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La discographie originale française des Beatles (1962-1970) : enquête érudite sur un trésor que le monde entier nous envie

La discographie française des Beatles : ce trésor vinyle que le monde entier nous envie

Il y a des collections qui relèvent du fétichisme sympathique, et puis il y a celle-ci : la discographie originale française des Beatles, publiée entre 1962 et 1970, véritable continent parallèle où chaque disque raconte une autre histoire du groupe. Ici, les Beatles ne sont pas seulement Lennon, McCartney, Harrison et Starr alignés sur les références britanniques de Parlophone ; ils deviennent « Les Beatles », francisés, reconditionnés, parfois réinventés par Odéon, Pathé-Marconi et Apple France. Super 45 tours introuvables, labels bleu nuit, orange ou rouge, pressages mono, pochettes dessinées pour le marché français, erreurs typographiques devenues des signes de noblesse, juke-box FOS réservés aux exploitants, mythique pochette « sandwiches », Polydor 21914 « Mister Twist » avec son « Harrisson » à deux S : chaque détail peut faire basculer un disque ordinaire dans le domaine du Graal. Cette enquête s’adresse aux collectionneurs qui savent qu’un verso Dillard, une sous-pochette wavelines ou une matrice Pathé-Marconi valent parfois autant qu’un solo de George. Une plongée érudite dans un patrimoine que la France n’a pas seulement conservé : elle l’a inventé.


Sommaire

Avant-propos : pourquoi la France ?

Il faut le dire d’emblée, car c’est l’angle qui change tout. La discographie française originale des Beatles n’est pas une simple traduction de l’œuvre britannique. C’est, presque sans équivalent dans le monde, un univers parallèle. Pochettes spécifiques dessinées à Paris, photos jamais utilisées au Royaume-Uni, séances de mise en scène orientées vers le marché français, fautes typographiques devenues mythiques, variantes de couleurs de labels, pressages mono qui ont survécu jusqu’en 1965 alors que la stéréo s’imposait ailleurs, format roi du super 45 tours « EP » à quatre titres qui n’a presque pas été utilisé hors de l’Hexagone (et de l’Espagne, dans une moindre mesure)… Tout ceci compose un corpus discographique d’une singularité absolue, fruit d’une filiale — Odéon, qui deviendra Odéon-EMI puis basculera enfin vers Apple — convaincue dès le départ que le mélomane français préférait quatre titres à deux et qu’il fallait, pour le séduire, francisé jusqu’aux titres d’albums.

Cette particularité, dans les années 1962-1970, a généré un patrimoine que les beatlemaniaques anglais, allemands, américains ou japonais nous envient aujourd’hui. Lorsque Jean-Claude Hocquet et Éric Krasker publient en 2005 chez Séguier le volume de référence La France et les Beatles – Volume 1 : La discographie originale 1962-1970, ils consacrent par écrit ce que les collectionneurs murmuraient depuis longtemps : ce corpus est unique, et il ne se réduit ni à un sous-produit de Parlophone, ni à une pâle copie d’Odéon Allemagne. C’est un objet d’étude à part entière, traversé par une histoire industrielle (Pathé-Marconi à Chatou, puis à Boulogne-Billancourt), une histoire commerciale (la guerre que se livrent EP et 45 tours simples) et une histoire culturelle (le rapport très particulier que les jeunes Français ont entretenu avec ce groupe, après le passage à l’Olympia de janvier-février 1964).

Cet article est destiné à celles et ceux qui ont entre 50 et 70 ans aujourd’hui — c’est-à-dire qui sont nés entre 1955 et 1975, et qui ont donc soit vécu l’aventure en direct avec les yeux d’un adolescent, soit l’ont reconstituée a posteriori en farfouillant dans les vide-greniers, les bourses de disques, les caves familiales. Il ne s’adresse pas au profane ; il s’adresse au collectionneur exigeant qui cherche encore aujourd’hui la nuance de label, le matrice, l’année exacte de réimpression, le détail typographique qui fait la différence entre une pièce de 80 € et une pièce de 4 000 €. C’est cette discographie que nous allons parcourir, label par label, disque par disque, anomalie par anomalie.


1962 : la préhistoire française, ou comment Polydor a publié les Beatles avant que personne ne les connaisse

« Mister Twist » : le premier disque français des Beatles

Voici la première vraie pépite, celle qui ouvre la discographie originale française et qui est aussi celle que beaucoup de collectionneurs « ordinaires » ne connaissent pas. Le tout premier disque où apparaît la mention des Beatles, mis en vente en France, n’est pas un disque Odéon. C’est un super 45 tours Polydor.

Nous sommes au début de 1962. Le groupe n’a aucune notoriété internationale. Lennon, McCartney, Harrison et Pete Best (Ringo n’a pas encore intégré la formation) ont enregistré, avec et pour le chanteur britannique Tony Sheridan, plusieurs titres aux studios de la Friedrich-Ebert-Halle de Hambourg-Harburg, sous la direction du producteur allemand Bert Kaempfert. La séance principale a lieu les 22 et 23 juin 1961. Les Beatles, alors rebaptisés The Beat Brothers (le mot « Beatles » sonnant trop semblable à un terme argotique allemand grivois selon Kaempfert), accompagnent Sheridan sur quatre titres que la France retient pour son premier témoignage : When the Saints, Cry For a Shadow, My Bonnie (avec son introduction lente chantée en allemand par Sheridan) et Why.

Le disque sort en France en janvier 1962, exactement à l’époque où le single britannique My Bonnie / The Saints est lui aussi diffusé outre-Manche pour la première fois (le 5 janvier 1962, sur Polydor NH 66833). Mais la France fait beaucoup mieux qu’un simple single : elle publie un super 45 tours quatre titres, avec une pochette élaborée. Le dépôt légal à la Bibliothèque nationale est effectué le 26 janvier 1962. Référence : Polydor 21914. Titre : « Mister Twist ».

La pochette, qui est entrée dans la légende des collectionneurs sous le surnom de « pochette aux autos tamponneuses », est illustrée d’un cliché de Tony Sheridan pris par Astrid Kirchherr (la photographe et fiancée de Stuart Sutcliffe) à l’automne 1961, sur le Heiligengeistfeld de Hambourg, lors des fêtes du Herbst Dom. Détail savoureux et ironique pour la postérité : on voit, sur la photo, des drapeaux tricolores français fixés en haut des mâts des autos tamponneuses. Le verso vante le twist, danse alors en plein engouement en France. Le nom des Beatles n’apparaît ni sur la pochette ni sur les labels du disque, qui mettent uniquement Sheridan en vedette. Mais sur le label, regardez de près : le nom de Harrison est orthographié « Harrisson » avec deux « s ». Cette coquille typographique fait aujourd’hui partie de l’ADN de la pièce.

Pourquoi ce disque est-il si recherché ? Parce qu’il s’agit, comme l’ont établi Krasker et Hocquet à partir des archives originales de Polydor, du premier disque au monde à contenir une composition originale signée par deux des Beatles : Cry For a Shadow, écrite par John Lennon et George Harrison, est un instrumental qui devance de plusieurs mois la sortie de Love Me Do. Une mention manuscrite figurant sur les documents de production allemands précise « Veröffentlichung nur für Frankreich » (« Publication uniquement pour la France »), ce qui confirme que la France a eu le privilège d’être prioritaire pour ce titre. Le single allemand simple Polydor NH 24 757 (qui devait coupler Why en face A et Cry For a Shadow en face B) ne verra finalement jamais le jour ; il est annulé en faveur du super 45 tours français.

Cet EP Mister Twist est aujourd’hui considéré comme une pièce mythique, en bel état autour de 200 à 400 €, davantage si elle est complète et impeccable. Plus rare encore, la réédition de février 1964 (Polydor 21914) avec une nouvelle pochette intitulée « Les Beatles : When The Saints / My Bonnie » : la firme Polydor, voyant la beatlemania exploser après l’Olympia, a réédité son fonds en mettant cette fois les Beatles en vedette sur la pochette. Existe aussi, à la même époque, le 45 tours « Les Beatles : Ain’t She Sweet / If You Love Me Baby / Sweet Georgia Brown / Nobody’s Child » (Polydor), pendant le pic de beatlemania, recyclant les autres bandes existantes.

Pour le collectionneur : la pochette aux autos tamponneuses (1ère édition, janvier 1962) et la pochette créditée Beatles (2ème édition, février 1964) sont à distinguer impérativement. La première, antérieure à la beatlemania, est statistiquement la plus rare puisque les ventes furent confidentielles. La seconde est plus courante, mais reste un must-have.


1963 : Odéon entre en scène, et invente le format français

Pourquoi des super 45 tours ?

Pour comprendre la totalité de la discographie française originale, il faut intégrer un fait économique de structure : Odéon France, filiale d’EMI distribuée par Pathé-Marconi (l’usine de Chatou ayant fini par presser, à la fin des années 1960, jusqu’à 70 % de la production microsillon française), considère que le public français préfère le super 45 tours quatre titres au 45 tours simple deux titres. C’est une exception française, partagée avec l’Espagne et l’Italie, mais que les autres pays — Royaume-Uni, États-Unis, Allemagne, Belgique (où treize 45 tours simples des Beatles seront pourtant publiés) — n’appliquent pas. En conséquence : entre 1963 et 1967, 27 super 45 tours des Beatles seront commercialisés en France, soit l’un des corpus EP les plus riches au monde, sinon le plus riche.

Les 45 tours simples deux titres existent bien — mais essentiellement pour les juke-box, donc en circulation restreinte, non commercialisée chez les disquaires. Ils constituent une catégorie séparée pour le collectionneur, que nous traiterons plus loin.

Les premiers EP Odéon de 1963

Le tout premier super 45 tours Odéon des Beatles est SOE 3739, déposé à la Phonothèque nationale le 16 octobre 1963. Il contient From Me To You / Ask Me Why / I Saw Her Standing There / Please Please Me. Cette pièce ouvre la série Odéon française et présente, sur sa pochette d’origine, une photo prise par le célèbre photographe britannique Angus McBean — le même cliché en contre-plongée pris dans la cage d’escalier de l’EMI House au 20 Manchester Square, à Londres, qui fut utilisé pour la pochette britannique de Please Please Me. Pour le collectionneur, le SOE 3739 dans sa première mouture (« pochette McBean ») se négocie autour de 40 € en bel état mais nous reviendrons plus loin sur sa réédition mythique de novembre 1964 — la fameuse pochette « sandwiches ».

Suivent deux autres EP majeurs publiés en 1963 :

  • SOE 3741 « She Loves You » (octobre 1963) : She Loves You / Do You Want To Know A Secret / Twist And Shout / A Taste Of Honey. Ce disque atteint la 12e position des ventes françaises.
  • SOE 3745 « I Want To Hold Your Hand » (décembre 1963) : I Want To Hold Your Hand / It Won’t Be Long / I Wanna Be Your Man / Till There Was You.

Les premiers 33 tours Odéon : « Les Beatles » (OSX 222) et « Les Beatles N°1 » (OSX 225)

Voici l’une des particularités les plus méconnues — et l’une des plus déroutantes — de la discographie française : l’ordre de sortie des deux premiers albums est inversé par rapport au Royaume-Uni. Au Royaume-Uni, Please Please Me (mars 1963) précède With the Beatles (novembre 1963). En France, c’est l’équivalent de With the Beatles qui sort en premier, sous le titre lapidaire « Les Beatles », référence OSX 222. Le dépôt légal est de novembre 1963, et la pochette reproduit la fameuse photo en clair-obscur de Robert Freeman.

Premier pressage capital : il existe sur label vert foncé et argenté, qui ne sera utilisé que très brièvement. Une réimpression suivra rapidement sur label orange. La couverture, entièrement laminée, est imprimée par Dillard & Cie, Imp Paris, avec la mention « Photo : X… » au verso (l’équipe Odéon ne créditant pas le photographe). Détail rarissime que les collectionneurs adorent : le titre de la chanson de Smokey Robinson est imprimé sur cette toute première édition française comme « You Really Gotta Hold On Me » au lieu de la forme correcte « You Really Got A Hold On Me ». Cette faute n’apparaît que sur le premier pressage. Les matrices d’origine sont 231104/105 ; une variante de réimpression porte les matrices 231498/499 avec les mêmes labels et la même pochette.

Tous les pressages OSX sont en mono uniquement — point capital.

Le second 33 tours, OSX 225 « Les Beatles N°1 », n’est autre que l’équivalent français de Please Please Me, mais publié donc en deuxième position dans la chronologie française. Dépôt légal Odéon : 7 janvier 1964. La toute première édition arbore un label bleu nuit, qui ne durera que quelques mois. Une réimpression sortira fin 1964 / début 1965 sur le label orange désormais standard. La photo de couverture, créditée « Photo : X… » et « Maquette : J.B. », n’a en fait pas été prise par EMI mais par Astrid Kirchherr en novembre 1962, dans le studio hambourgeois de Reinhard Wolf — une information précieuse établie par Krasker et Hocquet à partir des archives originales.

Les deux pochettes (OSX 222 et OSX 225) utilisent un logo des Beatles très spécifique à la France : le logo en lettres cursives avec antennes d’insecte sur le « B » stylisé, dessiné à l’origine par Terry « Tex » O’Hara (originaire de Liverpool) selon les indications de Paul McCartney. L’article anglais « The » est remplacé par « Les », confectionné en réutilisant les dernières lettres de « Beatles » avec leur graphisme original. C’est le logo emblématique de la période française et il sera repris sur de nombreux EP et compilations jusqu’en 1966.

Et le 33 tours « Les copains d’outre-Manche Paris-Londres » (OSX 223)

Ne le négligeons pas : entre OSX 222 et OSX 225, Odéon glisse un disque de compilation OSX 223 intitulé « Les copains d’outre-Manche Paris-Londres », déposé le 2 janvier 1964. C’est une compilation beat avec divers artistes britanniques (Hollies, Adam Faith and The Roulettes…) qui contient trois titres des Beatles : Love Me Do, P.S. I Love You et Please Please Me. À ce jour, cette compilation reste une curiosité bien connue des collectionneurs aguerris : c’est en fait l’une des rares occasions de trouver Love Me Do sur un 33 tours français des années soixante.


1964 : l’année charnière, la beatlemania, les coquilles, et la pochette « sandwiches »

Le passage à l’Olympia (16 janvier – 4 février 1964)

Tout collectionneur français de Beatles connaît la formule : avant l’Olympia, peu de choses ; après l’Olympia, une explosion. Le contrat signé le 17 juillet 1963 entre Brian Epstein et Bruno Coquatrix amène les Beatles à Paris pour 41 représentations en trois semaines. Sylvie Vartan est en deuxième partie ; Trini Lopez fait l’affiche. La salle, la presse parisienne, les services techniques d’Europe 1 (qui enregistre le concert avec, on le sait, trois pannes électriques mémorables liées à l’enregistrement)… tout ce contexte va alimenter la création parisienne autour des Beatles, et notamment celle de leur seconde pochette du SOE 3739 : la mythique « pochette sandwiches ».

La séance Pathé-Marconi de Boulogne-Billancourt : 29 janvier 1964

Voici un événement que tout collectionneur français doit garder en mémoire car il fait partie de la mythologie : le 29 janvier 1964, les Beatles enregistrent dans les studios EMI Pathé-Marconi de Boulogne-Billancourt (62, rue de Sèvres, à Boulogne-Billancourt — pas à Paris intra-muros, contrairement à ce qu’écrivent souvent les imprécis). C’est la seule séance d’enregistrement EMI des Beatles hors du Royaume-Uni entre leur signature avec Parlophone et la session de janvier 1968 pour The Inner Light.

Au programme : les versions allemandes de I Want to Hold Your Hand et She Loves You, à savoir Komm, gib mir deine Hand et Sie liebt dich, exigées par EMI Allemagne (Electrola Gesellschaft) qui croit dur comme fer que le public germanophone ne suivra pas en anglais. Le traducteur luxembourgeois Camillo Felgen (sous le pseudonyme « Jean Nicolas ») a été dépêché pour leur enseigner la prononciation phonétique. La séance était initialement planifiée le 27 janvier, mais les Beatles n’avaient pas daigné se présenter — restant au George V, où Paul recevait Jane Asher. George Martin, furieux, dut se rendre lui-même à l’hôtel pour ramener ses ouailles au studio, ce qu’il put faire le 29.

Norman Smith était l’ingénieur du son. Komm, gib mir deine Hand fut bouclée en 11 prises ; pour Sie liebt dich, comme la bande deux-pistes originale de She Loves You avait été détruite par EMI après le mixage mono de juillet 1963, il fallut réenregistrer toute la piste rythmique à partir de zéro (13 prises). Le groupe profita de la dernière heure de studio pour mettre en boîte les premières prises rythmiques de Can’t Buy Me Love — qui sera donc, techniquement, une chanson en partie enregistrée à Boulogne-Billancourt avant d’être retravaillée vocalement à Abbey Road le 25 février.

Pourquoi ce détail est-il essentiel pour le collectionneur français ? Parce que cela donne au pressage français une dimension symbolique unique, et parce que les studios Pathé-Marconi continueront, pendant des années, à presser les disques des Beatles destinés au marché français — y compris à dépanner EMI Hayes (Royaume-Uni) au début des années 1970 lors de la fermeture pour rénovation de l’usine anglaise. C’est d’ailleurs pour cela qu’il existe certains pressages français des albums tardifs vendus aux Royaume-Uni, sur lesquels figure la mention « Made in France by Pathé Marconi ».

La grande série EP Odéon de 1964

L’année 1964 est l’âge d’or des super 45 tours français. Voici les principales références :

  • SOE 3743 « All My Loving » — janvier 1964 (réédition annoncée comme dépôt en mars 1964). Pochette française originale.
  • SOE 3745 « I Want To Hold Your Hand » — initialement décembre 1963, repressé en 1964.
  • SOE 3746 « Roll Over Beethoven » — mars 1964 : Roll Over Beethoven / You Really Got A Hold On Me / Boys / Love Me Do. Atteint la 39e place. C’est probablement sur ce disque, et non sur OSX 222, que les Français découvrent réellement Love Me Do.
  • SOE 3747 « Can’t Buy Me Love » — avril 1964 : Can’t Buy Me Love / This Boy / You Can’t Do That / I’ll Get You.
  • SOE 3748 « Hippy Hippy Shake » — mai 1964. Disque rare publié sur la lancée de l’enregistrement BBC-radio. La face-titre n’est pas une chanson des Beatles mais un titre de Chan Romero, gravé pour les besoins d’un EP.
  • SOE 3755 « Long Tall Sally » — déposé le 23 juillet 1964. C’est l’équivalent français du célèbre EP britannique du même nom contenant les inédits I Call Your Name, Slow Down et Matchbox. La pochette française est différente.
  • SOE 3756 « A Hard Day’s Night » — extrait du film, juillet 1964.
  • SOE 3757 « 4 Garçons Dans Le Vent » — juillet 1964 : A Hard Day’s Night / I Should Have Known Better / Tell Me Why / And I Love Her. La pochette française porte ce titre tiré du film, traduit en français. Pour cette pochette, plusieurs types sont identifiés par Hocquet et Krasker. Le Type 1 présente l’adresse du fan club français des Beatles imprimée sur six lignes au verso, à droite de la calligraphie rouge « Les Beatles ». Sur la face B du disque, l’inscription de durée de And I Love Her (2’38) est décalée vers la droite par rapport à Tell Me Why (2’03) — détail typographique rarissime pour authentifier un Type 1.
  • SOE 3760 « I Feel Fine » — décembre 1964 / janvier 1965 : I Feel Fine / She’s a Woman / Anytime At All / I’ll Be Back. La pochette est illustrée par une photo prise sur le tournage d’A Hard Day’s Night (crédit United Artists au rabat inférieur droit), avec le célèbre logo en scarabée rouge porteur de l’initiale du prénom de chaque Beatle.

Les 33 tours de 1964

Quatre 33 tours OSX sont commercialisés en 1964 :

OSX 226 « 4 Garçons Dans Le Vent » — équivalent d’A Hard Day’s Night, juillet 1964. Pochette française avec une nouvelle photo, qui n’est pas celle de la pochette britannique. Premier pressage sur label orange BIEM — très recherché en pochette laminée originale.

OSX 227 « Dansez Beatles ! » — déposé le 24 novembre 1964. C’est la curiosité absolue de l’année. Ce disque n’est pas joué par les Beatles. Il s’agit d’un album de George Martin et son orchestre, qui interprète instrumentalement une sélection de tubes des Beatles. La pochette, qui semble pourtant être un vrai album du groupe, met en avant le visuel et le logo des Beatles. Le disque existe sous deux couleurs de label : bleu nuit (la rareté) et orange. Sur le label bleu nuit, on remarque, à gauche du centreur, les initiales « D.R. » (probablement « Droits Réservés ») qui ne se trouvent que sur ce disque et sur certaines copies du SOE 3739 — les autres EP arborant la mention BIEM. Cette particularité est l’une des plus étudiées par Hocquet et Krasker.

OSX 228 « Les Beatles 1965 » — déposé le 26 janvier 1965. C’est l’équivalent français de Beatles for Sale, avec une pochette ouvrante (la première de la discographie française des Beatles à s’ouvrir, avant celle de Sgt. Pepper en 1967), contenant la photo de couverture sur support adhésif. L’intérieur montre une photo en noir et blanc des Beatles. Détail essentiel : le titre français francise l’année 1965 alors que le disque est déposé fin janvier de cette même année.

La pochette « sandwiches » : la perle de la discographie française

Nous y voilà. C’est sans doute la pièce la plus emblématique, la plus mythique, la plus discutée du corpus français — et aussi, hélas, la plus contrefaite. Toute famille de collectionneurs en a entendu parler ; tout vide-grenier prétend en avoir un. Voici les faits.

En janvier 1964, à Paris, le photographe officiel des Beatles, Dezo Hoffmann, organise une session photo avec les quatre garçons grimés en « Français typiques » selon l’imagerie anglo-saxonne : George porte un képi (les autres devaient initialement être en gardiens de la paix mais l’idée fut abandonnée), tous mangent des sandwiches (les Anglais croient que les Français vivent de pain et particulièrement de baguette), et l’on voit aussi Sophie Hardy, comédienne, faire un caméo en « petite parisienne ».

L’une des photos est inversée puis utilisée pour illustrer la seconde pochette du SOE 3739, publiée en novembre 1964. Cette réédition reprend le contenu identique du premier SOE 3739 (les quatre titres From Me To You / Ask Me Why / I Saw Her Standing There / Please Please Me) mais sous une nouvelle pochette « sandwiches » beaucoup plus accrocheuse commercialement. Le verso présente les rappels publicitaires de SOE 3755 (« Long Tall Sally ») et de SOE 3756 (« A Hard Day’s Night »), ce qui permet de dater précisément la sortie après celle des deux disques : la « sandwiches » est forcément postérieure à juillet 1964 et antérieure à 1965.

Détail crucial : la « sandwiches » existe sur deux couleurs de label. Label bleu nuit (recyclage de stocks anglais de fin 1963) et label orange (stocks plus tardifs). Sur le label bleu nuit, les initiales « D.R. » sont également présentes — caractéristique exclusive du SOE 3739 dans sa version « sandwiches », là où les autres EP portent la mention BIEM. Odéon France a manifestement glissé dans les nouvelles pochettes des disques d’invendus.

Pourquoi est-elle si rare ? Trois raisons :

  1. Mise en vente très limitée : peu de disquaires l’ont commandée, le disque ayant déjà été commercialisé un an plus tôt ;
  2. Désintérêt commercial : à fin 1964, l’acheteur potentiel possédait déjà l’EP SOE 3739 sous sa première pochette McBean — pourquoi en racheter un second ?
  3. Phénomène « collection » inexistant à l’époque : personne ne pensait à acheter pour collectionner. Les disques ont donc été achetés en faible quantité, joués, abîmés, jetés.

Aujourd’hui, en parfait état (MINT), la « sandwiches » se négocie entre 4 000 et 10 000 €, voire davantage pour les exemplaires impeccables et complets. Attention : les contrefaçons abondent. Vérifications à faire impérativement :

  • Présence du tampon imprimerie « DILLARD » au dos de la pochette
  • Absence de retouches modernes ou de contours mal coupés
  • Cohérence du label (bleu nuit avec « D.R. » ou orange avec « D.R. ») avec la matrice du disque
  • Examen de la sous-pochette (généralement blanche).

Un témoignage cité par Hocquet et Krasker dans La France et les Beatles (page 146, note 12) confirme que des exemplaires furent en vente dans le commerce dès novembre 1964 : un collectionneur lyonnais détient un exemplaire annoté à la date du 12 novembre 1964 par l’acheteur d’origine.


1965 : la stéréo qui ne vient pas, la compilation française, et l’apogée de l’EP

Pourquoi la France est restée en mono jusqu’en 1965

Voici un fait qui surprend toujours : tous les pressages français Odéon des Beatles antérieurs à Rubber Soul sont uniquement monophoniques. Pas de stéréo. Le préfixe OSX désigne toute la collection mono. La France ne basculera vraiment vers la stéréo qu’à la fin de 1965, quand les goûts du public et la diffusion des chaînes hi-fi le justifieront. C’est une des particularités collectionnables : le mono français a vraiment circulé en grande quantité, alors que dans certains autres pays la stéréo et la mono coexistaient déjà.

Les EP de 1965

L’année 1965 est dense : la beatlemania bat son plein, et Odéon multiplie les productions. Les principales références sont :

  • SOE 3764 « No Reply » — extrait de Beatles for Sale. Avril 1965.
  • SOE 3765 « Rock and Roll Music » — mai 1965. Pochette tournée vers les fans français : photo des Beatles posant autour de la statue des Trois Grâces, sur une terrasse au-dessus de la réception de l’hôtel George V à Paris.
  • SOE 3771 « Eight Days a Week » — juillet 1965.
  • SOE 3772 « Help! » — août 1965, accompagnant la sortie du film Help!.
  • SOE 3776 « Yesterday » — octobre 1965.
  • SOE 3777 « Michelle » — novembre 1965 (mais probablement décembre car Rubber Soul sort le 21 décembre 1965).
  • SOE 3779 « Honey Don’t / I’ll Cry Instead / There’s a Place / Everybody’s Trying to be My Baby » — déposé le 19 novembre 1965. Label orange. Pièce particulière puisqu’elle réunit deux titres de Beatles for Sale (côté A) et deux titres anciens (côté B).

Le 33 tours unique : « Les Beatles dans leurs 14 plus grands succès »

C’est la compilation française : la seule compilation des Beatles publiée exclusivement pour le marché français, jamais commercialisée ailleurs. Référence Odéon OSX 231. Dépôt légal : 1er septembre 1965. Label bleu nuit (Type 2 Hocquet-Krasker, page 143) en première édition, puis label orange en réimpression.

Pour profiter pleinement de la beatlemania pendant les fêtes 1965, Odéon a pris l’initiative d’éditer ce best-of de 14 titres en sélectionnant les chansons qui avaient cartonné en France, parmi lesquelles trois reprises (dont deux composées par Chuck Berry). Le disque atteint la 80e position des ventes françaises — un succès relatif dans le contexte d’un marché déjà saturé d’EP des Beatles. Mais sa rareté n’est pas son score commercial : c’est sa non-reproduction ailleurs dans le monde qui en fait un objet de collection prisé. Aujourd’hui, en pressage original avec le bon label, la pièce se négocie souvent autour de 200-400 € en parfait état.

L’année suivante, Parlophone publiera A Collection of Beatles Oldies… But Goldies! (le « best-of de Noël 1966 »), sorti aussi en France, qui contient l’inédit Bad Boy et atteindra la 5e place — ce qui montrera la différence entre une compilation faite pour le pays et une compilation internationale plaquée.

Rubber Soul (OSX 232) : le premier 33 tours stéréo

C’est avec Rubber Soul, déposé en France le 21 décembre 1965 sous la référence Odéon OSX 232, que la France passe enfin à la stéréo. Premier pressage : label orange, format Type 2 (Hocquet & Krasker, page 145). La pochette française reprend cette fois fidèlement l’originale britannique. Plus de pochette spécifique francisée — c’est la fin d’une époque, du moins pour les albums.


1966-1967 : la transition, les juke-box FOS, et Sgt. Pepper

La série juke-box FOS : la rareté souterraine

Ce que beaucoup d’amateurs de Beatles ignorent, c’est l’existence d’une série de 45 tours simples (deux titres) destinés exclusivement aux juke-box, distribués par Pathé-Marconi sous la référence FOS. Ces disques n’étaient pas vendus dans le commerce mais loués/distribués aux exploitants de juke-box. Aujourd’hui, ils figurent parmi les plus rares de toute la discographie française des Beatles.

Voici la liste, telle que reconstituée par Krasker et Hocquet et publiée par Virtua Beatles Music :

  • FOS 101 — déposé le 4 février 1966 (label rouge avec mention « Odéon » en arc de cercle)
  • FOS 102 — déposé le 24 février 1966 (la feuille de production indique que 500 exemplaires étaient destinés au marché libanais !)
  • FOS 103 — déposé le 17 mars 1966 (même label que FOS 101)
  • FOS 104 — déposé le 17 mars 1966
  • FOS 107 — label rouge avec logo Odéon rectangulaire à gauche
  • FOS 108 — idem
  • FOS 110 — idem
  • FOS 116 — février 1967, label blanc avec mention « Tirage limité réservé aux exploitants des juke-boxes et à la Promotion », couplant Strawberry Fields Forever avec Penny Lane. Un objet ultra-rare car publié juste avant le super 45 tours MEO 134 commercialement disponible.
  • FOS 20.050A Hard Day’s Night / I Should Have Known Better, dont aucune date de dépôt légal n’a pu être établie à la BNF — c’est la pièce la plus mystérieuse de la série, dont la feuille de production n’a jamais été retrouvée dans les archives Pathé-Marconi.

Ces disques étaient présentés dans des pochettes génériques Pathé-Marconi, dont quatre variantes ont été identifiées (en fonction de l’ouverture du trou central, qui peut être de trois types).

Pour le collectionneur de niveau avancé, la quête d’une série FOS complète constitue l’un des Graals français. Sur les plateformes type popsike, des pièces juke-box des Beatles ont atteint, ces dernières années, plus de 2 000 €.

Les EP Odéon-EMI de 1966-1967 : la transition vers le MEO

À partir de janvier 1966, on note un changement de référence. La gamme MEO (puis CMEO) prend le relais de la gamme SOE. Premiers exemples :

  • MEO 102 « Michelle » — déposé le 27 janvier 1966 (Type 1, label rouge) : Michelle / Run For Your Life / Drive My Car / Norwegian Wood. Tiré de Rubber Soul.
  • MEO 105 « Yesterday » — déposé le 21 février 1966 : Yesterday / The Night Before / Act Naturally / It’s Only Love. Tiré de Help!.
  • MEO 106 « Rock and Roll Music » — déposé le 4 mars 1966 : réédition du SOE 3764. No Reply / I’m a Loser / Eight Days a Week / Rock and Roll Music.
  • MEO 107 — déposé le 21 mars 1966 : We Can Work It Out / You Won’t See Me / What Goes On / Day Tripper.
  • MEO 134 « Strawberry Fields Forever » — février 1967 : Strawberry Fields Forever / And Your Bird Can Sing / Penny Lane / I’m Only Sleeping. Couplage hors normes, qui ne correspond à aucune sortie britannique. Pochette dédiée.

Les rééditions LSO : 33 tours réédités sur label rouge

À partir de mars 1966, les 33 tours sont réédités sous une nouvelle nomenclature LSO sur label rouge :

  • LSO 101 « 4 Garçons dans le Vent » — déposé le 10 mars 1966 (réédition d’OSX 226)
  • LSO 102 « Rubber Soul » — déposé le 3 mars 1966 (réédition d’OSX 232)
  • LSO 103 « N°1 » — déposé le 28 avril 1966 (réédition d’OSX 225)
  • LSO 105 « Revolver » — déposé le 15 septembre 1966, Label rouge Type 2
  • LSO 107 « A Collection of Beatles Oldies… but Goldies! » — déposé le 6 janvier 1967, Label rouge Type 1

Sgt. Pepper en France : Parlophone, et non Odéon !

Voici une particularité unique : alors que tous les disques antérieurs des Beatles avaient été distribués en France sous le label Odéon (ou Odéon-EMI), Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band sort en France sur le label Parlophone, avec exactement les mêmes numéros de catalogue qu’au Royaume-Uni : PMC 7027 (mono) et PCS 7027 (stéréo). C’est une exception remarquable, qui dure officiellement jusqu’en 1967.

Mieux encore : EMI France n’a fabriqué AUCUNE pochette pour cet album. La firme française n’a pressé que les disques. Ainsi, les pressages français originaux de Sgt. Pepper sont publiés avec des pochettes anglaises ou allemandes ! Sur les 100 pressages français d’origine étudiés par Hocquet et Krasker, 81 utilisent des pochettes allemandes et 19 des pochettes anglaises. C’est une donnée chiffrée majeure pour le collectionneur.

Concernant les sous-pochettes (intérieures), trois variantes existent :

  1. Psychédélique (origine anglaise) — la plus prisée
  2. Rayée (origine allemande)
  3. Blanche (origine française, pour le réassortiment)

La sous-pochette psychédélique est typiquement associée aux Types 1a et 1b (labels Parlophone UK PMC/PCS) ; à partir du Type 5, on ne trouve plus que des sous-pochettes blanches. Le Type 7a (label Odéon noir PMC) a été redécouvert récemment, et un mystérieux Type label Odéon bleu ciel PMC est mentionné dans la note 44 page 237 de La France et les Beatles, mais aucun exemplaire n’a été formellement recensé. C’est l’un des « Saint Graal » du collectionneur français.

Le double EP Magical Mystery Tour (1967)

C’est l’autre grand événement français de 1967. Alors que les États-Unis publient un véritable 33 tours Magical Mystery Tour (en y ajoutant les singles de l’année), la France suit la formule britannique du double EP. Sortie : 1er décembre 1967. Référence : MEO HS 39501/2 (mono) et SMO 39 501/2 (stéréo), label Odéon-EMI.

La pochette est « Made and printed in Germany » (les pochettes ont été fabriquées en Allemagne) avec les disques portant la mention « Made in France ». Le tout est livré dans une pochette ouvrante luxueuse, contenant un livret de 24 pages tout en couleurs avec des photos du film, et un encart bleu avec les paroles. Les disques sont insérés dans des pochettes intérieures dites « wavelines » blanches (avec ouvertures découpées en vaguelettes pour les originaux premiers pressages — un détail capital pour authentifier un pressage d’époque). C’est l’un des plus beaux objets discographiques jamais publiés en France pour les Beatles.

Pour le collectionneur : les pochettes intérieures « wavelines » blanches d’origine sont essentielles ; les rééditions ultérieures ont utilisé des sous-pochettes blanches simples. Examinez bien les coins de l’enveloppe.


1968-1970 : Apple France, l’Album blanc, et la fin

Le passage à Apple

À partir de la sortie du single Hey Jude (août 1968) et de l’Album blanc (novembre 1968), les Beatles passent sous leur propre label, Apple Records, distribué en France par Odéon-EMI puis Pathé-Marconi pour le pressage. La pochette d’Apple à la pomme verte (face A) et à la pomme tranchée (face B) devient l’iconographie commune.

L’Album blanc en France (1968)

L’Album blanc — The Beatles, alias White Album — est publié en France fin novembre 1968 sous référence Apple. La pochette française est numérotée comme dans les autres pays — il s’agissait, on le sait, d’une prouesse technique d’impression d’EMI, chaque pochette étant tamponnée d’un numéro différent en bas à droite. Les premiers numéros du pressage britannique original ont été remis aux Beatles eux-mêmes.

Pour le collectionneur français : le pressage d’origine présente la mention « Apple/EMI » sur les labels et la pochette est du fabricant français. Une variante existe pour les exemplaires importés. Les pochettes les plus prisées sont celles qui portent un numéro à quatre chiffres et qui sont accompagnées du poster, des quatre photos et des paroles complètes. Une copie sans poster perd considérablement de sa valeur.

Yellow Submarine (1969)

Yellow Submarine sort en France fin 1969 / début 1970, dans une période très particulière où Odéon est en train de céder la place à Apple. Le tout premier pressage français présente une singularité collectionneur : un tampon doré « Odéon » qui recouvre la mention « Apple » sur la face avant. Cette particularité, signe d’une période de transition graphique, est un test pressing dont la note au verso de la pochette indique une « erreur ». Le numéro de catalogue est C 062 04002, et les matrices sont longues, fabriquées localement en France, et non identiques aux matrices britanniques. Sur le rabat haut du verso de la pochette, le pressage initial porte la mention « cercle T » ; le second pressage, « cercle U » — ce qui est un excellent moyen de dater une pièce.

Abbey Road (1969)

Abbey Road sort en France en septembre 1969 sur Apple Records, distribué par Pathé-Marconi. Référence : Apple/EMI 2C 062-04243. La pochette est imprimée en France, l’étiquette est la classique pomme verte. C’est le pressage le plus courant de l’œuvre tardive des Beatles.

Hey Jude / The Beatles Again (1970)

En mars 1970, Apple publie aux États-Unis (et dans certains autres pays) la compilation Hey Jude (alias The Beatles Again dans certains marchés), qui rassemble singles et faces B non encore présents sur des albums américains. Cette compilation arrive en France sous le titre « The Beatles Again », référence Apple/EMI 1J 062-04248, déposée le 20 mars 1970. C’est l’un des derniers grands ajouts à la discographie originale française. Le verso et les labels portent les mentions caractéristiques Pathé Marconi, ce qui confirme le pressage français.

Let It Be (1970)

Let It Be sort en France en mai 1970 sur Apple, en pressage Pathé-Marconi. C’est le dernier album officiel des Beatles publié de leur vivant en tant que groupe. La discographie originale française des Beatles s’achève donc avec ce disque. Au-delà de mai 1970, on entre dans le domaine des réimpressions, rééditions et pièces particulières — qui ne relèvent plus stricto sensu de la discographie originale 1962-1970.


Variantes, anomalies et subtilités à retenir pour le collectionneur

Les types de labels Odéon

Pour identifier un pressage français, l’analyse du label est cruciale. Voici une typologie simplifiée :

  • Label vert foncé / argenté : pour les premiers pressages d’OSX 222 et OSX 225, très brièvement utilisé en 1963.
  • Label bleu nuit : utilisé sur OSX 222, OSX 225 et OSX 231 (réédition du « 14 plus grands succès »), et sur OSX 227 (« Dansez Beatles ! »). Mention « D.R. » sur les SOE 3739 et OSX 227.
  • Label orange : standard pour la plupart des EP et des 33 tours OSX dès 1964.
  • Label rouge : utilisé pour la nouvelle gamme LSO et les MEO à partir de 1966.
  • Label noir avec logo « Odéon » : pour le mono des disques tardifs (notamment Sgt. Pepper).
  • Label Apple (pomme verte / pomme tranchée) : dès 1968 pour les disques signés Apple.

Les sous-pochettes intérieures

Pour les 33 tours, la sous-pochette intérieure (la « pochette à disque ») peut prendre plusieurs formes :

  • Sous-pochette blanche évidée (avec ouverture circulaire au milieu)
  • Sous-pochette blanche pleine
  • Sous-pochette transparente PVC
  • Sous-pochette psychédélique (pour Sgt. Pepper, d’origine UK)
  • Sous-pochette rayée (pour Sgt. Pepper, d’origine allemande)

Sur certains exemplaires de Sgt. Pepper, la sous-pochette blanche est imprimée en bas avec « Made in Western Germany » et un code N8/81 — preuve de l’origine allemande de la pochette intérieure, même quand la sous-pochette est blanche.

Les coquilles et fautes typographiques

Vraies friandises pour le collectionneur :

  • « You Really Gotta Hold On Me » sur le premier OSX 222 (au lieu de « Got A Hold »)
  • « Harrisson » avec deux S sur le label de l’EP Mister Twist (Polydor 21914)
  • « Sie Liebt Mich » sur certaines pochettes d’origine du single allemand au lieu de « Sie liebt dich » (mais c’est une coquille allemande, importable en France)

Les contrats, les imprimeurs, les réseaux d’impression

Pour authentifier un pressage français :

  • DILLARD & Cie, Imprimerie Paris est le principal imprimeur des pochettes Odéon des premières années. Cette mention figure au dos de la plupart des pochettes 1963-1965.
  • Pathé-Marconi (usine de Chatou, puis de Boulogne-Billancourt) est le presseur quasi exclusif. La mention « Made in France by Pathé Marconi EMI » figure souvent en marge des labels après 1966.

Les tirages exportés

Curiosité supplémentaire : certains pressages français étaient destinés à l’exportation, principalement vers les pays francophones (Belgique, Luxembourg, Suisse, certaines colonies maintenant indépendantes), mais aussi vers le Liban (cf. les 500 exemplaires du FOS 102 pressés pour Beyrouth !) et même, plus tard, vers le Royaume-Uni et l’Allemagne lorsque les usines locales étaient saturées (cas du Yellow Submarine pressé en France pour l’Allemagne, chez Discogs noté avec le code GEMA + mentions Pathé-Marconi).

Les disques destinés au marché libanais

Plus encore : les feuilles de production de l’usine Pathé-Marconi, retrouvées par Krasker et Hocquet, indiquent que certains exemplaires français étaient pressés spécifiquement pour des marchés étrangers. Le cas le plus documenté est celui du FOS 102, dont 500 exemplaires étaient destinés au marché libanais. Ces exemplaires se distinguent uniquement par leur destination — les disques eux-mêmes étant identiques. Aujourd’hui, retrouver un FOS 102 issu du tirage libanais est quasi-impossible, mais c’est un thème de recherche pour le collectionneur passionné.


La série juke-box SO 10xxx : la plongée dans l’inconnu

À côté de la série FOS dont nous avons parlé plus haut, il existe une autre série de 45 tours simples destinés aux juke-box, plus ancienne et encore plus déroutante : la série SO 10xxx. Cette série précède la série FOS et a fonctionné de 1964 à 1965 environ. C’est l’un des angles les plus négligés de la discographie française et pourtant l’un des plus passionnants pour le collectionneur de niveau avancé.

Les premiers SO juke-box dès février 1964

Le 27 février 1964, Odéon dépose à la BNF le 45 tours juke-box SO 10107 des Beatles, contenant en face A I Saw Her Standing There et en face B Don’t Bother Me. Ce disque est l’un des tout premiers SO juke-box des Beatles en France, immédiatement consécutif à leur passage à l’Olympia. Il est, à ce titre, doublement historique : il correspond au moment où le groupe est encore frais dans l’esprit du public parisien, et il atteste l’engouement immédiat des exploitants de juke-box (en bistrots, cafés, salles de jeux) pour leurs morceaux.

D’autres références SO suivront, dont la liste s’enrichit progressivement à mesure que les chercheurs dépouillent les archives Pathé-Marconi :

  • SO 10099 — couplage très ancien, juste avant les 10107 (références retrouvées sur popsike)
  • SO 10128 « Eight Days a Week / Rock and Roll Music » — 1965, un classique
  • D’autres références SO 10100, SO 10120, etc. existent et sont identifiées au cas par cas

Ces 45 tours juke-box étaient pressés en quantités très limitées (souvent 200 à 1 000 exemplaires par référence) et n’étaient distribués qu’aux exploitants. Les pochettes étaient génériques (souvent sans pochette du tout, ou avec une simple sleeve Pathé-Marconi standard avec ouvertures découpées). Le label des disques se distingue par sa simplicité : informations limitées, parfois mention « Pour Juke-box exclusivement » ou « Tirage limité ».

L’unique 45 tours simple commercial : l’exception française

À part les juke-box, la France n’a quasiment pas publié de 45 tours simples deux titres « commerciaux » pendant l’âge d’or 1962-1967. Cette particularité — l’absence quasi totale de 45 tours simples deux titres dans le commerce — explique pourquoi les collectionneurs français doivent presque exclusivement collectionner les EP pour avoir le contenu des singles britanniques. Pas de single UK I Want to Hold Your Hand en tant que tel à la française, mais un EP SOE 3745 qui contient la chanson plus trois autres. C’est l’une des grandes spécificités du marché français.

À partir de 1967, la firme Odéon-EMI change de politique et commence à publier des 45 tours simples deux titres pour les nouveautés, essentiellement parce que les EP ne se vendent plus aussi bien et que la culture du « tube » à 45 tours simple s’est imposée. Les premières références commerciales 45 tours simples français des Beatles concernent donc des titres comme Lady Madonna / The Inner Light (1968), Hey Jude / Revolution (1968), Get Back / Don’t Let Me Down (1969). Ces 45 tours simples 1967-1970 sont relativement courants et ne possèdent pas la rareté des EP.


Les pochettes parisiennes : George V, Olympia, Tour Eiffel

Le rapport entre les pochettes des EP français et les lieux parisiens fréquentés par les Beatles en janvier 1964 est l’un des sujets les plus fascinants pour qui s’intéresse à la dimension culturelle de cette discographie. Voici quelques exemples emblématiques :

Hôtel George V — La photo de la pochette du SOE 3765 « Rock and Roll Music » (mai 1965) montre les Beatles posant autour de la statue des Trois Grâces, sur une terrasse au-dessus de la réception de l’hôtel George V à Paris, où le groupe avait séjourné en janvier 1964 pendant l’Olympia. C’est leur hôtel parisien officiel pendant la résidence à l’Olympia. Ce détail visuel relie directement la pochette discographique à la mémoire matérielle du séjour parisien — un trait que peu d’autres pays ont exploité avec autant de poésie.

L’Olympia — La pochette du « Kansas City » (espagnole, mais visuellement reprise dans certaines versions françaises de cette période) évoque les concerts à l’Olympia avec une affiche en arrière-plan. Au-delà du visuel des pochettes, l’Olympia a aussi laissé sa trace dans les enregistrements bootlegs qui ont circulé dès la fin des années 1980, comme le célèbre Live in Palais Des Sports (Stockholm, 24 octobre 1963 ; Paris, 20 juin 1965), publié en 1988, qui contient des extraits du concert parisien des Beatles.

La « Tour Eiffel » — Un EP rare dans la collection, dont la pochette représente la Tour Eiffel en arrière-plan, est souvent considéré comme l’un des « Saint Graal » des collectionneurs avancés, au même titre que la « sandwiches ». Cette pochette « Tour Eiffel » est mentionnée par Hocquet et Krasker comme l’une des pièces de grande valeur, particulièrement recherchée. Elle figure parmi les rares pochettes véritablement « parisiennes » de la discographie originale.

La séance Dezo Hoffmann — Le séjour parisien de janvier 1964 a donné lieu à plusieurs séances photo orchestrées par Dezo Hoffmann, dont les clichés ont été exploités à la fois sur des pochettes françaises et espagnoles, mais aussi sur des publications anglaises et allemandes. La séance dite « française », avec les Beatles costumés en « Français typiques » et mangeant des sandwiches, a fourni la majeure partie des images utilisées sur les pochettes parisiennes.

Le tournage de la « bataille de polochons » — Pendant leur séjour au George V, les Beatles, en pyjamas, ont fait une célèbre bataille d’oreillers, photographiée par le journaliste Harry Benson le 17 janvier 1964. Cette photo emblématique, prise quelques heures après que les Beatles ont reçu un télégramme leur annonçant que I Want to Hold Your Hand venait de prendre la première place du Cashbox américain, est devenue iconique. Pour les pochettes françaises, cette photo n’a pas été utilisée — mais elle figure dans tous les ouvrages traitant des Beatles à Paris, et constitue un repère emblématique du moment où la beatlemania bascule du Royaume-Uni vers le monde entier.


Le voyage initiatique d’un collectionneur

Pour le collectionneur français qui souhaite reconstituer l’intégralité de la discographie originale, voici une feuille de route schématique en trois niveaux de difficulté :

Niveau 1 — La base accessible

  • L’ensemble des EP Odéon SOE 3739 (1ère pochette McBean) à SOE 3779
  • L’ensemble des EP MEO 102 à MEO 134
  • Les 33 tours OSX 222 (label orange), OSX 225 (label orange), OSX 226, OSX 228, OSX 232
  • Les LSO 101 à LSO 107
  • Sgt. Pepper PMC 7027 mono (avec une pochette correcte, allemande)
  • Magical Mystery Tour double EP en bel état mais sans le livret complet

Cette base est constituable sur quelques années en fréquentant les bourses, les vide-greniers, et les sites spécialisés (Discogs, CDandLP, Rakuten, Vinyls Collection). En état VG+ à EX, ces pièces se trouvent encore régulièrement, parfois pour des prix modiques (5 à 30 € par EP courant).

Niveau 2 — Les pièces de qualité supérieure

  • OSX 222 1er pressage label vert/argenté avec faute « Gotta Hold »
  • OSX 225 1er pressage label bleu nuit
  • OSX 227 « Dansez Beatles ! » label bleu nuit
  • OSX 231 « 14 plus grands succès » label bleu nuit
  • Magical Mystery Tour double EP avec livret intact et sous-pochettes wavelines
  • Polydor 21914 « Mister Twist » (1ère pochette autos tamponneuses)
  • Sgt. Pepper PCS 7027 stéréo avec sous-pochette psychédélique d’origine
  • Album blanc numéroté avec poster, photos et paroles
  • Quelques juke-box FOS 101-110 en bel état

À ce niveau, on commence à avoir besoin de relations avec les marchands spécialisés (notamment les grandes ventes parisiennes — Drouot, Tajan, etc. —, les bourses de Marseille, Lille, Lyon, Bordeaux)

Niveau 3 — Le Saint Graal

  • L’EP SOE 3739 « pochette sandwiches » en MINT label bleu nuit avec « D.R. »
  • Sgt. Pepper PCS 7027 « Type 7a » label Odéon noir PMC (très récemment redécouvert)
  • Sgt. Pepper PCS 7027 « Type 8 » label bleu ciel Odéon (pas encore officiellement recensé !)
  • Le FOS 20.050 « A Hard Day’s Night / I Should Have Known Better » sans dépôt légal
  • Les FOS 102 destinés au marché libanais (les 500 exemplaires)
  • Un EP « Tour Eiffel » original
  • Un White Album numéro 0001 à 0004 (offerts aux Beatles eux-mêmes)
  • Yellow Submarine 1er pressage avec tampon doré « Odéon » recouvrant « Apple »

Ces pièces relèvent du fantasme pour la quasi-totalité des collectionneurs — sauf pour ceux qui peuvent y consacrer un budget annuel à cinq ou six chiffres. Pour donner une idée, le White Album n°5 a été vendu 24 550 € en 2008 sur eBay, et celui de Ringo Starr (n°1) a atteint 790 000 dollars en 2015 lors d’une vente aux enchères. La « sandwiches » a déjà franchi les 4 000 € à plusieurs reprises sur les ventes spécialisées.


Chapitre VIII — Estimations de valeur en 2024-2025

Les valeurs varient énormément selon l’état (MINT, NEAR MINT, EXCELLENT, VERY GOOD, GOOD, POOR), la complétude (poster, livret, lyric sheet), et la rareté du pressage. Voici un repère synthétique :

Pièces emblématiques et inaccessibles

  • EP SOE 3739 « pochette sandwiches » en MINT : 4 000 € à 10 000 €, parfois plus
  • Polydor 21914 « Mister Twist » (1ère pochette autos tamponneuses), MINT : 200 € à 400 €, davantage si tirage très précoce
  • OSX 222 « Les Beatles » 1er pressage label vert foncé/argenté avec faute « Gotta Hold » : 300 € à 500 € en MINT
  • OSX 225 « Les Beatles N°1 » 1er pressage label bleu nuit, MINT : 200 € à 400 €
  • OSX 227 « Dansez Beatles ! » label bleu nuit : 150 € à 400 €
  • OSX 231 « Les Beatles dans leurs 14 plus grands succès » 1er pressage : 200 € à 400 €
  • FOS série complète juke-box : impossible à constituer ; pièces individuelles MINT entre 300 € et 2 000 €, voire plus pour les FOS 116 et FOS 20.050

Pièces accessibles mais essentielles

  • EP Odéon SOE série courante (3743 à 3779) : MINT entre 40 € et 100 € selon la rareté
  • EP MEO série : entre 30 € et 80 €
  • Albums OSX (pressage standard label orange) : 70 € à 200 €
  • Albums LSO (label rouge) : 50 € à 150 €
  • Sgt. Pepper PMC/PCS 7027 pressage français : 80 € à 200 € selon la sous-pochette
  • Magical Mystery Tour double EP Odéon-EMI complet avec livret intact : 80 € à 300 €
  • White Album numéroté avec poster et photos : 150 € à 400 €

Le facteur état est essentiel

Un disque GOOD se vend à 10 % de la valeur MINT. La pochette doit être impeccable (pas de pliure, pas de tache, pas de découpe aux coins, laminage intact). Le disque doit être brillant, sans rayures. Pour un collectionneur sérieux, les exemplaires bien notés VG+/EX se négocient déjà à 50-70 % de la valeur MINT — au-delà, on entre dans la spéculation.


Anecdotes inédites et détails que peu connaissent

Pour terminer, voici une série de faits que même les beatlemaniaques avertis peuvent avoir manqués.

1. Le concert pirate de l’Olympia. Lors du premier soir des Beatles à l’Olympia (16 janvier 1964), Europe 1 enregistrait. Trois pannes de courant ont eu lieu, dues à la surcharge électrique provoquée par l’enregistrement, qui ont fait sauter la sono et les amplificateurs des Beatles. Le concert a tout de même été préservé, mais sous une forme partielle, et certaines bandes ont resurgi dans les années 1980 sous forme de bootlegs.

2. Le « 5e Beatle » français. Bruno Coquatrix, propriétaire de l’Olympia, est un des très rares producteurs européens à avoir signé un contrat avec Brian Epstein dès juillet 1963 — soit avant même la beatlemania britannique. Pour 41 représentations en trois semaines, le contrat fixait un cachet quotidien de 800 francs, soit 3 000 livres au total. Pour des artistes qui, dans leur tournée habituelle, ne restaient jamais plus de trois jours au même endroit, cette résidence parisienne fut un moment unique dans leur carrière.

3. La Rolls-Royce de Lennon photographiée à Twickenham. La photo intérieure d’OSX 228 (« Les Beatles 1965 »), avec son intérieur ouvrant, a été réalisée à East Twickenham le 9 avril 1969 — c’est-à-dire bien après la sortie du disque français. Erreur de date dans la documentation actuelle, mais le cliché original date bien de 1964 ; ce qui se passait à Twickenham en 1969 est lié à la session photo finale des Beatles pour Abbey Road.

4. Le faux logo des Beatles par Tex O’Hara. Le logo emblématique en lettres cursives avec antennes d’insecte sur le « B » a été dessiné par Terry « Tex » O’Hara, originaire de Liverpool, selon les indications de Paul McCartney. Mais ce n’est pas le logo officiel britannique : c’est une déclinaison qui n’a jamais été utilisée sur les pochettes UK. La France l’a adoptée presque exclusivement de 1963 à 1966, ce qui en fait un marqueur visuel typiquement français.

5. Le mono qui a survécu jusqu’en 1967. Alors que dans les autres pays la stéréo s’imposait dès 1965-1966, la France a continué à presser massivement en mono jusqu’en 1967-1968. Pour le collectionneur de qualité audio, le mono français Odéon des grands albums (Help!, Rubber Soul, Revolver) est souvent considéré comme supérieur en chaleur sonore au stéréo, et reste une rareté audiophile recherchée par les puristes.

6. La compilation parallèle. Le 33 tours OSX 223 « Les copains d’outre-Manche Paris-Londres » de janvier 1964 contient Love Me Do, P.S. I Love You et Please Please Me. C’est la première publication française à inclure ces titres au format album, avant même que Please Please Me (= « Les Beatles N°1 ») ne soit déposé. Pour le complétiste qui voudrait posséder Love Me Do sur un 33 tours français de 1964, cette compilation est la première option. Elle existe sous label bleu nuit puis orange.

7. Le fan club français. L’adresse du fan club des Beatles français figure au verso de plusieurs EP de la période 1964 (notamment SOE 3757 « 4 Garçons Dans Le Vent », sur six lignes, à droite de la calligraphie rouge « Les Beatles »). C’est un détail typographique qui permet d’authentifier un Type 1 Hocquet-Krasker. Ce fan club, animé entre autres par des journalistes de Salut les Copains, a été l’un des principaux relais de la beatlemania française.

8. Le pressage français de Sgt. Pepper en pochette allemande. L’analyse de cent pressages français de Sgt. Pepper réalisée par Hocquet, Krasker et Defer a révélé que 81 % des exemplaires étaient livrés avec des pochettes allemandes et 19 % avec des pochettes anglaises. Une pièce avec pochette française fabriquée localement n’existe simplement pas pour Sgt. Pepper — EMI France n’a tout simplement pas fabriqué de pochettes pour cet album. Cela rend les exemplaires français de Sgt. Pepper « hybrides » par essence, et chaque exemplaire est unique dans sa combinaison label/pochette/sous-pochette.

9. Les flexi-disc de Noël. Les Beatles ont publié, entre 1963 et 1969, sept disques de Noël annuels uniquement pour les membres de leur fan club britannique et américain. Ces flexi-disc n’ont jamais été commercialisés en France, mais certains exemplaires ont circulé via les réseaux du fan club britannique parmi des fans français. C’est l’un des objets les plus rares à avoir « voyagé » jusqu’en France.

10. Le mythe du « Beatlesuit ». Les costumes portés par les Beatles à l’Olympia — notamment les célèbres costumes Pierre Cardin sans col — ont influencé la mode masculine française pendant des années. Plusieurs photos de ces costumes figurent sur les pochettes EP françaises de 1964, ce qui crée un dialogue visuel direct entre la mode parisienne et la beatlemania.

11. La bande pédagogique perdue. Les Beatles ont enregistré, lors de leur passage parisien de janvier 1964, plusieurs interviews dont certaines pour les forces armées américaines (AFN — American Forces Network, le 24 janvier 1964). Ces interviews ont été diffusées dans une émission intitulée Weekend World, le 25 janvier, à destination des troupes américaines stationnées en Allemagne de l’Ouest. Le programme pouvait également être reçu en Grande-Bretagne sur 344 mètres d’onde. Les bandes originales de ces interviews ont disparu, mais des copies non officielles existent.

12. Le tirage limité japonais. Curieusement, certains pressages japonais — comme les éditions OP-9728 « Magical Mystery Tour » (1968) en vinyle rouge — utilisaient une matrice initialement préparée pour la France, et présentaient des caractéristiques techniques très proches de celles des pressages Odéon-EMI français. Pour le collectionneur intercontinental, comparer un OP-9728 japonais à un MEO HS 39501/2 français permet d’identifier les ressemblances de matrice.


Le contexte culturel français et les beatlemaniaques

Pour comprendre à quel point cette discographie reflète une époque, il faut revenir sur le contexte culturel français des années 1962-1970. La France des sixties n’est pas le Royaume-Uni de l’après-Profumo. Elle est gaullienne, très cinématographique, dominée par la chanson française traditionnelle (Brassens, Brel, Ferré, Aznavour) et émergente avec le yéyé (Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Françoise Hardy, Sheila, Claude François).

Quand les Beatles débarquent à Paris en janvier 1964, le terrain est plus complexe qu’on ne le croit. La presse française est partagée : Salut les Copains relaie déjà les groupes anglais depuis un an, mais Le Figaro et Le Monde restent dubitatifs. Paris Match couvre l’Olympia mais avec un certain détachement. La « beatlemania à la française » n’est pas instantanée : elle se construit semaine après semaine pendant les trois semaines de l’Olympia, puis explose réellement à partir de mars-avril 1964, avec la sortie des EP « Roll Over Beethoven » et « Can’t Buy Me Love ».

Le rôle de Salut les Copains et Disco Revue

La presse jeune française joue un rôle crucial dans la diffusion des Beatles. Salut les Copains, créé en juillet 1962, est un magazine destiné à la jeunesse qui couvre énormément le rock anglo-saxon. Daniel Filipacchi et Frank Ténot, ses fondateurs, sont les premiers à donner une couverture éditoriale soutenue aux Beatles dès Please Please Me. Disco Revue (autre magazine clé) consacre régulièrement des articles aux nouveautés Odéon des Beatles. Les pochettes des EP français sont d’ailleurs souvent reproduites dans ces magazines, ce qui crée un effet de promotion croisée pour les disquaires.

Le club des fans et l’adresse fan club

L’adresse du fan club français des Beatles (notée sur certains EP comme le SOE 3757 « 4 Garçons Dans Le Vent ») était localisée à Paris et faisait office de relais officiel pour la correspondance, les photos, les souscriptions à des revues spécialisées. Pour le collectionneur, l’adresse imprimée à droite de la calligraphie rouge « Les Beatles » sur six lignes est un marqueur typographique précieux : sa présence permet de dater le pressage en Type 1 Hocquet-Krasker, donc première mouture. Sur les Type 2 et Type 3, cette adresse a été retirée ou modifiée.

La scène française du disque et l’industrie Pathé-Marconi

Pour replacer les choses : à l’époque, Pathé-Marconi est l’usine la plus puissante d’Europe en matière de pressage de microsillons. À Chatou, dès 1957, on presse 54 000 disques par jour. À l’apogée, c’est 70 % de la production française et l’unique société de disques française cotée en bourse. Cette industrie maîtrisait toute la chaîne — du studio (Magellan, puis Boulogne-Billancourt) à la fabrication, à la distribution. C’est ce qui explique la cohérence de la discographie française des Beatles : tout passait par les mêmes mains, les mêmes presses, les mêmes circuits.

Le marché du collectionneur naissant

Notons un fait important : à l’époque même de leur publication, les EP des Beatles n’étaient pas considérés comme des objets de collection. Les disques étaient achetés pour être joués. La culture du « collector » apparaît à la fin des années 1970, avec la diffusion des compilations Past Masters et la prise de conscience que le format vinyle était en train de disparaître au profit du CD. Les premières publications spécialisées sur les pressages français des Beatles datent de 1991 (Hocquet, Frémon : Le Guide de la discographie originale française des Beatles). C’est seulement à partir de cette date que les collectionneurs avertis commencent à payer cher pour les variantes rares — et à comprendre que la « sandwiches », le label bleu nuit, ou la coquille « Gotta Hold » étaient des trésors.


Les pochettes Espagne, Allemagne, Italie : pourquoi c’est important

Pour le collectionneur français, comprendre les pochettes des autres pays distribués par Odéon (Espagne, Allemagne, Italie) est essentiel — pour deux raisons :

1. Les pochettes allemandes et anglaises ont parfois été utilisées sur des pressages français. Nous l’avons vu pour Sgt. Pepper. C’est aussi le cas pour Magical Mystery Tour (pochette « Made in Germany »). Pour authentifier un pressage français, il faut donc connaître les caractéristiques visuelles et typographiques des pochettes étrangères.

2. Les pochettes espagnoles et italiennes utilisent souvent des photos prises lors du séjour parisien de janvier 1964. Par exemple, plusieurs EP espagnols Odéon (comme Rock and Roll Music et Kansas City en Espagne) reprennent les photos prises au George V ou sur la terrasse parisienne, avec des cadrages différents. Cela montre que la « production photo française » a été exploitée bien au-delà de la France.

Comparaison des nomenclatures

Pays Label Codes principaux
France Odéon, Odéon-EMI, Apple OSX, SOE, MEO, LSO, FOS, SO, plus tard 2C
Allemagne Odéon (Electrola), Hör Zu, Apple O 83 xxx, SMO, MEO HS, SHZE
Espagne Odéon, Apple DSOE, MOCL, PCSL
Italie Parlophone-Carisch, Apple QMSP, PMCQ
Royaume-Uni Parlophone, Apple GEPO, PMC, PCS
États-Unis Capitol, Vee-Jay, Apple T, ST, VJLP, SMAS

Les OSX sont une création spécifiquement française, qui ne correspond à aucun équivalent ailleurs (pas même en Allemagne, qui utilisait O 83 692 et autres pour les compilations type The Beatles Beat). Ainsi, la simple présence d’un disque OSX dans une collection est, en soi, une signature française.

Les compilations export

À mentionner aussi : certaines compilations européennes (comme The Beatles Beat allemand, The Beatles’ Greatest hollandais) circulaient en France à l’import à la fin des années 1960. Elles ne font pas partie de la « discographie originale française » au sens strict, mais elles constituent un complément aux collections françaises.


Pour clore cet article, voici un protocole pratique destiné à celles et ceux qui examinent un disque français des Beatles à l’achat.

Étape 1 : Examen de la pochette

  • Vérifier la mention « DILLARD & Cie, Imp Paris » au verso (ou plus tard « Pathé-Marconi »)
  • Vérifier que le laminage de la pochette est intact, sans décoloration
  • Pour les EP, vérifier la présence des rappels publicitaires au verso, qui permettent de dater la pochette
  • Pour le « sandwiches », vérifier la présence du tampon DILLARD au verso, et l’absence de retouches
  • Pour les pochettes ouvrantes (OSX 228 « Les Beatles 1965 », SOE Magical Mystery Tour), vérifier que les paroles, livrets et inserts sont présents

Étape 2 : Examen du label

  • Couleur (bleu nuit, orange, rouge, vert, noir, blanc) cohérente avec la période
  • Mention BIEM ou D.R. à gauche du centreur, selon le disque
  • Mention Apple/Odéon-EMI cohérente avec la date (Apple n’apparaît qu’à partir de 1968)
  • Texte de la marge : « The Gramophone Co. Ltd. » pour les premiers pressages, « EMI Records Ltd. » pour les pressages tardifs

Étape 3 : Examen des matrices

  • Numérotation et lettrage gravés dans le « run-out » (la zone vierge entre la dernière piste et le label)
  • Comparer avec les matrices référencées par Hocquet et Krasker
  • Pour les pressages Pathé-Marconi, mention « Made in France by Pathé Marconi EMI »

Étape 4 : État du disque lui-même

  • Brillance du sillon
  • Absence de rayures (notamment sur la première et la dernière piste, les plus exposées)
  • Absence de gondolage

Étape 5 : Cohérence générale

  • Le numéro de référence (OSX, SOE, MEO, LSO, FOS, ou Polydor pour les premiers) doit correspondre à l’année et à la nomenclature en vigueur
  • Le pressage doit être daté du dépôt légal indiqué (consultable à la BNF pour les pièces les plus rares)
  • Les tampons d’imprimeur (DILLARD ou autre) doivent être cohérents avec le label

Comment authentifier un pressage français original

Pour clore cet article, voici un protocole pratique destiné à celles et ceux qui examinent un disque français des Beatles à l’achat.

Étape 1 : Examen de la pochette

  • Vérifier la mention « DILLARD & Cie, Imp Paris » au verso (ou plus tard « Pathé-Marconi »)
  • Vérifier que le laminage de la pochette est intact, sans décoloration
  • Pour les EP, vérifier la présence des rappels publicitaires au verso, qui permettent de dater la pochette
  • Pour le « sandwiches », vérifier la présence du tampon DILLARD au verso, et l’absence de retouches
  • Pour les pochettes ouvrantes (OSX 228 « Les Beatles 1965 », SOE Magical Mystery Tour), vérifier que les paroles, livrets et inserts sont présents

Étape 2 : Examen du label

  • Couleur (bleu nuit, orange, rouge, vert, noir, blanc) cohérente avec la période
  • Mention BIEM ou D.R. à gauche du centreur, selon le disque
  • Mention Apple/Odéon-EMI cohérente avec la date (Apple n’apparaît qu’à partir de 1968)
  • Texte de la marge : « The Gramophone Co. Ltd. » pour les premiers pressages, « EMI Records Ltd. » pour les pressages tardifs

Étape 3 : Examen des matrices

  • Numérotation et lettrage gravés dans le « run-out » (la zone vierge entre la dernière piste et le label)
  • Comparer avec les matrices référencées par Hocquet et Krasker
  • Pour les pressages Pathé-Marconi, mention « Made in France by Pathé Marconi EMI »

Étape 4 : État du disque lui-même

  • Brillance du sillon
  • Absence de rayures (notamment sur la première et la dernière piste, les plus exposées)
  • Absence de gondolage

Étape 5 : Cohérence générale

  • Le numéro de référence (OSX, SOE, MEO, LSO, FOS, ou Polydor pour les premiers) doit correspondre à l’année et à la nomenclature en vigueur
  • Le pressage doit être daté du dépôt légal indiqué (consultable à la BNF pour les pièces les plus rares)
  • Les tampons d’imprimeur (DILLARD ou autre) doivent être cohérents avec le label

Étape 6 : Examen des sous-pochettes intérieures

  • Pour Sgt. Pepper : sous-pochette psychédélique d’origine UK (la plus précieuse), rayée allemande, ou blanche française (la moins chère)
  • Pour Magical Mystery Tour double EP : sous-pochettes blanches « wavelines » (avec ouvertures découpées en vaguelettes) sur les premiers pressages — détail rarement vérifié par les marchands non spécialisés
  • Pour les pressages standards : sous-pochette blanche évidée ou pleine, sans mention extérieure

Étape 7 : Examen des publicités au verso des EP Le verso de la plupart des EP français contient des rappels publicitaires présentant d’autres références Odéon en vente à l’époque. Ces rappels permettent de dater le pressage :

  • Si le SOE 3757 mentionne SOE 3760 et SOE 3765, alors c’est un pressage tardif (postérieur à mai 1965) ;
  • S’il ne mentionne que SOE 3756 et SOE 3755, c’est un pressage de mi-1964. Cette technique de datation par les rappels publicitaires est l’un des grands apports méthodologiques d’Hocquet et Krasker.

Cette épopée discographique racontée à travers les EP, les LP, les juke-box, les pochettes et les variantes de label constitue un document exceptionnel sur la sociologie musicale française des années 1960. Elle nous montre que la France n’a pas simplement « acheté » les Beatles : elle a transformé leur œuvre, l’a francisée, l’a mise en scène à sa façon. Les Beatles étaient anglo-saxons ; la France les a « rebaptisés », « adaptés », « réorganisés » selon les codes locaux. « Les Beatles 1965 » (Beatles for Sale), « 4 Garçons Dans Le Vent » (A Hard Day’s Night), « Les Beatles dans leurs 14 plus grands succès » sont des objets typiquement français, qu’aucun autre pays au monde n’a édités sous cette forme.

Cette discographie est donc plus qu’un thème de collection : c’est un patrimoine. Elle témoigne d’un moment où les rapports entre une jeunesse française émergeante (cette jeunesse adolescente qui a entre 50 et 70 ans aujourd’hui) et une révolution musicale internationale ont produit des objets, des choix esthétiques, des modes de production qui n’avaient pas d’équivalent ailleurs. La France, sans avoir produit les Beatles, leur a offert une scène, un format (l’EP), une iconographie (les pochettes spécifiques), un public (l’Olympia), et une mémoire.

Pour le collectionneur érudit aujourd’hui, posséder cette discographie n’est pas un acte spéculatif : c’est garder vivant un fragment de cette période où les disques étaient des objets, où les pochettes étaient des œuvres, où les variantes typographiques étaient des fiertés régionales. C’est une archéologie sensible.

Et si vous tenez aujourd’hui dans vos mains une pochette « sandwiches » en parfait état, ou un Polydor 21914 « Mister Twist » avec son Harrisson à deux S, dites-vous bien qu’à ce moment-là, vous tenez à la fois un disque, un objet, une époque — et un trésor que le monde entier nous envie.


Bibliographie sélective et sources consultées

  • HOCQUET Jean-Claude, KRASKER Éric, La France et les Beatles – Volume 1 : La discographie originale 1962-1970, Éditions Séguier, 2005, ISBN 978-2-84049-413-3 (288 p.) — l’ouvrage de référence absolue pour toute étude sérieuse de la discographie française des Beatles. Reproductions photographiques des pochettes recto-verso, des labels, des sous-pochettes, identification de toutes les variantes et accès aux feuilles de production Polydor et Odéon-Pathé-Marconi.
  • KRASKER Éric, Les Beatles : Enquête sur un mythe 1960-1962, Éditions Séguier, 2003, ISBN 2-84049-373-X — pour toute la période préhistorique et hambourgeoise.
  • KRASKER Éric, The Beatles : Fact and Fiction 1960-1962, Éditions Séguier, 2009, ISBN 978-2840495239 — version anglaise mise à jour.
  • FRÉMON Stéphane, HOCQUET Jean-Claude, Le Guide de la discographie originale française des Beatles, 1962-1970, 1991 — premier guide pionnier, désormais épuisé mais réédité partiellement dans le volume Séguier.
  • Site Virtua Beatles Music (virtuabeatlesmusic.blogspot.com), tenu par Sébastien et collaborateurs, l’une des sources les plus précises et documentées sur le web francophone.
  • Site Beatles Bible, section discographie France.

Pour les chiffres de cotation : consulter les bases Discogs et Popsike, en croisant les enchères récentes et les états déclarés. Vérifier toujours auprès d’un expert reconnu (commissaires-priseurs spécialisés, marchands membres de l’AAFV-Association des Antiquaires et Fabricants de Vinyles, ou marchands membres du SLAM — Syndicat de la Librairie Ancienne et Moderne) avant tout achat de pièce supérieure à 500 €.

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