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L’ étrange destin de « Try Some, Buy Some » : Une chanson entre deux mondes

En 1973, George Harrison sort Living In The Material World, un album qui fait suite à l’immense succès de All Things Must Pass. Parmi les morceaux qui composent cet opus, Try Some, Buy Some occupe une place à part. Conçue à l’origine pour Ronnie Spector, cette chanson connaît un parcours tumultueux avant d’être réappropriée par son propre créateur.

Une composition complexe

Harrison écrit Try Some, Buy Some au début des années 1970 sur un orgue, instrument qu’il maîtrise imparfaitement. Cela donne naissance à une structure harmonique inhabituelle, marquée par des changements d’accords audacieux et un motif de basse en perpétuel mouvement. C’était une mélodie fascinante que je trouvais à la fois simple et compliquée », confie Harrison en 1972 dans une interview à Record Mirror.

Malgré cette construction peu conventionnelle, la chanson demeure accessible, notamment grâce à son refrain accrocheur : Someone said try some / I tried some / Now buy some / I bought some. Une simplicité apparente qui dissimule une réflexion plus profonde sur la spiritualité et la transformation personnelle.

Le projet avorté de Ronnie Spector

Harrison compose ce titre pour Ronnie Spector, l’ex-chanteuse des Ronettes, dont le mari et producteur, Phil Spector, tente de relancer la carrière avec un nouvel album sous le label Apple Records. En février 1971, le morceau est enregistré aux studios Abbey Road sous la houlette du tandem Harrison-Spector.

L’enregistrement est fastueux : orchestre imposant, arrangements luxuriants, production marquée par la patte « Wall of Sound » de Phil Spector. Pourtant, le single, sorti en avril 1971, ne rencontre pas le succès escompté. Le projet d’album de Ronnie Spector est finalement abandonné, laissant Try Some, Buy Some comme un vestige orphelin de cette tentative avortée.

Une seconde vie sur Living In The Material World

Deux ans plus tard, alors qu’il travaille sur son nouvel album, Harrison décide de récupérer Try Some, Buy Some. Plutôt que de la réenregistrer, il conserve la bande originale de 1971 et y superpose sa propre voix, effaçant ainsi celle de Ronnie Spector. Cette version est intégrée à Living In The Material World en 1973.

Le morceau détonne au sein de l’album. Contrairement aux titres plus acoustiques et épurés qui composent la majorité de l’opus, Try Some, Buy Some conserve l’aspect grandiloquent des sessions de 1971. Certains instruments enregistrés initialement, comme le piano de Leon Russell et la guitare de Pete Ham, sont retirés lors du mixage final, mais l’esprit de la production spectorienne demeure.

Une réception mitigée

Malgré son intégration à Living In The Material World, Try Some, Buy Some ne suscite pas un engouement particulier. Le titre n’est pas exploité en single et demeure relativement méconnu du grand public. Il intrigue cependant les auditeurs attentifs par son orchestration foisonnante et son thème profond.

Une influence marquante : l’hommage de David Bowie

Trois décennies plus tard, David Bowie redonne un second souffle à la chanson en l’enregistrant pour son album Reality (2003). Il y voit une résonance avec son propre cheminement personnel. Quand j’ai découvert cette chanson en 1974, elle avait une toute autre signification pour moi », explique Bowie dans une interview accordée à The Word. « Aujourd’hui, elle symbolise le fait de tourner la page, de laisser derrière soi un mode de vie et d’en embrasser un nouveau. »

Bowie interprète Try Some, Buy Some lors de sa dernière tournée en 2003-2004, ajoutant ainsi une dimension nouvelle à ce morceau déjà chargé d’histoire.

Une chanson à part dans l’héritage de Harrison

Si Try Some, Buy Some n’a jamais atteint le statut de classique, elle demeure une pièce singulière dans le répertoire de George Harrison. Conçue pour une autre voix, rejetée par le public à sa sortie, elle réapparaît deux ans plus tard dans un album introspectif, avant d’être revisitée par un artiste aussi emblématique que Bowie.

Elle incarne ainsi l’essence même du parcours musical de Harrison : une quête spirituelle constante, entre expérimentation sonore et recherche de sens.

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