Le 1er juin 1967, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band voit le jour, propulsant les Beatles dans une dimension musicale encore inexplorée. Parmi les joyaux de cet album révolutionnaire figure Fixing A Hole, une chanson mélancolique et introspective signée Paul McCartney. Souvent mal comprise, parfois sujette à des interprétations fantaisistes, elle illustre à merveille l’approche créative du groupe en cette période de grande transformation artistique et personnelle.
Sommaire
Une chanson mal comprise
Dès sa sortie, Fixing A Hole suscite la controverse. Certains y détectent une métaphore sur la toxicomanie, associant le titre à l’acte de s’injecter de l’héroïne. Paul McCartney, lassé de ces rumeurs, rectifie rapidement le tir :
« Les gens m’ont dit que ‘Fixing A Hole’ parle de drogue, de quelqu’un qui se fait une piqûre. Si vous êtes un junkie, c’est ce que vous y verrez. Mais quand je l’ai écrite, je pensais plutôt à repeindre une pièce défraîchie, à colmater une fissure. » Paul McCartney, The Observer, 26 novembre 1967
D’autres avancent l’idée que la chanson s’inspire des réparations entreprises par McCartney sur sa ferme en Écosse. Pourtant, l’intéressé dément là encore cette version, affirmant qu’il ne s’est occupé des travaux qu’après sa rencontre avec Linda.
En réalité, Fixing A Hole est, comme Got To Get You Into My Life, une ode voilée à la marijuana. Elle célèbre la liberté de l’esprit, l’abandon aux divagations de la pensée et l’affranchissement des conventions.
« C’était l’idée d’être enfin libre, de pouvoir faire ce que je veux. Si je veux peindre la pièce de façon colorée, je peux le faire… J’étais seul dans ma maison de Cavendish Avenue et je savourais cette indépendance nouvelle. » Paul McCartney, Many Years From Now, Barry Miles
Une inspiration hallucinogène
Un autre élément, plus mystique, influence l’écriture du morceau : le LSD. Paul McCartney est le dernier des Beatles à expérimenter cette drogue psychédélique en 1966. L’une des visions qui en découle marquera sa créativité :
« Quand je fermais les yeux, il n’y avait plus d’obscurité, mais un petit trou bleu. Comme si quelque chose devait être réparé. J’avais la sensation que si je pouvais y entrer et regarder à travers, j’y trouverais une réponse… » Paul McCartney, The Lyrics: 1956 To The Present
Ce motif du « trou à combler » devient le centre de la chanson. Plus qu’une simple réparation matérielle, il traduit une quête existentielle, une envie d’échapper aux contraintes du monde rationnel.
Enregistrement : une session atypique
Le 9 février 1967, les Beatles se retrouvent en studio pour enregistrer Fixing A Hole. Fait exceptionnel, Abbey Road étant indisponible, le groupe s’installe à Regent Sound Studio, une première pour une session officielle des Fab Four sous l’égide d’EMI.
Ce jour-là, un invité inattendu fait irruption chez McCartney : un homme affirmant être « Jésus-Christ ». Plutôt que de le renvoyer, Paul lui offre une tasse de thé et l’invite à assister à la session, amusant ses camarades de studio.
L’enregistrement commence par plusieurs prises de répétition, avant que la bande définitive ne soit captée en trois essais. La seconde prise sert de base au mixage final. Paul McCartney joue du clavecin, une touche baroque qui renforce l’atmosphère étrange du morceau. Ringo Starr accompagne aux maracas et à la batterie, tandis que John Lennon pose une ligne de basse supplémentaire.
George Harrison ajoute un solo de guitare Fender Stratocaster, capturé sur deux pistes, doublant ainsi la mélodie pour créer une résonance caractéristique.
Quelques jours plus tard, le 21 février, les Beatles tentent d’enregistrer une nouvelle version à Abbey Road, mais ils se ravisent rapidement, jugeant la première prise suffisante. Une piste additionnelle est cependant ajoutée : George Martin joue un deuxième clavecin, tandis que McCartney et Starr enrichissent encore la section rythmique.
Un chef-d’œuvre mélodique
Musicalement, Fixing A Hole se distingue par une construction harmonique raffinée. Le morceau oscille entre tonalités majeures et mineures, reflétant les oscillations entre rêve et réalité. La mélodie de McCartney, fluide et envoûtante, repose sur un motif ascendant qui crée une sensation de légèreté et d’évasion.
Les paroles, empreintes de poésie et de symbolisme, renforcent cette impression d’ouverture mentale. La ligne « If I’m wrong I’m right where I belong » traduit parfaitement l’esprit libertaire qui anime McCartney en cette période de sa vie.
Un titre à redécouvrir
Bien que moins célèbre que certains classiques de Sgt. Pepper, Fixing A Hole demeure un témoignage fascinant de la période psychédélique des Beatles. Son enregistrement chaotique, ses paroles hallucinées et son ambiance musicale raffinée en font une pièce essentielle pour comprendre l’évolution du groupe.
Avec ce titre, McCartney nous invite à une introspection douce et onirique, loin des tumultes du monde extérieur. Une invitation à repeindre notre propre réalité, en laissant libre cours à l’imagination.













