En septembre, l’intégrale des Beatles sera enfin disponible en version remasterisée. Ces chefs-d’oeuvre retrouvent enfin l’éclat qu’ils n’auraient jamais dû perdre.
Certains attendaient cela depuis plus de vingt ans. Le 9 septembre prochain, tous les albums des Beatles ressortiront en version enfin remastérisée. Pour beaucoup, c’est l’équivalent musical de la rénovation de la chapelle Sixtine. Et il y a fort à parier que, dans une industrie du disque en pleine déliquescence, le déluge marketing beatlesien qui déferlera à la rentrée marquera le dernier coup d’éclat du CD, un format voué à disparaître, apparu, à l’origine, dans des conditions lamentables…
En 1987, Apple Corp. sort le catalogue Beatles en CD pour la première fois. A l’époque, les maisons de disques se goinfrent copieusement : les nouveautés se vendent par centaines de milliers, et tout le monde se rue sur le «fonds» dans un même désir de renouveller sa discothèque et de posséder enfin cette technologie vendue comme merveilleuse… Mais les majors ont décidé de ne pas se fouler outre mesure : il s’agit de tout rééditer dans de très médiocres versions, afin de pouvoir revendre les mêmes albums plusieurs fois en sortant régulièrement des produits améliorés : versions «de luxe», «anniversaire», «collector», «ultimate» avec ou sans «bonus» plus ou moins inédits, etc., le fin du fin étant la version «remastérisée». Inutile, donc, de vouloir trop se presser : le public, naïf, achète ce qu’on lui vend, et saura bien s’en contenter.
En conséquence de quoi, les CD sortis durant les années 80 sont un cauchemar d’audiophile. Sans relief ni dynamique, ces petites rondelles argentées prétendument miraculeuses sonnent en fait nettement moins bien que les vinyles ancestraux.
Les années passant, face à la grogne du public, tous les grands artistes ont vu leur catalogue remastérisé, nettoyé, transféré en CD dans des versions somptueuses. Rolling Stones, Bob Dylan, Led Zeppelin, Who, etc., les géants du rock ont enfin connu le traitement qu’ils méritaient… à l’exception des Beatles. Pour des raisons toujours complexes – incluant les rapports délicats entre Paul McCartney et Yoko Ono -, la maison Apple Corp. n’a jamais rien fait comme les autres. Durant vingt-deux ans, les amateurs du groupe n’ont donc pu se procurer que les lamentables versions CD des années 80 à un prix prohibitif (on ne fait jamais de promotion chez Apple, et on est toujours plus cher que les autres). Jusqu’à ce qu’on annonce en fanfare, il y a trois ans, la réédition de toute l’oeuvre du groupe, hélas reportée d’année en année.
Quatre ans durant, une escouade de techniciens triés sur le volet a travaillé aux studios Abbey Road à la restauration de ces albums. Pour ce faire, il a fallu allier la technologie la plus moderne au matériel le plus vintage. Le but étant de ne jamais trahir l’oeuvre originelle en succombant à la tentation de l’étalonner aux standards actuels. En d’autres termes, tout le monde est d’accord pour mieux entendre la basse serpentine de McCartney, mais il n’est pas question de faire sonner ces vestiges sixties comme des disques de Radiohead. D’ailleurs, les géniales trouvailles sonores de sir George Martin – ingénieur du son fascinant qui mettait en musique les idées souvent abstraites de Lennon et McCartney – n’ont aucunement besoin d’être reliftées : il suffit d’écouter Revolver ou Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band en version nettoyée pour réaliser à quel point la musique du groupe était en avance sur son temps.
Cette salve de rééditions * – tous les albums ainsi que les compilations bleues et rouges – immaculées devrait d’ailleurs complexer un paquet d’apprentis rockeurs, abasourdis devant le talent manifeste de ces pionniers inégalés. Ils sont peu à pouvoir suivre pareilles fulgurances…
Source : Nicolas Ungemuth / Le Figaro













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