
L’iPod, le baladeur de musique numérique lancé en octobre 2001, redonne du souffle à la firme à la pomme. Ce petit appareil a été vendu à près de 3 millions d’exemplaires dans le monde. Et la société de Cupertino (Californie) devrait réaliser 13% de son chiffre d’affaires avec l’iPod pour l’année fiscale en cours, contre 6% en 2003, selon les estimations de Steven Milunovich, vice-président de Merrill Lynch.
Apple n’arrive plus à satisfaire la demande. L’engouement pour la version «mini» de l’équipement musical a été si fort aux Etats-Unis que la société a reporté au mois de juillet le lancement de l’appareil en Europe et en Asie.
Steve Jobs a tout fait pour gagner. Il est allé lui-même présenter son logiciel «iTunes» à Mick Jagger et à Paul McCartney. Il voulait obtenir leur signature afin de vendre leurs chansons sur Internet. Le succès repose sur le matériel, la fourniture d’un programme informatique et la vente de morceaux de musique. Bref, Steve Jobs a inventé un nouveau modèle économique. En théorie, le piratage est banni ; la duplication d’un morceau est limitée à trois copies numériques.
Mais, en France, la Sacem a constaté qu’Apple n’avait pas versé, en 2003, la rémunération qu’il devait aux auteurs. Après discussions, la société a finalement accepté de payer. De son côté, Charles Dehelly, directeur général de Thomson, assure que son groupe est en tête sur le marché des lecteurs de musique (au format MP3) aux Etats-Unis en 2003, contrairement à ce qu’affirme la firme à la pomme. Enfin, la société présidée par Steve Jobs est engagée dans un procès avec les Beatles et leurs héritiers.
Le retour de Steve Jobs chez Apple en février 1997, après avoir été écarté en 1985 de l’entreprise californienne qu’il avait fondée, a marqué sa revanche et le début de sa troisième vie professionnelle. L’opération illustre son talent de manoeuvrier et de financier. Gilbert Amelio, alors président d’Apple, rachète Next, l’entreprise fondée par Steve Jobs en 1986 pour élaborer une nouvelle gamme de machines, plus simple et très puissante. Payé plus de 400 millions de dollars, Next sert de base à l’élaboration du dernier système d’exploitation d’Apple (OSX).
Rapidement après sa nomination au poste de président par intérim à la fin de 1997, Steve Jobs lance l’iMac, avec une forme renouvelée. La société à la pomme redevient ainsi un constructeur micro-informatique à part entière. En cinq ans, elle rajeunit toute sa gamme de machines. Mais sa part de marché continue de s’éroder pour tomber à 2% des ventes mondiales. Et tous ses produits ne sont pas des succès. Le «Cube», victime de problèmes de fabrication, est un flop. Le cofondateur d’Apple redresse pourtant les comptes. Un succès qui flatte son ego démesuré et le rend encore plus riche.
Apple lui verse certes uniquement 1 dollar de salaire par an. Mais la vente de Next et les nombreux avantages qui lui sont accordés ont dopé sa fortune. Il a reçu l’an dernier des stock-options pour un montant de 75 millions de dollars. Avec 2,1 milliards de dollars, l’enfant de la classe moyenne américaine se place au 262e rang des hommes les plus riches du monde, selon le magazine Fortune. La société à la pomme lui a offert un jet, un Gulfstream V, payé 45 millions de dollars. Et elle a dépensé autant en impôts pour lui offrir cet avion.
Pixar, un studio de cinéma, a également contribué à sa légende dorée. Steve Jobs a acheté ce studio d’animation ? qui a réalisé notamment Le Monde de Nemo et Toy Story ? en 1986 pour 10 millions de dollars. Il a cru avec raison qu’un nombre grandissant de films utiliserait les images de synthèse pour remplacer les acteurs de chair et de sang. La société a rompu, fin janvier, son accord de distribution et de production avec Walt Disney Company. Le divorce s’explique pour de simples histoires d’argent. Steve Jobs contestait les sommes reversées par le distributeur et le principal financier de Pixar. L’accord reposait sur un partage à 50-50 des revenus entre les deux sociétés. Mais Pixar a réalisé 2,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires avec cinq importants succès au box office. Steve Jobs a donc voulu obtenir 90% des revenus et faire plier son ennemi Michael Eisner, le PDG très contesté de Disney. Une demande jugée irrecevable qui a entraîné la rupture. Certains actionnaires mécontents ont même envisagé de le nommer pour remplacer Michael Eisner.
L’ex-hippie des années 70 est devenu au fil des années une «star». Il est un ami indéfectible de Larry Ellison, président d’Oracle, qui, comme lui, est un enfant abandonné. Il a été proche de l’actrice Diane Keaton. Il a fait entrer au conseil d’administration d’Apple l’ancien vice-président démocrate des Etats-Unis Al Gore. Le concurrent malheureux de George W. Bush à la Maison-Blanche a remplacé en mars 2003 Larry Ellison qui consacre tout son temps aux courses de bateaux et à la direction d’Oracle.
Soucieux de son image, avec son éternelle allure d’étudiant californien, Steve Jobs fait tout pour faire oublier sa réputation de jeune homme arrogant et méprisant. Il affiche le look d’un homme décontracté. Il porte souvent un jean, un tee-shirt noir et une paire de chaussures New Balance, il veut donner de lui une image simple. Végétarien, il aime le vin «organique».
Mais l’homme de marketing a un sens précis de la «bonne» communication cultivée de longue date. «Lors d’un show devant les vendeurs d’Apple du monde entier, à Hawaï, au début des années 80, Steve Jobs est descendu d’un hélicoptère, en faisant une parodie de Mash !», se souvient un commercial. Deux ans après, face à l’ennemi IBM, surnommé «Big Blue» par les experts de l’informatique, Steve Jobs défend le credo de Blue Buster, musique parodiée de Ghost Buster, les chasseurs de fantômes, film à succès de l’époque !
Et ses présentations sont écrites en utilisant toujours les mêmes procédés. A la fin d’une intervention, il lance «à propos, j’ai oublié de vous dire», ménageant ainsi ses effets et délivrant le message essentiel. Il présente la nouvelle machine qui doit relancer l’entreprise qu’il dirige.
C’est sans doute cela l’un des secrets de sa réussite : être un excellent vendeur de technologies conçues par des experts. Le Macintosh lancé il y a vingt ans, après les débuts d’Apple dans le garage de ses parents adoptifs, a été inventé par Steve Wozniak et de solides ingénieurs. Mais il a su transformer la machine en mythe.
Le président d’Apple sait aussi se vendre. Il a posé, l’an dernier, à la une du magazine Fortune avec la chanteuse Sheryl Crow pour afficher ses ambitions dans la musique. Mais, selon le magazine «people» Vanity Fair, il avait oublié d’informer sa femme, Laurene, qui en aurait pris ombrage… Et le quadragénaire continue d’avoir mauvais caractère. Récemment, lors d’un entretien à la télévision américaine, Steve Jobs a quitté le plateau car une question ne lui plaisait pas. En décembre dernier, à un journaliste du magazine Rolling Stone qui l’interroge sur le futur des technologies, Steve Jobs lui répond : «Vous savez, je préfère parler seulement de musique.»












