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Stop and Smell the Roses : l’album où Ringo Starr voulait croire à un renouveau

Sorti en octobre 1981, Stop and Smell the Roses marque la tentative de Ringo Starr pour relancer sa carrière après plusieurs échecs. Entouré de Paul McCartney, George Harrison, Harry Nilsson et Ronnie Wood, il propose un album éclectique, initialement prévu sous le titre Can’t Fight Lightning. L’assassinat de John Lennon bouleverse le projet et l’émotion transparaît sur certaines chansons. Malgré le succès modéré du single Wrack My Brain, l’album peine à convaincre et signe la fin d’une époque pour Ringo, qui perd son contrat avec RCA après cet échec commercial.


En octobre 1981 paraît Stop and Smell the Roses, huitième album solo de Ringo Starr. Après les revers successifs de Ringo the 4th (1977) et Bad Boy (1978), l’ex-batteur des Beatles cherche à renouer avec le succès, cette fois avec l’aide d’anciens complices et de plusieurs invités. Au cœur de ce disque, on retrouve notamment la participation de

Paul McCartney

,

George Harrison

,

Harry Nilsson

,

Ronnie Wood

et

Stephen Stills

. Si le single «Wrack My Brain» réussit à entrer dans le Top 40 américain, l’album lui-même ne rencontre qu’un succès modeste, signant la fin d’une époque où Ringo pouvait prétendre à de hauts classements. Retour sur la genèse, l’enregistrement, la sortie et la réception de ce disque qui aurait pu s’appeler Can’t Fight Lightning, avant que le destin n’en décide autrement.

CONTEXTE : ENTRE REBOND ET MARASME COMMERCIAL

Depuis la fin des années 1970, la carrière de Ringo Starr peine à retrouver l’élan généré par les succès de Ringo (1973) et Goodnight Vienna (1974). Ringo the 4th (1977) et Bad Boy (1978) déçoivent critiques et public, entraînant des ventes très en deçà des espérances. Ringo, souvent perçu comme le “chouchou du grand public” parmi les ex-Beatles, se retrouve dans une situation difficile : il perd la confiance de ses maisons de disques successives. Pourtant, il souhaite rebondir artistiquement, quitte à changer plusieurs fois de label et de producteurs.

L’idée originelle de ce nouveau projet – qui deviendra Stop and Smell the Roses – apparaît vers la mi-1980 sous le titre Can’t Fight Lightning. Le contrat est alors signé chez Portrait Records, une filiale de CBS. Mais des dissensions avec CBS au moment de la distribution américaine obligent Ringo à quitter Portrait. Il passera finalement chez

RCA

(et Boardwalk aux états-Unis). Ce changement de label provoque des modifications dans le contenu-même de l’album, et la suppression de la chanson-titre initiale «Can’t Fight Lightning».

LENNON, MCCARTNEY, HARRISON : LA TENTATIVE DE RECONSTRUIRE UN LIEN BEATLES

Au départ, Ringo entend s’appuyer sur la collaboration des trois autres ex-Beatles, à l’image de ce qui s’était passé en 1973-1974 (même si John Lennon n’y participait que sporadiquement).

  1. Paul McCartney

    • Lors d’une rencontre à Cannes en mai 1980, Ringo sollicite Paul pour qu’il produise quelques pistes et lui écrive des morceaux. En juillet 1980, à Super Bear Studios (France), Paul et Linda rejoignent Ringo pour enregistrer «Private Property» et «Attention», deux compositions de McCartney, et une reprise rockabilly de Carl Perkins, «Sure to Fall». Paul produit aussi «You Can’t Fight Lightning», chanson écrite par Ringo.
  2. George Harrison

    • En novembre 1980, Ringo enregistre chez Harrison, à Friar Park (FPSHOT). George lui propose «Wrack My Brain» et une reprise de «You Belong to Me» (standard des années 1950). Il soumet également «All Those Years Ago», mais Ringo le trouve trop aigu et n’adhère pas aux paroles. George récupérera finalement ce titre pour en faire un hommage à John Lennon après sa mort en décembre 1980, y conviant Paul et Linda McCartney pour les chœurs.
  3. John Lennon

    • Lennon, fraîchement revenu sur le devant de la scène avec Double Fantasy (novembre 1980), se montre enthousiaste à l’idée de produire Ringo en studio et lui remet deux démos : «Nobody Told Me» et «Life Begins at 40», toutes deux destinées à Ringo. Une session est même prévue pour le 14 janvier 1981. Or, la tragédie frappe le 8 décembre 1980, quand Lennon est assassiné à New York. Bouleversé, Ringo annule toute perspective d’enregistrement de ces deux chansons, ne se sentant pas le courage de les reprendre.

En somme, Stop and Smell the Roses aurait pu être l’album de la réunion implicite des ex-Beatles, si Lennon n’avait pas été tué. Au lieu de cela, c’est un disque marqué par l’ombre de ce drame, la défection de certaines pistes, et un climat difficile.

ENREGISTREMENT : DES SESSIONS EN FRANCE, à L.A. ET EN BAHAMAS

De

Can’t Fight Lightning

à

Stop and Smell the Roses

Les enregistrements s’étendent sur plusieurs périodes :

  • 11-21 juillet 1980

    : à Super Bear Studios (Bear-Les-Alpes, France), Ringo travaille avec Paul et Linda McCartney. Naissent alors «Private Property», «Attention», «Sure To Fall» et «You Can’t Fight Lightning».

  • Fin juillet-août 1980

    : Ringo part à Los Angeles, en compagnie de Barbara Bach. Il poursuit à Devonshire Sound Studio.

  • Septembre 1980

    : Cherokee Studios (L.A.). Ronnie Wood (The Rolling Stones) vient contribuer «Dead Giveaway» et travailler sur «Brandy». Harry Nilsson arrive aussi, écrivant «Drumming Is My Madness» et coécrivant avec Ringo «Stop And Take The Time To Smell The Roses».

Au mois de novembre 1980, Ringo se rend chez George Harrison à Friar Park. George produit «Wrack My Brain» et la reprise «You Belong to Me». C’est également là que Ringo refuse «All Those Years Ago» (dans sa version initiale). Il retourne ensuite à New York, rencontre John Lennon le 26 novembre, planifie une session pour janvier 1981. Le 8 décembre, Lennon est assassiné, et Ringo, anéanti, abandonne l’idée de “Life Begins at 40” et “Nobody Told Me”.

Début décembre, Ringo part aux Bahamas, enregistre des overdubs vocaux pour «You Can’t Fight Lightning» et retravaille une nouvelle version de «Back Off Boogaloo». Finalement, en janvier-février 1981, il termine l’album à L.A. avec Ronnie Wood, Harry Nilsson et Paul Travis (l’ingénieur du son), mixant le tout le 13 février. La sélection finale comprend dix titres, initialement destinés à s’appeler Can’t Fight Lightning.

LE PROJET AVORTé AVEC PORTRAIT ET LE RETITRAGE

Prévu pour avril 1981, Can’t Fight Lightning ne sort pas. Ringo se heurte à un désaccord avec CBS, distributeur américain du label Portrait. Il abandonne ce dernier et signe chez

RCA

, puis chez

Boardwalk

aux états-Unis. Ce bouleversement aboutit à des modifications de la tracklist :

  • Trois morceaux disparaissent

    : «Wake Up», «You Can’t Fight Lightning», «Brandy».

  • Sont ajoutés

    : «Drumming Is My Madness» (de Nilsson), «Sure To Fall» (reprise), et une nouvelle version de «Back Off Boogaloo».

  • L’album change de nom pour devenir Stop and Smell the Roses, d’après une chanson coécrite avec Nilsson.

C’est donc un disque remodelé qui sort en automne 1981, amputé de certains titres prévus. «: UN SUCCèS EN DEMI-TEINTE

Le 27 octobre 1981, Stop And Smell The Roses est disponible aux états-Unis. Le single principal, «Wrack My Brain» (écrit par George Harrison), sort simultanément, couplé avec «Drumming Is My Madness». Aux états-Unis, “Wrack My Brain” grimpe à la 38e place du Billboard Hot 100, devenant le dernier titre de Ringo à intégrer le Top 40 US. L’album, lui, plafonne au

no 98

. Au Royaume-Uni, il est publié le

20 novembre

1981, sans rencontrer de succès dans les charts.

Un second single, «Private Property» (Paul McCartney), sort le 13 janvier 1982, mais ne se classe nulle part. Ringo se retrouve dès lors lâché par RCA, qui met fin à leur partenariat après ce nouvel échec. Dans la foulée, l’album se vend très peu sur le marché britannique (à la célèbre boutique HMV d’Oxford Street, seulement 30 exemplaires sont écoulés durant la période de Noël).

LES CHANSONS MARQUANTES

  1. “Private Property”

    • écrite et produite par Paul McCartney, c’est un morceau pop enjoué, rappelant quelque peu l’esprit des collaborations Ringo/Paul antérieures. Paul joue basse, piano, et chante en chœurs.
  2. “Wrack My Brain”

    • Single le plus important, écrit et produit par George Harrison. Il s’agit d’une pop accrocheuse, où George joue la guitare et supervise la session. C’est le seul titre à s’illustrer dans le Top 40 américain.
  3. “Drumming Is My Madness”

    • Contribué par Harry Nilsson, c’est un titre humoristique vantant la “folie” de la batterie chez Ringo. Nilsson produit également, ajoutant un trait de fantaisie.
  4. “Attention”

    • Deuxième chanson signée McCartney, plus axée sur le refrain et la mélodie pop qu’autre chose, avec Linda McCartney aux chœurs.
  5. “Stop And Take The Time To Smell The Roses”

    • Chanson éponyme, écrite par Ringo et Nilsson. Le message est clair : s’arrêter pour profiter de la vie, un credo dans la lignée du comportement décontracté de Ringo.
  6. “Dead Giveaway”

    • Coécrit avec Ronnie Wood (The Rolling Stones), sur un ton plus rock.
  7. “You Belong to Me”

    • Vieille ballade 1950s (Pee Wee King, Redd Stewart, Chilton Price) produite par George Harrison, qui apporte une touche rétro.
  8. “Sure To Fall”

    • Reprise rockabilly de Carl Perkins. McCartney la produit, y ajoutant un côté nostalgique des 50s.
  9. “You’ve Got a Nice Way”

    • Stephen Stills offre ce morceau et le produit, dans une veine pop-rock soft.
  10. “Back Off Boogaloo”

  • Nouvelle version du single de 1972, retravaillée (notamment son tempo), produit par Nilsson.

UN DISQUE MARQUé PAR L’OMBRE DE LENNON

Si Stop and Smell the Roses se veut un album “feel-good”, il est impossible de dissocier sa genèse de l’assassinat de John Lennon, le 8 décembre 1980. Ringo avait prévu d’enregistrer «Nobody Told Me» et «Life Begins at 40» sous la houlette de Lennon le 14 janvier 1981. Le meurtre de Lennon anéantit ces plans. Harrison recyclera «All Those Years Ago» en hommage posthume. Ringo, très affecté, modifie son disque et se replie sur d’autres sources. Ainsi, l’absence de Lennon en dit long sur la tonalité et la tristesse sous-jacente du projet.

UNE PROMOTION GéNéE, DES VENTES FAIBLES

Pour soutenir la sortie, Ringo filme deux clips en septembre 1981 à l’aérodrome d’Egham (Surrey) : «Wrack My Brain» et «Stop And Take The Time To Smell The Roses». La réalisation est confiée à Keef & Co., dans un style humoristique. Il multiplie ensuite quelques interviews radio à partir de fin octobre, apparait dans des shows TV. Mais l’album ne grimpe qu’à la 98e place du Billboard 200 et ne se classe pas au Royaume-Uni. Les ventes navrantes chez HMV confirment l’indifférence générale. Face à cela, RCA se sépare de Ringo en 1982. Pour la première fois, il se retrouve sans contrat ni au Royaume-Uni ni aux états-Unis.

LES RééDITIONS ET LA RENAISSANCE PARTIELLE DE “CAN’T FIGHT LIGHTNING”

En 1994, le label

The Right Stuff

réédite Stop and Smell the Roses en CD, accompagné de six bonus :

  • «Wake Up»
  • «Red And Black Blues»
  • «Brandy»
  • «Stop And Take The Time To Smell The Roses» (version vocale originale)
  • «You Can’t Fight Lightning»
  • «Hand Gun Promos»

Ces ajouts retracent en partie la configuration initiale de l’album sous le titre Can’t Fight Lightning, jamais paru officiellement, avec l’ordre et la sélection d’origine. “You Can’t Fight Lightning” montre l’ambition inaboutie du projet. C’est seulement en 2017 que Ringo réenregistrera ce titre pour son album Give More Love, lui donnant enfin une existence discographique “officielle” complète.

BILAN ARTISTIQUE : UN DISQUE EN MARGE, MAIS NON DéPOURVU D’INTéRÊT

Stop and Smell the Roses n’est pas dénué de qualités : l’apport de McCartney et Harrison produit quelques moments agréables. «Wrack My Brain» offre le dernier Top 40 de Ringo aux états-Unis, tandis que «Private Property» et «Attention» redonnent un peu la saveur Ringo/McCartney. La reprise de “Sure To Fall” plaît aux nostalgiques du rock’n’roll. Harry Nilsson y apporte son humour sur «Drumming Is My Madness» et la chanson-titre. Enfin, Ronnie Wood et Stephen Stills ajoutent une touche rock.

Pourtant, en raison du climat post-Lennon, du manque de diffusion radio, et de l’usure de Ringo auprès du grand public, l’album reste un demi-échec commercial. Les critiques l’accueillent avec un enthousiasme mesuré, reprochant un côté hétérogène et un Ringo toujours à la peine pour s’imposer en tant qu’artiste solo de premier plan. Le classement modeste aux états-Unis (n°98) et l’absence dans les charts britanniques concluent le constat.

De plus, l’année 1981 marque un tournant pour les ex-Beatles : chacun panse les plaies de la disparition de Lennon, et Ringo n’échappe pas à cette tristesse collective. Cela rejaillit peut-être sur la promotion et la confiance générale dans le projet.

CONCLUSION : UN ALBUM “à CÔTé DE LA CIBLE” MAIS CURIOSITé HISTORIQUE

Au final, Stop And Smell the Roses apparaît comme un album à mi-chemin : il regorge de bonnes intentions, inclut des collaborations précieuses (McCartney, Harrison, Nilsson), mais ne parvient pas à convaincre. Il s’inscrit dans une ère troublée (la mort de Lennon, les changements de label, la désaffection du public) qui fragilise Ringo. Malgré un single correct («Wrack My Brain») et quelques clins d’œil rockabilly ou pop, les ventes restent faibles, et l’album ne réussit pas à relancer la carrière de Ringo Starr.

Aujourd’hui, la réédition de 1994 avec ses bonus constitue le meilleur moyen de découvrir le projet initial Can’t Fight Lightning et de comprendre la vision que Ringo nourrissait au départ. Les fans curieux peuvent ainsi évaluer l’album sous un autre angle, tout en gardant à l’esprit qu’il s’agit, historiquement, du dernier opus où Ringo parvient brièvement à retrouver le top 40 américain. Son éviction rapide de RCA souligne la difficulté d’un ex-Beatle, au début des années 1980, à maintenir l’attrait d’un public désormais focalisé sur d’autres sons. Néanmoins, Stop And Smell the Roses demeure un témoignage poignant, avec un Ringo sincère, encore soutenu par ses amis, s’efforçant de perpétuer la magie passée, malgré le contexte douloureux qu’aura été la perte de John Lennon.

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