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Les Beatles dans l’intime


En 1997, près de trente ans après la séparation des Beatles, Paul McCartney a accepté de se confier à son ami Barry Miles. Cette biographie, sortie en Grande-Bretagne, revient longuement sur les rapports entre Paul McCartney et John Lennon. L’amertume du musicien affleure sa surface polie lorsqu’il évoque aujourd’hui la chanson pamphlet How Do You Sleep, que Lennon dirigea contre lui dans son album Imagine (1971). McCartney pense que beaucoup de ces «choses» venaient de Yoko, et il évita à l’époque de répondre… «par lâcheté» ! «John, dit-il, avait beaucoup d’éloquence, et je n’avais pas envie de me faire rétamer par le champion du sarcasme qu’il était.»



Et Yoko, qu’a-t-elle dit du livre ? «A sa publication, il y a sept ans, je n’ai pas eu de réaction de sa part, assure Barry Miles. J’imagine qu’elle n’a pas dû l’apprécier. Elle a toujours pensé que les Beatles étaient simplement le groupe d’accompagnement de John. Japonaise américaine, impli quée dans l’avant-garde, elle ne comprenait pas la culture ouvrière anglaise des Beatles.»



Mais Paul n’a pas rédigé cet ouvrage pour vomir son amertume. Paul est un sentimental (ça, on le savait depuis longtemps), Barry, un écrivain sensible, et leur roman vrai, Many Years From Now, vibre d’une belle pureté, loin des rancoeurs habituelles. Ils l’ont composé à quatre mains au carrefour de la littérature et de l’oralité. La littérature, c’est cette peinture saisissante du Liverpool des années 50, où Paul McCartney passa son enfance : une ville dont les rues campagnardes s’éclairent encore aux lampes à gaz et où les poubelles sont ramassées par des carrioles à cheval. Les Beatles naissent ici, entre le XIXe et le XXe siècle. John et Paul y nourrissent leur projet d’écriture, rêvant de composer une pièce de théâtre. Ils trouveront leur thébaïde. Ce sera la maison de la famille Asher. Au premier étage, on joue du piano, au deuxième, on déclame des vers de théâtre, dans le salon, vous entendez un piano. Pendant trois années, Paul dort, rêve et aime. John et lui y écriront Eleanor Rigby, I Want to Hold your Hand… «C’était une grande maison, raconte Barry Miles, il y avait Jane Asher, la fiancée de Paul, et Paul lui-même qui y vivait dans une petite chambre de bonne. J’ai essayé de bien reproduire les conditions dans lesquelles la musique des Beatles a pris forme. Peter Asher m’a même appelé pour me féliciter de la précision avec laquelle j’avais reproduit la maison, parlé de son père. Il était impressionné par ma mémoire. C’était une maison extraordinaire, en tout cas pour Paul qui venait de la classe ouvrière et entrait dans une classe supérieure excentrique où tous les membres ? Jane dans la comédie, Peter dans la musique ? étaient artistes.»



Mais, ce qui rend l’ouvrage encore plus fascinant, ce sont les souvenirs personnels de Barry, l’ami écrivain qui participa à l’aventure Beatles puisqu’il dirigea Zapple, label de disques documentaires consacrés au grand groupe.



Paul McCartney est intervenu directement sur le texte de Barry, le corrigeant, apportant maintes précisions. Ce beau manuscrit révisé incarne bien le charme du nostalgique Beatle et son attachement aux rêves partagés par toutes ces relations singulières qui gravitaient autour des «fab four», comme l’étrange amitié entre le chanteur de hard Alice Cooper et le vieux comique Groucho Marx. Les Beatles ont trouvé avec cette épopée chaplinesque leur plus joli livret de famille.


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