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Peter Jackson, les Beatles et MAL : un futur documentaire en vue ?

Le réalisateur de Get Back envisage un nouveau film Beatles grâce à MAL. Révélations sur ses projets, de la dé-extinction du moa aux archives d’Abbey Road.

Après le succès de Get Back, Peter Jackson confirme qu’il prépare de nouveaux projets en lien potentiel avec les Beatles. Grâce à la technologie MAL qui a permis de ressusciter « Now and Then », le cinéaste explore l’idée d’un nouveau documentaire autour des sessions d’Abbey Road ou de Revolver. Parallèlement, il travaille sur un film Tolkien, un drame historique néo-zélandais, et poursuit ses recherches sur la dé-extinction du Giant Moa. À travers sa société WingNut Films, il façonne une nouvelle ère pour les archives musicales, où mémoire et innovation algorithmique se rencontrent.


Plus de trois ans après avoir bouleversé la perception de la Beatlemania avec la série-documentaire The Beatles – Get Back, le réalisateur néo-zélandais Peter Jackson vient de révéler qu’il travaille simultanément sur trois nouveaux scénarios, tout en « gardant la porte ouverte » à d’autres collaborations avec le catalogue des Beatles. L’annonce, prononcée lors d’une interview consacrée à un projet de bio-ingénierie visant à ressusciter le Giant Moa, relance les spéculations sur l’avenir des archives visuelles et sonores du groupe. De la technologie MAL qui a permis de démixer la cassette « Now and Then » aux futurs chantiers cinématographiques Middle-earth, cet article fait le point – en français – sur l’agenda, les ambitions et les défis d’un cinéaste devenu, à force d’algorithmes et d’obsession musicale, l’archiviste le plus influent de l’ère numérique.

De Get Back au « nouvel âge » des images musicales restaurées

Diffusé sur Disney+ fin 2021, The Beatles – Get Back a conquis à la fois le public, la critique et la profession audiovisuelle : trois Emmy Awards en 2022 (réalisation, montage, son) ont récompensé l’audace de Jackson, qui sut transformer cinquante-huit heures de rushes 16 mm tournés en 1969 en un feuilleton de neuf heures presque théâtral. La restauration en 4K, la colorimétrie respectueuse et – surtout – la séparation granulaire des pistes audio ont révélé une camaraderie insoupçonnée au cœur d’une période longtemps décrite comme crépusculaire. L’effet collatéral a été immédiat : la réhabilitation du film original Let It Be de Michael Lindsay-Hogg, longtemps absent des circuits commerciaux, puis relancé sur Disney+ en mai 2024 dans une version supervisée par Jackson et son studio néo-zélandais Park Road Post.

MAL : l’algorithme qui a « ressuscité » John Lennon

Au cœur du succès de Get Back se cache MAL (Machine-Assisted Learning), un réseau neuronal entraîné pendant quatre ans sur des milliers d’heures de dialogues et d’instruments. Capable d’isoler une voix recouverte par un piano ou un amplificateur qui bourdonne, MAL a offert à Paul McCartney et Ringo Starr la possibilité de terminer, en 2023, la chanson inachevée « Now and Then » à partir d’une cassette monopiste enregistrée par John Lennon en 1978. L’extraction de la piste vocale, désormais cristalline, a permis aux survivants du groupe d’ajouter cordes, batterie et slide guitar sans dénaturer l’émotion brute du démo. Le single a dominé les classements mondiaux – point d’orgue d’une collaboration technologique entre WingNut Films et Apple Corps qui ne cesse de s’étendre.

Trois scénarios en chantier : legs néo-zélandais, Ériador et Liverpool

Interrogé par Screen Rant, Peter Jackson a confirmé l’écriture parallèle de trois longs métrages. Le premier, The Hunt for Gollum (sortie prévisionnelle 2027), replongera les spectateurs dans le Legendarium de J. R. R. Tolkien ; le second, gardé secret, serait un récit historique néo-zélandais en prises de vue réelles ; le troisième, dit-il, « pourrait bien toucher à la musique ». Sans détailler, Jackson glisse : « J’ai adoré travailler avec les Beatles, et cela continuera probablement ». À demi-mot, il laisse entendre qu’Apple Corps l’a sollicité pour un nouveau documentaire centré sur les années de studio post-1966, voire sur les séances de l’album Abbey Road dont on fête bientôt le 60ᵉ anniversaire.

Après Let It Be, quels trésors encore cachés ?

Le déblocage juridique qui a permis la diffusion de Let It Be a ouvert un précédent. Les archives filmées des tournées 1964-1966, les sessions de Revolver ou celles d’Abbey Road dorment toujours dans des boîtes éparpillées entre Londres, Los Angeles et Friar Park. La technologie MAL pourrait démixer les prises mono, offrir des remixes Dolby Atmos complets et, pourquoi pas, nourrir une mini-série chronologique qui replacerait chaque album dans son contexte politique et artistique. L’idée séduit Giles Martin, fils de George Martin, qui dirige aujourd’hui la plupart des projets de remastering du catalogue.

L’autre obsession : faire revivre le Giant Moa

Parallèlement à ses projets cinématographiques, Jackson investit temps et capitaux dans une entreprise de bio-recréation : ramener à la vie le Giant Moa, oiseau coureur de plus de trois mètres disparu de Nouvelle-Zélande il y a six siècles. Il a confié posséder plus de 400 os de moa dans son musée privé et collaborer avec la société texane Colossal Biosciences pour séquencer l’ADN et tenter un clonage sur des ovules de casoar. Le projet fascine autant qu’il inquiète biologistes et autorités maories : si l’écosystème néo-zélandais a profondément changé, où réintroduire ces géants ? Jackson assure qu’un parc sécurisé verrait d’abord le jour, mais reconnaît que la vraie question est philosophique : « Pouvons-nous vraiment réparer le passé ? ».

De la Tranchée à la Tour de Londres : un savoir-faire documentaire

Le parcours qui mène Jackson des Flandres de They Shall Not Grow Old aux toits de Savile Row repose sur la même quête de présence. Dans le documentaire de 2018, le cinéaste colorise des images de la Première Guerre mondiale, ajoute du son spatial, recadre au format 4/3 ; dans Get Back, il applique la même logique immersive : effacer la distance temporelle pour offrir le sentiment d’être à côté de Ringo qui bat la mesure d’« Octopus’s Garden ». Ce savoir-faire unique place Jackson au premier rang des artistes-techniciens capables de donner un second souffle aux archives analogiques, qu’il s’agisse des journaux de tranchées, des anneaux de pouvoir ou des bandes AGFA d’Abbey Road.

La galaxie WingNut Films : un laboratoire de l’image du XXIᵉ siècle

Installé à Wellington, le complexe de post-production Park Road Post conjugue restauration 4K, CGI et recherches en apprentissage automatique. Depuis Les Deux Tours, Jackson finance la R&D pour automatiser la colorisation, repérer les artefacts et stabiliser des plans bancales. MAL n’est que la face émergée : selon des ingénieurs, une version « MAL-V » séparerait bientôt les instruments d’un enregistrement mono tout en détectant les fluctuations de génération de bande, promettant des masters plus fidèles. Ces avancées intéressent déjà d’autres ayants droit – on parle du catalogue Queen pour 2026.

L’influence sur l’industrie musicale : de la réédition à la création d’inédits

L’exploitation commerciale de MAL dépasse la simple restauration. Lorsque « Now and Then » se classe n°1 au Royaume-Uni, il prouve qu’un hit peut naître d’une collaboration posthume crédible. L’industrie imagine déjà prolonger les carrières d’artistes disparus : séparer la voix d’Amy Winehouse d’un live lo-fi, ou ressusciter un duo Piaf-Aznavour. Jackson, prudent, prône une éthique : « Il faut que la famille et les détenteurs des droits soient d’accord, et que le résultat respecte l’intention originale ».

Un futur partenariat Apple Corps / Disney+ : la synergie gagnante

Le succès d’audience de Get Back a convaincu Disney que les Beatles sont une licence premium. Let It Be a servi de banc d’essai ; la plateforme réfléchit à une collection permanente, où chaque album majeur serait présenté en version documentaire commentée par Paul McCartney, Ringo Starr et Jackson. L’avantage pour Apple Corps est double : toucher un public jeune déjà abonné à Disney+, et valoriser des archives inexploitées qui dormaient depuis cinquante ans.

Entre mémoire et (science-)fiction

Qu’il manipule des négatifs 16 mm, des squelettes de moa ou des pixels de Gollum, Peter Jackson illustre la puissance narrative d’une technologie mise au service de la mémoire. En annonçant de nouveaux projets avec les Beatles, il promet de prolonger le voyage entrepris par Get Back : transformer le passé en expérience sensorielle contemporaine. Reste à savoir quel trésor il ouvrira la prochaine fois : les prises inouïes de « All Things Must Pass » ? l’intégralité des répétitions de « Something » ? ou la métamorphose d’un concert 66 filmé sur 8 mm en performance 4K HDR ? Une chose est sûre : tant que la magie algorithmique de MAL rencontrera l’aura inaltérable du plus grand groupe pop de tous les temps, le présent continuera de dialoguer avec l’histoire – et le soleil, comme le dit George Harrison, se lèvera encore.

 

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