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Ringo Starr, l’étoile discrète qui brillait déjà loin de la batterie

Découvrez les 10 chansons qui révèlent le vrai talent de Ringo Starr, au-delà de la batterie. Compositeur discret, il a touché le cœur du public avec sincérité.

Trop souvent réduit au rôle du batteur des Beatles, Ringo Starr a signé des morceaux attachants, entre ballades tendres et refrains fédérateurs. De « Photograph » à « It Don’t Come Easy », il a prouvé qu’il savait écrire, chanter et toucher le public par sa simplicité et sa sincérité.


Pendant des décennies, l’imaginaire populaire a réduit Ringo Starr au rôle du batteur jovial qui ponctuait les envolées de The Beatles de ses roulements soyeux. Or, derrière le sourire fraternel et la signature rythmique reconnaissable entre mille, se cachait un compositeur attachant et un chanteur au timbre tendre capable de fédérer les foules. Dès qu’il s’est vu offrir un coin de lumière — au sein des Fab Four puis en solo — il a répondu par des chansons aux refrains chaleureux, souvent plus profonds qu’il n’y paraît.

Les dix morceaux qui suivent, enregistrés entre 1965 et 1997, illustrent la palette de cet auteur-interprète trop souvent mésestimé. On y découvre un mélodiste sensible, un chroniqueur du quotidien, un ami fidèle qui sait transformer une plaisanterie en tube planétaire. Surtout, on y entend la cohérence d’un homme déterminé à diffuser la bonne humeur — quand bien même les textes traitent d’addictions, de deuil ou de déceptions amoureuses. Tour d’horizon.


1. It Don’t Come Easy (1971)

Sorti au printemps 1971, « It Don’t Come Easy » est le premier single entièrement signé Richard Starkey et produit par George Harrison. Derrière son riff de guitare accrocheur et sa section de cuivres percutante, la chanson raconte le prix de la constance : “You gotta pay your dues if you wanna sing the blues.” Elle marque l’émancipation totale de Ringo après la fin des Beatles : numéro 4 des classements britanniques et américains, disque d’or en quelques semaines, elle prouve aux sceptiques qu’un batteur peut mener la danse sans filet.

Harrison, qui prête sa slide guitar mordorée aux couplets, encourage Ringo à enregistrer plus de quarante prises pour trouver le groove idéal. Le résultat, hybride de rock, de gospel et de pop cuivrée, ouvre la voie au succès solo du batteur : désormais, la presse cesse d’écrire « l’ex-Beatle » pour parler de lui et lui associe son propre répertoire.


2. Photograph (1973)

Coécrite avec George Harrison, « Photograph » naît en 1971 lors d’une croisière au large de la Méditerranée : les deux amis grattent des guitares acoustiques sous un ciel d’azur et immortaliseront l’instant dans un texte nostalgique (“All I’ve got is a photograph, and I realize you’re not coming back anymore”). Lorsque le morceau paraît en septembre 1973, il propulse l’album Ringo et grimpe directement à la tête du Billboard Hot 100 — un exploit pour un ex-batteur que l’on disait condamné aux seconds rôles.

Entre les chœurs angéliques d’Harrison, les cadrages de cordes signés Richard Perry et la batterie trépidante de Ringo, « Photograph » condense l’esprit du début des seventies : une mélancolie lumineuse, un regard tendre sur l’amitié perdue, les échos lointains de la guerre du Viêt Nam et l’envie d’avancer malgré tout. Le titre reste, un demi-siècle plus tard, la carte de visite incontournable de Ringo sur scène.


3. Back Off Boogaloo (1972)

Inspiré par l’accent virevoltant de Marc Bolan (T. Rex) qui ponctuait chaque phrase par “boogaloo !”, le batteur écrit « Back Off Boogaloo » après un dîner londonien arrosé. À l’aube du glam-rock, le single, produit et arrangé par Harrison, déboule avec un riff tranchant, des applaudissements superposés et des chœurs presque burlesques. Derrière l’énergie contagieuse, certains détectent un message sibyllin adressé à Paul McCartney — “Wake up, meat head” —, comme si Ringo réglait lui aussi ses comptes post-Beatles.

Peu importe le sous-texte, le public adore : numéro 2 au Royaume-Uni, Top 10 aux États-Unis, la chanson s’impose comme l’hymne non officiel des pistes de danse en 1972. Elle montre surtout que le sens du punch de l’ex-Beatle épouse parfaitement les exigences du rock spectaculaire de l’époque.


4. The No-No Song (1974)

Sur Goodnight Vienna, Ringo confie à l’auteur-compositeur Hoyt Axton le soin d’écrire un morceau satirique sur les stupéfiants. « The No-No Song » tourne la tentation en dérision : un ami colombien propose un “petit paquet de poudre”, une copine de San Juan vante “l’herbe des Caraïbes”, un camarade de Nashville pousse le whisky — Ringo décline tout, préférant des bananes et un soda. En pleine crise post-Woodstock, le ton enfantin masque un texte pour adultes : la dépendance guette derrière chaque sourire.

Le morceau atteint la troisième place du Billboard, prouvant que l’humour peut encore triompher alors que la contre-culture s’assombrit. Ringo, qui a traversé ses propres dérives, délivre un message de prévention sans pointer quiconque du doigt — une leçon d’équilibre restée d’actualité.


5. Octopus’s Garden (1969)

Au large de la Sardaigne, Ringo, fâché contre l’atmosphère tendue des Abbey Road Studios, se réfugie dans la cabine du capitaine du yacht de Peter Sellers. Le marin lui parle d’un jardin d’anémones où les pieuvres collectent des cailloux brillants. L’image devient chanson : « Octopus’s Garden ». George Harrison l’aide à parfaire la progression harmonique, mais le texte, joyeux, résolument enfantin, porte la griffe du batteur.

Enregistré au cœur d’un album crépusculaire, le morceau apporte une bouffée d’oxygène : bruit de bulles, rires filtrés, pédale wah-wah sous-marine, le tout cousu main par George Martin. C’est la dernière fois que Ringo chante un titre original des Beatles ; pourtant sa fraîcheur tranche encore aujourd’hui parmi les chefs-d’œuvre d’Abbey Road.


6. Don’t Pass Me By (1968)

Première composition de Ringo à figurer sur un disque des Fab Four, « Don’t Pass Me By » a commencé de naître en 1963, quand le batteur taquinait quelques accords sur un piano d’hôtel. Il la délaisse puis la ressort lors des séances chaotiques du White Album. Violon country, claves caribéennes et tempo bancal : le morceau ne ressemble à rien d’autre dans la discographie du groupe.

Son succès tient à sa naïveté assumée : la voix de Ringo n’essaie pas de rivaliser avec celles de Lennon ou McCartney ; elle raconte la crainte d’être oublié avec la sincérité d’un pote qui parle sans fard. Les années passant, « Don’t Pass Me By » gagnera le statut de curiosité culte, reprise par des groupes de bluegrass comme par des collectifs psychédéliques.


7. What Goes On (1965)

Lorsqu’on lui demandait s’il composait, Ringo répondait en riant qu’il proposait des airs “qui ressemblent toujours à un morceau déjà écrit”. Sur Rubber Soul, Lennon et McCartney l’associent pourtant au générique de « What Goes On » : la chanson, bricolée en 1963 puis ressortie deux ans plus tard, mêle country, rock et chœurs joliment dissonants. Ringo y assure la partie vocale principale et signe sa toute première mention officielle de co-auteur, modeste victoire pour celui qui se pensait condamné à n’être qu’interprète.

Le titre reflète l’atmosphère frondeuse de 1965 : on y croise la jalousie, l’incertitude et un refrain en cascade qui annonce les futures explorations de Revolver. Bien qu’il ne figure pas parmi les classiques radiophoniques du groupe, « What Goes On » rappelle que Ringo, même cantonné à la batterie, nourrissait déjà un univers musical personnel.


8. With a Little Help from My Friends (1967)

Au cœur de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, l’alter ego du Sergent présente son batteur-chanteur, alias Billy Shears, et lui confie « With a Little Help from My Friends ». Écrite par le duo Lennon-McCartney sur mesure pour la tessiture limitée de Ringo, la chanson devient un hymne à l’entraide. Sa sincérité provient en partie de la timidité du chanteur : Ringo a demandé que le tempo soit abaissé pour ne pas dérailler sur les notes les plus hautes, conférant au morceau une tranquillité accueillante.

Les harmonies serrées, la basse bondissante et l’orgue Hammond créent une impression de fraternité immédiate. En studio, Paul encourage Ringo d’un sourire ; John mime un applaudissement silencieux. Le public, lui, adopte instantanément le refrain. Joe Cocker en fera en 1969 une reprise enfiévrée qui hissera la chanson jusqu’aux sommets des charts, preuve que la simplicité de Ringo pouvait revêtir des habits soul.


9. Blindman (1972)

À la marge des bandes-originales hollywoodiennes, Ringo enregistre « Blindman » pour le western spaghetti éponyme, dans lequel il tient le rôle d’un desperado muet. Avec Klaus Voormann (basse) et Pete Ham (Badfinger, guitare), il bâtit un paysage sonore hypnotique : guitare slide, percussions sourdes, harmonica crépusculaire. Publiée en face B de « Back Off Boogaloo », la chanson passe inaperçue du grand public mais fascine les collectionneurs par sa tension quasi psychédélique.

On y entend un Ringo explorateur, capable de s’aventurer hors de la pop pour tutoyer le rock expérimental. La voix, discrète, se fond dans un décor aride, montrant qu’il sait se mettre au service d’une atmosphère plutôt que d’un hook radiophonique. Aujourd’hui, “Blindman” est régulièrement samplé par des producteurs downtempo à la recherche d’ambiances vintage.


10. Little Willow (1997)

Trois décennies après ses premiers succès, Ringo Starr affronte la disparition de son ex-épouse Maureen et la peine de leurs trois enfants. Paul McCartney lui rend hommage en écrivant « Little Willow », berceuse parue sur Flaming Pie. Or, la chanson appartient tout autant à Ringo, car elle reflète son art de consoler sans pathos. Arpèges de nylon, mellotron aérien, voix veloutée : l’arrangement rappelle la douceur qu’il a toujours incarnée dans le quatuor de Liverpool.

“Sleep, little willow, peace gonna follow,” murmure Paul, comme si Ringo chuchotait à ses propres enfants derrière la porte entrouverte. L’émotion est d’autant plus palpable que le batteur participe aux chœurs et encourage son ami à conserver la prise la plus brute. Au-delà du deuil, la chanson évoque l’héritage d’une génération : transmettre la bienveillance plutôt que la rancœur.


Un fil rouge humaniste

Du swing juvénile de 1965 aux confessions intimistes de 1997, ces dix titres tracent la géographie affective d’un musicien qui n’a jamais cessé de privilégier l’instant partagé. Ringo Starr n’a peut-être pas la virtuosité harmonique de McCartney, ni la profondeur mystique de Harrison, ni la verve acerbe de Lennon ; en revanche, il possède une authenticité chaleureuse qui fait tomber les défenses du public.

Son secret ? Cultiver la modestie–force : ne jamais verser dans la démonstration, mais toujours chercher le juste battement, la note qui rassure, l’accord qui fait sourire. Chaque fois qu’une tempête secoue le navire — séparation douloureuse, critique sévère, deuil inattendu — Ringo répond par une chanson qui encourage à tenir bon. Dans le grand roman des Beatles, il incarne la résilience souriante ; et ces dix titres témoignent que cette résilience peut, parfois, écrire quelques-unes des mélodies les plus attachantes de la pop.

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