Sir McCartney a vendu 4000 places de concert en sept secondes. Voilà qui coïncide trop mal ou trop bien avec les vie et ?uvre de ce père-la-pantoufle d’avant-garde.
Le 14 février, le Beatle Paul a vendu en sept secondes quatre mille places de concert à l?occasion de l?inauguration le 19 avril du New Joint, une nouvelle salle de concert de Las Vegas. Voilà du happening. Voilà du happening, dira-t-on, qui coïncide trop mal ou trop bien avec les vie et ?uvre du père-la-pantoufle, du Noël Coward baby-boomer Paul?
Trop mal parce qu?il est difficile d?associer une telle ferveur à une production aussi tiède, aussi sourde aux mouvements des avant-gardes qu?elle a traversées. Trop bien parce que pour cette raison même, il en va du Beatle Paul comme d?Elton John ou de Dire Straits. De la muzak pour Vegas.
Or, ce happening, qui connaît son affaire, sait qu?il est en effet à la fois paradoxal et logique mais pour des raisons absolument inverses.
Si Paul McCartney suscite la ferveur, c?est précisément qu?il incarne l?avant-garde pop, qu?il est celui par qui elle est pour l?essentiel advenue et c?est pour cette raison qu?il est paradoxal qu?il la suscite. Ni le Beatle John, ni le Beatle George n?ont su porter la création pop au point d?incandescence inventive où l?a menée Paul McCartney, le locataire de la famille Asher.
Aucun Beatle n?a autant que Paul McCartney, l?eût-il fait plus sourdement que l?auguste et rouquin barbu, que le tacite intouchable, ?uvré à l?inauguration de cette ère de confiance entre les formes de création contemporaine les plus novatrices et la culture pop qui caractérise les années Beatles.
Que l?on considère son apport à la musique des années 60 ou aux liens entre la musique et les autres disciplines, l?on ne peut qu?admettre que le Beatle Paul, avec quelques autres, Ray Davies, Brian Wilson, Bob Dylan, John Lennon, George Harrison, Syd Barrett, Pete Townsend, Colin Blunstone, Joe Meek, est le mainstream de la révolution musicale de l?époque.
Dans le film qui lui fut consacré dans les années 80, l?on voit un John Lennon fou de lassitude avouer à un fan persuadé que le sublime «Carry that weight» du sublime Abbey road n?est point de lui mais de Paul? Abbey road, ?uvre terrassante de modernité? ?uvre quasi au crédit de Paul, pépites à part («Something», «Come Together»?)?
Que l?on ne s?y trompe pas: s?il est bon, du point de vue de l?éthique rock qui est aussi et parfois surtout attitude, que le working class hero demeure pour l?éternité John Lennon, qu?il soit crédité des révolutions successives opérées en quelque cinq années par les Beatles, cela ne saurait qu?en partie tromper l?amateur de pop. Radicalité pétroleuse du côté du féal de la sublime Yoko Ono, radicalité souterraine du côté de l?amoureux de Linda: le monde du rock, une fois de plus opportunément attaché à «l?attitude» comme valeur, a choisi son camp. Celui des formes a matière à être plus hésitant?
Source : PAR EMMANUEL TUGNY













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