Imagine, Revolution, Give peace a chance. Les chansons de Lennon sont passées à la postérité, et, pour certaines d’entre elles, à la publicité. Quitte à diluer au passage la force du message, ô combien politiquement engagé, de leur auteur.
The U.S. vs. John Lennon part donc à l’exploration des années new-yorkaises de Lennon, à des années lumière de la pop douce et acidulée des Beatles. Période artistique, amoureuse, et politique, de 1966 à 1976, Lennon n’aura de cesse de démontrer l’inutilité de la guerre et de démonter la vacuité des discours politiques l’entourant.
L’incroyable popularité de Lennon n’a bien sûr pas laissé les services secrets américains indifférents. Inquiétés par la vigueur de l’opposition pacifiste de la population américaine, des hippies aux anciens combattants, les membres des services secrets et de l’administration Nixon tentent de museler John et Yoko.
Les journalistes Carl Bernstein et Walter Cronkite, l’ancien gouverneur de New York Mario Cuomo, l’ancien candidat démocrate à la présidence des États-Unis, George McGovern, tous racontent comment le musicien plus célèbre que le Christ a ébranlé les autorités. La tentative pour expulser John et Yoko des États-Unis est à cet égard l’un des faits les plus parlants.
David Leaf et John Scheinfeld ne se sont pas contentés d’explorer les voies politiques de Lennon, ou de tendre le micro à des commentateurs ou témoins, si excellents soient-ils. Le film se penche aussi sur la légende qu’était déjà de son vivant Lennon. Sur sa rencontre avec la performeuse Yoko Ono, leur mariage, leur lune de miel, leur bed-ins, leurs voeux pacifistes pour Noël… le documentaire offre une mise en perspective de cette décennie décisive pour John Lennon.
Le spectateur découvre (ou revit) les convictions antimilitaristes de John Lennon, ses ambitions musicales, artistiques, mais aussi son incroyable sens de l’humour. Pas de voix off dans le documentaire : le fil conducteur est tracé par la voix et la musique de Lennon.
The U.S. vs. John Lenno redonne vie à Lennon. Yoko Ono, omniprésente dans les archives, invitée parmi les commentateurs et témoins à commenter cette période de sa vie, a affirmé que ce film est, parmi tous ceux qui lui sont consacrés, celui que Lennon aurait préféré.
Leaf (rodé au documentaire sur les poids lourds du rock) et Scheinfeld ne se laissent pas écraser par le poids du mythe Lennon. Ils montrent habilement un visage de Lennon plus étoffé que celui qui est habituellement brossé de la pop star. Ils évitent le déjà-vu, tant dans le choix des images d’archives que dans la lecture qui en est proposée. L’homme nous touche en plein coeur. Et son combat offre un écho indispensable aux engagements d’autres artistes, contre une autre guerre.
Source : Anabelle Nicoud / La Presse













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