Parmi les innombrables citations erronées attribuées aux Beatles, l’une des plus tenaces concerne Ringo Starr. Selon une boutade souvent relayée, John Lennon aurait déclaré que Ringo n’était même pas le meilleur batteur des Beatles. Pourtant, cette phrase ne vient pas de Lennon mais de Jasper Carrott, un humoriste britannique, et sa répétition à outrance a injustement terni la réputation de Ringo en tant que musicien.
Si McCartney a effectivement joué de la batterie sur plusieurs morceaux des Beatles, il est essentiel de remettre en perspective cette idée de « remplacement » et d’évaluer les qualités spécifiques de Ringo en tant que batteur. Son jeu, souvent sous-estimé, était en réalité décisif pour le son et l’évolution du groupe.
Sommaire
Ringo Starr : Un batteur essentiel à l’équilibre des Beatles
Dès son arrivée en 1962, Ringo Starr apporte une transformation radicale au groupe. Contrairement à Pete Best, son prédécesseur, son jeu est solide, fluide et instinctif, apportant aux Beatles une stabilité rythmique essentielle.
Selon George Martin, producteur du groupe :
« Ringo a un sens inné de la chanson, et il nous a toujours aidés à trouver le bon tempo du premier coup. Il était d’une solidité à toute épreuve. »
Les qualités principales de Ringo résident dans :
- Son sens du groove naturel : Il ne cherche jamais à en faire trop, préférant servir la chanson plutôt que de démontrer sa virtuosité.
- Sa précision et son inventivité : Il développe des motifs de batterie mémorables, comme le jeu en tom-tom fluide de « Come Together » ou le rythme en croisé de « Ticket to Ride ».
- Son adaptabilité : Que ce soit dans le rock énergique, la pop ou les ballades, il trouve toujours le bon équilibre.
Malgré ces qualités, Ringo traverse une période difficile en 1968, notamment lors des sessions du White Album. Paul McCartney, perfectionniste et de plus en plus impliqué dans tous les aspects des morceaux, se montre critique envers la technique de Ringo. Frustré, Ringo quitte temporairement le groupe, ce qui oblige McCartney à prendre la batterie sur plusieurs morceaux.
Les chansons des Beatles où McCartney joue de la batterie
Lorsque Ringo s’absente brièvement en août 1968, McCartney enregistre lui-même la batterie sur trois morceaux :
- Back in the U.S.S.R.
- « Dear Prudence »
- « Martha My Dear »
Son jeu est énergique, efficace, mais plus rigide que celui de Ringo. John Lennon et George Harrison souligneront plus tard que Ringo avait une touche unique, plus naturelle et fluide.
En 1969, une situation similaire se produit avec « The Ballad of John and Yoko ». Ringo étant indisponible, Lennon insiste pour enregistrer immédiatement. Seuls Lennon et McCartney sont présents en studio, ce dernier se chargeant donc de la batterie. Sur l’enregistrement, un échange amusant a lieu :
« Go a bit faster, Ringo », dit Lennon.
« OK, George », répond McCartney, moqueur.
Paul McCartney : Un batteur polyvalent, mais pas un Ringo
Si McCartney est un musicien multi-instrumentiste exceptionnel, son jeu de batterie, bien que techniquement bon, reste très différent de celui de Ringo. Ses lignes sont plus rigides, plus carrées, parfois inspirées des rythmes de studio typiques des années 60. Il compense cette absence de souplesse par une approche percussive énergique et inventive.
Dans sa carrière solo, McCartney joue lui-même de la batterie sur plusieurs albums :
- Ram (1971)
- Band on the Run (1973)
- McCartney II (1980)
- Flaming Pie (1997)
Keith Moon, le batteur des Who, le félicite notamment pour sa performance sur « Band on the Run », preuve que McCartney est un batteur compétent. Mais même lui reconnaît que Ringo a une touche unique. Dans une interview sur le Howard Stern Show, il déclare :
« Ce n’est pas le meilleur techniquement, loin s’en faut, mais pour la sensation, l’émotion et l’économie, ils sont toujours là, en particulier Ringo. »
Pourquoi Ringo Starr était irremplaçable
L’idée que McCartney aurait pu être un meilleur batteur que Ringo repose sur un malentendu. Certes, McCartney a su assurer la batterie sur certains morceaux, mais son approche est très différente de celle de Ringo.
Ce qui rend Ringo unique et essentiel aux Beatles :
- Son jeu fluide et instinctif, qui accompagne naturellement le groove des chansons.
- Sa capacité à inventer des patterns mémorables, comme « Come Together » ou « Rain ».
- Sa stabilité et sa régularité, qui donnaient une base solide aux expérimentations des autres Beatles.
Enfin, il est important de rappeler que Ringo était un élément fédérateur du groupe, aussi bien musicalement qu’humainement. Son départ temporaire en 1968 montre à quel point son absence était ressentie. Lorsqu’il revient, il trouve sa batterie décorée de fleurs, preuve que ses compagnons regrettent son énergie et son charisme.
Un débat sans fondement
Si Paul McCartney est un batteur accompli et polyvalent, cela ne signifie pas qu’il aurait pu remplacer Ringo Starr sur toute la discographie des Beatles. Son jeu est précis, énergique, mais moins fluide et naturel que celui de Ringo.
La phrase prétendument attribuée à John Lennon, qui insinue que Ringo n’était « même pas le meilleur batteur des Beatles », est un raccourci trompeur. Ringo n’était peut-être pas un batteur virtuose comme Keith Moon ou John Bonham, mais il était parfait pour les Beatles. Son style simple mais distinctif, son intuition rythmique et son rôle de ciment humain dans le groupe ont fait de lui un musicien irremplaçable.
En définitive, les Beatles n’auraient pas été les Beatles sans Ringo Starr.














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