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Annie Leibovitz à l’honneur sur Pink TV

Le rare portrait d’une des plus célèbres photographes actuelles, Annie Leibovitz, date de 1992. Grâce à des interviews et à de nombreuses images d’archives, on y comprend quand même l’essentiel : comment cette femme a su, mieux que quiconque peut-être, rendre compte de l’évolution de la pop-culture américaine ces trente dernières années.


Enfant de militaire, celle qui traversa les Etats-Unis au gré des affectations paternelles apprit alors à voir la vie «comme dans un cadre, par la fenêtre d’une voiture». Au début des années 70, jeune femme un peu gauche cachée sous de longs cheveux et grosses lunettes, elle devient la photographe attitrée de Rolling Stone. «Personne ne me donnait d’ordre. Je me baladais, appuyais sur le déclencheur, c’était publié.» Ayant carrément inventé le style du magazine (images plein pot, faisant naturel mais en fait très composées : Lennon en position foetale contre Yoko Ono), Leibovitz est partout, de Woodstock au bouillonnement de la contre-culture, s’écharpant volontiers avec les deux héros du «nouveau journalisme» qui écrivaient alors dans RS : Tom Wolfe et Hunter Thompson. Reclus, depuis, au fond du Colorado, ce dernier dit : «Annie était photographe 25 heures par jour. C’était insupportable. Un jour, j’ai brûlé ses négatifs.» En 1975, Leibovitz est engagée par les Rolling Stones (le groupe) pour suivre leur tournée 1975. «J’ignorais tout du rock, dit-elle. J’avais même pris ma raquette de tennis, persuadée que j’aurais le temps de jouer. Ils m’ont prise pour une folle. Très vite, la nuit s’est confondue avec le jour. (…) Mais je voulais montrer que la vie sur la route n’était pas très glamour.» Après une sévère plongée dans la drogue, elle passe en 1981 chez Vanity Fair, le magazine du chic hollywoodien où l’on se pique, aussi, de journalisme sérieux. Ses photos deviennent encore plus emblématiques (Demi Moore nue et enceinte ; Whoopi Goldberg dans une baignoire pleine de lait), et parfois très (trop) travaillées. Pour une session avec Demi Moore, on la suit à Los Angeles, elle et son staff : outre des dizaines de caisses de matériel, sont réservés 2 plages, 5 villas, 4 mobil-home et 4 chambres d’hôtel, chacune éclairée au cas où. Depuis la rencontre à la fin des années 80 avec sa «compagne et mentor», l’écrivain Susan Sontag, Annie Leibovitz a (un peu) laissé tomber le tralala des stars. Elle collabore toujours à Vanity Fair, mais de manière plus sobre, plus sombre, et s’est lancée dans des portraits de danseurs, de femmes anonymes ou de légendes oubliées du blues américain. Chapeau.



  • PINK TV, 14 h 20. «The South Bank show : Annie Leibovitz» (rediffusion sur Pink, dimanche 12 à 13 h 50).

Source : Libération

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