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Apple rouvre la guerre contre Apple

C ela pourrait sembler n’être qu’une histoire de nom ou de logo, mais c’est aussi une affaire de marque et de secteur d’activité. À Londres, en 1968, les quatre membres des Beatles fondaient leur propre firme de disques, Apple Corps. On se souvient du logo, une pomme granny smith verte, qui apparaît parfois coupée.
Quelques années plus tard (le 1 er avril 1976, soit il y a tout juste 30 ans), en Californie, Steve Jobs et Steve Wozniak jetaient les bases d’Apple Computer. Officiellement, le choix de ce nom n’avait qu’un but : précéder Atari – leader de l’époque en termes de loisirs électroniques domestiques – dans l’annuaire téléphonique.
C’est en 1980, en feuilletant un magazine, que le guitariste du groupe, George Harrison, aurait découvert l’existence de l’entreprise californienne et son logo en forme de pomme croquée. Il aurait alors évoqué le risque de confusion dans l’esprit des consommateurs.
Un premier procès se solda par un accord à l’amiable en 1991 : les Beatles reçurent 80.000 dollars et l’engagement d’Apple Computer de ne jamais avoir d’activité touchant à la musique. Une deuxième action en justice fut entamée quelques années plus tard. C’est que, dans l’intervalle, les ordinateurs Macintosh s’étaient dotés de fonctions de lecture et d’enregistrement audio en plus d’une interface Midi permettant le mixage musical.
En 1999, l’entreprise de Steve Jobs déboursa donc une somme nettement plus importante (on parle d’environ 26 millions de dollars) et réaffirma son engagement en l’étendant : Apple Computer ne se lancerait pas dans l’édition et la distribution de cassettes ou de CD.
Le nouveau procès qui s’est ouvert hier devant la Haute Cour de Londres devra faire la lumière sur la situation créée par le lancement du baladeur numérique iPod et surtout du magasin en ligne iTunes Music Store : avec plus d’un milliard de chansons vendues depuis son ouverture, ce site n’enfreint-il pas les compromis de 1991 et 1999 ?
Après avoir refusé la demande d’Apple Computer de voir l’affaire jugée aux États-Unis, le président de la Haute Cour de Londres devra en décider. Dans un commentaire préalable, le président Martin Mann a estimé que les termes des précédents accords étaient flous. « Comme si leur formulation n’avait eu pour but que de compliquer la tâche future des avocats ayant à en débattre par la suite », a-t-il ajouté en substance.
Les Beatles en ligne ?
Selon la plupart des observateurs, les plaignants – Sir Paul McCartney, Ringo Starr et les veuves de John Lennon et George Harrison – ont beaucoup de chance d’obtenir le paiement de nouvelles indemnités, plus importantes que les précédentes. Mais une autre voie pourrait se dégager.
Il se murmure que Steve Jobs, qui n’a jamais caché sa passion pour les « quatre de Liverpool », pourrait tenter de profiter de ce troisième procès pour marquer de nouveaux points. L’homme, passé maître dans l’art de convaincre, pourrait chercher à étendre la couverture du règlement en y associant l’accord des Beatles de voir, pour la première fois, leurs chansons vendues en ligne sous forme de fichiers numériques. Via l’iTunes Music Store, bien sûr. Une formule gagnante pour les deux parties ? Peut-être. Mais il n’est pas sûr qu’elle soit jugée comme telle par par les quatre plaignants. En 1969, sur le dernier « vrai » album du groupe, Paul McCartney chantait « You never give me your money… » (1).

Source : PHILIPPE DESALLE

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