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Zak Starkey : l’héritier du rythme en quête de reconnaissance

Zak Starkey, fils de Ringo Starr, a tracé sa propre voie en tant que batteur, collaborant avec des groupes emblématiques comme The Who et Oasis. Malgré son talent reconnu, il a récemment été écarté des tournées de ces deux groupes, suscitant des interrogations sur la reconnaissance de son héritage musical.

Zak Starkey, fils de Ringo Starr, a tracé sa propre voie en tant que batteur, collaborant avec des groupes légendaires tels que The Who et Oasis. Malgré son talent reconnu, il a récemment été écarté de la tournée d’adieu de The Who et n’a pas été invité à rejoindre la reformation d’Oasis, exprimant sa déception tout en affirmant son respect pour ces groupes.


Dans l’histoire du rock, peu de lignées sont aussi symboliques que celle des Starkey. D’un côté, Richard Starkey, plus connu sous le nom de Ringo Starr, le batteur le plus célèbre de la planète, membre des Beatles, artisan discret mais essentiel de la plus grande aventure musicale du XXe siècle. De l’autre, Zak Starkey, son fils, musicien aguerri qui a choisi les fûts comme voie d’expression, mais en contournant soigneusement l’ombre tutélaire de son père.

Leur relation, en miroir mais non en fusion, constitue l’une des plus fascinantes dynamiques intergénérationnelles du rock britannique. Entre admiration, retenue, indépendance et transmission silencieuse, elle dit tout d’un certain rapport à l’héritage, à la célébrité et au besoin impérieux de faire entendre sa propre voix — ou plutôt, son propre rythme.

Ringo Starr : le discret indispensable

Lorsqu’il rejoint les Beatles en août 1962, Ringo Starr n’est pas encore une star. Il n’est même pas encore totalement accepté par ses futurs compagnons, qui viennent tout juste d’écarter Pete Best. Mais très vite, sa simplicité, sa stabilité rythmique et surtout son humanité en font un ciment invisible du groupe. Ringo n’écrit que rarement, ne chante qu’épisodiquement, mais il est la colonne vertébrale sur laquelle Lennon et McCartney peuvent construire leurs cathédrales mélodiques.

Son jeu, souvent moqué par les puristes, est en réalité une leçon d’efficacité : absence de virtuosité tape-à-l’œil, mais groove inimitable, swing naturel, feeling impeccable. Sur A Day in the Life, Come Together, Rain ou Tomorrow Never Knows, il se montre capable de créativité subtile, d’inventivité sonore, sans jamais voler la lumière.

Mais Ringo est aussi, à sa manière, le Beatle le plus terrestre. Épargné par les querelles d’ego qui déchireront le groupe, il devient le garant d’un certain bon sens — et plus tard, d’un détachement salutaire. Une fois l’aventure des Beatles achevée, il mène une carrière solo honnête, parfois oubliée, souvent sous-estimée, mais toujours sincère.

Zak Starkey : le disciple des autres

Zak Starkey naît en septembre 1965, au cœur de la Beatlemania. Et pourtant, Ringo, conscient de l’écrasante notoriété dont il bénéficie, refuse de donner des leçons de batterie à son fils. « Il ne voulait pas que je devienne batteur », racontera plus tard Zak. C’est une autre légende, Keith Moon, le batteur insensé de The Who, qui prendra Zak sous son aile. Moon devient son parrain musical, lui offre sa première batterie, et avec elle, un style bien différent de celui de Ringo : explosif, incontrôlable, théâtral.

Ce choix d’influence n’est pas anodin. Plutôt que de marcher dans les pas feutrés de son père, Zak choisit la voie des furieux. Il travaille dur, se forge une réputation à la force du poignet et de la scène. Très vite, il se fait un prénom : il joue avec Johnny Marr, les Waterboys, les Lightning Seeds, et bien sûr, il devient le batteur officiel de The Who à partir de 1996, puis celui d’Oasis pendant cinq années cruciales.

Ce parcours est tout sauf une ligne droite héritée. Zak refuse d’être un “fils de”. Il ne joue jamais sur les albums ou les tournées de son père. Il ne participe pas aux concerts-hommages aux Beatles. Il trace sa voie avec ténacité, comme s’il voulait prouver que l’on peut naître d’un mythe et pourtant en refuser l’héritage immédiat.

Un dialogue en sourdine

Les rapports entre Ringo et Zak n’ont jamais été orageux, mais ils ont longtemps été distants. « J’avais 7 ans quand mes parents ont divorcé. Je n’ai pas vu mon père pendant une longue période », confiera Zak dans une rare interview. Ce détachement familial se double d’un écart artistique : Ringo, apôtre de la mesure et de la retenue, regarde de loin son fils jouer dans l’énergie pure de The Who ou les tempêtes britpop d’Oasis.

Pour autant, un respect réciproque s’installe avec le temps. Ringo, dans sa sagesse nouvelle, reconnaît le talent de son fils. Zak, lui, finit par admettre l’importance de son père dans la construction de son identité, tout en précisant : « Il n’y a jamais eu de rivalité. Juste deux chemins très différents. »

Il est remarquable de constater que Ringo ne l’a jamais invité à jouer dans son All Starr Band, sorte de panthéon personnel où il fait régulièrement appel à des figures du rock pour reprendre les grands tubes de sa carrière et de celle des Beatles. Une absence révélatrice, non pas d’un rejet, mais d’un respect de l’indépendance construite chèrement par Zak.

Deux écoles du rythme

Sur le plan technique, Ringo et Zak incarnent deux écoles opposées de la batterie rock.

Ringo est un joueur de l’économie. Il sert la chanson, jamais l’ego. Sa batterie est une respiration, pas une démonstration. On a souvent dit qu’il jouait « à l’envers », de la main gauche sur un kit droitier, ce qui donnait à ses fills une souplesse singulière.

Zak, lui, est dans la projection. Inspiré par Moon mais aussi Bonham, il frappe fort, très fort, mais avec une précision redoutable. Son jeu est massif, charismatique, mais jamais envahissant. C’est cette capacité à canaliser l’énergie brute qui fait de lui l’un des batteurs les plus respectés de sa génération.

L’héritage, entre poids et libération

Porter le nom Starkey quand on est batteur, c’est à la fois un sésame et un fardeau. Zak aurait pu capitaliser sur la nostalgie, devenir l’élément de transmission générationnelle d’un héritage mythique. Il a préféré l’exil artistique, la méritocratie rugueuse de la scène.

Et Ringo, dans son ultime élégance, a respecté ce choix. Il ne s’en est jamais mêlé. Pas de mentorat, pas de mise en avant. Il a laissé son fils devenir ce qu’il avait lui-même su être : un homme de rythme, à la marge des projecteurs.

Deux époques, une même discrétion

Au fond, ce qui rapproche le plus Ringo et Zak, c’est leur rapport modeste à la musique. Ni l’un ni l’autre ne cherche la gloire. Ils aiment jouer, tout simplement. L’un l’a fait dans le groupe le plus célèbre du monde sans jamais chercher à voler la vedette. L’autre a intégré les plus grands groupes de sa génération sans jamais réclamer la lumière.

Ils sont les piliers que l’on oublie parfois de regarder, mais sans lesquels rien ne tient.

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