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Les quatre de Liverpool mis à nu par deux fans d’élite

Rickie Lee Jones et Laurent Voulzy chantent les Beatles le temps d’un concert privé.

Elle arrive, coiffée d’un chapeau mou, cheveux tressés en nattes, lui en noir sport, et les voici partis à la godille dans From Me to You, joyeusement unis par un amour sans idolâtrie des Beatles.

A l’Opus Café, à Paris, le 16 décembre, Laurent Voulzy et Rickie Lee Jones donnaient un concert privé, sur invitation, entre amis (Alain Souchon, bien sûr) et connaisseurs. A la fin, une vingtaine de privilégiés tirés au sort recevaient chacun une des « antisèches » (les paroles des chansons), toutes made inBeatles, utilisées par le duo pour mener à bien ce récital tout frais. En une heure et quelque vingt-huit chansons, le tour de copains est joué.

Pourquoi les Beatles ? Parce que les Beatles font toujours l’événement. Et parce que nos deux protagonistes sont des amateurs. Guillaume Durand le savait, qui les a unis le mois dernier à la télévision pour « Trafic. musique », dont la chanteuse américaine était l’invitée principale.

Dans It’s like this, paru en 2000, Rickie Lee Jones avait repris For No One des Fab Four. Laurent Voulzy est un grand consommateur de Beatles en matière de recyclage musical. Ensemble, ils avaient chanté quatre chansons. Et avaient décidé (« Je remercie Guillaume Durand », dit Laurent Voulzy) de reprendre une part du gâteau, en scène cette fois.

Laurent Voulzy renoue avec les années 1960, en homme-orchestre (guitare, harmonica, grosse caisse), et connaît ses classiques. Rickie Lee Jones est toujours aussi impérialement spectrale qu’au temps de Chuck E’s In Love en 1980. Entre Rickie & Laurent, tout est désordonné, il y a du flou, des ratages, des rattrapages, des chutes et des rigolades. Des guitares acoustiques, pas d’arrangements. C’est du R & L, un nouveau genre.

Que reste-t-il des Beatles ? Des chansons courtes, nues, de l’anti-Beatles à déguster avec attention, du John & Paul brut de décoffrage, du folk intelligent, de la mélancolie ordinaire, et des machins rigolos, dont Jones et Voulzy usent avec parcimonie (From Me to You ; All You Need Is Love, mais là le public de l’Opus Café n’y résiste pas, et fait la trompette, chantant l’irrésistible partition de cuivres). Les deux alliés de l’axe épuré ont choisi leur répertoire dans l’après-midi, lui a été studieux, elle s’est engagée au sentiment. Comme il n’y a pas d’enjeux – ni disque enregistré en douce, ni tournée en préparation -, ils ont choisi les chansons qu’ils aimaient, Rain, Money (That’s what I Want), Anna (Go to him), Black Bird, Norwegian Wood, This Boy – la salle devient chahuteuse.

Rickie Lee Jones, comme la rockeuse brésilienne Rita Lee qui a consacré en 2001 un disque entier aux chansons des Beatles, apporte une féminité troublée dans l’univers des garçons de Liverpool. Avec des airs de petite fille, celle qui travailla dans des bars de Venice, à Los Angeles, but énormément, croisa l’Amérique paumée, pratiqua le jazz en cabarets glauques avant de devenir rock star, creuse l’infinie mélancolie de She’s Leaving Home, de Run For Your Life. A eux deux, ils ramènent la musique du groupe à l’intime, et la désacralisent sincèrement.

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