En novembre 1987, Paul McCartney publie un single à part dans sa discographie solo : Once Upon A Long Ago. Titre mélancolique et orchestral, il s’impose comme une rêverie élégante, un conte moderne où s’entrelacent souvenirs d’enfance, paysages d’Angleterre et cette poésie simple dont McCartney a le secret. Porté par le violon envoûtant de Nigel Kennedy, une production minutieuse confiée à Phil Ramone et des arrangements supervisés par George Martin, le morceau déploie une atmosphère de douce nostalgie — jamais appuyée, toujours chantante — qui en fait un jalon singulier de la fin des années 1980.
À la différence de nombreux singles calibrés de l’époque, Once Upon A Long Ago ne cherche ni l’esbroufe ni le clin d’œil tapageur. Il s’inscrit dans une filiation classique, celle d’un songwriting qui privilégie la ligne mélodique, les harmonies vocales et un écrin orchestral soigné. Le résultat : une pièce à la fois intemporelle et datée de son époque, un pont entre la pop britannique des sixties et le vernis plus sophistiqué de la production des late eighties.
Sommaire
Une genèse de cinéma : du rêve de bande originale au single vedette
La légende de la chanson veut que Once Upon A Long Ago ait d’abord été imaginée pour la bande originale de The Princess Bride, le film de Rob Reiner sorti à l’automne 1987. Sollicité, McCartney propose deux titres : Once Upon A Long Ago et Beautiful Night. La production finalement se tourne ailleurs, et le compositeur garde dans ses cartons cette ballade déjà très avancée. Plutôt que de la laisser dormir, il choisit la voie la plus simple et souvent la plus efficace : en faire un single inédit lancé deux semaines après la sortie, au Royaume‑Uni, de sa compilation All The Best!. Ce positionnement n’est pas anodin : au cœur d’une décennie qu’il a traversée avec des fortunes diverses, l’ancien Beatle rappelle, sans détour, qu’il reste l’un des mélodistes les plus sûrs de sa génération.
Cette genèse « à la lisière du cinéma » explique aussi la dimension visuelle du morceau : son tempo modéré, ses cordes qui installent un climat quasi‑féérique, ses images de souvenirs reconstitués… Tout y respire le storytelling sonore. Et si le film n’a pas retenu la chanson, l’idée d’un conte musical – inscrite dès le titre – a irrigué l’ensemble du projet : paroles, ambiance, clip, iconographie.
Paroles : l’art McCartney du souvenir en clair‑obscur
Sans jamais s’alourdir de références, Once Upon A Long Ago brouille délicatement les frontières entre réel et imaginaire. McCartney convoque un passé rêvé – des dunes battues par le vent, un ciel trouble, l’énergie de l’enfance –, tout en glissant des clins d’œil typiquement britanniques, jusqu’à des notes malicieuses adressées au monde politique. Le texte ne déroule pas une narration linéaire : il fonctionne plutôt par tableaux et images sensorielles, à la manière d’un carnet où l’on aurait noté des impressions, des couleurs, des odeurs.
Cette écriture impressionniste nourrit la mélancolie radieuse de la pièce. Le refrain ouvre la fenêtre, la voix en multi‑pistes éclaire les couplets, et la coda orchestrale, loin d’être pure décoration, assume une fonction dramatique : elle élève la romance au rang de saynète cinématographique. Comme souvent chez McCartney, la simplicité apparente dissimule un artisanat de précision : syllabes placées au millimètre, harmonies qui se répondent, contre‑chants qui retiennent l’oreille.
Enregistrement : Hog Hill Mill, Abbey Road et la main de George Martin
La première phase de l’enregistrement se déroule les 11 et 12 mars 1987 au Hog Hill Mill, le studio privé de McCartney près de Rye, dans l’East Sussex. L’artiste y tient la plupart des parties essentielles : guitares électriques et acoustiques, basse, piano, synthétiseurs et chant principal. On reconnaît la patte de Phil Ramone, producteur adepte d’un son ample mais clair, qui laisse volontairement respirer la voix et les instruments acoustiques.
La seconde étape a lieu au 1er juillet 1987 à Abbey Road, lors d’une session d’overdubs orchestraux conduite par George Martin. La réunion est symbolique : l’arrangeur historique des Beatles vient compléter, de sa science des cordes et des équilibres, une chanson qui regarde l’enfance en face sans s’y perdre. Entrent alors en scène Nigel Kennedy (violon), Stan Sulzmann (saxophone) et Adrian Brett (flûte), dont les interventions colorent le paysage sonore. Le violon de Kennedy, tour à tour lyrique et joueur, apporte cette touche « conte » qui confère au titre son identité immédiatement reconnaissable.
La section rythmique repose au disque sur le batteur Henry Spinetti, tandis que Tim Renwick (guitare) et Nick Glennie‑Smith (claviers) densifient l’assise pop. Linda McCartney prête sa voix aux chœurs et manie le tambourin, dans ce mélange de proximité familiale et de professionnalisme qui caractérise souvent les sessions de Paul au milieu des années 1980. Dans l’ensemble, la production trouve un équilibre rare : l’orchestre soutient la chanson, mais ne l’écrase pas ; les instruments pop restent devant, sans sacrifier la dimension cinématique que souhaitaient le producteur et l’arrangeur.
Freddie Mercury, un duo rêvé resté à l’état d’esquisse
Parmi les détails les plus souvent commentés figure l’idée, un temps envisagée, d’un duo avec Freddie Mercury. L’image fait saliver : la voix caméléon de McCartney face à la projection flamboyante du chanteur de Queen. Le projet n’aboutit pas – Mercury est alors happé par ses propres échéances – et McCartney garde la chanson pour lui, jouant parfois, dans certaines phrases chantées, sur des timbres contrastés qui suggèrent un dialogue interne. Ironie de l’histoire : cette absence renforce la cohérence de la pièce, fidèle à son intimité première.
Un bouquet d’influences : pop, musique de chambre et lyrisme de plein air
Ce qui frappe, à l’écoute, c’est la propreté de l’architecture : couplets aux contours nets, ponts modulants, refrain porté par un empilement d’harmonies qui évoque autant les pratiques des Beatles que les habitudes de McCartney en solo. Les cordes ne sont pas là pour « faire joli » : elles créent de véritables réponses à la voix, parfois en imitation, parfois en contre‑chant. Le saxophone de Stan Sulzmann, discret mais décisif, accentue la dimension nocturne de certains passages, tandis que la flûte d’Adrian Brett aère la texture.
Le violon solo constitue, bien sûr, le trait le plus marquant. Nigel Kennedy, déjà figure affranchie du monde classique, y injecte un vibrato expressif et un phrasé presque chantant. Sa cadence finale donne l’impression que la chanson s’ouvre sur un horizon plus vaste – comme si l’on quittait un salon pour gagner la lande – avant de revenir se poser « sur la terre » grâce à la rythmique.
Formats, versions et faces B : la petite histoire discographique
À sa sortie, Once Upon A Long Ago existe en plusieurs configurations. Le 45 tours et le CD single – le premier CD single commercialisé sous le nom Paul McCartney – proposent une version éditée autour de quatre minutes. Deux maxi‑45 tours publient, eux, une Long Version et une Extended Version, offrant une respiration plus large à l’orchestre et au violon.
La face B, Back On My Feet, n’est pas un simple appoint : c’est la première chanson officiellement publiée issue de la collaboration naissante entre McCartney et Elvis Costello. On y entend déjà le dialogue d’écriture qui, deux ans plus tard, irrigue Flowers In The Dirt (1989). Particularité supplémentaire : selon les supports, McCartney ajoute des reprises rhythm’n’blues et rock’n’roll enregistrées dans la foulée, prélude à ce qui deviendra, en URSS, son album de covers Choba B CCCP (Снова в СССР) : Don’t Get Around Much Anymore, Kansas City, Lawdy Miss Clawdy ou Midnight Special. La compilation All The Best! accueille Once Upon A Long Ago sur ses éditions britannique et canadienne, avec un montage de fin légèrement différent, quand l’édition américaine, elle, s’en passe.
Une promotion soignée et des apparitions télé marquantes
Si Once Upon A Long Ago n’a pas été défendue sur scène dans le cadre d’une tournée, McCartney l’a apportée sur plusieurs plateaux télé européens, en particulier en Allemagne dans l’émission Wetten, dass..? en décembre 1987, aux Pays‑Bas et lors du Festival de Sanremo en 1988. Ces prestations, souvent mimées mais soigneusement préparées, replacent McCartney au centre du jeu médiatique continental en fin d’année 1987, au moment même où All The Best! caracole dans les classements d’albums.
Le clip : la majesté sauvage de la Valley of Rocks
Le clip tourné les 16 et 17 octobre 1987 dans la Valley of Rocks, près de Lynton dans le nord du Devon, figure parmi les plus spectaculaires de la période. La caméra embrasse des falaises et des rochers balayés par le vent ; McCartney y grimpe sur Castle Rock pour y jouer une séquence de guitare au bord du vide. La météo capricieuse complique la donne : pluie le matin, éclaircies l’après‑midi. Une équipe de prise de vues aériennes capte des panoramas depuis un hélicoptère ; sur place, un guide de montagne sécurise les accès. McCartney, fidèle à son tempérament, refuse la corde de sécurité, demandant simplement à l’hélicoptère de ne pas trop s’approcher.
Autour de lui apparaissent Linda McCartney, Nigel Kennedy, Stan Sulzmann et le batteur Chris Whitten, dans un dispositif qui brouille scéniquement la frontière entre enregistrement et représentation. La réalisation, signée Paul McCartney et Mike Ross (avec la société Keef & Co.), accompagne le mouvement de la musique : plans larges quand l’orchestre s’élève, gros plans sur les instruments quand la texture se raréfie. Peu diffusé à l’époque, le film a gagné avec les années un statut d’objet culte, miroir en images des qualités atmosphériques de la chanson.
Accueil critique et performances dans les classements
L’accueil au Royaume‑Uni est favorable : la presse souligne la beauté mélodique et l’élégance de la production, tout en notant chez certains commentateurs une pointe de déjà‑vu. Du côté du public, la réponse est nette. Once Upon A Long Ago entre dans le Top 40 fin novembre 1987, grimpe jusqu’au Top 10 et atteint la dixième place au Royaume‑Uni. Aux Pays‑Bas, le titre se hisse jusqu’au Top 10 (sixième place au Top 40), tandis qu’en Belgique (classement Flandre) il tutoie les sommets, culminant au quatrième rang.
Aux États‑Unis, l’impact est limité par l’absence de sortie du single et par l’omission du morceau sur la version américaine d’All The Best!. Cela n’empêche pas Once Upon A Long Ago d’asseoir, en Europe, l’image d’un McCartney au meilleur de son art mélodique. En termes de trajectoire, on peut y voir son dernier Top 10 britannique avant un nouveau passage en première ligne des décennies plus tard, lorsque l’artiste retrouvera la zone Top 10 en 2015 avec FourFiveSeconds aux côtés de Rihanna et Kanye West.
Entre Press To Play et Flowers In The Dirt : un pivot de carrière
Musicalement et symboliquement, Once Upon A Long Ago fait le lien entre la période Press To Play (1986) – expérimentations, collaborations et réception mitigée – et la renaissance critique que représente Flowers In The Dirt (1989). Le choix d’un single inédit pour accompagner All The Best! joue comme une réaffirmation : en se reconnectant à une écriture mélodique limpide, McCartney remet sa voix (au sens propre comme au figuré) au centre. Le rôle de George Martin dans l’orchestration sert de trait d’union avec les années Beatles, sans tomber dans la citation frontale.
Dans l’ombre, la rencontre avec Elvis Costello s’annonce via la face B Back On My Feet. On y devine déjà l’énergie qui irrigue les sessions à venir : écriture dialoguée, tension douce‑amère des mélodies, précision des mots. À ce titre, Once Upon A Long Ago cristallise une transition : celle d’un McCartney qui réordonne ses forces et prépare un album majeur de sa fin de décennie.
Une construction sonore au cordeau
La production de Phil Ramone souligne une conception presque architecturale du son. Les guitares sont placées pour soutenir la voix sans la masquer ; la basse a ce rebond mccartneyen qui dessine les contours harmoniques ; les claviers et synthétiseurs servent de liant, jamais d’écran. Les cordes, écrites ou supervisées par George Martin, bénéficient d’un mixage qui leur laisse de l’air. On entend les pupitres – violons, altos, violoncelles – se déplacer comme des personnages.
La forme épouse cette esthétique : ouverture en demi‑teinte, couplets resserrés, refrain ouvert, pont aéré et coda plus lyrique. En studio, McCartney use de son talent de multi‑instrumentiste pour caler les détails (attaques, respirations, relances). Rien n’est démonstratif, tout est lisible. C’est cette clarté qui permet au morceau d’être orchestral sans devenir pompeux.
Le regard, des années plus tard : rééditions et redécouverte
Bien qu’il ne soit pas l’un des titres les plus joués en concert, Once Upon A Long Ago a connu une redécouverte régulière. Les rééditions du catalogue de McCartney, la présence de la chanson sur les plateformes de streaming et, surtout, son intégration au très ambitieux coffret The 7” Singles Box paru en 2022, lui ont offert une nouvelle visibilité internationale — y compris sur le marché américain où la chanson avait été peu diffusée en 1987.
Ce retour en vitrine a un effet simple : replacer Once Upon A Long Ago au cœur de la conversation sur le McCartney des années 1980. Dans un paysage parfois dominé par des singles plus directement radiophoniques, cette ballade fait office de rappel : quand il convoque la mélodie, l’image et une orchestration racée, Paul McCartney demeure un conteur de tout premier plan.
Pourquoi la chanson touche encore
On comprend aisément pourquoi Once Upon A Long Ago suscite aujourd’hui l’attachement des fans. D’abord parce qu’elle donne à entendre un McCartney au registre intime, sans filtre bravache. Ensuite, parce que le dialogue entre pop et musique de chambre y est mené avec une élégance rare. Enfin, parce que le texte, par ses images et ses demi‑teintes, laisse de l’espace à l’auditeur : chacun peut y projeter sa propre géographie du souvenir, ses paysages, ses visages.
Ce n’est pas un hasard si la Valley of Rocks a été choisie pour le clip : la géologie spectaculaire du lieu, ses rochers immémoriaux, son vent mordant, tout y raconte la mémoire et le temps. Tout y dit, aussi, qu’un paysage peut devenir un personnage. La chanson, elle, fait exactement cela : elle transforme des réminiscences en présent chantant.
Une « pépite » qui refuse l’étiquette de simple curiosité
On a parfois rangé Once Upon A Long Ago dans la case des « pépites méconnues ». L’étiquette a son charme, mais elle sous‑estime ce que le titre représente. Dans l’histoire de Paul McCartney, c’est un moment‑charnière : celui où l’artiste, après les expérimentations de Press To Play, remet son art mélodique au centre et se projette vers Flowers In The Dirt. Dans l’histoire de la pop britannique, c’est un rappel à l’ordre : la mélodie demeure la meilleure alliée de la mémoire.
La richesse musicale – violon soliste de Nigel Kennedy, saxophone de Stan Sulzmann, flûte d’Adrian Brett, orchestration de George Martin – n’est jamais décorative. Elle sert la chanson, à l’ancienne, avec un sens aigu de la forme. Et derrière la beauté polie de la production, on perçoit un regard – celui d’un McCartney qui, à quarante‑cinq ans, sait à la fois d’où il vient et où il veut aller.
Les artisans derrière le son : portraits croisés
Parler de Once Upon A Long Ago, c’est forcément évoquer ceux qui, dans l’ombre, lui ont donné son relief. Phil Ramone, d’abord, producteur‑ingénieur chevronné, formé au jazz et à la pop haut de gamme, réputé pour sa capacité à concilier chaleur analogique et précision numérique à l’heure où les studios basculent vers de nouveaux outils. Sa méthode : capter l’intention avant tout, multiplier les prises sans perdre la fraîcheur. Ici, on sent sa main dans la transparence du mix et dans l’articulation très lisible entre band et orchestre.
Vient ensuite George Martin, dont l’orchestration agit comme une signature discrète. Martin ne surcharge jamais : il écrit des voicings qui laissent à la voix l’espace de respirer et placent les cordes en contre‑chant ou en halo, selon les besoins dramatiques du moment. Les fans des Beatles reconnaîtront, sans qu’il soit besoin d’insister, cette intelligence musicale qui préfère l’évocation à l’effet.
Côté solistes, Nigel Kennedy arrive avec ce mélange de virtuosité et d’insolence qui fit sa célébrité à la fin des années 1980. Son toucher traversant les registres, son attaque parfois mordante mais toujours chantante, donnent au titre un grain unique. Stan Sulzmann, figure respectée du jazz britannique, instille pour sa part une rondeur et une mélancolie qui enrichissent les teintes nocturnes du morceau. Enfin, Adrian Brett, flûtiste aux multiples collaborations, dépose des traits pastoraux qui renforcent l’ancrage anglais de la chanson.
Un mot, aussi, sur la rythmique : la basse pleine de rebonds de McCartney – une de ses signatures – dialogue avec la frappe souple de Henry Spinetti. Le tout est encadré par des guitares à la fois claires et nerveuses (merci Tim Renwick) et par des claviers qui assurent le liant sans forcer le trait (Nick Glennie‑Smith). Linda McCartney, enfin, apporte la douceur des chœurs et ce je‑ne‑sais‑quoi domestique qui humanise les productions du couple.
Les multiples visages du titre : minutie discographique
Pour les amateurs de discographie au cordeau, Once Upon A Long Ago est un petit terrain de jeu. La version single – autour de 4 min 10 – concentre l’essentiel : couplets, refrain, pont, coda resserrée. La Long Version, publiée sur l’un des 12″, laisse davantage respirer les arrangements et pousse un peu plus loin la montée finale. Quant à l’Extended Version (sur un autre maxi), elle s’offre comme une lecture ample, où l’on peut savourer les contre‑chants d’orchestre et les incises du violon.
Le CD single, premier du nom chez McCartney, entérine un changement d’époque : le format numérique n’est plus un gadget, il devient le support de la single culture autant que le vinyle. Autour de la face A, on trouve selon les éditions Back On My Feet et un bouquet de reprises qui anticipent le projet Choba B CCCP. Vu d’aujourd’hui, ces couplages racontent un moment très précis : un McCartney qui, tout en peaufinant son écriture pop, renoue avec son amour du répertoire roots.
Cartographie d’un succès européen
Si la chanson n’a pas connu d’exposition américaine en 1987, sa trajectoire européenne n’en est que plus parlante. Au Royaume‑Uni, le single entre vite dans le Top 40 et se hisse jusqu’au Top 10, signalant un retour en grâce après une année 1986 en demi‑teinte. En Belgique (classement Flandre), Once Upon A Long Ago atteint une quatrième place flatteuse ; aux Pays‑Bas, elle décroche une sixième place dans le Top 40, confirmant la popularité durable de McCartney dans les marchés continentaux. Les radios européennes, friandes d’ambiances cinématographiques, lui offrent une rotation confortable à l’hiver 1987‑88.
« Back On My Feet » : une face B qui change la donne
Le statut singulier de Once Upon A Long Ago tient aussi à sa face B, Back On My Feet. On y entend, en creux, la rencontre qui va irriguer la fin de la décennie : celle de Paul McCartney et Elvis Costello. La chanson, d’une écriture plus anguleuse, annonce les questions que le tandem se pose alors : comment aiguiser la plume sans renoncer à la mélodie ? comment convoquer une pointe de causticité sans perdre la lumière ? Sur le plan symbolique, publier ce titre en revers d’une ballade orchestrale relève presque du manifeste : McCartney s’offre, littéralement, les deux faces d’une même médaille.
Images, montage, narration : le langage du clip
Au‑delà de ses décors majestueux, le clip de Once Upon A Long Ago brille par sa grammaire visuelle. L’alternance de plans larges et de rapprochés rythme le crescendo musical ; les mouvements d’hélicoptère donnent des entrées d’air au moment où les cordes s’élèvent ; les cut plus secs reviennent sur la guitare ou la basse pour réancrer le récit. La mise en scène du groupe sur site, soumise au vent et aux éléments, matérialise l’idée centrale de la chanson : le souvenir comme force naturelle, parfois indocile, toujours vivante.
Résonances et filiations
Évidemment, on pense aux grands titres orchestrés de McCartney – Live And Let Die, My Love –, mais Once Upon A Long Ago s’en distingue par une retenue singulière. Là où d’autres morceaux cherchent la déflagration, celui‑ci préfère la suggestion. On perçoit dans ses cadences une science du contrepoint héritée de George Martin, mais aussi une attitude résolument pop : la mélodie d’abord, l’effet ensuite. Le résultat parle autant aux amateurs de chanson qu’aux passionnés de production.
Héritage fan et culture YouTube
À l’ère des réseaux et des plateformes, Once Upon A Long Ago a connu une seconde jeunesse. Le clip ressurgit régulièrement, commenté pour ses paysages et l’audace du tournage ; des captations de plateaux télé – Wetten, dass..?, Sanremo – circulent et alimentent une mythologie discrète : celle d’un McCartney conteur, capable d’adosser une histoire à une simple ballade. Dans les communautés de fans, la chanson sert souvent de passeport pour aborder la période 1987‑1989, trop vite résumée à la seule relance de Flowers In The Dirt.
En guise de coda
Once Upon A Long Ago n’a ni la notoriété d’un Live And Let Die ni le statut de manifeste d’un Maybe I’m Amazed. Mais elle occupe, à sa manière, une place enviable : celle d’une ballade qui, trois décennies plus tard, n’a rien perdu de son pouvoir d’évocation. On y entend la souplesse d’un auteur‑compositeur au sommet de son métier, la science d’un arrangeur qui sait faire parler les cordes, la présence d’un violoniste dont la virtuosité n’écrase jamais la chanson.
Pour qui aime Paul McCartney, c’est un rendez‑vous discret mais nécessaire, une parenthèse dont on ressort avec l’impression d’avoir feuilleté un album aux images vives. Pour qui découvre l’artiste, c’est une porte d’entrée idéale vers un pan moins médiatisé de son œuvre. Dans tous les cas, Once Upon A Long Ago rappelle une évidence : quand la mélodie rencontre la mémoire, le temps s’arrête un instant, juste assez pour que la musique, encore une fois, nous emporte.
