Alors comme ça, le Cirque du Soleil s’attaque aux Beatles. Tout ça à cause d’une passion commune pour la Formule 1, partagée par Guy Laliberté et George Harrison. Oublions le Cirque pour ne poser qu’une question: quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi George, le Beatle mystique, le Beatle tranquille, le Beatle doux et éthéré, trippait autant sur les courses de bolides? Y a-t-il milieu plus show off et matérialiste? Y a-t-il univers moins discret et spirituel que le grand cirque de la F1? Doit-on parler du « paradoxe anglais »? Derrière son flegme et sa classe, l’ex-Beatle possédait-il un côté Gino latent?
Le guitariste répond vaguement à ces troublantes questions dans le DVD The Dark Horse Years (1976-1992), lancé tout récemment. Il avoue aimer les courses de chars depuis l’enfance. Ce dada lui a même inspiré l’insipide chanson Faster, hommage bien personnel à Jackie Stewart, Niki Lauda et autres Nelson Piquet. Cette « confidence »- qui n’en est pas une- ouvre le clip de la chanson, guère plus reluisant que la toune elle-même.
Y a-t-il autre chose que des histoires de bagnoles sur ce DVD? Bien sûr. Un superbe livret, notamment. Quelques clips. Des extraits de shows et d’entrevues télé. Mais pour le reste, on préfère vous avertir: ça ne vaut pas un gros char. On résume.
Dark Horse, c’est la petite maison de disques fondée par George au milieu des années 70. Après 15 ans passés sous la bannière d’EMI, Harrison avait besoin d’air. Créer sa propre étiquette était, disait-il, une façon de « reprendre le contrôle de son art ». Ainsi naquit cette compagnie au logo superbe (Un cheval noir à sept têtes) inspiré de l’imagerie hindoue.
Entre 1976 et 1992, l’ex-Beatle a lancé six albums sur Dark Horse. Longtemps discontinués, tous ces disques ont été réédités sur CD il y a un an sous forme de coffret. Inclus Thirty Three & 1/3, Gone Troppo, George Harrison, Somewhere in England, Cloud Nine et Live in Japan. Le coffret, somptueux, était accompagné d’un DVD où, entre deux clips, l’ex-Beatle racontait ces années plus ou moins fastes au niveau créatif.
Or voilà qu’on ressort le DVD à l’unité, pour ceux qui n’auraient pas eu les moyens de s’acheter toute la collection. Outre les vidéos et les extraits d’entrevues, on y trouvera quelques passages de la frigide tournée Live in Japan et les chansons du minable film Shangai Surprise, pour lequel George avait composé la musique.
On n’apprend rien à personne: la période Dark Horse ne fut pas la meilleure de George. Hormis une petite poignée de tubes (All those Years Ago, Got my Mind Set on You, When we was Fab) et quelques bijoux moins connus, il y a peu à se mettre sous la dent. Mais ce n’est pas pour ça que le DVD The Dark Horse Years est ordinaire. En fait, ce documentaire n’en est pas un. Et si c’en était un, il serait à ranger à l’étage des ratés.
Imaginez un mauvais collage de clips et d’interviews réalisés au fil des ans pour la télé. Le montage semble fait à la hache et les films d’archives ont l’air d’avoir été raboutés avec du masking tape. Les images sont plaquées là, maladroitement, sans amour. Serions-nous à Télé-Cégep?
Passe encore pour les clips. Les années 80 n’ont pas été heureuses pour tout le monde et Harrison ne fut certainement pas le mieux servi au niveau de l’image. Surprenant, du reste, pour quelqu’un qui a trempé son gros orteil dans la production de films (Monty Python). À rescaper du lot: When We Was Fab, pour ses petites sautes d’originalité. Pour le reste, c’est d’un ennui, mes amis…
Mais ça se gâche encore plus au niveau des entrevues, avec leur texture vidéo à hurler d’horreur. On y voit George, assis sur un sofa, dans les années 70, 80 et 90, aussi charismatique qu’un nain de jardin, commenter telle ou telle chanson, avec des plantes vertes comme seul décor. Plus « plate » que ça, tu meurs. Sans parler de la pochette, qui n’a rien à voir avec le contenu. Ne cherchez pas le George cool, chevelu et moustachu de 1974. Vous ne trouverez que le George des années 80 et 90, dans toute la splendeur de son brushing quétaine.
La vérité est que The Dark Horse Years ne se suffit pas à lui-même. Comme prime dans un coffret, va toujours. Mais pas comme DVD indépendant. George Harrison, qui est mort il y aura bientôt trois ans, aurait franchement mérité mieux que ce ramassis de retailles télévisuelles. La veuve Olivia Harrison a peut-être voulu faire plaisir aux fans en produisant cette « chose », et souhaitons que ceux-ci ne soient pas trop exigeants. Les « vrais », de toute façon, s’étaient sans doute déjà procuré le box-set. Le DVD est devenu une industrie très lucrative, dont les standards de qualité augmentent de jour en jour. Et avec les moyens dont disposait la dame, il aurait été possible de faire beaucoup mieux.












