Fin mai 1969, sept jours durant, John Lennon et Yoko Ono restent dans leur lit dans un hôtel chic de Montréal, un « bed-in » pour la paix en pleine guerre du Vietnam, dont le souvenir et l’impact sont ravivés 35 ans plus tard par le conflit en Irak.
Sur la porte de la chambre 1742 du Reine Elizabeth, une plaque rappelle sobrement le nom de John Lennon. « Ce n’est pas la suite la plus luxueuse de l’hôtel, mais c’est celle qui était disponible », raconte Johanne Papineau, directrice des relations publiques de l’hôtel.
Car c’est par hasard que cette chambre sert de décor, du 26 mai au 2 juin 69, au coup médiatique du couple, et même de studio d’enregistrement improvisé pour la chanson « Give peace a chance » (Donne une chance à la paix).
Les jeunes mariés, qui avaient déjà tenu un premier bed-in à Amsterdam, voulaient répéter leur lune de miel en utilisant leur célébrité pour promouvoir la paix.
Le Beatle rêvait de New York, mais il se butait aux autorités qui lui interdisaient l’accès au sol américain à cause d’une vieille accusation de possession de marijuana. Les jeunes mariés avaient envisagé les Bahamas, mais le Britannique trouvait la chaleur trop insupportable pour rester enfermé.
Arrivés à Toronto, les services d’immigration leur suggèrent Montréal, réputée plus libérale. John et Yoko, à peine débarqués, sont accueillis par des fans, qui les emmènent dans le plus prestigieux hôtel du centre-ville, le Reine Elizabeth.
Une fois une chambre obtenue, « ils sont entrés, ils ont mis tous les meubles dans le corridor, et ils ont déplacé le matelas par terre, sous la fenêtre », explique Mme Papineau.
En pyjamas, leur message résumé aux deux mots « Bed Peace » collés sur la fenêtre (la paix au lit), John et Yoko tiennent une sorte de salon public, recevant tous les jours des centaines de journalistes, hommes politiques, mais aussi des fans.
« Ils accueillaient chaque personne comme s’ils attendaient sa visite, se souvient le photographe Gerry Deiter, qui travaillait pour Life magazine. Ils donnaient un sentiment d’exclusivité qui était extraordinaire ».
Dans ce « chaos toujours sous contrôle », dont il a gardé près de 200 clichés, le photographe a vite perdu son objectivité. « En très peu de temps, je suis devenu plutôt impliqué dans tout ce qui se passait, pris dans l’émotion et la beauté de cette expérience », raconte-t-il.
Il peut reconnaître encore sa voix dans « Give peace a chance », dans le choeur hétéroclite composé par tous les visiteurs du jour, de la chanteuse Petula Clark à un groupe d’hare krishna.
La direction de l’hôtel, affrontant la marée constante de fans et les plaintes des autres clients, avait affecté un gardien de sécurité spécialement à la suite.
Ce dernier, George Urquhart, se rappelle de « la semaine la plus fun » de sa carrière: « John parlait de paix tout le temps et pour moi qui ai fait du temps en Corée dans l’armée, Give peace a chance sont des mots très forts, qui reprennent leur sens avec l’Irak ».
Moins contents étaient les services de nettoyage, devant « la grande saleté de la suite et du corridor ». Dans les registres de l’hôtel, un employé se plaint d’avoir eu à passer plusieurs fois par jour l’aspirateur parce que John Lennon lançait des pétales de fleurs en l’air.
Même si la suite ne comporte plus rien d’époque, elle continue d’attirer régulièrement les fans, qui peuvent se payer le luxe d’une nuit à 1.969 dollars canadiens (1.200 USD) – symbole oblige -, avec pyjamas, coffret CD et transport en limousine inclus.
Trente-cinq ans plus tard, l’Irak a remplacé le Vietnam à la Une de la presse. En partenariat avec Amnesty International, des photos de Gerry Deiter seront exposées au Reine Elizabeth du 26 mai au 2 juin. La suite 1742, elle, sera comme en 1969 ouverte à tous les visiteurs.












