Leurs tubes rhabillés par George Martin et son fils Giles, qui s’en explique .
George Martin, nonagénaire, a «réarrangé While My Guitar… pour cordes, comme si les Beatles étaient là dans le salon», expose le fils Martin. On sait que le trait de George Martin, producteur légendaire des Beatles, fut de les presser. All My Loving languissait, comme le mollasson It Won’t Be Long . Avec un petit serrage du compteur de défilement, ce ne fut plus long. Zou. Et la lumière fut. I Want to Hold Your Hand , comme Help ou Twist and Shout et Paperback Writer, laissent de fait en glissement spatio-temporel l’impression d’une ruée fantastique. Emballant l’époque, les coeurs battant, l’histoire du son. Tout cela pour un rien d’accélérateur Martin.
Ayant de qui tenir, Giles Martin, fils de George, passe aujourd’hui du pressé 66 au compressé 06 pour les besoins d’une promo Beatles de saison. Sa petite contribution, partant du fonds des quatre de Liverpool, dont George, son père, fut le cinquième obscur, aura consisté à couper-coller-compacter, à la Dada ou Pierre Henry actualisé ProTools.
Le résultat, d’un certain mauvais goût, mais non sans goût, est une excursion en mission sur l’air de l’Ile du Dr Moreau dans le catalogue Lennon-McCartney sous contrôle Apple. Incestes, hybridons, magots et chimères croisent comme à la parade, dans une ambiance de cirque mariant Alice et The Walrus .
Tout, du reste, est parti de là ; du Cirque du Soleil sollicitant la légendaire firme Apple sur l’utilisation des Beatles pour les besoins d’une revue à grand spectacle sur eux : Love.
La réponse surprenamment positive (là où c’est non d’habitude), le Cirque du Soleil et Love pouvaient à leur guise repasser ce patrimoine sonore mondial en revue. Suivait l’idée de remettre un peu le nez dans les masters, de remixer (accélérer ?) çà et là, fouiller, bidouiller, restaurer, etc. Puis s’est posée la question inévitable de l’édition CD du résultat de cette grande mesmérisation des matrices sacrées jusqu’ici taboues.
Il n’y a pas de quoi être fier du résultat, ni matière à trop s’offusquer peut-être. Gnik Nus ( Sun King à l’envers) ou Because a cappella, tel que cela se faisait sur le moindre hi-fi stéréo en gommant la musique de Yesterday, sont touchants. While My Guitar Gently Weeps violonnée sonne. La critique anglaise, loupe en main, valide la chose. Voire. Bande-son pirate légale un peu naïve et décousue, de vingt-six classiques en pièces détachées, chutes, expérience de physique amusante, table de mixage tournante… C’est là en tout cas une occasion d’exhumer le dossier si délicat à rouvrir sans nausée ni mauvaise conscience , avec des oreilles un peu neuves s’il se peut, en 5.1, et en en parlant avec Giles Martin. Qui n’était pas là quand son père George donnait, en dix ans sixties de Beatles, le la au siècle, et qui reprend aujourd’hui l’affaire familiale. «Même la veuve de John n’a rien dit ; car mon père a toujours été le producteur des Beatles. Qui nous ont laissé toute liberté, en confiance.»
Pourquoi et comment le Cirque du Soleil ?
George Harrison était ami avec le directeur du Cirque du Soleil. Les Beatles, redoutant une inflation de revues, ont décidé de jouer celle-là et que ce serait le Beatles Show absolu. Le chantier a généré 150 millions de dollars ; et même si l’argent ne fait pas forcément l’art, il permet de concrétiser des rêves.
Celui-là a pris trois ans, paraît-il.
Oui, mais il a vite été clair qu’il n’était pas question de chanteurs pour interpréter les Beatles en scène, car on aurait alors couru au «Ah ! mamma mia !» et les gens se seraient illico demandé : «Qui est qui ?» On a visé quelque chose de plus subtil, dans le mood Beatles, axé sur l’esprit de leur petite chanson plutôt que sur leurs caractères en tant qu’individus.
Pourquoi avoir choisi le titre Love ?
Le titre spécifique d’une de leurs chansons aurait fermé l’angle. Et puis il y a plein de refrains des Beatles avec «love» dedans, c’est le thème qui court tout au long de leur carrière. Et leur lien tenait à l’amour : des temps de profonde harmonie, et des ruptures profondes. Enfin, le Cirque tient à des titres en un seul mot pour ses spectacles. Bref, Love coïncidait.
Comment avez-vous procédé ?
L’idée était donc que cela ressemble aux concerts sachant que les Beatles ont arrêté de tourner en 1966, mais en continuant d’enregistrer pendant quatre ans encore. On a combiné tous les enregistrements pour retrouver leur créativité aventureuse.
Par exemple ? Lady Madonna ?
Il fallait un tempo soutenu. On a donc essayé d’envisager tout l’album construit à partir de Lady Madonna, et le spectacle autour comme un récital. Le fou au paradis, cela ne marche pas avec les airs lents.
Martin père & fils ?
On a fait équipe avec papa. Il a l’expérience entière des Beatles, ayant débuté et fini avec eux, et je me suis retrouvé là. Peut-être que je n’avais rien à y faire, mais voilà on m’a confié cette tâche. J’ai passé toute ma vie à essayer d’échapper à cet héritage, tout ce cirque familial…
Mais le fait est que cela représentait sans doute une chance extraordinaire pour un musicien…
Une occasion unique de remonter le temps avec mon père, de porter un regard sur son travail, au plus près de lui… Mon père n’allait pas bien du tout quand le projet a débuté, à se demander s’il n’allait pas mourir en route ; mais il va très bien maintenant, comme si tout cela lui avait redonné goût à la vie.
Ringo et Paul ?
Ils avaient un inédit qu’ils souhaitaient introduire dans le spectacle, au départ… Ils passaient au studio écouter, commenter mais surtout ils profitaient des deux autres, qui se retrouvaient là avec eux, vraiment là…
Et Yoko Ono ?
Je sais ce que les gens disent d’elle, mais quand je l’ai rencontrée j’ai découvert quelqu’un d’honnête et droit, facile de contact, se souciant du son de Paul, de comment les Beatles sonnent.
Quelle musique écoute George Martin ?
Mon père, qui a entendu plus de musique que n’importe qui depuis 1948, n’écoute plus grand-chose. Il aime Bach.
Son Beatles favori ?
Strawberry Fields Forever.
Il emportera les Beatles au ciel ?
Je ne vois pas mon père écouter les Beatles au paradis ; il se les est suffisamment passés sur Terre. D’ailleurs, je doute que le paradis soit un endroit si rock’n’roll. Paradis, enfer : la question est plutôt de savoir de quel côté on peut prendre un bon bain.
Source : Par BAYON, Mathilde LA BARDONNIE













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