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Brian Wilson retrouve son «Smile»


«Je suis en très, très bonne forme.» Brian Wilson affiche un sourire un peu las. A soixante-deux ans, il est fier d’être revenu à un poids de forme de 84 kilos, après avoir pesé jusqu’à 140 kilos. Et, surtout, il est fier d’avoir enfin achevé Smile (chez WEA). Ce disque inachevé est une des légendes de la pop music : entamé en 1966, alors que les Beach Boys sont au sommet de leur popularité, il doit, selon son créateur, surpasser les Beatles en invention et en audace. Pendant presque un an, Brian Wilson va travailler en compagnie du parolier et musicien Van Dyke Parks. Une crise s’ouvre. Mike Love, chanteur et cousin des frères Wilson, se dresse contre les excentricités de Smile. En mai 1967, Brian Wilson jette l’éponge : les bandes sont rangées sur une étagère, Van Dyke Parks est congédié, le groupe enregistre un autre disque, plus conventionnel, Smiley Smile. Avec cette crise commence le naufrage de Brian Wilson dans des troubles psychologiques qui allaient bientôt le tenir reclus chez lui et perdu pour la musique.


Propos recueillis par Bertrand Dicale

LE FIGARO. ? Vous devez être heureux d’avoir enfin mis la dernière main à Smile…
Brian WILSON. ? C’est un rêve devenu réalité. Nous l’avions laissé en plan en 1967, et nous n’avions rien fait jusqu’à 2004. Là, nous ne sommes pas retournés aux anciennes bandes : nous avons tout refait. Avec Van Dyke Parks, nous nous sommes rendu compte que nous devions revoir certaines mélodies et certains textes, nous avons tout retapé, nous avons créé un troisième mouvement au disque…



Cela n’a pas été trop intimidant de réenregistrer Good Vibrations, dont la première version est certainement une des chansons les plus célèbres au monde ?
Mike Love avait écrit son texte quand il l’a enregistrée en faisant le chant lead, et nous sommes revenus aux paroles originales. Et cette version est au moins deux fois mieux que l’original ? c’est plus clair, la voix sonne mieux, le rythme est meilleur, le son est supérieur. C’était un peu intimidant, mais je suis content qu’on ait battu l’ancienne version. Mike Love va être jaloux pour toujours.


Les sessions de 1966-1967 sont-elles pour vous un bon souvenir ?
Un très mauvais souvenir. Quand nous faisions ce disque, je prenais à la fois du LSD, de la marijuana et des amphétamines. Ça m’a tellement fait perdre la tête que j’ai dû arrêter de travailler. Depuis, chaque année, il était question de reprendre Smile l’année suivante ? le thème récurrent de ma vie.


Dans votre carrière, quels sont vos albums préférés ?
Après Smile, je dirais Pet Sounds [en 1966, avec les chansons Wouldn’t It Be Nice, Sloop John B, God Only Knows, Caroline No…] et The Beach Boys Love You [en 1977, avec la suite The Night Was So Young, I’ll Bet He’s Nice et Let’s Put Our Hearts Together…].


On vous a souvent qualifié de plus grand songwriter de la pop music.
Leonard Bernstein disait que j’étais le meilleur compositeur. Je ne le crois pas. Je pense que le plus grand songwriter du siècle est Paul McCartney.


Sur votre album Gettin’In Over My Head, vous avez justement invité en guest stars McCartney, Elton John et Clapton ? trois Anglais.
C’est ma femme qui m’a suggéré de les appeler. Ils ont dit oui, sont venus au studio et ont magnifiquement fait leur boulot ? voix ou guitare. Les Anglais continuent à faire de la plutôt bonne musique, alors que les Américains n’en font plus. Je déteste ce qui se passe en ce moment dans la musique. Je ne regarde jamais MTV, je n’écoute jamais la radio. Depuis le milieu des années 80, il n’y a plus rien d’intéressant.


Vous n’aimez pas le rap ?
Le rap est le genre de musique le plus destructeur que j’ai entendu de ma vie. On ne peut rien comprendre de ce qu’ils disent, on n’entend qu’un fracas d’instruments qui couvre la voix.


Toute l’Amérique pense actuellement à l’élection présidentielle. Vous intéresse-t-elle ?
Je ne suis pas très au courant de ce qui se passe, mais je veux que Bush gagne. Je sais qu’il a provoqué une guerre, mais je l’aime beaucoup. Je voterai pour lui.


Etes-vous croyant ?
Non, je ne crois pas en Dieu. Ce que je peux vous dire, c’est que Dieu n’existe pas.

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