En dix jours, l?album «Love» s?est vendu à près de 30 000 exemplaires en Suisse.
«Love». Bien que la chose ne soit pas indiquée, le disque présente la musique du dernier spectacle homonyme du Cirque du Soleil – DR
Un nouveau Beatles dans les bacs! On croit rêver. Après dix jours de présence dans les magasins suisses, Love fait tilter la caisse. Déjà disque d’or (15 000 exemplaires), la galette est en voie d’atteindre le platine, soit le double de ventes! L’album de 26 titres n’a pourtant rien d’un disque de raretés oubliées, ni d’une compilation de plus. Juste un disque de remixes. Juste un succès.
Pourquoi? Trente-six ans après la fin du groupe, on peut toujours compter sur les fans. Chez EMI, qui distribue les Beatles en terre helvétique, le quatuor de Liverpool constitue le plus gros catalogue de ventes, aux côtés de Queen et des Pink Floyd. Quand on aime?
Mais ce n’est pas tout. A la différence des obscures vidéos d’archives qui sortent régulièrement sans faire grand bruit, Love bénéficie d’un gros support promotionnel, largement relayé par la presse. Et puis, c’est bientôt Noël.
Au fait, qui sont les acheteurs du CD? S’en emparent-ils les yeux fermés, ou ont-ils eu vent de sa genèse hors du commun? Une petite visite s’imposait aux abords des présentoirs. Lundi à la Fnac de Rive, l’heure n’est pas aux grandes affluences d’après bureau. Et pourtant. Un client au rayon disques? Devinez ce qu’il achète.
Aurélien passait par là, histoire de se faire plaisir. Love fera son affaire. Pour cet employé de l’Orchestre de chambre de Genève, le disque fait office de compilation. «Il y a des titres que je n’ai pas. C’est un bon petit medley. D’après ce que dit la presse, il comporte des versions retrouvées.» On scrute chacun des 26 titres. Aurélien les connaît tous. «J’ai beaucoup aimé quand j’étais plus jeune.» Le succès de ce disque? Notre interlocuteur ne s’en étonne pas. «Les Beatles peuvent encore sortir des albums, ça marchera toujours. Personnellement, je m’arrêterai lorsque j’aurai tous les titres.»
Le disque sous le bras, le client suivant file vers les piles de bouquins. Notre acheteur n’est autre que Maurice Aufair, le comédien. «C’est pour un cadeau.» Pourquoi celui-là, précisément? «J’ai toujours aimé les Beatles.» Et puis, il
y a eu «assez de tapage» dans les médias. «Il s’agit d’une compilation remixée, dans laquelle on retrouve l’esprit des débuts.»
Nouveau? Pas nouveau? Un vrai mystère, ce Love. Heureusement, pour informer les clients, Yann est à son affaire. Pour ce vendeur spécialisé dans les musiques pop, le phénomène commercial a commencé avec le reportage de la TSR diffusé la semaine dernière.
Projet inclassable
Qui achète le disque? «Ce sont en général des personnes qui ont passé la moyenne des 40-45 ans, et qui n’ont rien acheté des Beatles depuis longtemps.» Un nouveau disque qui ne l’est pas. Comment présenter la chose? «C’est un peu compliqué», poursuit Yann. «J’ai des clients qui cherchent le CD de George Martin (le producteur des Beatles). Il faut leur expliquer que ce n’est pas le bon. Et ce n’est pas non plus un best-of, lesquels existent en abondance.»
Lancée dans l’affaire à l’instar des Manor, City Disc et Media Markt, la Fnac a opté pour un étalage plutôt discret. Ici, les Love n’arrivent pas par palettes. «Les ventes ont démarré mollement, précise Yves Hehlen, responsable des achats pop à la Fnac. C’est un projet assez opaque, inclassable. Le distributeur ne savait pas comment vendre le produit. On avait très peur que ça ne marche pas du tout. Une collection de remixes, on sait ce que cela peut donner!» Dernier ratage en date, Let it be? Naked, qui optait pour un habillage minimaliste des morceaux d’origines. «Un résultat presque à l’identique des anciens enregistrements. Cette fois-ci, en revanche, la transformation est intéressante.»
Et le disque de faire mieux que Robie Williams. En comparaison, ce dernier n’a dépassé le double platine (60 000 albums vendus) qu’après plus d’un mois. De bric et de broc, la beatlemania fait ainsi toujours rage.
Bidouillages pour un spectacle
Qu’est-ce donc que ce Love? Voudrait-on nous faire prendre des vessies pour des lanternes? Question de point de vue.
Fort de ses 26 titres, classiques parmi les classiques tels que Get Back, Help! ou Hey Jude, le disque échappe à la valse douteuse des éditions de fonds de tiroir. Conçu pour le dernier spectacle du Cirque du Soleil intitulé Love, en mémoire de George Harrison, l’album a les qualités et les défauts de son usage original. Efficace, certes, mais un peu vain.
Découpés, recollés puis rehaussés d’effets sonores spectaculaires ? cris des foules en délire, échos et autres bidouillages sonores pour faire monter la sauce ? l’ensemble est un pot-pourri agréable à l’oreille, parfois surprenant. Gros avantage d’un tel produit? De prestigieuses signatures. Bien qu’ils ne soient pas
directement impliqués sinon pour des questions pécuniaires, Paul McCartney et Ringo Starr ont approuvé le projet. Côté réalisation, le fameux producteur des Beatles George Martin et son fils Giles sont aux manettes. George Harrison n’est plus, mais son ami Guy Laliberté, fondateur du Cirque du Soleil, n’a pas raté le coche. Et Yoko Ono à la tête des descendants de John, George & Co d’applaudir chaudement à cette bonne affaire.
Source : fabrice gottraux












