Ce n’était pas la première officielle de LOVE avec tapis rouge. Celle-là aura lieu le 30 juin. Mais c’était la toute première fois, vendredi soir à Las Vegas, qu’un public effectuait l’hallucinant voyage dans l’univers des Beatles interprété par le Cirque du Soleil.
À la fin du tout premier spectacle LOVE du Cirque du Soleil au Mirage à Las Vegas, vendredi soir, quand le band du Sergent Pepper et toute la troupe du Cirque sont venus danser et marcher au son de la chanson des Beatles, les 1800 privilégiés qui assistaient à cette toute première se sont levés d’un bloc.
Devant eux, un éclatement de couleurs et de sons faisaient vivre la musique géniale des quatre garçons dans le vent. Sir George Martin était debout lui aussi malgré des jambes en mauvais état qui l’obligent à marcher avec une canne. À ses côtés, Quincy Jones, le producteur des plus grands disques de Michael Jackson, tapait des mains au rythme de la marche.
Dans toute la salle du Mirage, transformée au coût de 120 millions de dollars en cirque bleu, tout éclatait. On était un peu sous le choc. On venait d’assister à un spectacle qui n’est plus du cirque. On peut parler de spectacle global quand les acrobates volent dans la salle, quand on danse tout le temps et que les chansons des Beatles vivent dans des sous-textes que leur a trouvés Dominic Champagne, le metteur en scène de cette extravaganza. D’ailleurs, c’est lui que les artistes ont porté en triomphe à la fin du spectacle.
Éparpillés dans la salle, Daniel Lamarre, le président du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, le propriétaire et l’âme de cette immense multinationale, qui présente 15 spectacles dans le monde et sur laquelle le soleil, justement, ne se couche jamais, Gilles Ste-Croix, le vice-président et ancien échassier des premiers jours à Baie-Saint-Paul, et les autres hommes et femmes de confiance de l’organisation, étaient déjà au travail. Ils avaient eu un point de vue différent de leur siège, ils avaient pris des notes. Trop de danse, pas assez d’acrobaties, un peu trop long avant les premiers éclats de couleurs et de musique, resserrer tel numéro, ajuster tel éclairage.
Ce qu’on a vécu vendredi soir à Las Vegas, c’est un match hors-concours. «C’est le 30 juin, soir de la première officielle, que nous allons être vraiment nerveux. On a un mois pour tout roder et c’est à cette étape que Guy Laliberté est encore plus génial», m’expliquait Daniel Lamarre en se dirigeant vers un party «intime» réservé aux artistes du Cirque et aux grands patrons du Mirage et de MGM, la maison mère des hôtels où le Cirque a planté ses «tentes».
L’émotion au rendez-vous
Les fans des Beatles vont certainement être très émus en écoutant les dialogues montés par François Pérusse à partir des bandes des sessions d’enregistrement à Abbey Road. On entend la voix autoritaire de John Lennon, celle remplie d’humour de Ringo et celle, plus sérieuse, de Paul McCartney. George, lui, plus jeune, devait écouter les autres.
Puis, All You Need Is Love retentit et on est plongé dans un univers éclaté avec des danseurs et des acrobates partout. Get Back, Eleanor Rigby, I Want to Hold Your Hand et Drive My Car amorcent ensuite un hallucinant voyage dans l’univers des Beatles.
Dominic Champagne a travaillé deux ans dans les chansons des Beatles pour en découvrir saveur et sous-textes. Ça donne un Blackbird instrumental avec quatre grands oiseaux noirs qui n’arrivent pas vraiment à prendre leur envol ou une Lady Madonna noire et enceinte dansant un hip hop pas très virginal.
Ou un Back in the USSR avec des projections sur les écrans géants qui rappellent un monde tel que le connaissait Paul McCartney quand il a composé cette chanson pastiche de Back in USA du grand Chuck Berry.
Et que dire d’Octopus’s Garden et de ses pieuvres luminescentes qui «flottent» dans une salle transformée en une mer profonde et mystérieuse. Et de Lucy in the Sky with Diamonds…
L’interprétation va tellement loin dans certaines chansons qu’il a fallu négocier serré qui pourrait faire quoi dans cette production. D’ailleurs, Jonathan Clyde, le représentant d’Apple Corps dans l’aventure, précisait lors de la soirée qui a suivi que l’interprétation donnée aux chansons est celle de Dominic Champagne. «Ça ne signifie pas que les Beatles avaient tous ces sous-textes en tête quand ils les ont composées.»
Guy Laliberté confirme. «Fallait arriver à un accord. Jamais les Beatles n’ont laissé qui que ce soit contrôler leur créativité artistique. Et jamais personne n’a contrôlé quoi que ce soit dans les créations du Cirque du Soleil. Qui prendrait la décision ultime, les Beatles ou le Cirque? Finalement, on a trouvé une entente à 50-50. Les Beatles gardent le contrôle de la musique et on garde le contrôle sur le contenu scénique. C’est pas un mauvais mix, hein?» racontait Laliberté 15 minutes avant le début du spectacle.
En quête de perfection
Vous le savez déjà, le Cirque du Soleil, ce sont des Québécois. D’ailleurs, au party, ça parlait français partout. Et on sentait encore l’adrénaline animer les artistes et les dirigeants du Cirque et d’Apple Corps.
On m’a longuement expliqué à quel point la soirée avait été difficile pour les artistes. Le plancher avec ses multiples trappes n’est pas encore parfait, les mouvements hypercomplexes des différents câbles ne sont pas totalement contrôlés, tellement qu’il a fallu suspendre la représentation à un certain moment pour permettre à différentes trappes de bien s’ajuster au plancher pendant un numéro, je pense que c’était Mister Kite, bref, c’étaient les critiques de perfectionnistes habitués à la perfection.
Le profane et le grand public, eux, n’ont rien vu. Ils étaient trop embarqués dans un voyage de musique, de costumes, de mouvements, de danses et de couleurs…
Lors de la répétition finale, Daniel Lamarre a demandé à Scott Sibela, le président du Mirage:
– Je pense qu’on est bon pour quelques représentations, n’est-ce-pas? Peut-être quelques années…
– Non. Ce show est là pour toujours. Forever!
Sur un podium, aux côtés d’un Sugar Plum Fairy non conventionnel, une Lady Madonna noire et enceinte danse un hip hop pas très virginal.
Sur Octopus’s Garden, des pieuvres luminescentes » flottent » dans la salle du Mirage, transformée en une mer profonde et mystérieuse.
Les spectateurs se sont levés d’un bloc à la fin du tout premier spectacle LOVE du Cirque du Soleil au Mirage à Las Vegas, vendredi soir, quand le band du Sergent Pepper et toute la troupe du Cirque sont venus danser et marcher au son de la chanson des Beatles.
Source : Réjean Tremblay












