Paul McCartney en concert en 2026 : date, chansons, chroniques

Et si 2026 était l’année de Paul McCartney ? Après la publication du documentaire « Man on the Run » véritable réhabilitation des années Wings, l’annonce d’un nouvel album « the Boys of Dungeon Lane », Paul a annoncé que 2026 signerait son grand retour sur scène.

Après trois premiers concerts donnés aux Etats-Unis dans des petites salles, Paul McCartney et son groupe habituel semble être en train de prendre son envol pour une belle tournée.

Paul McCartney donnera-t-il des concerts en France ? Donnera t-il des shows en Europe.

La patience est de mise ! En tout cas, restez connectés sur Yellow-Sub.net pour en savoir plus !

La revue de presse des concerts de Paul McCartney en 2026

Pour en savoir plus sur la tournée de Paul McCartney « Got Back tour » (depuis 2022)

Vous désirez en savoir plus sur la précédente tournée de Paul McCartney. Consultez notre dossier spécial : « Paul McCartney – Got Back tour« 

Paul McCartney en concert en France

Il y a chez Paul McCartney quelque chose d’unique dans l’histoire du rock : il est à la fois un survivant, un classique et un homme du présent. Beaucoup d’artistes vieillissent en répétant leurs gestes. Lui continue de les réinterpréter. Beaucoup vivent sur un mythe. Lui en porte plusieurs à la fois : celui des Beatles, évidemment, celui de Wings, longtemps sous-estimé puis réhabilité, et celui d’une carrière solo si vaste qu’elle a fini par constituer une œuvre complète, autonome, presque parallèle à la première. Et lorsqu’on observe ses concerts en France depuis la séparation des Beatles jusqu’à aujourd’hui, c’est toute cette trajectoire qui se révèle. Non pas en théorie, non pas dans les archives de studio, mais dans le rapport frontal au public, dans la sueur, les répertoires choisis, les salles occupées, les villes traversées, les silences aussi.

Car la France n’est pas un simple territoire parmi d’autres dans la géographie mccartneyenne. Elle est un lieu chargé d’histoire pour lui. Paris, bien sûr, avec le souvenir matriciel des années Beatles, avec l’ombre de l’Olympia, avec cette vieille histoire d’amour entre la capitale française et la mythologie pop britannique. Mais la France de McCartney, après 1970, ne se limite pas à Paris. C’est aussi Ollioules, Juan-les-Pins, Arles, une date annulée à Lyon, puis plus tard Metz, Toulon, Marseille, Saint-Denis, Nanterre, et même ces villes où il aurait dû jouer en 2020 sans pouvoir le faire, dans un monde soudain paralysé. Ce parcours dessine quelque chose de très précis : en France, McCartney a tour à tour cherché à se reconstruire, à triompher, à se réinventer, à administrer son propre panthéon, puis à démontrer qu’un homme de plus de quatre-vingts ans pouvait encore monter sur scène sans donner l’impression de se contenter d’exister.

Écrire sur les concerts de Paul McCartney en France après les Beatles, c’est donc raconter bien plus qu’une suite de dates. C’est raconter une métamorphose continue. Au début des années 1970, McCartney veut fuir la monumentalité beatlesque et repartir au ras du sol. Au milieu de la décennie, il devient avec Wings l’un des poids lourds du rock de stade. À la fin des années 1980, il revient à la scène française comme on revient à soi-même après un long détour. Dans les années 1990, il tente d’imposer son présent tout en réintégrant davantage son passé. Dans les années 2000 et 2010, il apprend à faire cohabiter la mémoire, l’émotion, la puissance physique et la machine spectaculaire. Et dans les années 2020, il atteint ce point très rare où chaque concert devient à la fois une célébration populaire et une preuve de vitalité.

Il faut aussi dire une chose essentielle : les apparitions françaises de McCartney ont longtemps été rares, donc précieuses. Elles n’ont jamais été routinières. Chaque retour a eu quelque chose d’un événement. Entre deux passages, les années s’accumulaient, la légende grossissait, les attentes aussi. Il n’est pas venu tous les ans, loin de là. Il a souvent laissé au public français le temps de fantasmer sa prochaine visite. Cette économie de la rareté a joué un rôle majeur dans la perception de ses shows : quand Paul McCartney en France revient, ce n’est pas un concert de plus, c’est le retour d’un continent.

Il convient enfin de préciser le périmètre. Cet article s’intéresse aux concerts français où McCartney est monté sur scène comme artiste rock et pop après la séparation des Beatles, dans ses différentes incarnations, de Wings à la période Got Back. Il ne s’agit pas ici d’un inventaire de toutes les présences françaises liées à son œuvre, ni de ses activités protocolaires, ni des exécutions scéniques de ses partitions classiques sans lui. Ce qui nous intéresse, c’est l’homme en live, le musicien face au public français, l’évolution de son langage de scène.

Et vu sous cet angle, le récit est passionnant. Il commence non pas dans le gigantisme, mais dans une forme d’humilité contrariée.

1972 : repartir de zéro, ou faire semblant de le faire

Au lendemain de la séparation des Beatles, Paul McCartney est dans une position paradoxale. Il est l’un des hommes les plus célèbres du monde, mais il cherche à s’arracher à cette célébrité. Il a porté le groupe à bout de bras dans ses dernières années, il a encaissé les fractures internes, il a subi les caricatures, et le voici qui tente de rebâtir une identité musicale loin du mausolée. La création de Wings n’est pas simplement un nouveau chapitre : c’est une opération de survie artistique. Il veut rejouer, retravailler, reprendre le risque de l’imperfection. En cela, la France joue très tôt un rôle important.

L’été 1972 est capital. Wings Over Europe passe par la France dès le début de la tournée. Le groupe se produit à Ollioules le 9 juillet, à Juan-les-Pins le 12 juillet, à Arles le 13 juillet, devait jouer à Lyon le 14 juillet avant l’annulation de cette date, puis monte sur la scène de l’Olympia à Paris le 16 juillet. Rien que l’énoncé de ces villes raconte déjà quelque chose. McCartney ne choisit pas seulement la capitale ; il traverse un pays, accepte des étapes qui n’ont rien de l’itinéraire d’un ex-Beatle gérant sa couronne. La tournée se fait en bus, dans une atmosphère semi-bohème devenue légendaire. Le geste est clair : casser la distance, retrouver le terrain.

Évidemment, il y a dans cette modestie une part de romantisme reconstitué. Un ex-Beatle qui décide de reprendre la route à l’échelle d’un groupe encore instable ne redevient pas un musicien anonyme. Le nom suffit à saturer l’espace. Mais le choix artistique, lui, est sincère. Sur scène, le répertoire de ces dates françaises ne repose pas sur une pluie de standards beatlesques destinés à provoquer une hystérie nostalgique. Il met en avant un matériau neuf, encore en rodage, avec cette rugosité très particulière des premiers Wings. On y entend le désir de tout recommencer, et aussi les limites de cette volonté : le groupe n’est pas encore une machine, il est une idée en train de se chercher.

C’est précisément ce qui rend ces concerts français si fascinants. Ils ne montrent pas McCartney en souverain installé, mais en artiste vulnérable, obstiné, presque provocant dans sa manière de ne pas donner immédiatement au public tout ce qu’il pourrait lui offrir. Jouer des chansons récentes, parfois mal comprises, à un moment où l’on pourrait recycler l’aura des Beatles jusqu’à l’épuisement, c’est un acte de foi. Cela dit beaucoup de sa conception de la scène. Pour lui, le live n’est pas seulement un musée du souvenir. Il doit rester un laboratoire, même lorsque le monde entier vous réclame les reliques.

Le concert parisien à l’Olympia a, de ce point de vue, une valeur symbolique énorme. D’abord parce que la salle est indissociable de l’histoire du rock en France et des premiers grands chocs britanniques dans l’Hexagone. Ensuite parce que McCartney y revient hors contexte beatle, comme pour tester sa propre capacité à exister seul, ou presque. Avec Wings, il ne rejoue pas l’histoire ; il essaie d’en écrire une autre. La comparaison avec l’époque Beatles est inévitable, mais justement, il la rend presque inconfortable. Là où l’on attendrait un triomphe net, on assiste à une reconstruction. Là où l’on fantasmerait l’évidence, on trouve un pari.

On a parfois regardé le premier Wings avec condescendance, comme une période d’apprentissage un peu brouillonne entre deux états plus glorieux. C’est injuste. Dans ces concerts français de 1972, il y a une vérité rare : celle d’un géant qui consent à paraître plus petit pour redevenir mobile. McCartney comprend déjà que l’avenir d’un musicien ne se protège pas en sanctuarisant le passé. Il se gagne en exposant le présent, même fragile. Que cette exposition ait eu lieu en France, dans des formats relativement modestes, est tout sauf anecdotique. C’est l’acte I de sa relation scénique avec le pays après les Beatles.

1976 : le Pavillon de Paris et la revanche de Wings

Quatre ans plus tard, le décor a changé du tout au tout. Wings n’est plus ce groupe encore flou qui se débrouille avec ses contradictions. C’est devenu une machine redoutable, portée par le succès commercial, par une série d’albums majeurs et par une confiance scénique qui n’existait pas en 1972. Entre-temps, McCartney a compris qu’il n’avait pas à choisir entre l’ambition populaire et l’exigence de production. Il peut viser grand sans abandonner son instinct mélodique. Il peut faire du spectaculaire sans se réduire à la caricature du showman repu. Et lorsqu’il revient en France le 26 mars 1976 au Pavillon de Paris, ce n’est plus le même homme qui monte sur scène.

Le concert parisien de la tournée Wings Over the World est fondamental parce qu’il montre la mutation achevée. Le McCartney de 1976 a cessé de demander la permission d’exister hors des Beatles. Il n’est pas en train de se reconstruire ; il règne. La setlist, dominée par la matière récente de Wings, respire la confiance. Venus and Mars, Rock Show, Jet, Let Me Roll It, Maybe I’m Amazed, Live and Let Die, bientôt Band on the Run dans l’imaginaire global du groupe : tout cela compose une identité scénique forte, cohérente, immédiatement lisible. On n’est plus dans le brouillon courageux. On est dans l’affirmation.

Ce concert français a une importance particulière parce qu’il agit comme un correctif historique. Pendant longtemps, le récit critique a eu tendance à raconter Wings comme un appendice moins noble des Beatles, voire comme la fantaisie domestique de Paul et Linda. Or sur scène, en 1976, cette lecture ne tient plus. Le groupe est puissant, précis, moderne, et McCartney y apparaît comme un leader de rock total, capable de passer de la tendresse à la frappe, de la ballade à l’explosion pyrotechnique. Le live révèle ce que les jugements rapides avaient parfois masqué : Wings est un vrai groupe de scène, pas un sas d’attente.

Le Pavillon de Paris devient alors le lieu d’une démonstration. La France, qui avait vu McCartney humble et tâtonnant en 1972, le voit désormais au sommet d’une deuxième vie conquise de haute lutte. C’est un basculement essentiel pour comprendre la suite. Sans cette victoire-là, il n’y aurait probablement pas eu le McCartney scénique des décennies suivantes. Car ce que 1976 établit, c’est sa légitimité à porter un très grand show sans se cacher derrière le sigle Beatles. À partir de là, le concert solo n’est plus un problème théorique. Il devient une évidence pratique.

Ce passage parisien possède aussi un parfum de fin d’innocence. Wings est au pic de sa crédibilité live, mais l’histoire du groupe ne sera pas éternelle. Avec le recul, le concert du 26 mars 1976 ressemble à l’un des moments où toutes les pièces s’emboîtent enfin : la mélodie, l’autorité, la troupe, l’image, l’ampleur. Ce n’est pas encore le McCartney patrimonial des grandes tournées de la maturité. C’est quelque chose de plus excitant, peut-être : un artiste qui a réussi sa mue et qui le sait.

Et pourtant, après cette date, le public français devra patienter longtemps avant de le revoir dans un cadre rock d’envergure. Cette absence prolongée va renforcer le caractère quasi mythique de son retour suivant.

1989 : Bercy, ou le retour du grand récit

Lorsqu’il revient en France en octobre 1989, McCartney n’a pas donné de grand concert rock français depuis treize ans. C’est énorme. Entre-temps, le monde a changé, l’industrie du spectacle aussi, et sa propre position dans l’histoire de la pop s’est encore déplacée. Wings a disparu. Les années 1980 ont été contrastées. Mais avec The Paul McCartney World Tour, il opère un retour massif à la scène internationale et fait escale à Bercy les 9, 10 et 11 octobre 1989. Trois soirs parisiens, trois affirmations successives : McCartney est de retour, et cette fois il embrasse pleinement la dimension monumentale de sa légende.

Ces concerts de Bercy sont décisifs pour plusieurs raisons. D’abord, ils marquent la réintégration assumée du catalogue Beatles dans son dispositif solo. Bien sûr, il n’avait jamais totalement renoncé à ces chansons, mais la tournée de 1989 les traite autrement. Elles ne sont plus des apparitions ponctuelles, elles redeviennent l’ossature d’un grand récit public. McCartney comprend alors qu’il n’a plus rien à prouver quant à son droit de jouer cette musique. Le temps des prudences excessives est terminé. Il peut être Paul McCartney, ancien Beatle, ex-leader de Wings, auteur toujours actif, sans que ces identités se neutralisent.

La scène de 1989 a quelque chose d’immense et de très finement pensé. Le spectacle est plus technologique, plus cadré, plus international dans sa mise en forme. La France découvre ce McCartney-là avec une intensité particulière, parce qu’elle ne l’a pas vu grandir pas à pas dans les années intermédiaires. Elle le retrouve d’un coup dans la pleine lumière. À Bercy, les chansons récentes côtoient les classiques, mais surtout elles sont enchâssées dans un récit de continuité : il ne s’agit plus d’opposer le passé et le présent, il s’agit de les faire cohabiter.

C’est là qu’apparaît un trait essentiel du McCartney de scène à partir de la fin des années 1980 : sa capacité à organiser l’abondance. Peu d’artistes disposent d’un tel répertoire sans se faire écraser par lui. Lui s’en sert comme d’un moteur dramatique. Un morceau beatle ne vient pas seulement flatter la mémoire ; il relance l’attention. Un titre solo n’est pas forcément un moment faible ; il peut être intégré à la narration d’ensemble. Cette science du flux, il la perfectionnera dans les décennies suivantes, mais elle prend déjà à Paris une forme éclatante.

Les dates de Bercy signent aussi la transformation du regard français. McCartney n’est plus seulement une ancienne idole ; il devient un très grand artiste de scène contemporaine. Le respect est revenu, mais sous une forme active. On ne salue pas un rescapé, on constate une maîtrise. Ces concerts disent au public français : le mythe n’a pas figé l’homme, il l’a forcé à trouver une autre manière d’occuper l’espace.

Après l’urgence de 1972 et la conquête de 1976, 1989 est le moment où McCartney accepte enfin son format impérial. Et la France, en le recevant à nouveau à ce niveau d’ampleur, enregistre quelque chose qui ne cessera ensuite de se confirmer : un concert de McCartney est désormais un événement total.

1993 : la France entière, pas seulement Paris

Le retour suivant est moins commenté par le grand public que celui de 1989, mais il est passionnant pour quiconque s’intéresse à la cartographie réelle de Paul McCartney en France. En 1993, lors de The New World Tour, McCartney ne se contente pas de rejouer Paris. Il investit à nouveau le territoire avec une logique plus large. Il joue à Bercy les 13 et 14 octobre, puis à Amnéville-Metz le 18 octobre et à Toulon le 20 octobre. Cette séquence est capitale parce qu’elle rompt avec l’idée d’un artiste qui ne ferait escale en France que par devoir dans la capitale.

Le choix de Metz et Toulon a une vraie signification. Il rappelle d’abord l’esprit du début des années 1970, lorsque McCartney acceptait déjà une circulation plus décentrée. Mais en 1993, cette circulation s’opère à une autre échelle. On n’est plus dans le bricolage héroïque des premiers Wings. On est dans une tournée mondiale rodée, avec un appareil de production conséquent, qui décide malgré tout de ne pas réduire la France à une unique date parisienne. Cela dit quelque chose de la place du public français dans sa stratégie, mais aussi de sa volonté d’élargir la rencontre.

Artistiquement, The New World Tour est une période très intéressante. McCartney vient de publier Off the Ground, album souvent mal aimé mais loin d’être mineur, où il tente encore de défendre un présent créatif plutôt que de s’abandonner complètement à la posture patrimoniale. Sur scène, cela se sent. Les titres récents ont du poids. Ils ne sont pas jetés en pâture pour se débarrasser de l’obligation promotionnelle ; ils sont défendus avec conviction. Là encore, c’est un trait fondamental de son rapport au live. Même quand il sait qu’une partie du public attend d’abord les Beatles, il refuse d’effacer totalement ce qu’il est en train d’être.

Les concerts français de 1993 dessinent ainsi une image moins figée de McCartney que celle qui s’imposera parfois ensuite dans la mémoire collective. Oui, il joue les grandes chansons. Oui, le patrimoine est là. Mais il cherche encore à faire reconnaître sa contemporanéité. Cette tension entre le canon et l’actualité donne aux dates françaises de Paris, Metz et Toulon une couleur particulière, plus combative qu’on ne s’en souvient généralement.

Le fait même d’inclure Amnéville et Toulon contribue à cette impression. On sort de la logique du pèlerinage parisien. On entre dans celle d’une tournée qui prend au sérieux plusieurs France. C’est important, parce que l’histoire française de McCartney est souvent racontée comme une histoire presque exclusivement parisienne. Or ce n’est pas vrai. Le sud, l’est, la province au sens noble du terme, c’est-à-dire le pays réel des salles et des publics, ont compté.

Ces dates de 1993 ont aussi une fonction charnière. Elles concluent une époque où McCartney peut encore raisonnablement espérer imposer une proportion significative de répertoire récent dans de grands concerts sans que cela paraisse contre-nature. Dans la décennie suivante, le poids du mythe deviendra plus central encore. Le live se transformera en un art de l’équilibre entre le présent et l’héritage, puis de plus en plus en administration flamboyante d’un répertoire-cathédrale. En 1993, cet équilibre n’est pas encore figé. C’est ce qui rend cette séquence française si précieuse.

2004 : le Stade de France, ou l’entrée dans la dimension patrimoniale suprême

Le 24 juin 2004, Paul McCartney joue au Stade de France. À première vue, on pourrait dire qu’il ne s’agit que d’une étape supplémentaire dans sa montée en puissance live. En réalité, c’est davantage que cela. Ce concert marque l’entrée de McCartney, en France, dans une forme de monumentalité patrimoniale totale. Il ne vient plus simplement jouer ; il vient occuper un lieu qui consacre, par sa taille et sa symbolique, le statut d’icône transgénérationnelle.

Le Stade de France n’est pas une salle neutre. C’est l’espace des cérémonies populaires, des grands rassemblements, des artistes pour lesquels un concert n’est plus seulement une proposition musicale mais une affaire presque nationale. Que McCartney s’y produise à ce moment précis de sa carrière est hautement révélateur. Il a déjà traversé plusieurs vies, survécu à la dissolution des Beatles, à la fin de Wings, aux deuils personnels, aux fluctuations critiques. Et le voilà qui arrive au stade avec un répertoire devenu tellement vaste qu’il peut y construire un spectacle d’une richesse presque insolente.

La setlist du concert français de 2004 dit beaucoup. Elle fait cohabiter Wings, les Beatles, le solo, mais avec une maîtrise dramaturgique qui transforme le tout en épopée. Surtout, elle contient des gestes très parlants pour le public français et pour l’histoire affective de McCartney. Il y a Michelle, jouée explicitement pour les Français. Il y a aussi All Things Must Pass, hommage à George Harrison, qui ajoute à la soirée une dimension mémorielle profonde. Le McCartney du Stade de France n’est pas simplement un distributeur de tubes ; c’est un passeur d’histoire.

Ce qui impressionne alors, c’est sa manière d’habiter le gigantisme sans s’y dissoudre. Beaucoup d’artistes dans un stade deviennent abstraits. Ils ne sont plus que des écrans, des dispositifs, des points lumineux dans une architecture trop vaste. McCartney, lui, conserve quelque chose d’étonnamment humain. La voix n’a plus exactement la souplesse des années 1970, bien sûr, mais l’autorité émotionnelle est immense. Il ne cherche pas à paraître jeune. Il cherche à transmettre. Et cela suffit largement, parce qu’il possède ce que tant d’autres n’ont pas : l’évidence des chansons.

Le concert de Paul McCartney au Stade de France est aussi important parce qu’il fixe durablement une formule qui dominera une grande partie de ses tournées ultérieures. On y trouve déjà ce mélange de puissance rock, de confession sentimentale, de séquence acoustique, de célébration communautaire et de final quasi liturgique. La scène mccartneyenne moderne est là, pratiquement constituée. Elle ne cessera ensuite d’être ajustée, enrichie, modernisée, mais son cœur est en place.

Pour le public français, ce concert a valeur de confirmation. McCartney n’est pas seulement l’homme des retrouvailles prestigieuses ou des tournées attendues. Il est devenu l’un des rares artistes dont la présence transforme immédiatement une salle ou un stade en lieu de mémoire active. On vient y entendre des chansons, certes, mais aussi mesurer le passage du temps, le sien et le nôtre. C’est ce mélange de fête et de conscience historique qui donne à ses shows une densité particulière.

En 2004, la France voit donc McCartney accéder à une sorte de souveraineté tranquille. Il n’a plus besoin de se battre pour sa légitimité. Il l’incarne.

2007 : retour à l’Olympia, l’intimité comme luxe absolu

Trois ans plus tard, changement d’échelle radical. Le 22 octobre 2007, McCartney revient à l’Olympia à Paris pour un concert beaucoup plus intime, lié à la période Memory Almost Full. Ce retour dans la salle mythique a une force symbolique extraordinaire. Le même artiste qui a rempli le Stade de France choisit à nouveau le théâtre des commencements, comme si sa carrière devait périodiquement se ressourcer dans des lieux chargés d’histoire.

Ce concert est souvent perçu comme un événement à part, presque une parenthèse. Il l’est. Mais il ne faut pas le sous-estimer. D’abord parce qu’il montre un McCartney toujours soucieux de défendre un disque récent. Ensuite parce qu’il révèle son goût persistant pour les formats resserrés, où la chanson peut respirer autrement. Enfin parce qu’il confirme le rôle de Paris dans son imaginaire scénique : quand il veut réintroduire une dose de proximité dans une carrière devenue gigantesque, c’est vers l’Olympia qu’il se tourne.

L’ambiance de cette soirée n’a évidemment rien à voir avec le choc des stades. On y entend davantage les détails, les inflexions, les transitions. Les morceaux de Memory Almost Full, comme Dance Tonight ou Only Mama Knows, trouvent dans ce contexte un écrin plus juste qu’au milieu d’un mastodonte. McCartney y apparaît moins en monument qu’en musicien expérimenté venu présenter un nouveau chapitre sans renier l’ancien.

Cette date parisienne a aussi une utilité critique. Elle rappelle que McCartney n’a jamais complètement renoncé à l’idée de surprendre. Dans l’imaginaire paresseux, on le réduit parfois à un grand conservateur de ses propres trésors. Or il reste capable, ponctuellement, de dévier du protocole, de choisir un cadre inattendu, de reconfigurer le rapport à son répertoire. L’Olympia 2007 est l’une de ces preuves.

Il faut d’ailleurs s’arrêter un instant sur ce dialogue entre les salles françaises. Olympia, Bercy, Stade de France, puis plus tard La Défense Arena : chaque lieu correspond à une phase différente de la carrière scénique de McCartney. L’Olympia, chez lui, n’est jamais un simple lieu parisien prestigieux. C’est une chambre d’écho historique. En y revenant en 2007 après y avoir joué avec Wings en 1972, il ne boucle pas seulement une boucle sentimentale ; il mesure le chemin parcouru.

Ce concert plus resserré sert aussi de rappel : le gigantisme n’est pas le seul langage possible pour un artiste de cette envergure. McCartney peut encore captiver sans débauche de masse. Il possède ce degré de répertoire et de charisme qui lui permet de déplacer l’intensité d’un format à l’autre. Tous les géants ne savent pas faire cela. Beaucoup ne deviennent grands qu’à proportion des moyens. Lui reste crédible dans l’intime.

Dans l’histoire des concerts de Paul McCartney en France, l’Olympia 2007 n’est donc pas une simple curiosité. C’est un chapitre révélateur, presque un autoportrait en miniature.

2009 : Bercy encore, mais avec le refus obstiné de devenir un jukebox

Le 10 décembre 2009, McCartney revient à Bercy dans le cadre de Good Evening Europe. C’est une date qu’on évoque parfois moins que d’autres, à tort. Parce qu’elle se situe dans une période de maturité où sa formule live semble déjà stabilisée, on pourrait croire qu’elle ne raconte rien de neuf. C’est l’inverse. Elle montre à quel point McCartney continue, à soixante-sept ans, de se battre contre la tentation du simple récital de légende.

Bien sûr, le socle est là. Les grands titres affluent, le public a ce qu’il est venu chercher, la mécanique émotionnelle fonctionne. Mais le concert parisien de 2009 comporte encore ce grain d’insoumission très mccartneyen : il garde de la place pour du répertoire moins attendu, y compris issu de The Fireman, projet dont la présence sur scène prouve qu’il n’accepte pas totalement le rôle de gardien de reliques. Introduire Highway dans un concert français de cette ampleur, ce n’est pas un détail. C’est une déclaration : le présent existe encore.

Ce qui frappe aussi dans ce Bercy 2009, c’est le naturel avec lequel il assemble désormais les époques. Les chansons ne sont plus juxtaposées comme des blocs biographiques séparés. Elles dialoguent. Une pièce plus récente ne casse pas l’élan ; elle le nuance. Un classique beatle n’écrase plus forcément ce qui l’entoure ; il l’illumine. McCartney est devenu un monteur hors pair de sa propre œuvre.

Le rapport au public français, à ce stade, est d’une grande fluidité. Il n’a plus besoin de reconquérir qui que ce soit. Il sait qu’il est attendu. Il sait aussi qu’il ne peut pas se contenter de cette attente. D’où cette énergie très particulière de ses concerts de la fin des années 2000 : une autorité détendue, mais pas désinvolte. Il n’est jamais complètement en mode automatique. Il y a toujours chez lui une volonté de produire le show du soir, pas seulement de dérouler la marque.

La présence répétée de Bercy dans cette histoire française n’est pas anodine. La salle devient pour McCartney un point d’équilibre idéal entre proximité relative et ampleur populaire. Moins cérémonielle que le stade, plus vaste que l’Olympia, elle convient parfaitement à cet âge de sa carrière où l’on veut la ferveur de masse sans perdre totalement la sensation d’un échange. En 2009, Bercy est l’échelle juste.

Ce concert parisien prouve en outre que McCartney n’a pas besoin d’un comeback ou d’un anniversaire symbolique pour paraître important. Son importance est devenue structurelle. Il peut revenir, jouer, repartir, et laisser derrière lui la sensation qu’un pan entier de l’histoire de la pop est passé dans la ville pour une nuit. C’est une forme de puissance discrète, moins spectaculaire dans son récit médiatique que 1989 ou 2004, mais peut-être plus impressionnante encore.

2011 : l’On The Run Tour et la perfection du format McCartney moderne

Le 30 novembre 2011, retour à Paris-Bercy. Cette fois, c’est l’On The Run Tour, et il se passe quelque chose d’important : la formule McCartney des années 2010 atteint une quasi-perfection. Tout ce qui était en gestation depuis les années 2000 se soude. Le groupe, désormais très installé, fonctionne comme une extension organique de son langage. La structure du concert est d’une fluidité remarquable. Le mélange entre titres Beatles, Wings, solo et quelques détours moins attendus produit une impression de totalité.

Le McCartney de 2011 n’est plus tout à fait celui de 2004. Le stade lui a appris la monumentalité, l’Olympia lui a rappelé l’intime, et les années de tournée ont poli le dispositif. À Bercy, cela donne un show qui paraît à la fois immense et confortable, ambitieux et familier. Il ouvre sur l’énergie, alterne les climats, ménage des zones acoustiques, convoque les fantômes de John Lennon et George Harrison sans sombrer dans le pathos, puis repart vers la fête collective. C’est très pensé, mais jamais glacial.

Ce qui rend le concert de Paul McCartney à Paris en 2011 si fort, c’est peut-être sa maîtrise du temps. McCartney a compris qu’un grand concert, pour lui, n’est plus seulement une suite de chansons : c’est une traversée de décennies. Le public français ne vient pas entendre une collection de hits. Il vient vivre une condensation de plus d’un demi-siècle de musique populaire. Et lui sait exactement comment orchestrer cela. Il sait quand faire monter la pression, quand la suspendre, quand rappeler le deuil, quand réintroduire le rire, quand lancer le singalong, quand faire frapper la batterie comme au temps des grandes batailles.

Dans ces shows de 2011, le groupe joue un rôle essentiel. La fidélité de ses musiciens, la compréhension profonde qu’ils ont du répertoire, leur capacité à respecter l’héritage sans l’embaumer, tout cela contribue à la réussite. McCartney n’est pas seul au centre d’un décor ; il est à la tête d’un collectif capable d’habiter plusieurs époques à la fois. C’est capital pour que la setlist ne tourne pas au musée.

Pour la France, cette date confirme une donnée devenue évidente : Paul McCartney sur scène n’est plus un privilège exceptionnel au sens d’un miracle improbable, mais un sommet de professionnalisme artistique. L’âge n’est plus le sujet principal. Le sujet, c’est la qualité de la construction et la générosité de l’exécution. C’est d’ailleurs ce qui reviendra constamment dans les réactions aux concerts français suivants : la longueur du show, la densité du répertoire, l’engagement physique, la volonté manifeste d’en donner plus que le minimum syndical.

McCartney a toujours été un perfectionniste mélodique. À partir des années 2010, il devient aussi l’un des grands architectes de concert du patrimoine rock.

2015 : Marseille et Saint-Denis, la France comme pays d’événement

L’année 2015 est un sommet de la relation récente entre McCartney et la France. Il ne joue pas une seule date, mais deux, et pas n’importe lesquelles : le 5 juin au Nouveau Stade Vélodrome de Marseille, puis le 11 juin au Stade de France. Cette double halte est très significative. D’abord parce qu’elle redonne à la France une place importante dans son itinéraire européen. Ensuite parce qu’elle réaffirme un point capital : Paul McCartney en France ne se résume pas à Paris.

La date marseillaise a une saveur particulière. Voir McCartney au Vélodrome, c’est l’inscrire dans une autre géographie émotionnelle. Marseille n’est pas un simple supplément provincial ; c’est une ville de ferveur, de bruit, d’excès affectif, un cadre idéal pour un artiste dont la scène repose autant sur la communion que sur la performance. Et le fait qu’il y joue montre qu’à ce stade de sa carrière, McCartney ne considère toujours pas la France comme un marché uniforme qu’on solderait par une unique capitale.

Sur le plan musical, la période Out There est passionnante. McCartney y assume plus que jamais l’ampleur du catalogue, mais il continue d’insérer des morceaux récents ou plus excentriques. On peut y croiser des titres comme Save Us ou Temporary Secretary au milieu d’un flux de classiques invincibles. C’est une manière très habile de rappeler que sa carrière ne se réduit pas aux seuls hymnes les plus consensuels. La masse du public chante Hey Jude, bien sûr, mais elle est aussi conduite ailleurs, dans des zones moins attendues de l’œuvre.

Le Stade de France du 11 juin 2015 confirme quant à lui la place de McCartney dans une catégorie très restreinte : celle des artistes pour lesquels le spectacle tient autant de la performance rock que de la célébration civique. Il y a dans ces grands concerts français quelque chose de l’ordre du rite. Des générations entières s’y croisent. Les spectateurs n’ont pas tous le même passé avec lui, mais ils se retrouvent dans une mémoire commune, même indirecte. Peu de musiciens peuvent provoquer cela sans paraître écrasés par le symbole. McCartney, lui, transforme le symbole en matière vivante.

Ce diptyque Marseille/Paris de 2015 est aussi un très beau résumé de son art du contraste. Le sud flamboyant d’abord, la solennité nationale ensuite. Deux lieux, deux résonances, un même artiste capable d’ajuster sa présence tout en gardant intacte la structure du show. On retrouve ici l’une de ses grandes forces : il ne joue pas seulement des chansons, il sait lire les espaces.

Il faut aussi noter qu’en 2015, McCartney apparaît plus que jamais comme un homme ayant intégré le vieillissement sans l’accepter comme un rétrécissement. Il ne fait pas des shows plus courts parce qu’il faudrait être raisonnable. Il continue à offrir des concerts longs, denses, physiquement exigeants. Cela impressionne le public français, bien sûr, mais au-delà de la prouesse, cela dit quelque chose de plus profond : chez lui, la scène reste un lieu de désir. On ne sent pas la contrainte. On sent la pulsion.

C’est pour cela que ces concerts français de 2015 ont autant marqué. Ils ne donnaient pas le spectacle émouvant d’un ancien héros encore debout. Ils donnaient celui d’un artiste qui, malgré l’âge, se comportait toujours en artiste en activité pleine.

2018 : Paris La Défense Arena, la modernité sous contrôle

Le 28 novembre 2018, McCartney joue à Paris La Défense Arena. Le lieu compte. Ce n’est plus l’Olympia historique, ni le Bercy des années de maturation, ni le Stade de France des grandes messes à ciel ouvert. C’est une arène ultra-moderne, gigantesque, conçue pour les spectacles du XXIe siècle. Le fait d’y voir McCartney a quelque chose de presque conceptuel : l’un des derniers grands architectes de la pop classique s’empare d’un espace parfaitement contemporain.

La tournée Freshen Up, liée à Egypt Station, prolonge ce que McCartney fait de mieux depuis des années : assumer l’héritage tout en injectant du neuf. Le concert français de Nanterre inclut des chansons récentes comme Who Cares ou Come On to Me, preuve supplémentaire de son refus de se fossiliser. La démarche n’est pas héroïque au sens sacrificiel du terme, elle est simplement constitutive de sa vision de la scène. Jouer en live, pour lui, ce n’est pas seulement rejouer sa jeunesse. C’est affirmer une continuité de création.

Ce concert de 2018 est particulièrement intéressant parce qu’il montre combien McCartney maîtrise désormais l’économie du spectaculaire contemporain. Les écrans, la scénographie, le son, la circulation entre les blocs de répertoire : tout est calibré, mais rien ne semble inhumain. Là encore, c’est une forme d’équilibre rare. Beaucoup de grands shows modernes écrasent la personne au profit du dispositif. McCartney s’en sert sans s’y perdre.

Il y a aussi, dans cette date française, quelque chose d’assez touchant : la coexistence de générations qui n’ont pas du tout découvert McCartney au même moment. Certains viennent pour les Beatles, d’autres par transmission familiale, d’autres encore parce qu’ils ont grandi avec la carrière solo réhabilitée, d’autres enfin parce que l’expérience McCartney est devenue une évidence culturelle à vivre au moins une fois. À La Défense Arena, cette diversité saute aux yeux. Son public français n’est plus seulement fidèle ; il est renouvelé.

Le McCartney de 2018 n’a plus besoin de convaincre qu’il mérite sa place dans le présent. Il joue comme quelqu’un qui sait que cette place lui appartient toujours, mais qui continue d’en prendre soin. C’est une nuance importante. Il ne monte pas sur scène en propriétaire blasé de son patrimoine. Il travaille encore à la relation.

Ce concert de 2018 à Paris agit donc comme une synthèse élégante. Il relie la modernité technologique au socle classique, l’actualité discographique au grand récit, l’immense salle impersonnelle à une chaleur de communication qui reste, chez lui, presque artisanale. Cela tient sans doute à sa manière de parler, de raconter, de ménager des respirations humaines entre les monuments.

À ce stade, l’histoire française de McCartney semble solidement installée dans une belle régularité. Puis survient 2020.

2020 : les concerts fantômes, ou la tournée française qui n’a pas eu lieu

L’histoire des concerts de Paul McCartney en France ne se raconte pas seulement avec des shows joués. Elle comporte aussi un chapitre fantôme, profondément significatif : les dates françaises prévues puis annulées en 2020. McCartney devait alors se produire à Lille le 23 mai, à Paris La Défense Arena le 26 mai, à Bordeaux le 31 mai et à Lyon le 7 juin. Quatre rendez-vous français, quatre promesses, quatre absences.

On pourrait être tenté de traiter cet épisode comme une simple note de bas de page logistique, imputable à la pandémie et donc extérieure à l’histoire artistique. Ce serait une erreur. Ces annulations ont eu un impact réel sur la perception de sa relation récente avec le public français. D’abord parce qu’elles prolongeaient l’élan de 2018 et laissaient imaginer une présence française plus ample que d’habitude. Ensuite parce qu’elles concernaient plusieurs villes, ce qui confirmait une nouvelle fois cette volonté de ne pas limiter son rapport à la France à la seule capitale.

Il y a quelque chose de mélancolique dans cette tournée non advenue. Après des décennies de retours rares mais marquants, McCartney semblait prêt à inscrire la France dans un itinéraire plus généreux, plus ouvert, avec Lille, Bordeaux et Lyon en plus de Paris. Le monde s’est refermé avant que cela n’arrive. Ces dates annulées sont donc importantes aussi pour ce qu’elles disent en creux : la France comptait suffisamment pour justifier quatre escales.

Dans une carrière comme celle de McCartney, où chaque concert devient un marqueur biographique pour les fans, les shows annulés prennent un relief particulier. Ils appartiennent à cette mémoire douloureuse des rendez-vous manqués qui structurent parfois autant la légende que les événements eux-mêmes. Pour certains, 2020 restera l’année où Paul devait revenir plus largement en France et où tout s’est dissous dans l’arrêt général du live.

Cet épisode rappelle par ailleurs une vérité simple : le concert est l’art le plus fragile qui soit. On peut remastériser les disques, rééditer les films, republier les archives, mais une tournée interrompue laisse un vide spécifique. Chez McCartney, ce vide est d’autant plus sensible que le temps passe et que chaque retour devient, mécaniquement, plus précieux.

Quand il reviendra finalement en France quelques années plus tard, cette absence donnera aux retrouvailles une intensité supplémentaire.

2024 : Got Back à Nanterre, ou l’obstination comme grâce

Les 4 et 5 décembre 2024, Paul McCartney revient en France pour deux concerts à la Paris La Défense Arena. Au moment où ils ont lieu, six ans se sont écoulés depuis sa dernière date française jouée, et l’ombre des annulations de 2020 plane encore dans la mémoire des fans. Ces deux soirées parisiennes n’ont donc rien d’une routine. Elles ressemblent à des retrouvailles différées, presque réparatrices.

À plus de quatre-vingts ans, McCartney continue de proposer ce qui demeure l’un des shows les plus généreux du circuit mondial. C’est peut-être la première chose qui frappe. Non pas la performance comme exploit olympique, mais la générosité comme principe moral. Il ne fait pas semblant. Il ne vient pas capitaliser sur l’émotion. Il vient jouer. Longtemps. Beaucoup. Avec cette énergie très particulière qui n’est plus exactement la fougue juvénile, mais quelque chose de plus impressionnant peut-être : une ténacité joyeuse.

Le Got Back Tour accentue encore la place de Wings dans la narration scénique moderne de McCartney. Des morceaux comme Junior’s Farm, Letting Go, Band on the Run, Let ’Em In ou Live and Let Die y cohabitent avec les monuments Beatles sans jamais paraître secondaires. C’est important, car cela confirme une évolution critique majeure des dernières années : le répertoire de Wings n’est plus traité comme une annexe sympathique, mais comme l’un des piliers de son identité live. En France, où cette réhabilitation a longtemps été plus lente que dans les pays anglo-saxons, c’est un signal fort.

Les concerts de Nanterre en 2024 montrent aussi à quel point McCartney a raffiné l’art de la mémoire scénique. Here Today continue d’évoquer Lennon, Something renvoie à Harrison, I’ve Got a Feeling convoque le duo impossible, et au milieu de ces séquences très chargées affectivement surgissent toujours des moments de pure jubilation rock. Il sait exactement comment empêcher l’émotion de se figer en recueillement. Le spectacle avance, pulse, repart.

Le maintien de Michelle dans le répertoire français a également quelque chose de délicieux. Chez un autre artiste, on pourrait y voir un gimmick destiné à flatter la salle. Chez McCartney, c’est plus profond. Cette chanson, qui fut pour tant de Français une porte d’entrée vers l’univers Beatles, agit comme un signe d’affection réciproque. Elle rappelle que sa relation à la France n’est pas seulement logistique ou commerciale. Elle passe aussi par des résonances culturelles très anciennes.

Ces dates de 2024 sont cruciales enfin parce qu’elles constituent, à ce jour, le dernier chapitre français de son histoire scénique. Et ce chapitre n’a rien d’une queue de comète. Il n’y a pas de sentiment de déclin terminal, pas de tristesse d’adieu obligatoire. Il y a au contraire une impression de continuité souveraine. Le corps dit l’âge, bien sûr. La voix porte les marques du temps. Mais le désir de scène demeure intact. C’est cela qui bouleverse.

On a souvent dit que McCartney était infatigable. Le mot est un peu facile. Ce qui impressionne davantage en 2024, c’est sa manière d’assumer la fatigue possible sans laisser le concert se réduire. Il ne nie pas le temps ; il le traverse. Et le public français, conscient de cette traversée, répond avec une intensité qui relève moins de la nostalgie que de la gratitude active.

Paris, la province, et cette vieille histoire d’amour française

À force de parler des dates, on pourrait oublier une question plus large : pourquoi la France occupe-t-elle une place si singulière dans l’histoire scénique de McCartney ? La réponse tient à plusieurs couches. Il y a d’abord l’antériorité beatlesque, bien sûr, ce lien ancien entre Paris et la formation du mythe. Il y a ensuite le prestige des salles françaises, qui servent chez lui de repères biographiques : Olympia, Bercy, Stade de France, La Défense Arena. Mais il y a aussi autre chose, de plus diffus et de plus intéressant : la manière dont le public français reçoit McCartney.

La France a souvent entretenu avec le rock anglo-saxon un rapport ambivalent, fait d’amour, de fascination et de prétention critique. Avec McCartney, cette ambivalence a existé, mais elle a fini par s’effacer devant l’évidence du songwriting et l’efficacité scénique. Ce qui aurait pu n’être qu’un culte nostalgique s’est transformé en respect durable. En France, on ne va pas seulement voir McCartney parce qu’il fut un Beatle ; on y va parce qu’il est un très grand homme de scène.

Il faut aussi souligner le fait que ses passages français ont fréquemment pris la forme d’événements espacés. Cette rareté a nourri le désir. Elle a empêché l’usure. Là où d’autres tournent jusqu’à banaliser leur présence, McCartney a souvent laissé au public français le temps de manquer. De là vient sans doute une part de l’intensité que l’on retrouve dans les réactions à ses shows. Son retour ne s’inscrit pas dans une continuité banale ; il réactive une attente accumulée.

La province, quant à elle, mérite d’être réhabilitée dans le récit. Ollioules, Juan-les-Pins, Arles, Metz/Amnéville, Toulon, Marseille, sans oublier les villes annulées de 2020, montrent bien que la relation française de McCartney n’est pas qu’une affaire parisienne. C’est même l’un des aspects les plus intéressants du dossier : à plusieurs moments-clés de sa carrière, il a accepté de sortir de la centralité absolue de Paris. Cela témoigne d’une curiosité, ou au minimum d’une ouverture, qui honore son parcours français.

Ce que l’évolution des concerts de Paul McCartney en France raconte de lui

Au fond, observer McCartney sur scène en France depuis 1972, c’est voir se déployer plusieurs figures successives d’un même artiste. La première est celle du musicien qui veut recommencer de zéro et accepte pour cela le risque de paraître moins grand qu’il n’est. La seconde est celle du chef de groupe triomphant, qui prouve avec Wings qu’il peut exister au plus haut niveau hors des Beatles. La troisième est celle du revenant impérial, qui réintègre enfin son passé dans son présent sans se sentir diminué. La quatrième est celle de l’architecte patrimonial, capable d’organiser un répertoire monstrueux en expérience de concert cohérente. La dernière, celle d’aujourd’hui, est peut-être la plus émouvante : un homme âgé devenu plus libre parce qu’il n’a plus rien à défendre, seulement quelque chose à partager.

Les concerts français permettent de distinguer ces métamorphoses avec une netteté particulière, parce que les étapes y sont espacées et symboliquement fortes. On voit le saut entre l’Olympia de 1972 et le Pavillon de Paris de 1976. On mesure l’écart entre les trois Bercy de 1989 et le Stade de France de 2004. On comprend mieux, grâce à Metz, Toulon ou Marseille, qu’il ne s’agit pas seulement d’une histoire de prestige, mais aussi de circulation et d’adresse au public.

On voit surtout une constante : McCartney n’a jamais totalement renoncé à défendre le présent. Bien sûr, avec les années, la proportion d’héritage a grandi. Il aurait été absurde qu’il en soit autrement. Mais il est resté fidèle à une idée simple et très noble : un concert n’est pas seulement un cimetière fleuri de chefs-d’œuvre. C’est encore un lieu où l’artiste en activité doit exister. C’est pour cela que l’on entend dans ses shows français, selon les époques, les chansons des premiers Wings, celles de Off the Ground, de Memory Almost Full, de Egypt Station, ou d’autres périodes plus récentes. Toutes ne sont pas accueillies avec la même ferveur que Hey Jude ou Let It Be, évidemment. Mais leur présence suffit à empêcher la pétrification.

La scène française révèle aussi autre chose : McCartney a transformé la générosité en style. Peu d’artistes de son niveau de légende donnent cette impression d’en faire encore autant. Ses concerts sont longs, riches, traversés de récits, de clins d’œil, d’hommages, de déflagrations rock et de parenthèses acoustiques. Cette abondance n’est pas un défaut de gourmandise. Elle relève presque d’une éthique. Il veut que le public reparte avec le sentiment d’avoir reçu plus qu’un simple passage obligé.

Enfin, les dates françaises montrent que McCartney a gagné une bataille essentielle contre l’histoire : il n’est pas resté prisonnier des Beatles, alors même qu’il en est l’un des principaux gardiens vivants. C’est une réussite considérable. Beaucoup auraient été écrasés. Lui a trouvé le moyen de transformer cet héritage en tremplin permanent, sans effacer ni Wings ni sa carrière solo. Ses concerts en France, vus dans la durée, racontent précisément cela.

Dernier rappel avant le silence

À ce jour, les plus récents concerts de Paul McCartney en France restent donc ceux des 4 et 5 décembre 2024 à Paris La Défense Arena. Il est tentant de les considérer comme un point final provisoire, peut-être même comme la dernière grande image française de sa vie de scène. Mais avec McCartney, il faut se méfier des conclusions définitives. Toute sa carrière post-Beatles est un démenti adressé aux certitudes. On l’a dit fini trop tôt, dépassé trop souvent, patrimonialisé avant l’heure, et il a régulièrement répondu par des chansons, des tournées, des retours, des secousses.

Ce qui est certain, en revanche, c’est que l’histoire française de McCartney après les Beatles compose un récit d’une rare cohérence. Elle commence dans l’effort de reconstruction de Wings, s’épanouit dans les triomphes de Paris et d’ailleurs, se diversifie géographiquement, se monumentalise dans les stades, se resserre parfois dans des salles plus intimes, connaît un chapitre fantôme en 2020, puis retrouve sa pleine intensité à Nanterre en 2024. Peu d’artistes peuvent offrir un tel parcours sans donner l’impression d’une répétition. Chez lui, chaque retour éclaire différemment le même noyau : la chanson comme lien indestructible.

Il y a, dans cette longévité scénique, quelque chose qui dépasse le simple cas McCartney. On y lit une histoire du rock lui-même. Son passage des petites salles au gigantisme, puis sa capacité à faire tenir l’intime au sein du monumental, racontent l’évolution du spectacle populaire depuis un demi-siècle. Mais chez lui, cette évolution n’a jamais totalement détruit la spontanéité. Même dans les shows les plus calibrés, il subsiste un sourire, une maladresse charmante, une phrase lancée au public, un détour mélodique qui rappellent que le cœur du dispositif reste un type qui aime jouer.

C’est peut-être pour cela que ses concerts français comptent autant. Ils ne documentent pas seulement l’arrivée périodique d’une légende internationale. Ils montrent, décennie après décennie, qu’un artiste peut vieillir sans se répéter tout à fait, devenir patrimonial sans cesser d’être vivant, assumer le poids écrasant des Beatles tout en continuant à faire entendre Paul McCartney. Et cela, dans l’histoire du rock, est rarissime.

La France a vu cet homme-là dans des théâtres, dans des palais omnisports, dans des stades, dans des arènes ultramodernes. Elle l’a vu fragile, triomphant, sentimental, drôle, combatif, souverain. Elle l’a vu repartir à zéro puis régner. Elle l’a vu revenir là où il avait déjà laissé des traces. Et chaque fois, ou presque, il a confirmé la même chose : tant qu’il monte sur scène, l’histoire n’est pas finie.

C’est sans doute la meilleure manière de conclure ce parcours. Les concerts de Paul McCartney en France après la séparation des Beatles ne forment pas une simple succession de dates glorieuses. Ils forment un roman de la persistance. Un roman où l’on commence dans un bus bariolé de 1972 et où l’on arrive, plus d’un demi-siècle plus tard, dans une arène géante de 2024, avec le même homme au centre, vieilli mais debout, toujours capable de faire chanter des milliers de gens comme si la pop, soudain, retrouvait son âge d’or au présent.

Et au fond, c’est peut-être cela, le miracle McCartney : il ne ressuscite pas le passé. Il le remet en circulation.