Ringo Starr au-delà des Beatles : cinéma promotionnel, 1970

YELLOW-SUB / RINGO STARR AU-DELÀ DES BEATLES / NOTICE 479

Photograph, du public photographié aux fans retrouvés : Ringo Starr retourne l’appareil vers la Beatlemania

Portrait collectif · New York 1964 · Fair Lawn Five · réception

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En 1964, Ringo Starr prend des photographies à travers les vitres des véhicules qui conduisent les Beatles. Les spectateurs de la Beatlemania, normalement chargés de regarder ou de photographier le groupe, deviennent les personnages de ses propres images. La redécouverte, en 2013, de six adolescents américains permet de lire ces vues comme des documents sur la société des fans, et non de simples souvenirs personnels de vedette.

Une inversion du regard photographique

Dans First US Visit, Ringo se souvient que les Beatles voient beaucoup d’endroits depuis une voiture parce que leur célébrité les empêche de circuler librement. Le cadrage place l’objectif à l’intérieur d’un véhicule et le sujet dehors. Alors que les photographes de presse cherchent les quatre musiciens, l’un d’entre eux observe la foule qui le poursuit. L’intérêt documentaire est cette inversion : la célébrité regarde ceux qui la regardent. Il ne faut pourtant pas déduire la focale, le type de vitre ou le mouvement du véhicule à partir de la seule légende.

Les six adolescents du 7 février 1964

Une photographie de six adolescents pris à New York, après l’arrivée des Beatles à l’aéroport JFK le 7 février 1964, prend une nouvelle signification lorsqu’elle est publiée dans Photograph en 2013. Genesis engage alors une recherche pour retrouver ses sujets. Les cinq survivants sont identifiés, tandis que le sixième, Matt Blender, est décédé avant leur réunion. Le cliché devient une archive de six existences singulières plutôt qu’une silhouette anonyme de la Beatlemania. La valeur historique de l’image s’enrichit de témoignages.

L’émission de télévision n’est pas la prise de vue

En octobre 2013, les anciens adolescents se réunissent sur NBC Today, puis retrouvent Ringo à Las Vegas le mois suivant. Il faut garder ces événements séparés de la scène originale de février 1964. La télédiffusion constitue une archive audiovisuelle nouvelle, réalisée presque cinquante ans après les faits, tandis que la photographie-source appartient au voyage des Beatles. Ce décalage rappelle qu’un même objet visuel peut générer plusieurs étapes de mémoire : prise de vue, publication, identification et nouvelle rencontre.

28 octobre et novembre 2013 : les visages retrouvent leurs noms

L’enquête publique de 2013 est documentée en deux temps par Genesis Publications. Dans son communiqué du 28 octobre, l’éditeur identifie les cinq personnes encore en vie : Gary Van Deursen, Suzanne Rayot, Arlene Norbe, Charlie Schwartz et Bob Toth. Le sixième adolescent, Matt Blender, était mort en 2011. Les cinq survivants participent à une rencontre relayée par l’émission Today de NBC avant de revoir Ringo en personne, en novembre, lors des manifestations consacrées à Photograph à Las Vegas. L’identification des sujets ne doit donc pas être confondue avec la date de leurs retrouvailles avec le photographe.

Le compte rendu publié par Genesis le 27 novembre 2013 précise que les jeunes gens avaient quitté leurs cours pour tenter d’apercevoir les Beatles, ce qui avait valu des sanctions scolaires à certains. Cette circonstance donne au cliché une dimension rarement présente dans les portraits officiels de la Beatlemania : il ne montre pas seulement des admirateurs, mais aussi le prix très concret d’une escapade adolescente. Plusieurs décennies plus tard, la photographie conserve deux histoires parallèles, celle du musicien qui a saisi l’instant et celle des six personnes dont les noms ont fini par être retrouvés. Sources : Genesis, 28 octobre 2013 et Genesis, 27 novembre 2013.

Le tirage numéroté et l’image familiale

En juillet 2014, un témoignage publié par Genesis indique qu’Alice Van Deursen et son mari, présenté comme le conducteur sur la photographie, possèdent le tirage numéro 6 sur 25. L’information est remarquable parce qu’elle relie un objet de collection à l’une des personnes présentes dans la scène. Mais elle ne constitue pas un certificat matériel reproduit en ligne. L’examen de la feuille, de son numéro et de ses documents serait nécessaire pour authentifier l’exemplaire conservé aujourd’hui et reconstituer ses éventuels transferts.

Trois catégories de sujets de Ringo

Le portrait de John Lennon ou de George Harrison documente des amis célèbres ; le paysage comme Greece ou Old Hickory documente un lieu et un cadrage ; les photographies de fans documentent une relation publique. L’ensemble permet de dépasser une lecture limitée aux « images des Beatles prises par un Beatle ». Certaines œuvres donnent accès aux mécanismes de la célébrité, à la présence des jeunes spectateurs et aux contraintes matérielles des tournées. Elles méritent donc une place dans l’histoire sociale de la musique et de la photographie populaire.

La présence de Ringo n’est pas nécessaire au sujet

Le public recherche parfois dans une photographie musicale le visage de la vedette. Les images de foule les plus intéressantes de Ringo peuvent ne montrer aucun Beatle. Leur auteur étant l’un des quatre musiciens, le contexte crée une tension entre ce qui est représenté et la personne qui cadre. Cette situation exige un travail d’attribution fondé sur le négatif et le témoignage. Les copies commerciales numérotées, elles, fournissent une documentation de l’édition moderne et non une preuve indépendante de toutes les circonstances de 1964.

Quand le public devient le sujet de la photographie

Lorsque Ringo Starr photographie les fans qui attendent ou regardent passer les Beatles, il inverse une scène habituelle de la Beatlemania. Ce ne sont plus les musiciens qui occupent le centre du cadre : les spectateurs deviennent les personnages de l’événement. Les regards, les vêtements et les comportements collectifs renseignent la culture populaire du début des années 1960 d’une manière différente des photographies de concert et des portraits de presse.

La redécouverte de certains sujets en 2013 enrichit cette histoire, sans effacer l’écart entre les deux époques. Un souvenir raconté près d’un demi-siècle plus tard ne doit pas être confondu avec la date de la prise de vue, son lieu exact ou la première publication du négatif. Les témoignages et les documents d’époque se complètent : leur confrontation transforme des photographies de vacances et de tournées en archives à la fois personnelles et collectives de la Beatlemania.

Sources

Genesis, 28 octobre 2013 ; 27 novembre 2013 ; 16 juillet 2014.

Pour approfondir : bibliographie critique et sommaire général du dossier.

YELLOW-SUB / ENCYCLOPÉDIE

Ringo Starr, artiste visuel

  1. 01Sommaire
  2. 02Art graphique
  3. 03Catalogue des estampes
  4. 04Conservation
  5. 05Tirages et authenticité
  6. 06Bibliographie

NOTICE 479

Œuvre et provenance

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