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L’éclatante santé du sexagénaire McCartney séduit New York

Conforté par l’accueil dithyrambique reçu par son nouvel album Chaos and Creation in the Graveyard (Le Monde du 13 septembre), Paul McCartney s’est lancé jusqu’au 30 novembre dans une tournée américaine (il n’est pas acquis qu’elle traverse l’Atlantique) qui s’arrêtait pour quatre soirs à New York.
La qualité et l’atmosphère domestique de ce disque sur lequel il joue pratiquement de tous les instruments nourrissaient l’espoir que l’ancien Beatle allait changer la formule sur laquelle il s’appuie depuis la fin des années 1980 : de grandes messes pop-rock célébrant le répertoire des Beatles dont il est le dépositaire. L’inflation de titres des Fab Four finissait par en annuler les effets jubilatoires. Aurait-il cette fois l’audace de réduire la taille de son orchestre, privilégier les textures acoustiques, voire de défendre seul son art, comme l’ont fait Neil Young ou Bruce Springsteen ?
Mais, à New York, McCartney chante au Madison Square Garden, salle fameuse pour la musique autant que pour la boxe et le basket. Avec ses 15 000 places, l’autoproclamée « plus grande salle de spectacles au monde » ne favorise pas l’intimité. Ce 1er octobre, Hellraiser, un DJ qui a remixé quelques chansons du maître, fait bruyamment patienter les spectateurs. Les toiles de McCartney défilent sur les écrans vidéo ; Paul est décidément plus doué pour la musique.
Dès Magical Mystery Tour, le bassiste fait valoir ses atouts : une humeur charmante et une forme physique étincelante, à 63ans. L’élégance et la souplesse de sa silhouette offrent une publicité permanente à la cause du végétarianisme. Est-ce son hygiène de vie qui lui a permis de préserver ses cordes vocales ? En plus de deux heures trente, il passe en revue pas moins de trente-sept chansons, où dominent les incunables des Beatles. L’âge du public y est sans doute pour beaucoup et les tarifs sont adaptés en conséquence : billets à 154 dollars, programme à 30 dollars, tee-shirts de 35 à 95 dollars. La nostalgie n’a pas de prix.
McCartney l’encourage en projetant un film gentiment mégalomane résumant sa vie et son oeuvre. On y apprend que ses carnets scolaires étaient brillantissimes. L’amour du passé encourage aussi la régression artistique : il n’est pas certain que les seniors se passionnent pour les récents efforts discographiques de leur héros.
McCartney a toutefois l’intelligence de renouveler ses choix puisés dans un trésor qui paraît intarissable. Il emprunte même des chansons à John Lennon (I’ll Get You ou Please Please Me), sans brusquer les versions originales. Il pratique le passage en force pour des chansons qui n’en ont guère besoin. Il faudrait être pisse-froid pour ne pas jubiler pendant Drive My Car ou Got To Get You Into My Life. Ses quatre musiciens sont les mêmes que lors de sa dernière tournée. Les deux guitaristes, formés à l’école du glam-rock, prennent des poses de rock stars. Le batteur, en écrasant tous les temps, fait regretter le sous-estimé Ringo Starr. Tous participent aux choeurs.
{{LE CHARME, JUSQU’AUX RAPPELS}}
Heureusement, McCartney vocalise en modulant et fait chanter sa basse. Parfois, il dévie de sa feuille de route, rend un hommage inattendu à Jimi Hendrix en reprenant quelques mesures de Foxy Lady. Un piano à queue surgit d’une trappe, cassant la tranquille ordonnance du concert. D’abord parce que McCartney interprète enfin ses récentes chansons, accueillies avec enthousiasme. Ensuite, parce qu’il accorde un repos à ses accompagnateurs, seul au clavier ou à la guitare sèche. Voici I Will, sucrerie de l’album blanc jamais entendue en live, enchaînée sur Jenny Wrenn, une nouveauté qui a déjà l’aura d’un classique. For No One et Fixing A Hole , seulement pianotées, prouvent que l’épure lui sied. A quand un récital en solitaire ?
Plus tard, il s’amuse à jouer du Bach, un air qui a inspiré Blackbird. Le charme agit jusqu’aux rappels, toujours les mêmes depuis une quinzaine d’années : Yesterday, Get Back, Hey Jude. Soit un noyau dur de tubes prévisibles. On s’en lasserait presque s’il n’était le plus à même de les faire vivre à la scène.

Source : AFP/JOHN D MCHUGH

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