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Quinze minutes avec Sir George

Passionné des Beatles, Michel Rivard a non seulement vu le spectacle LOVE deux fois plutôt qu’une, mais il a aussi eu un entretien avec Sir George Martin. Rencontre entre le cinquième Beatle et un artiste «fébrile comme un til-cul».
Je débarque dans le paradoxe Vegas en pleine chaleur insupportable d’après-midi, soufflé pour la seconde fois de ma vie par l’absurdité délirante de ce non-lieu culturel, de ce château de carton-pâte élevé à la gloire du kitsch, où Paris, New York, Venise et la Rome Antique deviennent de méga-complexes de jeu débilisant et de divertissement haut-de-gamme. Pourquoi y retourner alors ? Parce que ce luxuriant oasis de fausseté est le seul endroit au monde où sont financièrement possibles des spectacles comme le Kà de Robert Lepage et le LOVE des Beatles, les deux folies les plus hallucinantes de notre Cirque du Soleil. Je dis «notre» avec fierté et sans cynisme aucun.
Me voilà donc, venu rejoindre ma journaliste de blonde dans sa mission radio-canadienne. L’année dernière c’était pour Kà, cette fois, c’est pour LOVE. Ça fait à peine dix minutes que je gèle dans l’hyperclimatisation du Mirage quand je la retrouve au buffet et qu’elle me lâche le morceau : elle a obtenu une audience privée de 15 minutes avec Sir George Martin et son fils Giles et elle m’offre de faire moi-même l’entrevue. Méchant cadeau ! Je me revois tout à coup dans le sous-sol de mon adolescence, la pochette de Revolver à la main, écoutant Eleanor Rigby pour la cinquième fois consécutive et m’extasiant sur l’arrangement des cordes et le son de la voix de McCartney… Sir George, le cinquième Beatle, le maître-d’oeuvre, le metteur-en-son génial qui a réussi à faire tenir Sgt. Pepper sur un humble quatre pistes !

Plus tard, dans la soirée, Dominic Champagne me raconte les heures innombrables qu’il a passées en compagnie de Sir George et de son fils Giles à concocter l’époustouflante bande sonore de LOVE. Il me parle d’un homme humble et affable, d’un fils attentionné et d’un émouvante relation de travail. L’artisan de génie qui refile à son successeur le secret de ses plus belles pièces. «Parle-lui de Strawberry Fields, me dit Dominic, c’est sa chanson des Beatles préférée…»
Je dors tant bien que mal quelques pauvres heures, fébrile comme un ti-cul. À midi trente pile, nous sommes devant la porte de la suite. L’attachée de presse nous ouvre, nous fait pénétrer dans le luxueux séjour et nous présente…Doninic avait raison, on peut avoir contribué à l’oeuvre qui a redéfini la musique populaire au XXe siècle et rester humble, gentil, drôle et souriant, même après 50 ans de carrière et deux millions d’entrevues. La grande classe.
Je joue au journaliste, ma blonde au preneur de son, je pousse un petit rire nerveux et je plonge…
– Michel Rivard: Quelle a été votre réaction initiale à l’annonce de ce projet ?
– George Martin : La surprise ! Je me suis dit my goodness quelle idée extraordinaire, quel défi magnifique ! Tout ce que je savais c’est qu’Apple et le Cirque s’étaient entendus et que nous devions fournir 95 minutes de musique à partir des bandes originales des Beatles, de leurs voix et de leurs instruments. Nous pouvions, Giles et moi, utiliser tous les sons que j’avais créés pour eux depuis 1962. C’était un mandat très large, mais qui venait avec une énorme responsabilité, car on peut facilement devenir fou avec tout ce matériel. Il fallait d’abord plaire aux principaux intéressés, alors avant même de travailler avec les gens du Cirque, nous avons produit une maquette de 12 minutes de ce que nous imaginions pour ce spectacle. Paul, Ringo et Yoko ont adoré. En fait, Paul m’a dit: « Tu as fait quelques far-out things, mais tu pourrais même aller plus loin ! « C’était rassurant.
– Michel Rivard: Comment vous êtes-vous senti en repassant les enregistrements au peigne fin ?
– George Martin : Ce fut très excitant. Avec Giles, nous avons tout réécouté et imaginé ce que nous pouvions faire avec ces sons et nous avons finalement construit 27 chansons principales avec au delà de 130 extraits différents. On devrait même faire un concours pour les identifier…
– Giles Martin : …et le gagnant viendrait en vacances à Montréal aux frais du Cirque du Soleil (rires). Ce fut une expérience extraordinaire de rapasser à travers tout ce que papa avait réalisé dans les années soixante et de m’apercevoir à quel point cette musique est actuelle et bien enregistrée. On me dit que ce que j’ai fait avec est moderne, mais c’était déjà moderne à la source. J’ai même réussi à surprendre papa avec des sons dont il ne se souvenait pas.
– Michel Rivard: Giles, vous êtes né en soixante-neuf, l’année de la dissolution du groupe. Quand avez-vous découvert leur musique et l’apport important de votre père ?
– Giles Martin : Ma soeur et moi n’avons pas été élevés dans une maison où on écoutait les Beatles sans arrêt et où les murs étaient recouverts de souvenirs du groupe. Dans les années soixante-dix, mon père essayait de se détacher de ce qu’il avait fait avec les Beatles et de progresser, ce qu’il a toujours voulu faire. C’est donc sur le tard que j’ai découvert et aimé leur musique et que j’ai pu apprécier le fait qu’elle était complexe sans être prétentieuse, une réussite extraordinaire.
– Michel Rivard: Sir George, pour la plupart d’entre nous, votre association avec les Beatles possède une qualité magique. Quel album ou période représente votre meilleur travail sur le plan de la collaboration ?
– George Martin : Ce fut une évolution graduelle. Au début, à l’époque de Love Me Do, leur musique était assez primitive et mon rôle se limitait à la structurer et à la préparer à l’enregistrement. Puis, après cette première phase, je me suis mis à contribuer à l’arrangement avec des parties de clavier et nous sommes devenus une sorte de groupe à cinq. Avec Rubber Soul et Revolver, leur musique est devenue plus réfléchie, plus complexe. Mais ce n’est que quand ils ont arrêté de faire des tournées que nous avons pu vraiment prendre le temps de créer en studio et qu’ils se sont réalisés pleinement. Sgt. Pepper est le premier album pour lequel nous n’avions aucune limite de temps. La porte était ouverte pour All You Need Is Love, Magical Mystery Tour, The White Album et finalement, Abbey Road, que je considère leur chef-d’oeuvre, avec tant de chansons intéressantes. Ce fut un voyage extraordinaire et en réécoutant toute cette musique, comme le dit Giles, on ne peut que s’émerveiller devant le travail que les boys ont accompli. They were a great band. Ce qu’ils ont réussi ensemble dépasse tout ce qu’ils ont produit individuellement…
– Michel Rivard: Dominic Champagne m’a confié que vous aviez un faible pour Stawberry Fields. Est-ce vrai ?
– George Martin : Tout à fait. Je me rappelle quand je l’ai entendue la première fois. John est arrivé en studio avec cette nouvelle chanson. Je me suis assis sur un tabouret et il me l’a chantée, seul avec une guitare accoustique et cette voix extraordinaire que pourtant il n’aimait pas ( Sir George m’en fredonne quelques mesures )… J’en avais des frissons. Je lui demande ce qu’il veut faire avec cette magnifique chanson et il me répond : «Well, that’s your job, isn’t it ! »
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Après de chaleureuses poignées de main, quelques photos pour se prouver qu’on ne rêve pas, ma blonde et moi nous retrouvons propulsés dans les couloirs surgelés de Babylone. Deux jours plus tard, après deux fabuleuses représentations de LOVE et des centaines de chansons des Beatles, je me rends compte que ce qui me revient le plus souvent dans les oreilles, c’est la voix d’un gentleman de 80 ans qui fredonne doucement : « Living is easy with eyes closed… »

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Source : Michel Rivard / Collaboration spéciale / La Presse

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