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Les chansons des Beatles que John Lennon détestait en secret

John Lennon, malgré son génie, était très critique envers certaines chansons des Beatles qu’il considérait comme trop artificielles ou bâclées. De « It’s Only Love » à « Dig A Pony », il rejetait plusieurs morceaux, jugeant qu’ils manquaient d’authenticité ou d’inspiration. Parfois, ses critiques étaient exacerbées par son perfectionnisme et son évolution artistique. Pourtant, malgré son regard sévère, ces chansons restent aimées des fans et témoignent du talent intemporel de Lennon.


Si John Lennon est aujourd’hui célébré comme l’un des plus grands auteurs-compositeurs de tous les temps, il n’a pas toujours porté un regard tendre sur l’ensemble de son répertoire. Parmi les quelque cent titres qu’il a signés pour les Beatles, certains lui sont devenus insupportables avec le temps, soit parce qu’il les jugeait trop artificiels et calculés, soit parce qu’ils incarnaient, selon lui, un manque d’inspiration et d’effort. Retour sur ces morceaux que Lennon aurait préféré voir disparaître de l’histoire du rock.

L’évolution fulgurante des Beatles et le regard critique de Lennon

Lorsque les Beatles ont émergé au début des années 1960, les quatre jeunes musiciens de Liverpool étaient encore en phase d’apprentissage. En moins d’une décennie, ils ont transformé la musique populaire en un art à part entière, passant de simples compositions rock’n’roll à des expérimentations psychédéliques et des arrangements complexes. Une évolution qui, si elle a marqué les esprits, a également conduit Lennon à revoir certaines de ses premières compositions avec un œil sévère, voire impitoyable.

Contrairement à Paul McCartney, qui a souvent défendu avec affection les chansons de leur jeunesse, Lennon, lui, n’a pas hésité à exprimer son désamour pour plusieurs morceaux, les qualifiant de « rubbish » (ordures) ou de « garbage » (déchets). Mais cette aversion n’avait pas toujours la même origine. Ses critiques semblent se diviser en deux catégories distinctes : d’un côté, les chansons trop travaillées et artificielles, et de l’autre, celles qu’il considérait comme bâclées et sans intérêt.

Les morceaux trop fabriqués : le rejet des tentatives de « hits »

Dans les premières années des Beatles, la pression des maisons de disques et du public les poussait à composer des titres au potentiel commercial immédiat. Lennon, qui avait alors l’ambition de conquérir les charts, a parfois ressenti un certain malaise en revisitant ces morceaux, qu’il jugeait trop « forcés » ou artificiels.

« It Won’t Be Long » en est un exemple criant. « C’était une tentative d’écrire un autre single », confiait Lennon, qui semblait percevoir dans cette chanson un manque d’authenticité. Un sentiment similaire l’assaillait en repensant à « I Should Have Known Better », qu’il décrivait comme « sans la moindre signification ». La simplicité des paroles et la construction mélodique le rendaient mal à l’aise, comme s’il avait écrit ce morceau uniquement pour satisfaire une exigence commerciale.

Autre victime de son autocritique, « It’s Only Love ». « J’ai toujours trouvé que c’était une chanson médiocre », confessait-il. Loin de la profondeur qu’il ambitionnait d’atteindre plus tard dans sa carrière, ce titre lui semblait fade et sans intérêt.

Enfin, « Run For Your Life » est un cas à part. Inspiré d’une ligne d’Elvis Presley, ce morceau aux paroles menaçantes (« I’d rather see you dead, little girl, than to be with another man ») était jugé par Lennon comme « une chanson jetable » qui n’aurait jamais dû voir le jour. Son caractère misogyne, à l’époque peu questionné, n’a fait qu’accentuer son rejet du morceau au fil du temps.

Le désintérêt croissant pour certaines compositions tardives

À mesure que les Beatles évoluaient, Lennon s’est progressivement désintéressé du groupe, notamment à partir de la période « Sgt. Pepper’s ». Il a commencé à produire ce qu’il appelait lui-même des « throwaways », des morceaux écrits sans conviction, juste pour remplir les albums.

Un exemple frappant est « Good Morning, Good Morning », inspiré par une publicité télévisée. « J’avais la télé allumée en sourdine pendant que j’écrivais, et c’est venu comme ça », expliquait-il. Ce manque d’implication personnelle se ressentait aussi dans « Cry Baby Cry », qu’il qualifiait de « rien de plus qu’un déchet ».

Dans le même ordre d’idée, « Mean Mr. Mustard », écrit pour l’album Abbey Road, ne trouvait pas grâce à ses yeux. Pour lui, il s’agissait d’une « petite chanson sans importance », un titre qui n’avait pas de réelle raison d’être.

Et même « Dig A Pony », pourtant apprécié par certains fans pour son énergie brute et ses paroles énigmatiques, ne suscitait chez lui que du mépris. Lennon le considérait comme un ramassis de mots sans intérêt, un collage hasardeux qui ne méritait pas l’attention qu’on lui portait.

Le paradoxe de « Lucy In The Sky With Diamonds »

L’une des surprises de cette liste est sans doute « Lucy In The Sky With Diamonds ». Si ce titre emblématique de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band est souvent célébré comme une des pièces maîtresses du psychédélisme britannique, Lennon en parlait parfois avec détachement, affirmant qu’il ne l’aimait pas particulièrement. Il rejetait aussi l’interprétation populaire qui en faisait un hymne au LSD, martelant que le titre venait simplement d’un dessin de son fils Julian. Pourtant, malgré ces déclarations, il restait ambigu sur son attachement réel à ce morceau.

Un regard impitoyable sur sa propre œuvre

Pourquoi un artiste aussi prolifique que Lennon reniait-il ainsi une partie de son propre héritage musical ? Une explication plausible réside dans sa personnalité perfectionniste et son évolution en tant qu’auteur-compositeur. Plus il progressait dans son art, plus il devenait exigeant, dénigrant ses premiers essais comme de simples exercices de style. De plus, son amertume vis-à-vis des Beatles après leur séparation n’a fait qu’accentuer cette tendance à rejeter certaines de ses compositions.

Il est néanmoins fascinant de constater que, malgré les critiques de leur propre créateur, ces morceaux continuent d’être aimés et joués par des millions de fans à travers le monde. Lennon pouvait détester « And Your Bird Can Sing », « I Should Have Known Better » ou « Dig A Pony », mais pour beaucoup, ces chansons restent des joyaux du répertoire Beatles. Ironiquement, même les morceaux qu’il considérait comme des « déchets » surpassent encore aujourd’hui la plupart des chansons pop modernes.

Finalement, l’exigence impitoyable de Lennon envers lui-même était peut-être l’un des moteurs de son génie. Et si certaines chansons lui paraissaient indignes de son talent, elles n’en demeurent pas moins des éléments essentiels du patrimoine musical mondial. Même dans le rejet, son héritage reste intact, et ces morceaux continuent d’alimenter la légende d’un artiste qui, malgré ses doutes, a changé l’histoire de la musique à jamais.

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