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Paul McCartney, cinquante ans d’engagement : animaux, humanitaire et philanthropie, le dossier documenté

Du basculement végétarien de High Park en 1975 à la lettre adressée au président de la COP30 en novembre 2025 : cinquante ans d’engagement de Paul McCartney pour les animaux, l’humanitaire et la philanthropie, avec dates, montants, citations sourcées et dix correctifs factuels.

En bref

  • L’engagement animalier de Paul McCartney naît au milieu des années 1970 dans une ferme du Kintyre et devient, avec Linda, une entreprise : un livre de cuisine, puis une marque alimentaire lancée en 1991.
  • Trois grandes campagnes structurent son militantisme : l’expérimentation animale (“ Looking for Changes ”, 1993, réactivée avec PETA en 2019), la chasse aux phoques canadienne (2006) et l’alimentation carnée comme facteur climatique (Meat Free Monday, depuis 2009).
  • Sur le versant humanitaire, il a organisé ou co-organisé deux des plus grands concerts de charité de l’histoire : les Concerts for the People of Kampuchea (décembre 1979) et le Concert for New York City (20 octobre 2001, plus de 35 millions de dollars collectés).
  • Entre 2001 et 2005, cinq galas annuels en Californie ont financé le déminage humanitaire au profit d’Adopt-A-Minefield, association dont il fut le parrain le plus visible avec Heather Mills.
  • Sa philanthropie la plus durable est aussi la moins spectaculaire : le Liverpool Institute for Performing Arts, ouvert en janvier 1996 dans les murs de son ancien lycée, et le Linda McCartney Centre du Royal Liverpool University Hospital, inauguré le 24 novembre 2000.
  • Dix correctifs factuels dans cet article rectifient les erreurs les plus répandues sur le sujet — dont la date réelle du clip “ Glass Walls ”, la nature exacte de la participation de McCartney à “ Let It Be ” version Ferry Aid, et l’idée fausse selon laquelle il aurait “ financé ” le centre anticancéreux qui porte le nom de sa femme.

Il y a une manière paresseuse de traiter le sujet : aligner les bonnes causes comme on aligne les disques d’or, conclure que Paul McCartney est un homme généreux, et passer à autre chose. Cette manière-là n’apprend rien. L’engagement de McCartney mérite mieux, parce qu’il présente une caractéristique rare chez les vedettes de sa génération : il est ancien, il est continu, et il a produit des effets mesurables — une marque alimentaire qui pèse dans les rayons britanniques, une école supérieure qui diplôme des centaines d’artistes, un vocabulaire (“ Meat Free Monday ”) entré dans le langage des cantines scolaires et des conseils municipaux.

Il présente aussi des zones de friction que l’hagiographie ordinaire escamote : des dates contradictoires selon les récits, un boycott annoncé puis discrètement abandonné, une association de déminage dont il fut le visage et qui a disparu des registres britanniques, une exigence de cohérence alimentaire imposée à ses équipes de tournée que certains ont trouvée intrusive. Tout cela fait partie du dossier. On le traite ici comme un dossier, avec des dates, des montants, des citations sourcées et des correctifs quand les sources se contredisent.

Le calendrier s’y prête : le 15 septembre 1997, il y a vingt-neuf ans jour pour jour, McCartney montait sur la scène du Royal Albert Hall pour Music for Montserrat, l’un des concerts caritatifs les plus purement bénévoles de sa carrière. C’est un bon point d’entrée pour remonter le fil.

1975 : le repas qui a tout fait basculer

Deux récits, une même ferme

L’origine du végétarisme de Paul et Linda McCartney est l’une des anecdotes les plus racontées de l’histoire du rock, et l’une des plus mal datées. Le récit canonique, celui que McCartney lui-même répète depuis un demi-siècle, tient en une image : la famille est attablée à High Park, la ferme isolée qu’il possède depuis 1966 sur le Mull of Kintyre, en Écosse. On mange du gigot d’agneau. Par la fenêtre, des agneaux gambadent dans le pré. Quelqu’un fait le rapprochement. On repose les fourchettes.

Le musée officiel des Beatles, la Beatles Story de Liverpool, retient cette version et la date de 1975 : “ En 1975, Paul et Linda McCartney sont devenus végétariens après avoir regardé des agneaux jouer devant leur ferme pendant qu’ils mangeaient des côtelettes d’agneau. ” La motivation, McCartney l’a toujours formulée sans détour éthique compliqué : “ C’est parce que nous aimons les animaux, c’est une question d’éthique, pas vraiment une question de santé. ”

Il existe une seconde version, que McCartney a également livrée à plusieurs reprises, et qui se déroule dans la même région : celle de la pêche. Le couple pêche dans un loch écossais, sort un poisson de l’eau, le regarde suffoquer — et fait le même raisonnement. Les deux récits ne sont pas incompatibles : ils décrivent probablement deux moments d’un même basculement, étalé sur des mois. Mais ils circulent souvent l’un pour l’autre, et la presse francophone les fusionne régulièrement en une scène unique qui n’a jamais existé.

Correctif factuel n° 1 — La date “ 1975 ” est une convention, pas une certitude d’archive

On lit partout que Paul et Linda McCartney sont devenus végétariens “ en 1975 ”. C’est la date la plus souvent retenue, y compris par des sources institutionnelles comme la Beatles Story. Mais il faut savoir ce qu’on manipule : il ne s’agit pas d’une date documentée par un acte daté, c’est la reconstitution rétrospective d’un couple racontant, des années plus tard, un changement d’habitude domestique. McCartney lui-même a donné des repères variables selon les entretiens, et certaines sources situent le basculement dès le début des années 1970. Les albums Ram (1971) et Red Rose Speedway (1973) contiennent d’ailleurs des chansons — “ Heart of the Country ”, “ Little Lamb Dragonfly ” — dont l’imaginaire pastoral et la tendresse envers les animaux précèdent la date officielle. Formulation prudente à retenir : le végétarisme du couple s’installe au milieu des années 1970, à High Park, et 1975 en est la datation d’usage.

Linda, moteur du foyer

Réduire l’affaire à une conversion de Paul McCartney est une erreur de perspective. Dans les faits, c’est Linda qui a transformé une décision morale en pratique quotidienne viable — et c’est là que l’histoire devient intéressante, parce qu’elle explique tout ce qui suivra.

Le Royaume-Uni du milieu des années 1970 n’offrait rien au végétarien ordinaire. Les rayons ne proposaient ni substituts, ni plats préparés, ni même une signalétique. Linda McCartney, américaine installée en Grande-Bretagne, mère de quatre enfants, a donc cuisiné. Elle a mis au point des recettes, les a servies à sa famille et à ses invités, puis les a publiées. Son livre de cuisine végétarienne devient un succès de librairie — la Beatles Story cite le chiffre de plus de 40 000 foyers atteints — et sert de banc d’essai à ce qui deviendra une entreprise.

Ce point est essentiel pour comprendre la suite du dossier : chez les McCartney, l’engagement animalier ne s’est jamais arrêté à la protestation. Il a systématiquement cherché le débouché pratique. Une marque plutôt qu’un manifeste. Une journée hebdomadaire plutôt qu’une injonction absolue. Une école plutôt qu’un chèque. C’est un trait de caractère autant qu’une méthode.

1991 : Linda McCartney Foods, ou la conviction industrialisée

Du congélateur familial au linéaire de supermarché

Linda McCartney Foods est lancée en 1991. La marque est fabriquée à l’origine par Ross Young’s, entreprise britannique de surgelés, et ses premiers produits ont la particularité d’être les premiers de ce fabricant à ne porter ni le nom Ross ni le nom Young’s : c’est le nom de Linda McCartney qui sert d’étiquette, ce qui, en 1991, constitue un pari commercial considérable.

La gamme de départ est un catalogue de plats surgelés : golden nuggets, ploughman’s pie, lasagnes, et surtout les beefless burgers, steaks sans bœuf à base de protéines végétales texturées. En 1993, la recette change : on passe à la protéine de blé pour améliorer la texture et se rapprocher davantage de la mâche de la viande. En 1995, la gamme s’étend aux country-style Kievs, aux crunchy garlic grills et aux burgers légumes-fromage. La marque s’exporte dès 1992 vers l’Europe et les États-Unis.

Ce que révèle ce calendrier, c’est une intuition de marché très en avance sur son époque. En 1991, le végétarisme britannique est encore largement associé à la contre-culture, à l’ascèse ou à la marginalité alimentaire. Linda McCartney Foods fait exactement l’inverse : elle propose des formats familiers — le burger, la lasagne, le nugget — vidés de leur contenu animal. La stratégie du “ même plat, autre matière ” précède de vingt-cinq ans les plant-based contemporains.

La marque après Linda

Linda McCartney meurt le 17 avril 1998, d’un cancer du sein, à Tucson, en Arizona. La marque, elle, lui survit et change plusieurs fois de mains : elle entre en 1996 dans le giron de la division McVitie’s du groupe United Biscuits ; elle est cédée en 1999 à H.J. Heinz avec l’ensemble des activités surgelés d’United Biscuits ; elle est rachetée en 2006 par le groupe américain Hain Celestial, qui la détient toujours. La famille McCartney reste associée au développement des produits, sans en être propriétaire.

Correctif factuel n° 2 — Paul McCartney ne possède pas Linda McCartney Foods

On lit fréquemment que “ Paul McCartney a lancé une marque de plats végétariens ” ou qu’il en tire des revenus. C’est inexact sur les deux plans. La marque a été fondée par Linda McCartney en 1991, et sa propriété a changé trois fois depuis : United Biscuits (1996), H.J. Heinz (1999), puis Hain Celestial Group (2006), qui en est l’actuel propriétaire. La famille McCartney conserve un rôle d’association au développement des recettes et de garante du nom, pas un contrôle capitalistique. Il faut également noter, par souci d’exactitude, que la marque a connu des incidents industriels documentés dans les années 1990, notamment un rappel de tourtes contenant de la viande en 1992 et un rappel de beefless burgers plus gras qu’annoncé en 1995 — épisodes que les récits promotionnels omettent systématiquement.

PETA, l’expérimentation animale et la stratégie de la chanson-outil

“ Looking for Changes ” (1993) : une chanson écrite comme un tract

En 1993, sur l’album Off the Ground, McCartney place une chanson qui détonne dans son répertoire : “ Looking for Changes ”. Le texte n’est pas allusif. Il décrit, en quatre vignettes, des animaux mutilés par l’expérimentation en laboratoire — un chat à qui l’on a implanté des électrodes, un singe rendu malade, un lapin aux yeux abîmés par des tests cosmétiques, un chien contraint de fumer. C’est un morceau d’agit-prop assumé, rare chez un auteur dont la réputation est précisément celle d’un mélodiste consensuel.

La chanson connaît une seconde vie vingt-six ans plus tard. Le 23 octobre 2019, PETA met en ligne un clip animé construit sur “ Looking for Changes ”, que McCartney a donné à l’organisation pour soutenir sa campagne contre l’expérimentation animale. Ses déclarations, cette fois, sont chiffrées et argumentées : “ Les expériences sur les animaux sont contraires à l’éthique — ce sont un échec colossal et une perte de temps et d’argent ”, dit-il, avant d’ajouter : “ Je cherche des changements qui poursuivront la dynamique consistant à faire sortir les animaux des laboratoires. ” La campagne s’appuie sur deux chiffres devenus standards de l’argumentaire anti-vivisection : environ 90 % de la recherche fondamentale sur l’animal ne se traduit pas en traitements humains, et environ 95 % des médicaments jugés sûrs chez l’animal échouent lors des essais cliniques humains.

“ Glass Walls ” : la phrase la plus citée, et la plus mal datée

Il existe une phrase que tout le monde attribue à Paul McCartney : “ Si les abattoirs avaient des murs de verre, tout le monde serait végétarien. ” Elle est le titre officieux du film le plus diffusé de son militantisme animalier, Glass Walls, qu’il a narré pour PETA. Le documentaire, d’une douzaine de minutes, enchaîne des images d’élevage intensif, de transport d’animaux vivants et de pêche industrielle, en Europe et ailleurs, avec un commentaire écrit pour ne rien édulcorer. PETA a annoncé en 2020 que le film avait dépassé les 20 millions de vues.

Correctif factuel n° 3 — “ Glass Walls ” date de 2010, pas de 2009, et la formule n’est pas un slogan improvisé

La quasi-totalité des articles francophones datent Glass Walls de 2009, sans doute par contamination avec le lancement de Meat Free Monday la même année. Le site officiel de Paul McCartney date la publication du film du 4 août 2010. Deuxième précision : la phrase “ si les abattoirs avaient des murs de verre, tout le monde serait végétarien ” est très souvent attribuée à Linda McCartney, et parfois présentée comme un proverbe anonyme. Elle est associée à Paul McCartney et sert de titre à sa narration pour PETA ; lui-même l’a reformulée dix ans plus tard, en juin 2020, sous une forme interrogative : “ si les abattoirs avaient des murs de verre, qui voudrait manger de la viande ? ”. Troisième précision qui a son importance : McCartney est végétarien, pas végan, même si sa communication s’est nettement rapprochée du registre végan à partir des années 2010 ; le confondre avec un militant végan revient à lui prêter une position qu’il n’a jamais revendiquée pour lui-même.

Cosmétiques : la bataille européenne de 2021

Le militantisme anti-expérimentation de McCartney ne s’arrête pas au symbole. En 2021, il apporte publiquement son soutien à l’initiative citoyenne européenne “ Save Cruelty Free Cosmetics ”, qui vise à protéger l’interdiction européenne des tests sur animaux pour les produits cosmétiques, menacée par les exigences de l’Agence européenne des produits chimiques sur les ingrédients. Sa formulation est ramassée et efficace : “ Aucun animal ne devrait souffrir pour la beauté ; donc si vous êtes citoyen de l’Union européenne, allez sur SaveCrueltyFree.eu et signez l’initiative citoyenne européenne pour protéger l’interdiction. ” Il a également soutenu la campagne “ Be Cruelty-Free ” de Humane Society International.

La fourrure et le bras de fer avec la Chine

Fin novembre 2005, McCartney et Heather Mills visionnent des images tournées clandestinement dans des marchés chinois de la fourrure, montrant des animaux — dont des chiens et des chats — dépecés dans des conditions d’une brutalité extrême. La réaction est immédiate et publique : McCartney annonce qu’il refuse désormais de se produire en Chine. La déclaration, largement reprise, est sans ambiguïté sur le fond.

Correctif factuel n° 4 — Le “ boycott de la Chine ” a été annoncé en 2005, puis n’a pas tenu

La prise de position de novembre 2005 est réelle et documentée. Ce que la plupart des reprises omettent, c’est la suite : McCartney a joué en Chine par la suite, et a exprimé publiquement son désir d’y revenir. Il n’y a rien de scandaleux là-dedans — les positions évoluent, et un boycott artistique est un outil dont l’efficacité se discute — mais présenter aujourd’hui McCartney comme “ refusant de jouer en Chine ” relève de l’information périmée. La formulation exacte est : en 2005, il a annoncé un refus de s’y produire en réaction au commerce de la fourrure ; cette position n’a pas été maintenue dans la durée.

Mars 2006 : la banquise, le bébé phoque et Larry King

Sur la glace des Îles-de-la-Madeleine

C’est l’épisode le plus photogénique — et le plus contesté — de tout le militantisme animalier de McCartney. Début mars 2006, il se rend avec Heather Mills sur la banquise du golfe du Saint-Laurent, au large des Îles-de-la-Madeleine, au Québec, pour dénoncer la chasse commerciale au phoque du Groenland. Les images font le tour du monde : le couple, en combinaison, accroupi sur la glace à côté d’un blanchon.

L’argumentaire de McCartney repose sur deux piliers. Le premier est numérique : il affirme publiquement que “ 95 % des phoques tués au Canada ont moins de trois mois ”. Le second est économique : il soutient que la chasse représente une part marginale des revenus des communautés concernées et pourrait être remplacée par un tourisme d’observation.

Le face-à-face télévisé

La réaction canadienne ne se fait pas attendre. Danny Williams, alors premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, accepte un débat télévisé sur CNN, dans Larry King Live, face à McCartney et Mills. L’échange, diffusé en mars 2006, est l’un des rares moments où l’on voit McCartney tenir un débat contradictoire frontal sur une question politique. Williams défend la chasse comme une activité traditionnelle, réglementée et vitale pour l’économie de communautés côtières fragiles ; il accuse par la suite McCartney d’être “ instrumentalisé ” par des groupes militants. Le ministre fédéral des Pêches de l’époque, Loyola Hearn, résume la position d’Ottawa d’une pique littéraire en forme de clin d’œil au répertoire des Beatles, évoquant “ une longue et sinueuse route ”.

Correctif factuel n° 5 — Ce que le débat a réellement produit

Deux confusions circulent. La première : McCartney n’a pas “ fait interdire ” la chasse au phoque. Elle existe toujours au Canada. Ce qui a changé, c’est le débouché commercial : l’Union européenne a adopté en 2009 un règlement interdisant la mise sur le marché européen des produits dérivés du phoque, avec des exemptions notamment pour les communautés inuites. La campagne médiatique de 2006, dont l’épisode McCartney fut le moment le plus visible, a contribué au climat politique qui a rendu ce texte possible — ce qui est déjà considérable, mais n’est pas la même chose qu’une interdiction de la chasse. Seconde confusion : le chiffre de “ 95 % de phoques de moins de trois mois ” avancé par McCartney provient de l’argumentaire des organisations anti-chasse et a été contesté par les autorités canadiennes ; il doit être présenté comme une affirmation militante datée de 2006, non comme une donnée officielle neutre.

Meat Free Monday : la campagne la plus efficace, parce que la plus modeste

Naissance d’une idée volontairement minuscule

En juin 2009, Paul McCartney lance avec ses filles Mary et Stella la campagne Meat Free Monday. Le principe est d’une simplicité désarmante : ne pas manger de viande un jour par semaine, le lundi. Pas de conversion, pas de serment, pas de culpabilité. Une journée.

Cette modestie est une stratégie, et elle explique le succès. En ciblant un seul repas hebdomadaire plutôt que l’abolition du régime carné, la campagne devient adoptable par des institutions — cantines scolaires, hôpitaux, entreprises, municipalités — qui n’auraient jamais adopté un mot d’ordre végétarien. L’argument central n’est d’ailleurs pas la souffrance animale, mais le climat, ce qui élargit encore la base : McCartney popularise la formule “ Less meat = less heat ” (“ moins de viande = moins de chaleur ”).

L’argument chiffré qu’il utilise le plus souvent est celui-ci : “ Si chaque habitant de la Grande-Bretagne se passait de viande une journée, cela réduirait notre empreinte carbone davantage que si toutes les voitures étaient retirées de la circulation pendant une journée entière. ”

3 décembre 2009 : l’hémicycle du Parlement européen

La campagne connaît sa consécration institutionnelle six mois après son lancement. Le 3 décembre 2009, Paul McCartney prend la parole dans l’hémicycle du Parlement européen à Bruxelles, lors d’une audition intitulée “ Global Warming and Food Policy: Less Meat = Less Heat ”. Le contexte est celui des jours précédant le sommet climatique de Copenhague.

Ce n’est pas une opération de communication isolée : il partage la tribune avec deux figures scientifiques et institutionnelles de premier plan — Rajendra K. Pachauri, alors président du GIEC, et Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation. La séance est ouverte par le président du Parlement, Jerzy Buzek, et présidée par l’eurodéputé britannique Edward McMillan-Scott, qui se dit “ absolument ravi ” de la venue de McCartney et ajoute que “ sa présence au Parlement va assurément susciter beaucoup d’intérêt ”.

Ce détail vaut d’être souligné : McCartney n’est pas venu chanter. Il est venu plaider une politique publique alimentaire, devant une assemblée législative, encadré par un climatologue et un juriste des droits humains. C’est le point le plus haut de sa carrière de lobbyiste.

Que produit une journée sans viande ? L’étude de Brighton et Sussex

La campagne a fait l’objet d’une évaluation, ce qui est rare pour ce type d’initiative. Une recherche menée par la Brighton and Sussex Medical School, publiée à l’occasion des cinq ans de la campagne, a abouti à un résultat souvent cité : environ 30 % des participants ayant maintenu la pratique pendant cinq ans ou plus ont fini par supprimer complètement la viande de leur alimentation.

Autrement dit, la campagne a fonctionné comme une porte d’entrée. Elle n’a pas converti par l’argumentation morale, mais par l’habitude : un lundi répété assez longtemps finit, dans un tiers des cas, par déborder sur le reste de la semaine. C’est exactement le mécanisme que visait la modestie initiale du dispositif.

COP30, novembre 2025 : la formule qui a fait le tour du monde

Seize ans après Bruxelles, McCartney remet le sujet sur la table avec une phrase qui circule immédiatement. Le 10 novembre 2025, il adresse au président de la COP30, le diplomate brésilien André Corrêa do Lago, une lettre écrite au nom de PETA, pour demander que le menu du sommet climatique de Belém soit intégralement végétarien.

Le texte contient la comparaison qui va faire le tour de la presse internationale : “ Servir de la viande lors d’un sommet climatique, c’est comme distribuer des cigarettes lors d’une conférence de prévention du cancer ! Je vous invite à montrer l’exemple et à rendre la conférence entièrement végétarienne. ” Il ajoute, sur le terrain amazonien : “ Protéger l’Amazonie, qui fait vivre la planète, doit être une priorité absolue pour les écologistes de toutes nationalités ; j’ai donc été choqué d’apprendre que seuls 40 % des aliments servis à la COP30 sont pour l’instant prévus végétariens. ”

Les loges, les stades et la cohérence imposée

Il y a un volet moins connu, et plus révélateur du caractère de l’homme : McCartney impose depuis des années des clauses alimentaires à ses tournées. Son contrat technique — le rider, ce document qui liste les exigences logistiques d’un artiste auprès des salles — prohibe la viande et les produits en cuir dans les zones de loges et de restauration des équipes. Des salles, en Amérique du Nord comme en Océanie, ont dû adapter leur restauration du personnel pour ses dates, parfois avec des remous locaux relayés par la presse.

On peut lire cela de deux manières. Comme une cohérence poussée jusqu’au bout, ou comme l’imposition d’un régime alimentaire à des salariés qui n’ont rien demandé. Les deux lectures sont défendables, et il serait malhonnête de n’en présenter qu’une. Ce qui est incontestable, c’est que la mesure n’est pas symbolique : elle a un coût logistique réel et elle est appliquée.

L’écologie : de la brochure de tournée à la lettre au Kremlin

1989-1990 : Friends of the Earth en première partie

Bien avant que l’écologie ne devienne un passage obligé du marketing musical, McCartney associe une organisation environnementale à une tournée mondiale. Le Paul McCartney World Tour de 1989-1990 — 103 concerts, son retour sur scène après une décennie d’absence quasi totale des stades — est mené en partenariat avec Friends of the Earth, au point que la tournée est couramment désignée, y compris sur les objets promotionnels d’époque, comme le “ Friends of the Earth World Tour ”.

Le support principal de ce partenariat est le programme de tournée lui-même : un livret de 98 pages distribué aux spectateurs, dont deux tiers sont consacrés aux réflexions de McCartney sur sa vie et sa carrière, le reste comprenant une présentation développée de la mission de Friends of the Earth. En 1989, faire lire à des dizaines de milliers de spectateurs de stade un exposé sur la déforestation et les pluies acides n’est pas un geste anodin.

Correctif factuel n° 6 — Un partenariat de communication, pas un sponsoring inversé

Les récits enthousiastes présentent parfois cette tournée comme “ financée au profit de Friends of the Earth ” ou comme une tournée dont les recettes auraient été reversées à l’association. Les sources disponibles ne documentent rien de tel : ce qui est établi, c’est l’association du nom, la présence de l’organisation sur les supports de la tournée et un espace éditorial substantiel dans le programme officiel. La nature exacte des flux financiers entre la tournée et l’ONG n’est pas documentée publiquement. Il faut donc écrire “ partenariat ” et non “ tournée caritative ”.

14 octobre 2013 : la lettre à Vladimir Poutine

C’est l’un des textes les plus intéressants jamais signés par McCartney, parce qu’il y déploie une tactique diplomatique plutôt qu’une indignation.

Le contexte : en septembre 2013, le navire de Greenpeace Arctic Sunrise est arraisonné par les garde-côtes russes après une action contre une plateforme pétrolière arctique. Trente personnes — vingt-huit militants et deux journalistes indépendants, bientôt connus sous le nom d’“ Arctic 30 ” — sont détenues et poursuivies pour piraterie, puis pour hooliganisme.

McCartney écrit à Vladimir Poutine le 14 octobre 2013 ; la lettre est rendue publique un mois plus tard, le 14 novembre. Il ouvre par un argument d’affection historique plutôt que de morale : “ Il y a quarante-cinq ans, j’ai écrit une chanson sur la Russie pour l’album blanc, à une époque où il n’était pas à la mode, pour des Anglais, de dire des choses aimables sur votre pays. ” La référence est évidemment “ Back in the U.S.S.R. ” (1968).

Il enchaîne sur la demande : “ Vladimir, des millions de personnes dans des dizaines de pays vous seraient immensément reconnaissantes si vous interveniez pour mettre un terme à cette affaire. ” Puis il défend l’organisation elle-même : “ le Greenpeace que je connais n’est très certainement pas une organisation antirusse… et par-dessus tout, ils sont pacifiques. ” Il prend soin de reconnaître la séparation formelle entre la présidence russe et les tribunaux, et conclut en souhaitant que les détenus puissent rentrer chez eux “ à temps pour Noël ”.

Les militants ont été libérés sous caution en novembre 2013, puis amnistiés en décembre. Attribuer cette issue à la lettre de McCartney serait absurde — la pression diplomatique internationale et l’approche des Jeux olympiques de Sotchi ont pesé infiniment plus lourd. Mais le texte reste un modèle de plaidoyer : capital sympathie d’abord, demande ensuite, respect des formes institutionnelles enfin.

2015-2018 : le climat mis en chansons

En septembre 2015, à l’approche de la COP21 de Paris, McCartney co-écrit et interprète “ Love Song to the Earth ”, single collectif de charité rassemblant une distribution improbable — Jon Bon Jovi, Sheryl Crow, Fergie, Natasha Bedingfield, Sean Paul, Colbie Caillat, Leona Lewis et d’autres. Les recettes sont destinées à la Fondation des Nations unies et à Friends of the Earth. L’objet musical n’est pas mémorable ; l’objet politique, lui, est calibré : une chanson de lobbying sortie six semaines avant un sommet climatique.

En 2018, sur l’album Egypt Station, il place “ Despite Repeated Warnings ”, une chanson en plusieurs mouvements — l’une des plus ambitieuses de sa production tardive — dont le récit maritime est une allégorie transparente : un capitaine refuse d’écouter les alertes et mène son navire vers l’iceberg, pendant que l’équipage envisage de le destituer. La cible est le climatoscepticisme politique, et la chanson a été largement lue comme une réponse au retrait américain de l’accord de Paris.

Avril 2020 : les marchés d’animaux vivants

Au printemps 2020, en pleine première vague de la pandémie de Covid-19, McCartney intervient dans l’émission de Howard Stern et qualifie les marchés d’animaux vivants chinois — les wet markets — de “ médiévaux ” et “ obscènes ”, appelant à leur fermeture. La déclaration, largement relayée, suscite un débat immédiat : ses critiques lui reprochent une généralisation visant un pays et une culture ; ses soutiens y voient une position de santé publique et de protection animale.

Pour un dossier honnête, il faut poser les deux choses : la position de McCartney est cohérente avec quarante-cinq ans de militantisme contre la mise à mort d’animaux, et la formulation qu’il a choisie — “ médiéval ” — appartient à un registre qui a nourri des amalgames dont il n’est probablement pas responsable mais qu’il n’a pas anticipés.

L’humanitaire par la scène : sept grands rendez-vous

Décembre 1979 : Kampuchea, ou l’invention du format

C’est le premier grand geste humanitaire de McCartney, et il fonde un modèle. Fin 1979, le Cambodge sort du régime des Khmers rouges dans un état de catastrophe humanitaire absolue. L’idée d’un concert de soutien circule : le promoteur américain Sid Bernstein — celui-là même qui avait amené les Beatles au Shea Stadium en 1965 — propose publiquement une réunion des Beatles au profit des boat people vietnamiens. La spéculation de presse fait le reste, et le secrétaire général des Nations unies, Kurt Waldheim, contacte directement McCartney.

McCartney accepte — sans réunion des Beatles — et confie l’organisation au promoteur Harvey Goldsmith. Le résultat : quatre soirées au Hammersmith Odeon de Londres, du 26 au 29 décembre 1979, avec une affiche qui est un instantané exact de la scène britannique au tournant de la décennie, du punk au rock de stade : Queen, The Clash, The Pretenders, The Who, Elvis Costello, Ian Dury and the Blockheads, Rockpile, The Specials, Matumbi, et Wings.

La dernière soirée, le 29 décembre, culmine avec le Rockestra : une formation d’une trentaine de musiciens réunie par McCartney, incluant Robert Plant, Pete Townshend, John Paul Jones et Linda McCartney. Un album et un EP paraîtront en 1981, ainsi qu’un film.

Il y a un détail que les chronologies caritatives négligent et que les biographies musicales soulignent : ce 29 décembre 1979 est le dernier concert de Wings. Le groupe ne remontera jamais sur scène ensemble ; l’arrestation de McCartney à Tokyo un mois plus tard, en janvier 1980, précipitera sa dissolution. Le plus grand geste humanitaire de sa décennie est aussi, à son insu, l’épitaphe de son groupe.

13 juillet 1985 : Live Aid et le micro muet

McCartney clôt la partie londonienne de Live Aid, à Wembley, par “ Let It Be ”. C’est son premier concert depuis cinq ans. Et c’est un quasi-désastre technique : son micro tombe en panne pendant les premiers vers, laissant le public et les téléspectateurs devant un Beatle au piano dont on n’entend pas la voix.

Bob Geldof a raconté la scène à plusieurs reprises, et son récit est devenu l’un des morceaux de bravoure de la mythologie Live Aid : “ Puis son micro lâche et Pete Townshend m’attrape d’un côté en disant « Allons l’aider ». David Bowie m’attrape de l’autre, et avec Alison [Moyet] on est allés chanter avec lui. ” Le final improvisé — McCartney entouré de Geldof, Townshend, Bowie et Alison Moyet — a sauvé la séquence et lui a donné, rétrospectivement, une puissance que la version prévue n’aurait pas eue.

Mars 1987 : Ferry Aid, et une participation qu’il faut expliquer

Le 6 mars 1987, le ferry Herald of Free Enterprise chavire au large de Zeebrugge, en Belgique : 193 morts. Le tabloïd The Sun organise une reprise collective de “ Let It Be ” sous le nom de Ferry Aid, produite par le trio Stock, Aitken et Waterman, enregistrée les 14, 15 et 16 mars et publiée le 23 mars 1987. Le single atteint la première place au Royaume-Uni, qu’il occupe trois semaines, se classe premier en Norvège et en Suisse, entre dans les dix premiers dans plusieurs pays européens et devient le treizième meilleur vendeur britannique de l’année 1987, certifié disque d’or au-delà de 500 000 exemplaires.

Correctif factuel n° 7 — McCartney n’a pas chanté sur Ferry Aid

C’est l’erreur la plus répandue de tout ce dossier, et elle figure dans d’innombrables listes de “ collaborations caritatives de Paul McCartney ”. La vérité est plus subtile et plus intéressante : la voix de McCartney présente sur le single Ferry Aid provient de l’enregistrement original des Beatles, réutilisée dans le montage. Autrement dit, il est crédité comme soliste, mais il ne s’est pas rendu en studio en mars 1987 pour cette session. C’est l’auteur de la chanson qui est présent par archive, pas l’interprète par nouvelle prise. Le détail compte : il distingue Ferry Aid des autres opérations collectives de l’époque, où les solistes venaient effectivement enregistrer à la chaîne — le bassiste Mark King le samedi matin, Paul King le lundi soir, et ainsi de suite.

1989 : Hillsborough et “ Ferry Cross the Mersey ”

Deux ans plus tard, une autre catastrophe frappe, cette fois au cœur de sa ville. Le 15 avril 1989, l’écrasement de la tribune de Leppings Lane lors d’une demi-finale de FA Cup à Hillsborough, à Sheffield, tue 96 supporters de Liverpool (un 97e décès sera rattaché à la catastrophe des décennies plus tard). La réponse musicale de Liverpool est une reprise de “ Ferry Cross the Mersey ”, l’hymne de Gerry & the Pacemakers, enregistrée par un collectif réunissant The Christians, Holly Johnson, Gerry Marsden et Paul McCartney, sous la production de Stock, Aitken et Waterman. Le single atteint la première place des ventes britanniques au profit du fonds de secours des victimes.

15 septembre 1997 : Music for Montserrat

Le 15 septembre 1997, au Royal Albert Hall, George Martin organise un concert au profit de Montserrat, l’île caraïbe dévastée par les éruptions du volcan de la Soufrière depuis juillet 1995. Le lien n’est pas abstrait : Martin y avait fondé les AIR Studios Montserrat, où une génération entière de musiciens britanniques avait enregistré. Le plateau est composé en conséquence — uniquement des artistes ayant travaillé sur l’île : Eric Clapton, Elton John, Sting, Mark Knopfler, Phil Collins, Jimmy Buffett, le calypsonien montserratien Arrow, et Paul McCartney.

McCartney y interprète quatre titres : “ Yesterday ”, l’enchaînement “ Golden Slumbers / Carry That Weight / The End ”, “ Hey Jude ” et “ Kansas City ”. Le concert rapporte 1,5 million de livres. George Martin poursuivra l’effort par la vente d’une lithographie en édition limitée qui rapportera 1,4 million de dollars supplémentaires, portant le financement du futur Montserrat Cultural Centre à près de 3 millions de dollars. Le bâtiment sera achevé en 2006 et fonctionne toujours.

C’est, dans toute la carrière caritative de McCartney, l’exemple le plus net de ce qu’un concert de charité peut produire de tangible : non pas un chèque dilué dans un budget d’ONG, mais un bâtiment identifiable, debout, sur l’île sinistrée.

20 octobre 2001 : le Concert for New York City

Le 11 septembre 2001, Paul McCartney se trouve dans un avion à l’arrêt sur le tarmac de l’aéroport JFK, prêt à décoller, lorsque les attentats surviennent. Il voit la fumée depuis le hublot. Il racontera que son père, pompier volontaire à Liverpool pendant le Blitz, lui est immédiatement revenu en mémoire.

Cet épisode a fait l’objet d’un dossier distinct sur Yellow-Sub : 11 septembre 2001 : ce que Paul McCartney a vu depuis le tarmac de JFK. Cinq semaines plus tard, le 20 octobre 2001, il est l’organisateur du Concert for New York City au Madison Square Garden, l’un des plus grands concerts de bienfaisance jamais montés : cinq heures et demie de spectacle, une salle largement occupée par les pompiers, policiers et secouristes de la ville et leurs familles, un plateau dominé par les contemporains britanniques de McCartney — The Who, David Bowie, Eric Clapton, Elton John, Mick Jagger et Keith Richards — et des artistes américains.

Le bilan financier est exceptionnel : plus de 35 millions de dollars collectés pendant la diffusion, auxquels s’ajoutent 275 000 dollars levés par une vente aux enchères associée. La totalité des recettes du concert et des projets dérivés est versée au Robin Hood Relief Fund, créé par la Robin Hood Foundation pour les victimes des attentats.

Pour l’occasion, McCartney écrit “ Freedom ”, chanson à refrain simple et martelé, créée ce soir-là. Le morceau divisera : ses défenseurs y voient un hymne de circonstance efficace, ses détracteurs une réponse musicalement paresseuse à un traumatisme collectif. McCartney lui-même l’a toujours défendue comme une chanson écrite dans l’urgence et pour l’urgence.

2 juillet 2005 : Live 8

Live 8, à Hyde Park, ne lève pas de fonds : c’est une opération de pression politique, calée sur le sommet du G8 de Gleneagles, au service de la campagne Make Poverty History pour l’annulation de la dette des pays pauvres. McCartney y occupe les deux positions les plus symboliques de la journée. Il ouvre le concert avec U2 sur “ Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band ” — Bono au chant, la boucle de 1967 à 2005 explicitement bouclée — et il le referme, tard dans la nuit, par un enchaînement “ Get Back ”, “ Drive My Car ” en duo avec George Michael, “ Helter Skelter ” et “ Hey Jude ”. Le concert, prévu pour se terminer à 21 h 30, s’achèvera vers 0 h 30.

Récapitulatif des grands rendez-vous caritatifs
Date Événement Cause Rôle de McCartney / résultat
26-29 déc. 1979 Concerts for the People of Kampuchea, Hammersmith Odeon Réfugiés cambodgiens (ONU / UNICEF) Initiateur, sollicité par Kurt Waldheim ; dernier concert de Wings ; Rockestra
13 juil. 1985 Live Aid, Wembley Famine en Éthiopie Clôture sur “ Let It Be ” ; panne de micro et final collectif improvisé
23 mars 1987 Ferry Aid, single “ Let It Be ” Naufrage du Herald of Free Enterprise (193 morts) Auteur de la chanson, présent par voix d’archive ; n° 1 UK, 3 semaines
1989 “ Ferry Cross the Mersey ”, collectif de Liverpool Fonds Hillsborough Participant ; n° 1 UK
15 sept. 1997 Music for Montserrat, Royal Albert Hall Éruption de la Soufrière, Montserrat 4 titres ; 1,5 M£ collectés ; financement du Montserrat Cultural Centre
10 avr. 1999 Concert for Linda, Royal Albert Hall Associations de défense animale Apparition surprise ; 5 000 spectateurs, salle vendue en une heure
20 oct. 2001 Concert for New York City, Madison Square Garden Victimes du 11-Septembre (Robin Hood Relief Fund) Organisateur ; création de “ Freedom ” ; plus de 35 M$ collectés
2 juil. 2005 Live 8, Hyde Park Make Poverty History / G8 de Gleneagles Ouvre avec U2, clôt le concert ; opération de pression, sans collecte
4 avr. 2009 “ Change Begins Within ”, Radio City Music Hall David Lynch Foundation (méditation à l’école) Tête d’affiche ; retrouvailles avec Ringo Starr après sept ans

Les mines antipersonnel : cinq galas, une association, une rupture

Adopt-A-Minefield, ou le déminage par abonnement

Adopt-A-Minefield est une association britannique créée dans les années 1990 par l’UNA Trust, structure liée à l’association des Nations unies du Royaume-Uni. Son principe est d’une efficacité pédagogique redoutable : au lieu de solliciter des dons pour une cause abstraite, elle propose aux donateurs d’“ adopter ” un champ de mines précis, identifié, localisé, et de financer son déminage jusqu’au bout. L’organisation a collecté, sur l’ensemble de son existence, plus de 17 millions de dollars, affectés au déminage humanitaire et à l’aide aux survivants dans neuf pays, dont l’Afghanistan, le Cambodge et le Vietnam.

Paul McCartney et Heather Mills en deviennent les parrains les plus visibles. L’implication de Mills n’est pas décorative : elle a perdu une jambe dans un accident de la circulation en 1993 et travaillait déjà de longue date sur la question des prothèses et de l’aide aux survivants de mines.

Les cinq galas californiens (2001-2005)

De 2001 à 2005, McCartney anime chaque année un gala de soutien en Californie. Le format est constant : un dîner de charité, une vente aux enchères, un présentateur de renom, et un concert où McCartney joue avec un invité de prestige différent chaque année. La liste mérite d’être donnée en entier, parce qu’elle constitue un chapitre méconnu de sa vie de scène :

Édition Date Lieu Invité principal
1re 14 juin 2001 Beverly Wilshire Hotel, Beverly Hills Paul Simon (présentation : Jay Leno)
2e 18 septembre 2002 Century Plaza Hotel, Los Angeles Brian Wilson (soirée “ Open Hearts Clear Mines ”)
3e 23 septembre 2003 Beverly Hilton Hotel, Beverly Hills James Taylor
4e 15 octobre 2004 Century Plaza Hotel, Los Angeles Neil Young (set de 12 titres)
5e 15 novembre 2005 Beverly Hilton Hotel, Beverly Hills Tony Bennett

Le gala de 2001 mérite une note particulière : c’est la première collaboration scénique entre Paul McCartney et Paul Simon. Deux des auteurs-compositeurs les plus vendus du XXe siècle, contemporains, voisins de catalogue, et qui n’avaient jamais joué ensemble avant qu’une association de déminage ne les réunisse dans une salle de bal de Beverly Hills.

La rupture et l’extinction

La série des galas s’interrompt après 2005, année de la séparation puis du divorce de McCartney et Heather Mills. L’histoire de l’association prend ensuite un tour moins glorieux. En 2006, Mills annonce publiquement son intention de reverser la “ grande majorité ” de son règlement de divorce — 24,3 millions de livres — à l’organisation. En septembre 2008, aucun fonds n’avait été versé à ce titre.

Côté britannique, le No More Landmines Trust, qui opérait sous le nom commercial Adopt-A-Minefield, est enregistré auprès de la Charity Commission le 8 août 2008 sous le numéro 1110770, puis radié le 20 janvier 2015, avec la mention “ a cessé d’exister ”. L’association n’a plus de site actif.

Correctif factuel n° 8 — Ne pas confondre les collectes des galas et le total de l’association

Le chiffre de “ plus de 17 millions de dollars ” circule souvent présenté comme le produit des concerts de McCartney. C’est faux : il s’agit du total collecté par Adopt-A-Minefield sur toute son existence, tous canaux confondus — dons individuels, mécénat, subventions, événements en Europe comme aux États-Unis. Le produit propre des cinq galas californiens n’est pas documenté de façon consolidée par une source primaire fiable, et il serait imprudent de l’estimer. Deuxième point à traiter avec précaution : la promesse de don de Heather Mills en 2006, restée sans effet en 2008, relève du contentieux personnel de l’après-divorce et ne doit pas être portée au débit de l’engagement de McCartney, qui a été, lui, effectif pendant cinq années consécutives.

Linda : le cancer, le nom, la mémoire

Avril 1998

Linda McCartney meurt le 17 avril 1998 à Tucson, en Arizona, d’un cancer du sein diagnostiqué en 1995 et devenu métastatique. Elle avait cinquante-six ans. Sa disparition oriente durablement la part “ santé ” de l’engagement caritatif de la famille, comme elle avait orienté sa part animalière de son vivant.

Le Linda McCartney Centre

Le Linda McCartney Centre est ouvert le vendredi 24 novembre 2000 au Royal Liverpool University Hospital. Ce n’est pas une unité de recherche fermée au public ni un mémorial : c’est un centre de traitement du cancer, doté d’une unité de cancer du sein équipée aux standards les plus récents de l’époque. Son coût de construction avoisine les 4 millions de livres, largement financés par une collecte populaire — le Forget-Me-Not Cancer Appeal — portée par les habitants de Liverpool.

Paul McCartney n’a pas pu assister à l’inauguration ; il a envoyé une lettre, s’en remettant à Cherie Booth, l’épouse du Premier ministre britannique, elle-même native de Liverpool, qu’il salue comme une “ compatriote scouse ”. Il a fait don d’un livre de cuisine dédicacé pour la vente aux enchères en ligne organisée au profit du centre, à laquelle Stella McCartney a contribué des pièces de sa collection Chloé. La famille a déclaré être honorée que le nom de Linda reste attaché à cet établissement de Liverpool.

Correctif factuel n° 9 — Le Linda McCartney Centre n’a pas été “ financé par Paul McCartney ”, et il n’a pas ouvert en 1998

Deux erreurs se cumulent dans la plupart des notices francophones. D’abord la date : on lit régulièrement 1997 ou 1998, la confusion venant de l’année de la mort de Linda. La date d’ouverture documentée est le 24 novembre 2000. Ensuite la source du financement : le centre n’est pas un don de Paul McCartney. Il a été financé à hauteur d’environ 4 millions de livres, pour l’essentiel par une souscription publique locale, le Forget-Me-Not Cancer Appeal. La contribution de la famille McCartney a consisté à autoriser l’usage du nom de Linda, à soutenir publiquement l’appel et à alimenter une vente aux enchères de bienfaisance. C’est une histoire de mobilisation populaire liverpudlienne à laquelle la famille McCartney a prêté un nom, et non une histoire de chèque de rock star.

Concert for Linda, 10 avril 1999

Un an après la mort de Linda, le 10 avril 1999, un concert hommage se tient au Royal Albert Hall. Il n’est pas organisé par Paul McCartney mais par deux amies proches de Linda, deux femmes engagées de longue date dans la cause animale : la chanteuse Chrissie Hynde, des Pretenders, et la scénariste Carla Lane. Les bénéfices vont à des associations de défense des animaux, en cohérence avec le militantisme de Linda, notamment avec PETA.

Le plateau réunit George Michael, les Pretenders, Elvis Costello, Tom Jones, Sinéad O’Connor, Des’ree, Heather Small, Johnny Marr, Neil Finn, Marianne Faithfull et Ladysmith Black Mambazo. Les 5 000 places partent en une heure. Paul McCartney fait une apparition surprise en fin de soirée : il interprète une reprise de Ricky Nelson que le couple aimait, puis un titre des Beatles de 1963 dont les autres artistes reprennent le refrain avec lui, avant un final collectif.

A Garland for Linda, 2000

Le geste le plus inattendu est musical et savant. A Garland for Linda, publié par EMI le 25 avril 2000, est un album de musique chorale commandé par le Garland Appeal, organisme de lutte contre le cancer, à dix compositeurs contemporains, en hommage à Linda McCartney. Le modèle est explicitement historique : il s’agit d’un pendant moderne de A Garland for the Queen (1953), recueil collectif dont Ralph Vaughan Williams fut l’une des figures.

Paul McCartney y contribue une pièce, “ Nova ”, d’une durée de 6 minutes 28, composée entre novembre 1998 et mai 1999 — c’est-à-dire dans les mois qui suivent immédiatement la mort de Linda. Il partage l’affiche avec John Tavener, John Rutter, Judith Bingham, David Matthews, Roxanna Panufnik, Michael Berkeley, Giles Swayne et Richard Rodney Bennett. L’enregistrement est confié au Joyful Company of Singers, dirigé par Peter Broadbent, à l’église All Saints de Londres, entre août et octobre 1999. Les recettes vont à la lutte contre le cancer.

Que le veuf d’une photographe rock américaine réponde au deuil par une commande de musique chorale sacrée en dit long sur la double appartenance culturelle de McCartney — celle du garçon de Liverpool formé au skiffle, et celle de l’auteur du Liverpool Oratorio (1991) et de Standing Stone (1997).

LIPA : la philanthropie la plus durable, et la plus discrète

Un lycée en ruine

En 1992, Paul McCartney revient visiter le Liverpool Institute for Boys, le lycée où il a été scolarisé — et où il a rencontré George Harrison — alors qu’il travaille sur son Liverpool Oratorio. L’établissement a fermé en 1985 ; le bâtiment est à l’abandon, en très mauvais état. McCartney décide qu’il faut le sauver.

Il n’est pas seul, et le raccourci selon lequel “ Paul McCartney a fondé une école ” mérite d’être nuancé. Mark Featherstone-Witty, qui avait participé à la création de la Brit School à Londres, réfléchit depuis 1991 à un établissement supérieur des arts du spectacle et cherche un lieu. C’est George Martin, le producteur des Beatles, qui met les deux hommes en relation. Le projet naît de cette rencontre : Featherstone-Witty apporte le modèle pédagogique et la compétence de gestion, McCartney apporte le bâtiment de son enfance, sa notoriété, son carnet d’adresses et une capacité de levée de fonds hors norme.

Sept ans, 20 millions de livres

La mise en place prend sept ans et coûte environ 20 millions de livres, réunis auprès de bailleurs publics, de fondations, d’entreprises et de donateurs privés. Le Liverpool Institute for Performing Arts ouvre ses portes à sa première promotion en janvier 1996, et est officiellement inauguré par la reine Élisabeth II en juin de la même année.

Correctif factuel n° 10 — Deux dates d’ouverture, et pas un chèque unique

On trouve indifféremment “ LIPA ouvre en janvier 1996 ” et “ LIPA est fondé le 7 juin 1996 ”. Les deux sont exacts et désignent deux événements différents : l’accueil de la première promotion d’étudiants a lieu en janvier 1996 ; l’inauguration royale, par Élisabeth II, a lieu en juin 1996. Par ailleurs, on attribue régulièrement à McCartney un don fondateur chiffré — le million de livres est le montant le plus souvent avancé. Les sources institutionnelles de LIPA ne confirment pas un versement unique de ce type : elles décrivent un budget de mise en place d’environ 20 millions de livres, rassemblé auprès de multiples bailleurs, dans lequel l’apport de McCartney est d’abord celui d’un mobilisateur de fonds et d’un garant de crédibilité. Écrire “ McCartney a financé LIPA ” est donc trompeur ; écrire “ McCartney a cofondé LIPA et lui a permis d’exister ” est exact.

Trente ans plus tard

Les chiffres disent l’essentiel. La première promotion de 150 diplômés de licence sort en 1998. Le millième diplômé est formé en 2004. En 2006, LIPA obtient le statut d’établissement d’enseignement supérieur. L’institution s’est depuis démultipliée : une école primaire LIPA en 2014, un lycée d’enseignement supérieur court (sixth form college) en 2016, un collège-lycée en 2021. Une enquête de 2017 sur le devenir des diplômés donnait 91 % d’entre eux en emploi, dont 83 % dans les arts du spectacle. L’établissement propose aujourd’hui une vingtaine de licences à plein temps et des masters.

Et surtout : McCartney revient chaque année. Il assiste aux cérémonies de remise des diplômes en tant que Lead Patron, y remet des distinctions honorifiques — les Companionships — et échange avec les promotions sortantes. Cette régularité, entretenue depuis trois décennies, est probablement la forme d’engagement la plus sous-estimée de sa biographie : elle ne produit ni images spectaculaires ni couverture mondiale, et elle est de loin celle qui a le plus d’effets vérifiables sur des vies individuelles.

Les engagements plus discrets

La méditation à l’école (2009)

Le 4 avril 2009, Paul McCartney est tête d’affiche du concert “ Change Begins Within ” au Radio City Music Hall de New York, au profit de la David Lynch Foundation, qui finance l’enseignement de la méditation transcendantale dans les écoles, notamment auprès d’enfants en situation de stress post-traumatique. Le plateau est hétéroclite — Moby, Sheryl Crow, Jerry Seinfeld, Eddie Vedder, Ben Harper, Mike Love, Donovan, Howard Stern — et la soirée est restée dans les annales pour une autre raison : McCartney y retrouve Ringo Starr sur scène, sept ans après leur dernière apparition commune. Il l’introduit d’un “ Ladies and gentlemen: Billy Shears ”, citation directe de Sgt. Pepper.

Le geste a un sens autobiographique évident : les Beatles avaient découvert la méditation transcendantale auprès du Maharishi Mahesh Yogi en 1967-1968, et l’épisode de Rishikesh reste l’un des plus commentés de leur histoire. Quarante ans après, McCartney soutient l’enseignement de cette pratique à des adolescents new-yorkais.

Une liste longue et éclatée

Au-delà des grandes campagnes, le registre des soutiens ponctuels de McCartney est vaste et documenté par les organisations bénéficiaires elles-mêmes : la Croix-Rouge, Comic Relief, War Child, Greenpeace, l’International Rescue Committee, Make Poverty History, la Elton John AIDS Foundation, Children with Leukaemia, le Great Ormond Street Hospital, le Teenage Cancer Trust, Cruelty Free International, Humane Society International, Animal Defenders International, la David Shepherd Wildlife Foundation, l’American Wild Horse Preservation Campaign, parmi des dizaines d’autres. On relève également, en 2004, une chanson donnée à la campagne américaine de soutien à la Birmanie et à la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi.

Pour un dossier sérieux, cette énumération a une limite qu’il faut dire : les bases de données de mécénat de célébrités agrègent des soutiens de nature très différente — un concert, une participation à un enregistrement, un objet donné à une enchère, une signature au bas d’une pétition. Elles ne permettent pas de mesurer un engagement. Elles disent seulement l’étendue du champ.

Lire l’engagement McCartney : cohérences, angles morts et contradictions

Ce qui tient sur la durée

Trois traits structurent tout le dossier, et ils sont remarquablement stables sur cinquante ans.

Le pragmatisme. McCartney ne demande presque jamais l’absolu. Meat Free Monday demande un jour, pas une vie. “ Save Cruelty Free Cosmetics ” demande une signature, pas un boycott. La lettre à Poutine demande une intervention, pas une condamnation. C’est une politique du seuil bas d’entrée, qui contraste frontalement avec le style militant de John Lennon — le bed-in, le slogan, la confrontation. Les deux méthodes ont leurs mérites ; celle de McCartney est conçue pour durer et pour être adoptée par des institutions.

La délégation à la structure. Il crée ou soutient des organismes plutôt qu’il ne produit des coups. LIPA, Meat Free Monday, Linda McCartney Foods : trois institutions autonomes qui survivent à l’attention médiatique et ne dépendent pas de sa présence quotidienne.

La constance de la cause animale. Depuis le milieu des années 1970, elle est le fil rouge. Elle irrigue tout le reste — l’alimentation, le climat, la mode via Stella, les tests cosmétiques, jusqu’aux clauses de contrat de tournée. Chez McCartney, l’écologie est une extension de la cause animale, et non l’inverse.

Les objections qu’il faut poser

Un dossier qui ne poserait que le positif ne serait pas un dossier. Quatre objections méritent d’être formulées, non pour démonter l’engagement mais pour le mesurer.

L’empreinte des tournées. Un artiste qui fait campagne sur le climat en produisant des tournées mondiales de stades — avec fret aérien de matériel, déplacements d’équipes et déplacements de public — s’expose à une contradiction que ses détracteurs soulignent régulièrement. McCartney a partiellement répondu par des mesures de compensation et par les clauses alimentaires de ses riders, mais l’ordre de grandeur reste défavorable et il serait malhonnête de ne pas l’écrire.

Le boycott chinois abandonné. Annoncer en 2005 qu’on ne jouera plus dans un pays pour des raisons éthiques, puis y jouer, affaiblit l’outil pour tous ceux qui l’emploient ensuite. On peut défendre le changement de position — l’isolement culturel est un instrument discutable — mais il n’a pas été assumé publiquement comme un revirement argumenté.

L’effet de halo militant. L’épisode de la banquise en 2006 a montré les limites de la vedette instrumentalisée : Danny Williams a eu beau jeu de dire que McCartney était “ utilisé par des groupes ”, parce que la préparation du dossier — les chiffres, les alternatives économiques proposées aux communautés côtières — n’était pas au niveau de l’exposition médiatique obtenue. La cause était défendable ; l’argumentation ne l’était pas toujours.

L’après-Heather Mills. La cause des mines antipersonnel, qui avait mobilisé cinq années consécutives de galas, disparaît du calendrier de McCartney après la séparation. C’est humainement compréhensible — c’était le combat de son épouse d’alors — mais cela indique que cet engagement-là était conjugal autant que personnel, ce qui n’est pas le cas de la cause animale, antérieure d’un quart de siècle et poursuivie sans interruption.

Le dernier mot revient à la chronologie

Il y a une mesure simple de la sincérité d’un engagement : sa durée hors caméra. Le végétarisme de McCartney a cinquante ans. Sa présence annuelle aux remises de diplômes de LIPA en a trente. Meat Free Monday en a dix-sept, et il y consacrait encore, en novembre 2025, une lettre à un président de COP. Ce sont des durées qui excèdent très largement la vie utile d’une opération de communication.

Chronologie de l’engagement de Paul McCartney

Année Fait
1966 Achat de la ferme de High Park, Mull of Kintyre, Écosse — le décor du basculement à venir.
v. 1975 Paul et Linda McCartney deviennent végétariens (récit des agneaux à High Park ; récit parallèle de la pêche).
26-29 déc. 1979 Concerts for the People of Kampuchea, Hammersmith Odeon ; dernier concert de Wings le 29.
13 juil. 1985 Live Aid, Wembley : “ Let It Be ” et la panne de micro.
23 mars 1987 Ferry Aid, “ Let It Be ” : n° 1 UK trois semaines, au profit des victimes de Zeebrugge.
1989 “ Ferry Cross the Mersey ” pour le fonds Hillsborough : n° 1 UK.
1989-1990 Paul McCartney World Tour en partenariat avec Friends of the Earth (103 concerts).
1991 Lancement de Linda McCartney Foods, fabriquée par Ross Young’s.
1992 McCartney revisite son ancien lycée ; rencontre avec Mark Featherstone-Witty via George Martin.
1993 “ Looking for Changes ” sur Off the Ground : chanson contre l’expérimentation animale.
janv. 1996 Ouverture de LIPA à sa première promotion ; inauguration royale en juin.
15 sept. 1997 Music for Montserrat, Royal Albert Hall : 1,5 M£ collectés.
17 avr. 1998 Mort de Linda McCartney, à Tucson (Arizona), d’un cancer du sein.
10 avr. 1999 Concert for Linda, Royal Albert Hall, organisé par Chrissie Hynde et Carla Lane.
25 avr. 2000 Sortie de A Garland for Linda (EMI) ; McCartney y signe “ Nova ”.
24 nov. 2000 Ouverture du Linda McCartney Centre, Royal Liverpool University Hospital.
14 juin 2001 Premier gala Adopt-A-Minefield, avec Paul Simon — première collaboration scénique des deux hommes.
20 oct. 2001 Concert for New York City, Madison Square Garden : plus de 35 M$ collectés ; création de “ Freedom ”.
2002-2005 Galas Adopt-A-Minefield avec Brian Wilson, James Taylor, Neil Young, Tony Bennett.
2 juil. 2005 Live 8, Hyde Park : ouverture avec U2, clôture du concert.
nov. 2005 Dénonciation du commerce chinois de la fourrure ; annonce d’un refus de jouer en Chine.
mars 2006 Sur la banquise des Îles-de-la-Madeleine contre la chasse au phoque ; débat sur Larry King Live face à Danny Williams.
juin 2009 Lancement de Meat Free Monday avec Mary et Stella McCartney.
4 avr. 2009 “ Change Begins Within ”, Radio City Music Hall : retrouvailles avec Ringo Starr.
3 déc. 2009 Discours au Parlement européen, Bruxelles : “ Less Meat = Less Heat ”, avec Rajendra Pachauri et Olivier de Schutter.
4 août 2010 Publication de Glass Walls, narré pour PETA (plus de 20 millions de vues).
14 oct. 2013 Lettre à Vladimir Poutine pour les “ Arctic 30 ” de Greenpeace (rendue publique le 14 novembre).
2014 Cinq ans de Meat Free Monday : étude de la Brighton and Sussex Medical School (30 % de pratiquants durables devenus végétariens).
sept. 2015 “ Love Song to the Earth ”, single collectif pour le climat (Fondation des Nations unies, Friends of the Earth).
2018 “ Despite Repeated Warnings ” sur Egypt Station : allégorie du climatoscepticisme.
23 oct. 2019 Clip animé de “ Looking for Changes ” pour PETA contre l’expérimentation animale.
avr. 2020 Appel à la fermeture des marchés d’animaux vivants chinois (émission de Howard Stern).
2021 Soutien à l’initiative citoyenne européenne “ Save Cruelty Free Cosmetics ”.
10 nov. 2025 Lettre au président de la COP30 : “ Servir de la viande lors d’un sommet climatique… ”

Questions fréquentes

Depuis quand Paul McCartney est-il végétarien ?

Depuis le milieu des années 1970, la date de 1975 étant la datation d’usage. Le récit qu’il donne lui-même situe le déclic dans sa ferme écossaise de High Park : la famille mangeait de l’agneau en regardant des agneaux jouer dans le pré. Il a également raconté une scène équivalente à la pêche. Sa justification est constante : “ c’est parce que nous aimons les animaux, c’est une question d’éthique, pas vraiment une question de santé ”.

Paul McCartney est-il végan ?

Non. Il est végétarien. Sa communication publique s’est fortement rapprochée du registre végan à partir des années 2010 — notamment avec PETA — et il a exclu le cuir de ses exigences de tournée, mais il n’a jamais revendiqué le véganisme pour lui-même. Sa fille Stella McCartney, en revanche, a bâti toute sa maison de mode sur le refus du cuir, de la fourrure et des matières animales.

Qu’est-ce que Meat Free Monday exactement ?

Une campagne lancée en juin 2009 par Paul, Mary et Stella McCartney, qui invite à ne pas consommer de viande une journée par semaine, le lundi. Son argument principal est climatique — “ Less meat = less heat ” — et sa force tient à sa modestie : elle est adoptable par des cantines, des entreprises et des collectivités qui n’auraient jamais adopté une consigne végétarienne.

McCartney a-t-il vraiment fait interdire la chasse aux phoques ?

Non. La chasse au phoque existe toujours au Canada. Son action de mars 2006 — la visite de la banquise avec Heather Mills et le débat télévisé face au premier ministre terre-neuvien Danny Williams sur CNN — a contribué à un climat d’opinion international qui a favorisé l’adoption, par l’Union européenne en 2009, d’un règlement interdisant la commercialisation des produits dérivés du phoque sur le marché européen, avec des exemptions notamment pour les communautés inuites.

A-t-il chanté sur le single Ferry Aid de 1987 ?

Pas au sens habituel. Il est crédité parmi les solistes, mais sa voix provient de l’enregistrement original de “ Let It Be ” par les Beatles, réutilisée dans le montage. Il ne s’est pas rendu aux sessions des 14-16 mars 1987. C’est l’auteur de la chanson qui est présent par archive, pas l’interprète par nouvelle prise.

Combien le Concert for New York City a-t-il rapporté ?

Plus de 35 millions de dollars collectés pendant la diffusion du 20 octobre 2001, auxquels s’ajoutent environ 275 000 dollars levés par une vente aux enchères associée. L’intégralité des recettes est allée au Robin Hood Relief Fund, créé par la Robin Hood Foundation pour les victimes des attentats du 11-Septembre.

Pourquoi les galas Adopt-A-Minefield se sont-ils arrêtés en 2005 ?

La série de cinq galas annuels californiens (2001-2005) coïncide avec la période du mariage de Paul McCartney et Heather Mills, elle-même amputée d’une jambe depuis un accident de 1993 et engagée de longue date auprès des survivants de mines. Les galas cessent avec la séparation du couple. L’organisation britannique — le No More Landmines Trust, opérant sous le nom Adopt-A-Minefield — a été radiée du registre des œuvres de bienfaisance le 20 janvier 2015.

Paul McCartney a-t-il financé le Linda McCartney Centre ?

Non, et c’est l’une des erreurs les plus tenaces sur le sujet. Le centre anticancéreux du Royal Liverpool University Hospital, ouvert le 24 novembre 2000, a coûté environ 4 millions de livres, réunis pour l’essentiel par une souscription publique locale, le Forget-Me-Not Cancer Appeal. La famille McCartney a autorisé l’usage du nom de Linda, soutenu l’appel et alimenté une vente aux enchères de bienfaisance. Paul McCartney n’a pas pu assister à l’inauguration et a envoyé une lettre.

Quelle est la date exacte du film “ Glass Walls ” ?

Le 4 août 2010, selon le site officiel de Paul McCartney. La date de 2009, très répandue dans la presse francophone, résulte probablement d’une confusion avec le lancement de Meat Free Monday la même année.

McCartney refuse-t-il toujours de jouer en Chine ?

Non. Il a annoncé ce refus fin novembre 2005 après avoir vu des images du commerce chinois de la fourrure, mais cette position n’a pas été maintenue dans la durée. Le présenter aujourd’hui comme boycottant la Chine relève de l’information périmée.

Quel est son engagement le plus durable ?

Sur le plan des effets vérifiables, c’est probablement le Liverpool Institute for Performing Arts : cofondé avec Mark Featherstone-Witty dans les murs de son ancien lycée, ouvert en janvier 1996, il a diplômé son millième étudiant dès 2004 et McCartney y assiste chaque année aux remises de diplômes en qualité de Lead Patron. Sur le plan de la longévité personnelle, c’est le végétarisme : un demi-siècle sans interruption.

Quelle est la différence entre son militantisme et celui de John Lennon ?

Une différence de méthode plus que de sincérité. Lennon pratiquait la confrontation symbolique — le bed-in, le slogan, la provocation médiatique, le retour de la médaille de MBE. McCartney pratique le seuil bas d’entrée et la construction d’institutions : une école, une marque, une journée hebdomadaire, une lettre respectueuse des formes à un chef d’État. La première méthode marque une époque ; la seconde s’installe dans la durée.

Glossaire

Terme Définition
Adopt-A-Minefield Association britannique de déminage humanitaire née dans les années 1990 au sein de l’UNA Trust, permettant à des donateurs de financer le déminage d’un champ de mines identifié. Plus de 17 M$ collectés sur son existence ; radiée du registre britannique en 2015.
Arctic 30 Les 28 militants de Greenpeace et 2 journalistes arrêtés par la Russie en septembre 2013 après une action contre une plateforme pétrolière arctique, poursuivis pour piraterie puis hooliganisme.
Beefless burger Steak végétal emblématique de la gamme Linda McCartney Foods, d’abord à base de protéines végétales texturées (1991), puis de protéine de blé à partir de 1993.
Companionship (LIPA) Distinction honorifique décernée chaque année par LIPA lors de la remise des diplômes, généralement remise par Paul McCartney.
Forget-Me-Not Cancer Appeal Souscription publique liverpudlienne qui a financé l’essentiel des quelque 4 M£ du Linda McCartney Centre.
Glass Walls Documentaire de PETA narré par Paul McCartney, publié le 4 août 2010, sur l’élevage intensif, le transport d’animaux vivants et la pêche industrielle.
High Park Ferme acquise par McCartney en 1966 sur le Mull of Kintyre, en Écosse ; décor du basculement végétarien du couple et du succès “ Mull of Kintyre ” (1977).
LIPA Liverpool Institute for Performing Arts : établissement supérieur des arts du spectacle cofondé par McCartney et Mark Featherstone-Witty dans les murs de son ancien lycée, ouvert en janvier 1996.
Meat Free Monday Campagne lancée en juin 2009 par Paul, Mary et Stella McCartney invitant à ne pas manger de viande le lundi, sur un argumentaire climatique (“ Less meat = less heat ”).
PETA People for the Ethical Treatment of Animals, organisation américaine de défense animale, principal partenaire militant de McCartney depuis les années 1990.
Rider Annexe contractuelle listant les exigences techniques et logistiques d’un artiste auprès d’une salle ; celui de McCartney prohibe viande et cuir dans les espaces de loges et de restauration des équipes.
Robin Hood Relief Fund Fonds créé par la Robin Hood Foundation pour les victimes du 11-Septembre, bénéficiaire de l’intégralité des recettes du Concert for New York City.
Rockestra Formation d’une trentaine de musiciens réunie par McCartney, apparue sur Back to the Egg (1979) et sur scène le 29 décembre 1979 pour le Kampuchea, avec Robert Plant, Pete Townshend et John Paul Jones.
Save Cruelty Free Cosmetics Initiative citoyenne européenne de 2021 visant à protéger l’interdiction européenne des tests cosmétiques sur animaux, soutenue publiquement par McCartney.
Wet market Marché d’animaux vivants ; McCartney en a demandé la fermeture en avril 2020, en des termes qui ont été discutés.

Bibliographie et sources

Sources primaires et officielles

  • Site officiel de Paul McCartney — pages “ Adopt-A-Minefield Benefit Galas ”, “ The Concert For New York City ”, “ Music For Montserrat ”, “ Change Begins Within ”, “ If slaughterhouses had glass walls… ”, “ Meat Free Monday – The Facts ” (paulmccartney.com).
  • Meat Free Monday — “ Paul’s speech takes Meat Free campaign to the heart of the European Parliament ” ; “ Paul McCartney urges COP30 to drop meat from its menu ”, 10 novembre 2025 (meatfreemondays.com).
  • PETA et PETA UK — “ Glass Walls ”, “ Paul McCartney Celebrates 10 Years of Glass Walls ” ; communiqué “ Paul McCartney Tackles Animal Experiments in New Music Video ”, 23 octobre 2019.
  • Greenpeace — texte de la lettre de Paul McCartney à Vladimir Poutine, 14 octobre 2013, publiée le 14 novembre 2013.
  • Liverpool Institute for Performing Arts — “ Our Story ” (lipa.ac.uk).
  • Charity Commission for England and Wales — No More Landmines Trust, n° 1110770.

Presse et documentation

  • CBC News — couverture canadienne de la controverse sur la chasse au phoque, mars 2006 ; “ Newfoundland premier in CNN showdown with Paul McCartney ”.
  • Billboard — couverture des galas Adopt-A-Minefield et du soutien à “ Save Cruelty Free Cosmetics ”.
  • NME, Euronews, VegNews — couverture de la lettre à la COP30, novembre 2025.
  • CNN, MusicRadar, Gold Radio — récits de la prestation de Live Aid du 13 juillet 1985 et témoignage de Bob Geldof.
  • The Beatles Story (Liverpool) — “ The Meat Free McCartneys: A Lasting Legacy ” ; “ Paul McCartney’s Activism ”.
  • The Beatles Bible ; The Paul McCartney Project — fiches de concerts et de chansons (Kampuchea 1979, Live Aid 1985, Montserrat 1997, Radio City 2009, “ Looking for Changes ”, “ Freedom ”).
  • Liverpool Beatlescene ; Liverpool John Moores University — documentation sur l’ouverture du Linda McCartney Centre, 24 novembre 2000.

Ouvrages de référence du dossier Beatles

  • Mark Lewisohn, The Complete Beatles Chronicle et Tune In — pour le cadre biographique et la période Liverpool Institute.
  • Barry Miles, Paul McCartney: Many Years From Now — pour les années Kintyre, le végétarisme et la vie avec Linda, en récit à la première personne.
  • Peter Doggett, You Never Give Me Your Money — pour l’économie de l’après-Beatles et le contexte des engagements publics.
  • Philip Norman, Paul McCartney: The Biography — pour la période Heather Mills et les galas Adopt-A-Minefield.

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