesure 1,5 pouce, soit 38,1 millimètres. C’est la largeur d’un sillet de guitare électrique standard. Sauf qu’il faut y loger six cordes de basse.

L’écartement est donc extraordinairement serré — c’est le premier choc pour un bassiste qui prend l’instrument en main. Impossible d’y jouer aux doigts comme sur une Precision : les cordes sont trop proches, la main droite n’a pas la place. La Bass VI se joue au médiator, ou pas du tout.

Et c’est là que se noue le paradoxe central de l’objet. Le même paramètre qui rend l’instrument hostile aux bassistes le rend immédiatement familier aux guitaristes. C’est exactement ce que disent, chacun à sa manière, les deux intervenants de la vidéo Fender : la main se pose en première position et « ça y est, on y est ». Un guitariste n’a rien à réapprendre. Ni les positions d’accords, ni les intervalles, ni la technique de main droite.

Correctif factuel n° 8 — la Bass VI n’est pas une guitare baryton. La confusion est courante et souvent commise par des vendeurs. Une guitare baryton est accordée une quarte ou une quinte sous la guitare standard (si-si ou la-la), sur un diapason de 27 à 30 pouces environ, avec des cordes de guitare épaisses. La Bass VI est accordée un octave complet sous la guitare (mi-mi), avec des cordes de basse. Les deux familles se ressemblent visuellement et se croisent en diapason, mais elles ne couvrent pas le même registre et ne remplissent pas la même fonction. Une baryton reste une guitare ; la Bass VI est une basse jouable par un guitariste.

L’étouffoir et l’attaque

Sous le chevalet, un feutre monté sur commande mécanique peut être plaqué contre les cordes. C’est l’héritage direct du tic-tac de Nashville : on écourte la résonance, on ne garde que l’attaque, et la note cesse de traîner.

Fender a pris soin de reproduire ce dispositif sur la réédition 2026 — la fiche technique mentionne explicitement le Bass VI mute, ce que la plupart des rééditions modernes de l’instrument avaient abandonné. C’est le point que salue le bassiste interrogé dans la vidéo : disposer enfin d’un étouffoir qui fonctionne réellement, comme sur les originaux, sur un instrument neuf.

Trois micros, quatre interrupteurs

La logique électrique de l’instrument est inhabituelle. Il n’y a pas de sélecteur rotatif ni de bascule à trois positions : chaque micro possède son propre interrupteur marche/arrêt, ce qui donne sept combinaisons utiles (trois micros seuls, trois paires, les trois ensemble) plus le silence. Un quatrième interrupteur insère le circuit coupe-bas.

Cette architecture est une architecture de studio. Elle permet de changer radicalement de timbre entre deux prises sans toucher à la console, et de passer d’un son de basse plein — trois micros — à un son de tic-tac maigre — micro chevalet seul, coupe-bas engagé — d’un coup de doigt.

C’est aussi une architecture peu lisible : rien, sur la plaque d’origine, n’indique quelle position produit quel son. D’où le geste de Harrison, qui est le vrai sujet de la section suivante.

Les flèches gravées : le seul vrai « détail Harrison »

Sur la plaque à interrupteurs de la Bass VI originale, quelqu’un a gravé des flèches. Des indications vers le haut et vers le bas, sommaires, à même le métal, pour marquer les positions à adopter.

C’est l’objet du seul passage de la vidéo Fender où les deux intervenants s’arrêtent vraiment sur un détail, et c’est aussi le seul élément de la réédition qui soit véritablement propre à cet instrument-là plutôt qu’au modèle en général. Le corps, le manche, les micros, le chevalet : tout cela existe sur n’importe quelle Bass VI de 1967. Les flèches, non. Elles appartiennent à l’instrument des Beatles et à aucun autre.

Ce que ce geste raconte est plus intéressant que ce qu’il indique. D’abord, c’est un geste d’utilisateur, pas de collectionneur : personne ne grave la plaque d’un instrument qu’il considère comme précieux. La Bass VI était, à Abbey Road et à Savile Row, un outil de travail que l’on modifie pour aller plus vite.

Ensuite, c’est un geste de guitariste. Un bassiste de métier n’aurait pas eu besoin de ces repères : il aurait mémorisé les combinaisons. Graver des flèches, c’est admettre qu’on ne pratique pas assez l’instrument pour en connaître l’électronique par cœur, et qu’en séance il faut pouvoir retrouver « son » réglage sans réfléchir. C’est exactement la situation d’un homme qui prend la basse parce qu’il faut bien que quelqu’un la prenne.

Enfin, c’est un geste de studio, et il date. Il n’a de sens que dans un contexte où l’on enchaîne les prises, où l’on revient sur un morceau plusieurs jours de suite, où le réglage d’hier doit être retrouvable aujourd’hui. Autrement dit : il date de la période où les Beatles ont cessé d’être un groupe de scène pour devenir une entreprise de studio.

Fender reproduit ces gravures sur les exemplaires de la série limitée. C’est le meilleur choix du projet : plutôt que d’inventer un « détail signature », le Custom Shop a copié la seule marque que l’usage réel avait laissée.

Le vrai scoop : la Bass VI est à Friar Park

Terminons cette partie par ce qui est, pour un lecteur informé, l’information la plus importante de toute l’annonce du 25 août 2026 — et que Fender n’a pas mise en avant, probablement sans mesurer ce qu’elle valait.

Une historiographie qui la donnait perdue

Depuis des décennies, la Bass VI des Beatles figure dans la catégorie des instruments disparus. Les compilations de matériel indiquent qu’elle n’a plus été photographiée après 1969 et que sa localisation est inconnue. Les hypothèses circulent depuis longtemps dans les forums de spécialistes : instrument resté chez Lennon, instrument resté chez Harrison, instrument conservé par Mal Evans, instrument perdu dans l’un des vols qui ont frappé le parc du groupe au début des années 1970.

Cette incertitude n’a rien d’anormal. Les Beatles ont possédé, reçu et prêté des dizaines d’instruments, dont beaucoup ont disparu sans traçabilité. Ce n’est qu’à partir des années 1990, avec les premières grandes ventes aux enchères et le travail de documentation d’Andy Babiuk, qu’un inventaire sérieux a commencé.

Ce que la vidéo Fender établit sans le dire

Or la vidéo de présentation du Custom Shop contient, presque en passant, la réponse. Les intervenants racontent qu’ils ont eu l’occasion de se rendre à Friar Park — la demeure de Henley-on-Thames que George Harrison a achetée en janvier 1970 et où vit toujours sa famille — pour examiner des instruments, et que la Bass VI est l’un des objets vers lesquels ils se sont naturellement dirigés.

Autrement dit : la Bass VI que les Beatles ont utilisée entre août 1968 et janvier 1969 n’a jamais disparu. Elle est restée chez Harrison, elle a survécu à son propriétaire, et elle est conservée par le domaine familial. C’est cohérent avec ce que l’on sait de la maison, qui abrite l’essentiel du fonds Harrison — instruments, archives, photographies, dont le corpus qui a nourri le livre de photographies « The Third Eye » supervisé par Olivia Harrison.

Cela éclaire aussi, rétrospectivement, le choix du nom du modèle. Si l’instrument est à Friar Park et que l’autorisation vient du domaine Harrison, il est normal — commercialement et juridiquement — qu’il porte le nom de Harrison, quelle qu’ait été la répartition réelle du jeu sur les disques de 1968.

Paul Waller, ou la deuxième expertise

Le maître luthier envoyé sur place s’appelle Paul Waller. Le nom mérite d’être retenu : c’est le même homme qui, une décennie plus tôt, avait examiné la Rosewood Telecaster originale de Harrison pour en établir la réédition Custom Shop.

Sa méthode, telle qu’elle est décrite, relève de la médecine légale appliquée à la lutherie : relevé du profil de manche section par section, mesure du toucher, analyse du timbre et de la configuration électrique des micros, notation des marques d’usure et de leur localisation. C’est ce travail qui produit les chiffres inhabituellement précis de la fiche technique — 0,820 pouce d’épaisseur de manche, 0,945 à la douzième case, 2,200 pouces de talon, 0,640 pouce d’épaisseur de tête. Ces cotes-là ne s’inventent pas : ce sont des relevés.

C’est, du point de vue de l’amateur, la vraie garantie du projet. Une réédition « artiste » peut n’être qu’un habillage cosmétique posé sur un modèle de catalogue. Celle-ci ne l’est pas : quelqu’un est allé mesurer l’original.

Lecture critique de la réédition 2026

Que vaut, techniquement, l’objet que Fender met en vente ? La question mérite d’être posée sans complaisance, parce qu’un instrument à 9 500 dollars appelle un examen sérieux.

Le Relic « Bleached 3-Color Sunburst » : la partie la plus rigoureuse

C’est le meilleur aspect du projet. Le vieillissement Relic est souvent, chez Fender comme chez ses concurrents, une opération arbitraire : on use au hasard, on ternit l’accastillage, on obtient un objet qui a l’air vieux sans avoir l’air d’avoir vécu.

Ici, ce n’est pas le cas. La finition ne reproduit pas « une usure » mais une usure précise, dont la cause physique est identifiée : la dégradation du colorant rouge sous ultraviolets, sur un vernis nitrocellulosique, entre 1967 et aujourd’hui. Le nom même de la couleur — sunburst trois tons « blanchi » — décrit un processus, pas une esthétique. Et le fait que le dos conserve ses trois teintes tandis que la face perd son rouge est, sur le plan de la reconstitution, un raffinement remarquable.

Le choix du nitrocellulosique pour la réédition n’est pas non plus décoratif : c’est la seule finition compatible avec la logique de vieillissement que l’instrument raconte. Une réédition au polyester aurait été, à cet égard, une contradiction dans les termes.

Le tirant de cordes n’est pas d’époque

En revanche, la ligne « cordes » de la fiche technique surprend. L’instrument est livré avec un jeu Fender Bass VI 5350/6 en acier inoxydable, tirant .025-.095. Or la spécification d’usine des Bass VI produites entre 1961 et 1975 était un jeu nickelé de tirant .024-.100.

La différence paraît minuscule ; elle ne l’est pas. Le tirant de la corde grave passe de .100 à .095 : c’est moins de tension sur un instrument qui en manque déjà structurellement, donc davantage de frisage potentiel et une intonation plus délicate à stabiliser. Et le passage du nickel à l’acier inoxydable modifie le timbre dans le sens d’une brillance accrue et d’une attaque plus dure — un choix moderne, cohérent avec les usages actuels de la Bass VI, mais qui s’éloigne du son de 1968.

Correctif factuel n° 9 — les cordes livrées ne sont pas conformes à la spécification d’époque. La réédition est cordée en acier inoxydable .025-.095, quand le tirant d’usine des Bass VI de 1961-1975 était un jeu nickelé .024-.100. Un instrument vendu comme reproduction fidèle « aux mêmes spécifications » sort donc d’usine avec des cordes qui ne sont pas celles d’origine. Ce n’est pas un défaut rédhibitoire — un jeu de cordes se change —, mais c’est une entorse à l’argumentaire, et un acheteur soucieux d’authenticité sonore devra commencer par recorder l’instrument.

Trois interrupteurs ou quatre ?

Le texte de présentation de Fender décrit « des interrupteurs marche/arrêt individuels pour chaque micro », soit trois. Il ne mentionne pas le quatrième, celui du circuit coupe-bas, qui n’apparaît que dans la rubrique « électronique spéciale » de la fiche technique.

La conséquence est mécanique : à peu près tous les articles de reprise publiés depuis le 25 août 2026 décrivent une plaque à trois interrupteurs. C’est faux pour toute Bass VI postérieure à 1963, donc faux pour celle de 1967 comme pour sa réédition.

Correctif factuel n° 10 — la plaque compte quatre interrupteurs, pas trois. Trois commandent l’activation individuelle des micros ; le quatrième insère le circuit coupe-bas dit « strangle ». C’est précisément ce quatrième interrupteur qui permet d’obtenir le son de doublage de type tic-tac sans intervention sur la console — c’est-à-dire la fonction pour laquelle Fender avait conçu l’instrument. L’oublier revient à décrire la Bass VI sans sa raison d’être.

9 500 dollars : ce que cela achète

Le prix mérite une mise en perspective. Sur le marché du vintage, une Bass VI originale de la période 1965-1968, en état correct et complète, se négocie généralement en dessous du prix de cette réédition. Autrement dit : la copie coûte plus cher que l’original.

Cette anomalie apparente n’en est pas une. Ce qui est vendu ici n’est pas une Bass VI de 1967 — on peut en acheter une —, c’est la Bass VI de 1967, celle des Beatles, dans une série close, avec certificat, sanctionnée par le domaine Harrison. La valeur porte sur la caution, la rareté organisée et la relation à l’objet original, pas sur la lutherie.

C’est la logique de tous les modèles-hommages du Custom Shop, et elle mérite d’être énoncée clairement pour que l’acheteur sache ce qu’il achète. Le musicien qui veut le son de « Honey Pie » a d’autres options, nettement moins coûteuses : une Squier Bass VI d’occasion, une Vintera II, une Bass VI japonaise des années 1990. Le collectionneur qui veut l’objet, lui, n’a que celle-là — et moins de cent exemplaires seront produits.

Après les Beatles : de Jet Harris à Robert Smith

L’histoire de la Bass VI ne s’arrête pas en 1969. Elle connaît même l’une des trajectoires les plus curieuses de l’histoire des instruments électriques : un échec commercial complet, suivi d’une résurrection posthume par une génération de musiciens qui n’avaient rien à voir avec ceux pour qui l’instrument avait été conçu.

Les pionniers britanniques

Le premier grand utilisateur n’est pas américain mais anglais. Terence « Jet » Harris, bassiste des Shadows, quitte le groupe en 1962 et cherche un son qui fasse de lui un soliste plutôt qu’un accompagnateur. La Bass VI le lui donne : ses deux premiers singles solo, « Besame Mucho » et le thème de L’Homme au bras d’or, sont bâtis sur ce timbre grave et twangy. La suite de sa carrière — « Diamonds », « Scarlett O’Hara » — confirme l’intuition.

Il faut noter la logique historique : Harris est bassiste, mais il utilise la Bass VI comme un instrument mélodique, exactement à rebours de l’usage nashvillien. Le détournement de l’instrument commence donc dès sa deuxième année d’existence.

Jack Bruce, dans les premières années de Cream, en fait un usage abondant, notamment sur Fresh Cream en 1966. John Entwistle des Who en possède une. Et en 1976, Joe Perry d’Aerosmith bâtit sur une Bass VI le riff de « Back in the Saddle ».

1975 : l’arrêt

Fender cesse la production en 1975, après quatorze ans. Les intervenants de la vidéo attribuent l’arrêt à un manque d’intérêt et de demande — c’est exact, mais il faut préciser la nature de ce désintérêt.

Le problème de la Bass VI est un problème d’identité, et il a été formulé de la même manière par des générations de vendeurs : trop basse pour les guitaristes, trop guitare pour les bassistes. Elle ne remplace pas une Precision, elle ne remplace pas une Telecaster. Elle est un troisième instrument, et le marché des années 1960 et 1970 n’avait pas de case pour un troisième instrument.

S’y ajoute une raison technique : c’est un instrument difficile. Cordes molles, espacement serré, intonation instable, réglage exigeant. Un musicien qui l’essaie mal réglée dans un magasin en repart rarement avec.

Et une raison de contexte : le milieu des années 1970 est la période où CBS rationalise sa gamme Fender. Les modèles à faible volume disparaissent. La Bass VI n’a jamais été fabriquée en grandes quantités — c’est d’ailleurs ce qui fait aujourd’hui sa cote.

La renaissance des années 1980

C’est ici que l’histoire devient intéressante. L’instrument que personne ne voulait devient, dix ans après son arrêt, l’un des marqueurs sonores d’une esthétique entière.

Robert Smith, de The Cure, s’en empare sur Faith en 1981 et sur la longue pièce instrumentale « Carnage Visors » qui l’accompagne. L’usage qu’il en fait n’a plus rien à voir avec le tic-tac ni avec la ligne de basse : il plaque des accords lents, modulés, saturés de chorus et de réverbération, dans une zone de fréquences située entre la basse et les guitares. L’instrument cesse d’être une basse pour devenir une texture. Ce travail atteint son point d’aboutissement sur Disintegration en 1989, et il traverse aussi The Head on the Door et Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me.

Steve Kilbey, de The Church, achète la sienne à Sydney en 1984, dès qu’il en voit une. Il l’utilise notamment sur Priest=Aura en 1992, en alternant lignes de notes seules et accords plaqués selon la montée en intensité des morceaux. La logique est la même que chez Smith : élargir la palette d’un groupe à effectif fixe sans changer d’effectif.

Il faut mesurer l’ironie. Cette conception — l’accord dans le grave, la texture plutôt que la fonction rythmique — est exactement celle que Lennon avait trouvée par hasard sur « Dig It », un après-midi de janvier 1969, en s’ennuyant dans un studio de sous-sol. Les Beatles n’en ont rien fait ; le post-punk en a fait un genre. C’est un cas d’école de ce que nous avons décrit ailleurs à propos de l’héritage des Beatles chez leurs successeurs : ce qui a été transmis n’est pas toujours ce qui avait été jugé important.

Les rééditions successives

La demande finit par se traduire industriellement. Fender Japon produit une réédition de type 1962 à partir de 1995. Le Custom Shop américain propose une recréation en 2006. En 2013, l’instrument revient à un prix accessible via la série Pawn Shop et une version Squier, qui met pour la première fois une Bass VI à la portée d’un budget modeste — au prix de simplifications (électronique réduite, étouffoir supprimé) que les puristes lui reprochent. La série Vintera II en propose une version en 2023.

La réédition Custom Shop de 2026 s’inscrit au sommet de cette pyramide : la plus fidèle, la plus documentée, la plus chère, et la plus rare.

Période Version Caractère
1961-1962 Fender VI première configuration Micros de type Stratocaster à cadres métalliques, trois interrupteurs, touche « slab », pas d’étouffoir
1963-1975 Bass VI révisée Micros type Jaguar crantés, quatrième interrupteur coupe-bas, étouffoir mécanique
1965 puis fin 1966 Évolutions cosmétiques CBS Touche filetée, puis repères blocs — la configuration de l’instrument des Beatles
1968 Bascule industrielle Vernis polyester, logo de tête à l’encre noire
1995-1998 Réédition Fender Japon Première remise en fabrication, spécification de type 1962
2006-2008 Custom Shop Recréation haut de gamme, électronique conforme
2013 Pawn Shop et Squier Démocratisation, avec simplifications d’électronique et d’accastillage
2023 Vintera II Version de série d’inspiration vintage
2026 Limited Edition George Harrison 1967 Relevé sur l’instrument original, série close, 9 500 $

Le onzième correctif : « aux studios d’Abbey Road »

Il reste un point à traiter, et c’est celui par lequel commence le communiqué de Fender.

La formule officielle situe l’action « aux studios d’Abbey Road ». Elle est partiellement exacte et globalement trompeuse. L’Album blanc a effectivement été enregistré pour l’essentiel à Abbey Road — mais aussi à Trident, où « Hey Jude », « Dear Prudence », « Honey Pie » et « Savoy Truffle » ont été gravés. Et la période où la Bass VI joue son rôle le plus important n’est pas celle-là : c’est janvier 1969, aux studios de cinéma de Twickenham d’abord, puis au sous-sol du siège d’Apple à Savile Row. Deux lieux qui ne sont pas Abbey Road.

Correctif factuel n° 11 — la Bass VI n’est pas qu’un instrument d’Abbey Road. Elle a servi à Abbey Road (Album blanc), mais aussi à Trident (« Honey Pie »), à Twickenham (versions de travail de janvier 1969, film promotionnel de « Hey Jude ») et dans le studio du sous-sol d’Apple, 3 Savile Row, où ont été captées les versions de « Let It Be » et « The Long and Winding Road » sur lesquelles Lennon en joue. Réduire son histoire à Abbey Road, c’est effacer précisément la période où elle a compté le plus.

Tableau récapitulatif des onze correctifs factuels

Affirmation courante Ce que dit la documentation
1 Tirage de 80 exemplaires (ou de 100) Les deux chiffres circulent ; Fender n’en publie aucun. Seule formulation sûre : moins de cent exemplaires.
2 Instrument acquis par Harrison en 1967 Millésime 1967, mais arrivé chez les Beatles en juillet-août 1968 ; première utilisation documentée le 15 août 1968.
3 « La Bass VI de George Harrison » Cadeau d’entreprise fait au groupe. Sur les disques, Lennon en joue davantage que Harrison.
4 Fender a inventé la basse à six cordes Danelectro UB-2 en 1956, Gibson EB-6 ensuite. Fender arrive cinq ans après.
5 Modernisation de l’instrument en 1962 La Jaguar sort en 1962 ; la Bass VI est alignée sur elle en 1963.
6 La Rosewood Telecaster était dans le même envoi Prototype Rossmeisl-Kubicki livré séparément à Savile Row en décembre 1968, en cabine sur son propre siège.
7 On l’entend sur « Hey Jude » Morceau gravé à Trident les 31 juillet et 1er août 1968, McCartney à la basse. On la voit dans le film du 4 septembre 1968.
8 C’est une guitare baryton Une baryton descend d’une quarte ou d’une quinte ; la Bass VI descend d’un octave complet, avec des cordes de basse.
9 Réédition conforme aux spécifications d’origine Cordage .025-.095 inox contre .024-.100 nickel à l’époque : le tirant livré n’est pas d’époque.
10 Trois interrupteurs sur la plaque Quatre : trois pour les micros, un pour le circuit coupe-bas « strangle ».
11 Un instrument des studios d’Abbey Road Aussi Trident, Twickenham et le sous-sol d’Apple — là où elle a joué son rôle le plus décisif.

Chronologie

Date Événement
1956 Danelectro lance l’UB-2, première basse à six cordes à succès ; naissance du procédé de doublage dit « tic-tac » à Nashville.
1961 Fender présente le Fender VI : corps offset, vibrato flottant, trois micros de type Stratocaster, trois interrupteurs.
1962 Sortie de la Jaguar, qui hérite de la Bass VI son corps, son vibrato et sa plaque à interrupteurs. Jet Harris publie « Besame Mucho ».
1963 Révision de la Bass VI : micros type Jaguar, quatrième interrupteur coupe-bas, étouffoir mécanique.
Janvier 1965 CBS rachète Fender. La touche de la Bass VI reçoit un filet.
Fin 1966 Les repères en points sont remplacés par des blocs de nacre synthétique blanche.
1967 Fabrication de l’instrument qui deviendra celui des Beatles : touche filetée à blocs, vernis nitrocellulosique.
1968 Fender abandonne le nitrocellulosique pour le polyester et passe le logo de tête à l’encre noire.
Juillet 1968 Don Randall rencontre McCartney, Lennon et Yoko Ono chez Apple. Il offre au groupe une Bass VI, une Jazz Bass, des Rhodes, des amplis et une sonorisation. Aucun accord d’endossement n’est signé.
31 juillet-1er août 1968 Enregistrement de « Hey Jude » aux studios Trident — sans Bass VI.
15 août 1968 « Rocky Raccoon » : première utilisation documentée de la Bass VI, par Lennon.
22-23 août 1968 « Back in the U.S.S.R. » ; départ temporaire de Ringo Starr.
4 septembre 1968 Tournage du film promotionnel de « Hey Jude » à Twickenham : Harrison y tient la Bass VI.
9-10 septembre 1968 « Helter Skelter » : version définitive le 9, basse ajoutée à la Bass VI par Lennon le lendemain.
18 septembre 1968 « Birthday », composée en séance ; Harrison à la Bass VI.
1er-2 octobre 1968 « Honey Pie » : Harrison à la Bass VI, étouffoir engagé, dans un arrangement de music-hall.
Décembre 1968 Livraison à Savile Row du prototype de Rosewood Telecaster construit par Roger Rossmeisl et Philip Kubicki.
Janvier 1969 Séances Get Back : la Bass VI devient l’instrument de substitution chaque fois que McCartney passe au piano.
30 janvier 1969 Concert sur le toit d’Apple. Harrison y joue la Rosewood Telecaster.
Juillet 1969 Séances d’Abbey Road : Harrison est photographié à la Jazz Bass sur « Maxwell’s Silver Hammer ». La Bass VI s’efface.
Janvier 1970 George Harrison achète Friar Park, à Henley-on-Thames.
1975 Arrêt de la production de la Bass VI après quatorze ans.
1981 Robert Smith utilise une Bass VI sur Faith de The Cure : début de la renaissance de l’instrument.
1984 Steve Kilbey, de The Church, achète la sienne à Sydney.
1989 Disintegration : aboutissement du travail de texture de Robert Smith sur l’instrument.
1995-2023 Rééditions successives : Fender Japon, Custom Shop 2006, Pawn Shop et Squier 2013, Vintera II 2023.
2016 Paul Waller expertise la Rosewood Telecaster originale pour sa réédition Custom Shop.
25 août 2026 Annonce de la Limited Edition George Harrison 1967 Bass VI. Livraisons annoncées à partir du deuxième trimestre 2027.

 

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre une Bass VI et une basse électrique ordinaire ?

Six cordes au lieu de quatre, accordées comme une guitare (mi-la-ré-sol-si-mi) mais un octave plus bas ; un diapason de 30 pouces contre 34 ; un espacement de cordes de guitare ; et un vibrato, ce qui est unique dans l’histoire de la basse électrique. Fonctionnellement, c’est un instrument de studio conçu pour colorer une ligne de basse, pas pour la remplacer.

George Harrison jouait-il vraiment de cette basse ?

Oui, mais moins que John Lennon. Harrison en joue sur « Birthday », « Honey Pie » et des versions de travail de « Maxwell’s Silver Hammer ». Lennon en joue sur « Rocky Raccoon », « Helter Skelter », « Let It Be », « The Long and Winding Road » et « Dig It ». Harrison est cependant celui qu’on voit le plus souvent avec, notamment dans le film promotionnel de « Hey Jude ».

Pourquoi Fender l’appelle-t-elle « 1967 » si elle est arrivée en 1968 ?

Parce que 1967 est l’année de fabrication de l’instrument, pas celle de son arrivée à Londres. La spécification le confirme : touche filetée à repères blocs (à partir de fin 1966) et vernis nitrocellulosique (abandonné en 1968). Le nom du modèle est exact ; c’est l’argumentaire commercial, qui parle d’une acquisition « en 1967 », qui ne l’est pas.

Où se trouve l’instrument original aujourd’hui ?

À Friar Park, la propriété de la famille Harrison à Henley-on-Thames. C’est là que le maître luthier Paul Waller s’est rendu pour le relever avant d’en établir la réédition. L’information vaut d’être soulignée : la Bass VI figurait jusqu’ici, dans plusieurs inventaires de matériel des Beatles, parmi les instruments dont la localisation était inconnue.

Combien d’exemplaires seront fabriqués ?

Les sources divergent entre 80 et 100. Fender ne publie pas de chiffre sur sa page produit. Dans tous les cas, il s’agit de moins de cent exemplaires, distribués exclusivement par les revendeurs Custom Shop Showcase, chacun ne pouvant en obtenir qu’un.

Quel est le prix ?

9 500 dollars américains, soit 10 099 euros, 8 599 livres sterling, 14 999 dollars australiens ou 1 650 000 yens. L’étui rigide, la sangle et le certificat d’authenticité sont inclus.

Une Bass VI d’origine coûte-t-elle plus cher ?

Généralement moins, pour un exemplaire de la même période en bon état. Ce que vend Fender ici n’est pas un instrument vintage mais une reproduction sanctionnée d’un instrument précis, en série close et avec certificat. La valeur porte sur la caution et la rareté organisée.

Que signifie « Bleached 3-Color Sunburst » ?

Le colorant rouge des sunbursts Fender des années 1960 se dégrade sous ultraviolets. Sur un vernis nitrocellulosique, mince et perméable, la face exposée à la lumière perd donc progressivement son rouge et paraît à deux tons, tandis que le dos, protégé, conserve ses trois teintes. « Blanchi » désigne ce vieillissement, que Fender reproduit sur la réédition.

À quoi sert le quatrième interrupteur ?

Il insère un circuit coupe-bas, surnommé « strangle », qui retire les basses fréquences du signal. C’est ce réglage qui permet d’obtenir le son maigre et percussif du doublage de contrebasse — la fonction pour laquelle l’instrument avait été conçu à l’origine.

Pourquoi la Bass VI a-t-elle été arrêtée en 1975 ?

Faute de public. Elle ne remplaçait ni une basse ni une guitare, elle était difficile à régler et à jouer, et elle n’a jamais été produite en grandes quantités. L’arrêt s’inscrit dans la rationalisation de la gamme Fender par CBS au milieu des années 1970.

Peut-on obtenir ce son sans dépenser 9 500 dollars ?

Oui. Les rééditions Squier et Vintera II, ainsi que les modèles Fender Japon des années 1990 sur le marché de l’occasion, permettent d’accéder au registre et au timbre de l’instrument. Les versions les plus économiques ont toutefois une électronique simplifiée et, souvent, pas d’étouffoir — or l’étouffoir est essentiel au son de « Honey Pie ».

La Bass VI est-elle difficile à jouer ?

Elle est facile pour un guitariste et déroutante pour un bassiste. L’espacement des cordes interdit le jeu aux doigts et impose le médiator ; la faible tension rend l’instrument sensible au frisage et à la dérive d’intonation. C’est un instrument qui exige un réglage soigné et qui récompense une main légère.

Glossaire

Bass VI — Basse électrique à six cordes de Fender, produite de 1961 à 1975, accordée un octave sous la guitare, diapason 30 pouces. Initialement commercialisée sous le nom de Fender VI.

Tic-tac bass — Procédé de production né à Nashville dans les années 1950 : doubler une ligne de contrebasse par une basse à six cordes jouée au médiator, aigus poussés, pour redonner de la définition à l’attaque des notes.

Strangle — Surnom du circuit coupe-bas de la Bass VI et de la Jaguar, commandé par un interrupteur à glissière. Il retire les basses fréquences et produit un timbre maigre et percussif.

Étouffoir (mute) — Feutre monté sous le chevalet, plaqué mécaniquement contre les cordes pour raccourcir leur résonance. Élément d’origine de la Bass VI à partir de 1963, absent de plusieurs rééditions modernes.

Offset — Forme de corps dissymétrique inaugurée par Fender avec la Jazzmaster en 1958, reprise par la Bass VI puis par la Jaguar.

Vibrato flottant — Système de vibrato Fender à plaque mobile et bras long, monté sur la Jazzmaster, la Jaguar et la Bass VI. Il permet de moduler la hauteur sans désaccorder, à condition d’être bien réglé.

Nitrocellulosique — Vernis mince et perméable utilisé par Fender jusqu’en 1968. Il laisse passer les ultraviolets, ce qui explique la décoloration des sunbursts de l’époque.

Relic — Procédé de vieillissement artificiel appliqué par le Fender Custom Shop, destiné à reproduire les marques d’usage d’un instrument ancien.

Custom Shop Showcase — Statut commercial accordé par Fender à un réseau restreint de revendeurs, seuls habilités à distribuer certaines séries limitées du Custom Shop.

Diapason — Longueur vibrante de la corde entre sillet et chevalet. Elle détermine la tension nécessaire pour atteindre une hauteur donnée : 30 pouces pour la Bass VI, 34 pour une Precision, 25,5 pour une Stratocaster.

Guitare baryton — Guitare accordée une quarte ou une quinte sous la guitare standard. À ne pas confondre avec la Bass VI, qui descend d’un octave complet et se monte en cordes de basse.

Endossement — Accord commercial par lequel un musicien s’engage à jouer et à afficher publiquement le matériel d’une marque. Fender n’en a jamais obtenu des Beatles, malgré la démarche de Don Randall en 1968.

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Sources

Sur l’annonce du 25 août 2026 — Page produit Fender, Limited Edition George Harrison 1967 Bass VI (référence 9235700006), fiche technique complète et argumentaire. Communiqué du Fender Custom Shop relayé par Premier Guitar, Guitar World, Guitar.com, Bass Musician Magazine, Gearnews, Mixdown et Australian Musician. Fiches et communications des revendeurs Showcase (The Music Zoo, Truetone Music, Sweetwater) pour le tirage et le calendrier de livraison. Vidéo de présentation du Fender Custom Shop pour les éléments d’expertise, la visite de Friar Park et l’intervention de Paul Waller.

Sur le matériel des Beatles — Andy Babiuk, Beatles Gear: All the Fab Four’s Instruments from Stage to Studio, Ultimate Edition, Backbeat Books, 2015 : référence pour la datation du lot Fender de juillet 1968 et pour les attributions instrumentales. Mark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions, pour les dates de séance. Geoff Emerick et Kevin Howlett pour les protocoles de studio. Dossiers de Guitar Player et Guitar World sur le matériel des séances Get Back et sur l’histoire de la Rosewood Telecaster.

Sur l’histoire du modèleVintage Guitar, dossier sur les basses à six cordes des années 1950 et 1960. MusicRadar, « Classic gear: Fender Bass VI » et « The history of the Fender Bass VI ». Articles d’archives du site Fender consacrés au modèle et à ses utilisateurs. Reverb pour les variantes et rééditions successives.

Note méthodologique — Aucune parole de chanson n’est reproduite dans cet article. Les attributions instrumentales signalées comme incertaines le sont parce que les sources divergent : dans ces cas, l’article expose l’état du dossier plutôt qu’une conclusion.

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