Lorsque Birhan Woldu est apparue, sourire radieux et tout de blanc vêtue, sur l’immense scène de Hyde Park, une vague d’émotion a parcouru la foule – plus de 250 000 personnes – venue au c?ur de Londres participer samedi 2 juillet, pendant dix heures, à Live 8, le plus grand show politico-humanitaire jamais organisé : dix concerts – outre Londres, Tokyo, Philadelphie, Berlin, Rome, Moscou, Londres, les Cornouailles (Royaume-Uni), Johannesburg, Versailles (France) et Barrie (Canada), qui ont réuni 1,5 million de personnes.
A Londres, cette Ethiopienne âgée de 24 ans, étudiante en agronomie, est une miraculée. Il y a vingt ans, au plus fort de la famine qui emporta sa mère et sa s?ur, elle était à l’agonie. Son père l’avait déjà enveloppée dans un suaire. C’est en voyant son visage de mourante filmé par un reporter canadien et devenu l’un des symboles du drame éthiopien que le rocker irlandais Bob Geldof, révulsé, décida de réunir le 13 juillet 1985 sur deux podiums, à Londres et Philadelphie, tous les grands noms de la musique rock et pop autour du slogan « Nourrir le monde », orné d’une guitare en forme d’Afrique.
Vingt ans après, Birhan, finalement sauvée par une infirmière et par la nourriture envoyée vers son pays, a fait le voyage depuis son village de Quiha, dans la province du Tigré, pour dire « Merci, je vous aime » en amharique, sa langue natale. Madonna la serre dans ses bras et lui tient la main. A ce moment précis, Bob Geldof sait que personne ne pourra plus contester la légitimité de l’événement planétaire qu’il vient de parrainer, après avoir longtemps promis que jamais un nouveau concert du type de Live Aid ne serait organisé.
Ouvert par Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band, des Beatles, chanté en duo par Paul McCartney et Bono, d’U2, et téléchargeable une heure plus tard sur 200 sites Internet – un record de rapidité -, Live 8 doit son nom, orné de la même guitare qu’il y a vingt ans, au sommet du G8 qui se tient du 6 au 8 juillet en Ecosse, avec en tête de l’ordre du jour l’aide à l’Afrique.
Le nouveau slogan, « Abolir la pauvreté », emprunté à un collectif d’ONG, souligne que le scandale de la faim, qui avait déclenché l’élan de solidarité de 1985, reste entier aujourd’hui. Avec une différence de taille : ces concerts – gratuits – n’ont plus pour objet de collecter de l’argent, mais de mobiliser les foules pour faire pression sur les gouvernements des pays riches. « Nous ne demandons pas la charité, lance Bono, mais la justice. »
Tout au long du concert, alors que certains des meilleurs chanteurs et groupes rock, pop, hip-hop des quarante dernières années Elton John, Coldplay, Dido, REM, Keane, Annie Lennox, Sting, Mariah Carey, Robbie Williams, – The Who se succédaient sur la scène de Hyde Park, une litanie de chiffres rappelant la gravité des maux de l’Afrique défilait sur les écrans géants, dont le plus frappant de tous : chaque jour l’extrême pauvreté fait une victime toutes les trois secondes dans le monde.
« VOULOIR AGIR »
Lorsqu’à Philadelphie, l’acteur Will Smith leur rendit hommage en claquant des doigts toutes les trois secondes, la foule londonienne accomplit en silence ce rituel improvisé. Au fil des heures, plus de 26 millions de personnes envoyèrent par SMS un message de soutien à l’action de Live 8.
Une brochette de célébrités intervinrent brièvement pour présenter les artistes ou résumer le sens de cette journée : l’acteur Brad Pitt, le footballeur David Beckham, Bill Gates ou Kofi Annan. Le secrétaire général de l’ONU, ghanéen, remercia le public « au nom des pauvres, des sans-voix et des faibles ». Le fondateur de Microsoft assura que « si vous montrez aux gens le problème et les solutions, ils vont vouloir agir ». Dans une lettre ouverte, les organisateurs du concert ont exhorté les dirigeants du G8 : « Nous réunissons pour vous le plus grand mandat de l’histoire pour agir contre la pauvreté. Ne nous décevez pas. Ne créez pas une génération de cyniques. »
Avant que le concert ne s’achève, tard dans la nuit, avec un Hey Jude chanté par McCartney, et repris en ch?ur par la foule et tous les artistes revenus sur scène, Hyde Park avait savouré un moment rare : le retour sur scène de Pink Floyd, pour vingt minutes sublimes, et après vingt-quatre ans de fâcheries entre Roger Waters et ses trois complices, David Gilmour, Nick Mason et Richard Wright. » Cette victoire sur la ranc?ur nous a donné une belle occasion de nous réconcilier » , a convenu Waters avant de prendre les trois autres par l’épaule.
Source :
LE MONDE












