Tout a commencé il y a 50 ans jour pour jour… pas vraiment, mais vous voyez où je veux en venir.
Il y a un demi-siècle, le 7 février 1964, les Beatles ont atterri à New York pour jouer durant le Ed Sullivan Show. Ils navaient alors pas idée de limpact quils auraient sur nos vies.
Leur concert du 9 février 5 titres entendus par environ 73 millions d’Américains, 40 % de la population pourrait bien constituer la prestation la plus influente de l’histoire de la musique, celle qui a officiellement lancé la Beatlemania et inspiré une génération dadolescents à se laisser pousser les cheveux et jouer de la guitare. Les ondes de choc qui ont suivi ont tout bouleversé, de la pop à la mode en passant par la culture et la célébrité.
Mais, comme toutes les tempêtes, celle-ci nest pas apparue spontanément, elle est le résultat d’une série de circonstances, de coïncidences et de forces qui se sont réunies au bon moment. À lapproche du 50e anniversaire, il est temps de regarder les étoiles saligner pour célébrer ce groupe légendaire.
Sommaire
L’ASSASSINAT DE KENNEDY
Les années 60 ont commencé avec ce douloureux vendredi 22 novembre 1963 à Dallas (Texas). Le président des États-Unis, John F. Kennedy a été assassiné. Sa mort a laissé une nation titubante, brisée et en deuil. Cest tout un peuple qui avait besoin de réconfort, et les Beatles tombaient à point pour le faire.
Dailleurs, le jour du drame, la chaîne CBS avait diffusé un reportage de cinq minutes sur le groupe le deuxième dossier télévisé présenté aux États-Unis sur les Beatles , mais la rediffusion de la soirée a été annulée en raison de lassassinat du président. Une nouvelle diffusion le 10 décembre a suscité l’intérêt et a propulsé le titre I Want to Hold Your Hand, une amorce parfaite pour larrivée des Fab Four.
LA MORT DU ROCK
Dans les mois précédant la naissance des Beatles, le rock ‘n’ roll avait dépassé depuis longtemps son apogée de la fin des années 50. Elvis sétait éloigné de la scène pour jouer au cinéma, multipliant les navets du style de L’idole d’Acapulco. Chuck Berry venait de faire un passage entre les barreaux pour avoir enfreint la loi Mann, Little Richard senfonçait dans lhédonisme et la religion, et la carrière de Jerry Lee Lewis était restée en lambeaux après son mariage à sa cousine mineure. Un regard sur les Grammy Awards de 1964 suffit à raconter l’histoire: Henry Mancini remporte lenregistrement et la chanson de l’année pour Days of Wine and Roses, tandis que Barbra Streisand et Jack Jones gagnent dans les catégories des meilleures performances vocales. Le meilleur enregistrement de rock’n’ roll revient à April Stevens & Nino Tempo pour Deep Purple. Comparativement à ces tristes succès, les Beatles avec un style fort et un caractère forgé par les marathons de concerts dans les bars de Hambourg constituaient une bonne dose d’adrénaline à injecter dans le cur du rock sous le respirateur artificiel.
LES DÉPARTS DE STU SUTCLIFFE ET PETE BEST
Comme les chaînes, les groupes ont la force de leur maillon le plus faible. Dans les premiers jours des Beatles, Stu Sutcliffe était le bassiste et Pete Best le batteur.
Rencontré à l’école d’art, John Lennon a convaincu Sutcliffe d’acheter une basse et de rejoindre le groupe. Pete Best, dont la mère avait aménagé une petite salle de concert, a été enrôlé la veille de leur premier voyage à Hambourg, car il avait une batterie et quil était disponible. Aucun navait le profil et les compétences pour aller plus loin. McCartney et Stu Sutcliffe ne sentendaient plus. Pete Best et le reste du groupe ne partageaient que très peu daffinités. Sutcliffe a quitté la formation en 1961 pour rester à Hambourg et peindre, il meurt dune hémorragie cérébrale un an plus tard. Best a été remplacé par Ringo Starr dont le rythme et le tempérament joyeux étaient plus en harmonie avec le groupe. Et, avouons-le: «John, Paul, George et Ringo» sonne bien mieux que «John, Paul, George, Stu et Pete.»
L’INFIDÉLITÉ DE GEORGE MARTIN
Durant des années, le cadre dEMI entretenait des relations adultères avec sa secrétaire. Lorsque leur liaison est devenue publique, le supérieur de George Martin l’a puni en lui demandant de signer et denregistrer ces jeunes encore médiocres, afin dhonorer une faveur offerte à un éditeur qui convoitait les titres de Lennon et McCartney. Les astres se sont alors alignés. Martin, insatisfait des albums quil produisait, avait un défi à la taille de ses ambitions. Les Beatles, dont les précédents producteurs n’avaient pas su quoi faire, avaient enfin trouvé un mentor qui pourrait les faire rayonner.
LE FLAIR DED SULLIVAN
Lanimateur de télévision nétait peut-être pas larchétype du gars «cool», mais il avait du flair. En 1956, il a créé lémoi en présentant le nouveau venu de Memphis (Tennessee), le jeune Elvis Presley, lors de sa très populaire émission de variétés du dimanche soir. Le jour de lHalloween de 1963, Sullivan et son équipe se sont rendus à laéroport d’Heathrow à Londres, où ils ont assisté au retour des Beatles après une tournée suédoise. Le début de la Beatlemania sapparentait pour Sullivan à la frénésie entourant Elvis. Il a contacté le gérant du groupe, Brian Epstein, pour les inviter sur son plateau de télévision, moyennant une somme suffisamment rondelette pour que la formation ne puisse refuser ce passage chez l’Oncle Sam.
LA VISION DE BRIAN EPSTEIN
La proposition de Brian Esptein a été aussi audacieuse que celle de Sullivan: plutôt que doffrir un salaire important, il a conclu un accord avec le groupe pour trois semaines consécutives de concerts, un mouvement inspiré de la stratégie d’abnégation, lune des facettes du style dEpstein.Cet acteur raté dirigeait le département musique du magasin de ses parents lorsquil sest déplacé au Cavern Club pour voir jouer le groupe, il a tout de suite vu son potentiel. Il a apprivoisé ces jeunes indisciplinés, les amenant à troquer leurs vestes de cuir pour des costumes cintrés et des pantalons cigarettes. Il leur a même appris les bonnes manières, comme de saluer la foule. Il a travaillé sans relâche depuis les coulisses, alignant les concerts, se rendant à Londres à ses frais pour démarcher des étiquettes, veillant constamment à ce que les contrats soient convenables pour ses «garçons».
L’INDIVIDUALITÉ DU GROUPE
Alors que le groupe senvolait pour les États-Unis, Paul McCartney avait des doutes quant à leurs chances de percer en Amérique. «Ils ont leurs propres groupes, disait-il. Qu’allons-nous leur offrir quils naient pas déjà?» En vérité, les Beatles étaient bien plus novateurs quils ne le pensaient. Ils navaient pas de «leader»- chose rare pour lépoque (James Brown et The Famous Flames, Buddy Holly et The Crickets, etc.) -, et étaient tous musiciens et chanteurs, une autre bizarrerie dans un paysage parsemé de groupes tels The Ventures ou autre formation vocale. Ils ont écrit et enregistré leur musique, brouillant les codes dun marché dominé par des morceaux écrits à la chaîne et joués par des musiciens de studio. Mais Paul avait à moitié raison: les États-Unis étaient bourrés de talents, mais aucun qui ne ressemble aux Beatles.
Source : canoe













