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Une entrevue inoubliable avec George Martin

Mentor, second père ou cinquième Beatle : ce ne sont pas les appellations qui manquent pour définir Sir George Martin, réalisateur devant l’éternel. Et comme tout père de famille qui veille sur ses fils, Martin entretenait une relation privilégiée avec ses protégés.

 

Sir George est intimement lié à l’œuvre des Beatles, ce jeune groupe rejeté par les autres compagnies de disques britanniques dont il a su voir le potentiel. Remarquez, Martin avait déjà du vécu quand John, Paul et George sont apparus (en fait, c’est lui qui a remplacé Pete Best par Ringo).

 

Avant les Beatles, il avait travaillé pour la BBC et l’étiquette Parlophone, dont il était le patron depuis 1955. Martin avait réalisé chansons ou albums pour le compte de Matt Munro – qui allait chanter From Russia With Love (James Bond) -, du groupe The Vipers, de Peter Sellers ainsi que des orchestres de Ron Goodwin et de Johnny Spence.

 

Et en dépit de son horaire de travail frénétique avec le Fab Four dans les années 1960, Martin a trouvé le temps de travailler avec Gerry & the Pacemakers, Shirley Bassey et Ella Fitzgerald notamment.

 

Mais le réalisateur a néanmoins travaillé à maintes reprises avec McCartney après la rupture du groupe. Que l’on pense à Live and Let Die (Wings), ainsi que les duos de Macca avec Stevie Wonder (Ebony and Ivory) et Michael Jackson (Say, Say, Say).

 

Dans l’intimité des Beatles

 

Martin était-il demeuré proche des membres des Beatles? C’est ce que tout le monde dit. Et une entrevue que j’ai réalisée avec Sir George à la fin des années 1990 me laisse croire que cette intimité ne s’est jamais démentie.

 

À l’époque, Martin mettait en marché In My Life, un album de reprises des Beatles concocté par des musiciens (Jeff Beck, Céline Dion, Bobby McFerrin) et des acteurs (Robin Williams, Goldie Hawn, Jim Carrey).

 

Au bout du fil, après avoir discuté de l’album, on a, forcément, causé Beatles. Mais que demander à un type interviewé des milliers de fois sur le sujet et dont les réponses sont déjà archivées pour la postérité?

 

J’ai donc risqué une question hypothétique, ce que les journalistes font rarement. D’ordinaire, les interviewés rejettent les questions hypothétiques. Mais après 20 minutes de discussion, je sentais que le grand monsieur n’était pas du genre à se défiler.

 

George Martin en studio avec les Beatles en 1963George Martin en studio avec les Beatles en 1963  Photo :  Keystone/Hulton Archive/Getty Images

La question était donc : « Nous savons aujourd’hui où en sont Paul, George et Ringo, musicalement parlant. Selon vous, ou en serait John [décédé près de 20 ans tôt]? »

 

Après avoir noté que c’était une bonne question (c’est toujours angoissant, ça, pour un journaliste, car on ne sait jamais si la personne qui le dit le pense vraiment ou se moque gentiment parce que la question a été posée 100 fois), Martin a dit qu’il aurait dû mal à répondre, tant Lennon était insaisissable.

 

Et là, George Martin m’a transporté à la fin de l’année 1980, lors de sa dernière rencontre avec Lennon, quelques semaines avant sa mort. Il a souligné d’entrée de jeu : « Yoko was kept away » (« Yoko était tenue à l’écart »).

 

Électrochoc dans ma colonne vertébrale! D’entendre que, dix ans après la séparation des Beatles, Martin et Lennon devaient se rencontrer sans que Yoko Ono ne soit dans les parages en dit plus long que tous les bouquins écrits sur les Beatles. Si des gens doutent encore en 2016 qu’Ono fut la – principale – raison de l’éclatement du groupe le plus populaire au monde, n’en doutez plus.

 

Lennon venait de reprendre du service avec l’enregistrement du disque Double Fantasy et il était visiblement sous le charme des nouvelles technologies d’enregistrement. Martin m’a alors expliqué qu’ils étaient en train de souper à la résidence de Lennon à New York quand ce dernier a noté à quel point il aimerait réenregistrer certaines chansons des Beatles.

 

Martin avait alors souligné qu’il ne referait quand même pas un titre comme Strawberry Fields Forever.

 

Et Lennon avait rétorqué : « Particulièrement, Strawberry Fields Forever. »

 

C’était une des grandes qualités de Lennon, a souligné Martin. Son désir d’aller plus loin était l’un de ses moteurs de création.

 

Cela dit, si Martin était bien plus que le cinquième Beatle, tant son travail émérite s’est fait sentir auprès d’autres grands de la musique, ce monsieur dont la classe était une qualité innée était demeuré très proche de son groupe favori. Comme un père qui garde le contact avec ses enfants après qu’ils aient quitté la maison.

 

Quand Paul McCartney dit de George Martin qu’il était un second père pour lui, vous pouvez le croire sur parole.

Source : radio-canada

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