À l’approche de ses 85 ans, Ringo Starr reste fidèle à son mantra peace and love, héritier du Summer of Love californien. Ce message, incarné avec sérénité et constance, reflète une philosophie de vie forgée par l’optimisme, la méditation et la bienveillance.
À l’aube de ses 85 ans, Ringo Starr ne cesse d’étonner. Non pas par quelque prouesse technique ou par une soudaine réinvention musicale, mais par la constance de son message : peace and love. Une devise qui dépasse aujourd’hui le simple slogan pour devenir l’essence même de ce qu’incarne l’ancien batteur des Beatles. Dans une interview récente accordée à l’Associated Press, Starr est revenu sur les origines de cette maxime qui rythme désormais chacune de ses apparitions publiques. Loin d’être une coquetterie hippie ou un gimmick de scène, il s’agit d’un véritable credo, nourri par un optimisme tenace et une foi absolue dans la lumière des choses.
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Un mantra plus californien qu’indien
Contrairement à ce que l’on pourrait croire — et à ce que de nombreux récits ont souvent laissé entendre — la devise peace and love ne trouve pas sa source directe dans le séjour indien des Beatles en 1968. Ce voyage à Rishikesh, auprès du Maharishi Mahesh Yogi, a certes marqué un tournant spirituel pour le groupe, notamment pour George Harrison, mais Ringo, lui, n’y a pas trouvé son mantra.
« Cela vient, pour moi, de San Francisco, là où étaient les hippies », explique-t-il simplement. Dans les rues fleuries de Haight-Ashbury, au cœur du Summer of Love, c’est là que Ringo a été frappé par cette vague d’amour libre et de pacifisme contagieux. « Ils étaient, bien sûr, de grands adeptes de la paix et de l’amour, et puis ça a changé. » Mais l’image est restée. Il retrouve récemment une photo des Beatles faisant le signe de la paix. « Je ne l’ai pas inventé, je l’ai juste repris. John [Lennon] était un grand défenseur de la paix et de l’amour, et c’est venu à moi », dit-il avec une humilité qui en dit long.
John et Ringo : la paix dans le sang
Il serait tentant de croire que peace and love est une simple prolongation du militantisme de John Lennon, dont le bed-in avec Yoko Ono et l’hymne Give Peace a Chance restent des monuments de la contre-culture pacifiste. Mais chez Ringo, cette philosophie prend une teinte différente. Moins politique, moins provocatrice, plus intérieure. Starr ne scande pas la paix, il l’incarne, comme une évidence tranquille.
Là où John Lennon hurlait pour être entendu, Ringo chuchote pour être compris. L’un écrivait des manifestes, l’autre médite. Et c’est peut-être ce contraste qui rend leur tandem si touchant a posteriori. Lennon ouvrait la voie, Ringo la suivait à sa manière, avec cette bonhomie désarmante, sans jamais faire de l’ombre à personne. Il n’est pas un idéologue : il est un passeur de lumière.
Méditation quotidienne et foi en la sérénité
Depuis 1992, Ringo Starr médite chaque jour. Cette régularité n’a rien d’un effet de mode ni d’un caprice de star vieillissante. Elle traduit une discipline intime, une recherche sincère de calme dans un monde qu’il qualifie lui-même de « fou ». Il ne s’agit pas d’échapper à la réalité, mais de créer en soi un espace de paix, que l’on puisse ensuite offrir aux autres.
« Je pense que c’est important chaque jour — et en ce moment le monde traverse une folie. Peut-être que cela aidera », glisse-t-il, presque comme une prière laïque. Il ne prétend pas changer le monde, mais il espère, à sa mesure, diffuser une étincelle. Peace and love, ce n’est pas un remède universel, mais une graine à semer.
L’optimisme comme boussole existentielle
« Je suis un optimiste, pas un pessimiste », affirme Ringo avec conviction. Et cette phrase, pourtant simple, est peut-être la plus importante de toute l’interview. Car si le monde du rock a souvent glorifié le cynisme, la colère, la révolte, Ringo, lui, a toujours incarné l’inverse : la joie, la constance, la fidélité.
Il ne nie pas les ténèbres — il les a connues, notamment durant sa jeunesse marquée par de graves problèmes de santé. Hospitalisé à 13 ans, il frôle la mort, reste alité pendant des mois. C’est là qu’il comprend l’importance de certaines choses : le corps, l’esprit, la patience, l’humour. Ces expériences, loin de l’aigrir, l’ont façonné. Il en a tiré une sorte de philosophie stoïcienne teintée de sagesse populaire.
« Je me sens positif », poursuit-il. « Pas tous les jours, et pas toute ma vie, mais certaines choses, je savais que j’en avais besoin, dès mes 13 ans. » Cette lucidité n’est pas naïve, elle est conquise. Chez lui, l’optimisme n’est pas un refus de voir la noirceur, c’est un choix volontaire de se tourner vers ce qui éclaire.
Une constance qui force le respect
Dans le monde très changeant du show-business, rares sont les figures aussi cohérentes que Ringo Starr. Depuis les années 1960, son image publique n’a pas varié. Il ne s’est pas renié, n’a pas sombré dans le cynisme, n’a pas cherché à déconstruire son mythe. Il l’a assumé, avec simplicité, parfois avec autodérision, toujours avec tendresse.
Chaque année, à son anniversaire, il invite ses fans à dire « peace and love » à midi, où qu’ils soient dans le monde. Une initiative modeste, mais profondément symbolique. Elle dit ce que la musique de Ringo a toujours dit : on n’a pas besoin de hurler pour être entendu, il suffit d’être sincère.
En tournée avec les All-Starrs : la fête continue
L’homme aux baguettes dorées n’a pas rangé ses toms. Bien au contraire. En juin 2025, il s’apprête à repartir en tournée en Amérique du Nord avec son All Starr Band. Une formation tournante où se croisent des musiciens de renom, tous unis autour du plaisir simple de jouer. Là encore, c’est moins le prestige que l’esprit qui compte. Ringo offre à son public un rock joyeux, accessible, généreux. Il ne cherche pas à briller seul, mais à faire briller le collectif.
Cette tournée est aussi un témoignage : celui d’une longévité rare, non pas fondée sur la nostalgie, mais sur l’amour sincère de la scène, des autres, de la vie. Car Ringo Starr, derrière ses lunettes fumées et ses blagues pince-sans-rire, reste profondément vivant, curieux, enraciné dans le présent.
Une leçon de vie en sourdine
Dans un monde saturé de discours, d’injonctions, de colères parfois légitimes mais souvent stériles, la figure de Ringo Starr offre un contrepoint apaisant. Il ne prêche pas, il propose. Il ne s’indigne pas, il invite. Son peace and love n’est pas une posture, c’est une manière d’être.
Loin de l’image un peu simpliste du « Beatle gentil », Ringo est un homme complexe, forgé dans l’adversité, resté debout sans jamais devenir amer. Il nous rappelle que la sérénité n’est pas une fuite, mais une conquête. Que la paix n’est pas une évidence, mais un travail. Et que l’amour, enfin, reste le plus puissant des langages.
Alors que l’été approche et que l’octogénaire s’apprête à souffler ses 85 bougies, on ne peut que saluer cette constance lumineuse, cet engagement sans tapage. Oui, Ringo Starr est un optimiste. Et à notre époque, cela relève presque de la résistance.













