Un documentaire américain inédit, The U.S. Versus John Lennon, très bien accueilli à la 63e Mostra de Venise, réussit l’exploit de dénoncer la guerre menée par les États-Unis en Irak, tout en racontant le combat du musicien John Lennon contre la guerre du Vietnam.
En 99 minutes, ce film de David Leaf et John Scheinfeld, chaleureusement applaudi par la presse lors de sa première projection jeudi dans la section «Horizons» (films novateurs), fait revivre l’ambiance de la fin des années 60 dans des États-Unis cruellement divisés par la guerre du Vietnam.
Curieusement, ce documentaire, mi-chronique de l’époque hippie, mi-portrait empathique de Lennon, décrit comme un humaniste et un pacifiste acharné, est un véritable manifeste contre la très actuelle guerre en Irak, car les critiques formulées contre l’engagement américain au Vietnam y semblent d’une brûlante actualité.
Les spectateurs ne s’y sont pas trompés: ils ont longuement applaudi l’unique mention du président américain George W. Bush dans le film.
«John Lennon incarne la vie, alors que (les présidents américains), M. Nixon et M. Bush, incarnent la mort», y affirme l’écrivain américain Gore Vidal.
Très rythmé, The U.S. Versus John Lennon combine images d’archives et interviews souvent passionnantes d’une trentaine d’intellectuels, de journalistes -Tariq Ali, Carl Bernstein, Walter Cronkite, Noam Chomsky -, d’activistes de gauche, mais aussi d’ex-agents secrets, ainsi que de sa compagne, l’artiste japonaise Yoko Ono.
Le film raconte comment «le plus intelligent» des quatre Beatles, le mythique groupe de musique pop britannique des Sixties, s’est peu à peu converti en «ennemi» de l’État américain, où il avait élu domicile.
En dénonçant inlassablement l’engagement des États-Unis dans la guerre du Vietnam, avec pour seules armes sa guitare, son esprit rebelle et son génie poétique, John Lennon est «entré en conflit direct» avec l’administration du président Richard Nixon, explique le film.
All You Need is Love, chantait-il déjà en choeur avec Paul Mc Cartney en 1966, affirmant par goût de la provocation que les Beatles étaient «plus populaires que Jésus», ce qui fit scandale dans le monde entier, mais aussi prônant «la paix partout».
Tout en prêchant une «révolution pacifique», John Lennon, installé à New York, se lie avec des militants d’extrême gauche, tels que le fondateur des Black Panthers, Bobby Seale, accentuant encore la méfiance de l’administration américaine.
Surveillé, voire «harcelé» par le FBI, qui avait mis son téléphone sur écoutes et le faisait suivre dans la rue, selon Yoko Ono, il «devait être neutralisé», estimait-on dans les plus hautes sphères de l’État, martèle le film dès son prologue.
«Si quelque chose devait m’arriver, à moi ou à Yoko, ce ne serait pas un accident», confie-t-il alors à l’un de ses proches. Une procédure d’expulsion sera intentée contre lui en 1972, avant d’échouer.
Le regard tantôt buté, tantôt serein derrière des lunettes rondes à fine monture, le nez aquilin et les cheveux longs invariablement partagés par une raie, John Lennon est incroyablement présent tout au long du film.
Nombre de séquences le montrent exubérant et rebelle, engagé dans une forte relation affective, intellectuelle et créative avec l’anticonformiste Yoko Ono.
Très musical, The U.S. Versus John Lennon est aussi un kaléidoscope de quelque 50 chansons de l’ex-Beatles, dont les textes prennent un relief particulier, associées aux images des marches pacifistes et des meetings politiques de l’époque.
John Lennon a été assassiné à New York le 8 décembre 1980
Source : Rébecca Frasquet / AFP












